CHAPITRE VII
De V ossification des artères.
§. 1079. L'ossification des artères consiste dans la conversion partielle ou totale du tube artériel en un canal osseux. Dans l'ossification partielle ou incomplète, on observe des fragmens osseux disséminés dans la longueur des artères et dans l'épaisseur de leurs parois, de manière que ces fragmens constituent comme autant d'os distincts, réunis par des membranes. Dans l'ossification totale ou complète, au contraire, le vaisseau représente un véritable canal osseux plus ou moins étendu. Ce dernier cas est plus rare. J'ai remarqué qu'il se rencontre plutôt sur les branches et les rameaux que sur les gros troncs , probablement parce que dans les petites artères les divers points d'ossification, se touchant bientôt par leur accroissement, finissent par se confondre.
§. 1080, De toutes les artères c'est l'aorte qui
s'ossifie le plus fréquemment. Ordinairement ses ossifications sont partielles ; cependant il existe au Musée de la Faculté une pièce où le tube artériel est converti en un canal osseux.
L'artère innominée, les carotides primitives, les principales branches de la carotide externe et de la sous-clavière, tels que les thyroïdiennes, les maxillaires externes et internes, les linguales, les temporales, les occipitales, les vertébrales, et les cervicales profondes et superficielles , sont souvent ossifiées. J'ai trouvé plus rarement les ossifications à la carotide interne, si on excepte l'endroit où elle décrit ses courbures dans l'intérieur du canal carotidien. Morgagni a observé des points ossifiés à la basilaire1 et aux autres artères du cerveau2. J'ai fréquemment trouvé des points calleux et cartilagineux à ces mêmes artères.
§.1081. Je n'ai pas encore rencontré d'ossification à l'artère coronaire stomachique, ni à l'artère hépatique et à ses rameaux; mais la splénique m'en a offert très-souvent. J'ai même trouvé cette artère sous forme d'un canal osseux très-tortueux, et dont quelques rameaux , également ossifiés , pénétraient dans l'intérieur de la rate.
Sur les artères intestinales je n'ai rencontré d'ossification qu'aux troncs des deux mésentériques. Les rénales, au contraire, m'ont offert assez fréquemment, des points d'ossification. Je dirai la même chose des
i De secl. et caus. morb.; epist. 27, n.° 2. 2 Ibid. , epist. 4 5 n° 2,11,
spermatiques dans l'un et l'autre sexe; j'ai observé dans les cadavres de vieux sujets ces artères en lier ement ossifiées dans l'endroit où elles forment avec les ramifications des veines le plexus spermatique interne.
Les artères utérines s'ossifient très-fréquemment et même jusque dans leurs petites ramifications. Je l'ai observé, plusieurs fois.
Enfin, les artères qui se distribuent dans les muscles sont susceptibles de s'ossifier.
§. 1082. Il résulte de ce qui précède que toutes les artères sont sujettes à l'ossification. Cependant des anatomistes ont cru devoir excepter de la règle générale l'artère pulmonaire. Bichat \9 entre autres , prétend que cette artère ne s'ossifie jamais, parce qu'elle appartient, selon lui, au système des vaisseaux à sang noir, cest-à-dire au système veineux. Quoiqu'il soit vrai que l'ossification de cette artère est extrêmement rare, on peut néanmoins citer des exemples, soit d'excroissances osseuses2 dans les tuniques de cette artère, soit d'ossification complète3; soit d'un état calleux et cartilagineux, lequel, comme nous le verrons, est toujours un premier degré d'ossification. D'ailleurs , en assimilant l'artère pulmonaire aux veines sanguines, Bichat oubliait qu'on a trouvé ces derniers vaisseaux ossifiés, comme nous
i Anat. gén. } part. 1, t. 2 , p. 4°4-
2 Mém. de TAcad. des sciences j année 1717, obs. 3. Stoll, Rat. Tiied.- t. 1 , p. 200.
3 Ephem. nat. cur.; de'c. 2, ann. 3, obs. 38.
l'apprennent Morgagni de la veine cave inférieure1, Ruysch2 et notre Muséum anatomique de la veine porte, SALTZMArsjN 3 et Walter4 de la veine crurale, Murray 5 de la veine poplitée , et les Éphémérides des curieux de la nature6 de la veine coronaire du cœur.
§. 1083. Les gros troncs artériels s'ossifient-ils avant les rameaux? c'est sur quoi l'observation ne m'a pas encore suffisamment éclairé. On rencontre ordinairement l'aorte et ses gros rameaux ossifiés, sans que les autres branches de moyenne grosseur le soient. Cependant j'ai disséqué plusieurs extrémités inférieures sur lesquelles les artères principales avec leurs rameaux étaient complètement ossifiées, tandis que l'aorte ne présentait aucune trace d'ossification. Quant aux très -petites artères et au réseau capillaire , les auteurs gardent un profond silence sur la disposition qu'elles ont à s'ossifier. Bichat seul assure que les minuscules paraissent être rarement le siège des incrustations osseuses, et qu'on n'en rencontre jamais aux artères capillaires?. Cependant j'ai vu quelquefois la surface utérine du placenta à terme ossifiée dans plusieurs endroits; et après un examen scrupuleux j'ai recon-
i Epist. 64, n.° 9-
2 Thés. anat. 8, 4, 58.
3 Dissert, de ossif. prœtern. Arg. 1720, p. 27.
4 Anat. Mus.; B. 1 , S. 172, Nro. 35.
5 Act. méd.} t. 1 , p. 8.
6 Dec. 2, ann. 10, obs. 175.
7 Anat. gén.j part. 1 , t. 2, p. 294.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 55y
nu que ces ossifications suivaient absolument les ramifications vasculaires , qu'elles représentaient quelquefois de véritables rameaux osseux, et qu1 elles avaient conséquemment leur siège dans les vaisseaux et probablement dans les artères du placenta. J'ai trouvé une fois complètement ossifiés les petits rameaux artériels qui s'enfoncent dans la substance médullaire du cerveau. En voulant couper ce dernier par tranches horizontales, le scalpel était à tout moment arrêté; et en examinant les choses de plus près, je ne vis pas sans étonnement ces vaisseaux convertis en petits canaux osseux, que je pouvais extraire de la masse encéphalique sous la forme de longs filamens. Le sujet sur lequel je faisais cette observation , n'était pas mort d'une maladie du cerveau ; il n'avait pas dépassé l'âge de quarantesept ans.
§. 1084. Une chose digne de remarque, c'est que les artères des extrémités inférieures s'ossifient incomparablement plus souvent que celles des extrémités supérieures. D'après une suite d'observations que j'ai été à même de faire, je puis assurer que les ossifications de l'artère fémorale et de ses branches sont à celles de la brachiale et de ses rameaux dans le rapport de 3o à 1. Le cadavre d'une femme âgée de cent quatre ans, sur laquelle je m'attendais à trouver toutes les artères du corps ossifiées, n'offrait ni dans le tronc, ni dans les rameaux des artères brachiales aucune trace d'ossification, tandis que les fémorales avec leurs branches étaient presque entièrement ossifiées. Le cadavre d'une autre femme ,
558 LIVRE lî.
parvenue à l'âge de quatre-vingt-seize ans, a confirmé cette observation. Cependant parmi les artères des extrémités supérieures, quelques branches de la sous - clavière , telles que les vertébrales , les thyroïdiennes inférieures, les mammaires internes, etc., sont à peu près aussi souvent ossifiées que les artères des extrémités inférieures. Quant à la thyroïdienne , la fréquence de son ossification peut tenir aux diverses inflexions qu'elle forme avant de s'enfoncer dans l'organe auquel elle est destinée. En effet, on remarque constamment que les ossifications sont très-fréquentes dans les endroits où les artères décrivent des courbures et ont une marche tortueuse. Je citerai pour exemple la portion de la carotide interne enfermée dans le canal carotidien , et surtout l'artère splénique , qui de toutes les artères du corps est quelquefois la seule ossifiée.
§. 1085. Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos d'indiquer l'ordre dans lequel les artères s'ossifient le plus fréquemment. Je crois pouvoir présenter l'échelle suivante :
La crosse de l'aorte;
L'angle de division de l'aorte abdominale, d'où résultent les deux iliaques primitives;
L'aorte pectorale;
L'artère splénique ;
L'aorte ventrale;
L'artère fémorale avec tous ses rameaux ;
Les spermatiques ;
L'hypogastrique et ses branches;
AjNATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 55o,
Les artères coronaires du coeur;
Quelques branches de la sous-clavière ;
L'angle de division de la carotide primitive;
Les inflexions de la carotide interne;
Les artères cérébrales dans l'état cartilagineux ;
Différentes branches de la carotide externe;
Les artères des parois de la poitrine et du basventre ;
Les artères brachiales et leurs rameaux ;
Les ramuscules des artères ombilicales ;
Les artérioles qui s'enfoncent dans la substance médullaire du cerveau ;
L'artère pulmonaire.
§. 1086. Une autre question intéressante est celle de savoir si les ossifications sont en rapport direct avec l'âge des individus.
À part quelques observations très-rares , où l'on a vu l'ossification de l'artère temporale chez un enfant de quinze mois; l'aorte ossifiée à l'âge de trois ans ; des plaques ossiformes à l'âge de huit , dixhuit, vingt-quatre ans; une ossification complète de l'artère mésentérique supérieure à l'âge de trente ans " , on convient généralement que cette disposition est un apanage de la vieillesse. Quoique cette proposition soit incontestable, il ne faut néanmoins l'admettre qu'avec de certaines restrictions. A l'exception des ossifications arrivées aux valvules des ventricules du cœur, ainsi qu'à celles de l'aorte , et qu'on a remarquées dès la quarantième année de la
i Andral? Précis d'anat. pathol. 5 t. 2 , p. 38o.
vie * ; à l'exception aussi de quelques contrées , par exemple de celle de Strasbourg, où les ossifications, non-seulement des artères, mais aussi de la matrice ou de la glande thyroïde, sont assez fréquentes, même vers lage de trente ans, on peut soutenir eu général qu'avant cinquante ans on n'observe point d'ossification achevée aux artères ; mais qu'après ce terme ces vaisseaux s'ossifient fréquemment. Les nombreux exemples d'artères ossifiées , préparées pour notre Musée, ont été pris sur les cadavres de personnes mortes entre la soixantième et la soixantedixième année de la vie. Après ce temps les ossifications n'augmentent pas proportionnellement avec l'âge, de manière que dans la quatre - vin gtième , quatre-vingt-dixième et centième année les artères ossifiées ne sont pas plus nombreuses qu'à l'âge de soixante à soixante- dix ans. Il est même à présumer que dans l'individu mort à l'âge de cent cinquante -trois ans, dont Harvey2 a fait la dissection , les artères n'étaient point ossifiées ; car il ne fait aucune mention de l'état de ces vaisseaux.
§. 1087. Les ossifications sont-elles dans un rapport particulier avec le sexe? sont- elles plus fréquentes dans l'homme que dans la femme, ou réciproquement? Ce sont des questions pour la solution
i H. Cooper , Abrégé des transact. phil. de la Soc. roy. de Londres 5 part. 6, p. 2o5. Vetter, Aphorismen aus der pathol. Anatomie ; §. 112.
2 Anal. Thom. Pane-, Harveï, Oper. omn., a Colleg. med. Lond. edit., p. 60^.
desquelles je n'ai encore pu recueillir aucune donnée positive.
§. 1088. Examinons maintenant avec plus de détails ces mêmes ossifications.
Dans le plus grand nombre des cas nous apercevons qu'elles consistent en des lames ou plaques plus ou moins grandes et plus ou moins épaisses, xlont la couleur est blanche, un peu jaunâtre, quelquefois même d'un jaune citron. Leur tissu, extrêmement dense, n'offre aucune structure fibreuse, ressemble à la substance compacte des os, mais est plus sec et plus cassant que cette dernière. Les lames osseuses sont toujours placées entre deux tuniques des artères, l'interne et la fibreuse : c'est une observation qui a été vérifiée par tous les anatomistes. Mais ce qui n'a pas encore été remarqué t3e tous, et ce qui a été mal à propos nié par Bichat, c'est que la tunique interne est quelquefois absolument usée et détruite, au point que le sang est en contact avec l'os; et dans ce dernier cas j'ai presque constamment observé que la surface interne de la lame osseuse est d'une belle couleur jaune citron.
§. 1089. Les ossifications n'ont pas toujours l'apparence et la structure que je viens de décrire. Au lieu d'être figurées en lames ou en plaques, elles forment quelquefois des éminences irrégulières , garnies d'aspérités plus ou moins saillantes dans l'intérieur du vaisseau, et ayant l'aspect de concrétions osséo - pétreuses. J'ai rencontré ces espèces d'ossifications surtout à l'orifice des branches qui sortent d'un tronc principal, à ces espèces d'épeiTf 56
rons qui résultent de l'angle par lequel les rameaux se séparent du tronc; et dans ce* cas les orifices des vaisseaux sont plus ou moins rétrécis, comme il est aisé de le concevoir. Outre les ossifications des valvules auriculo-ventriculaires et semi - lunaires (§. 1039), j'ai trouvé dans le tronc même de l'artère pulmonaire d'un homme d'environ soixante ans une ossification qui avait les dimensions suivantes : sept lignes de longueur, cinq de largeur et trois d'épaisseur. Cette excroissance, placée directement à l'endroit de l'insertion du canal artériel de Botal, était couverte par la membrane interne extrêmement amincie; le canal artériel lui-même était ossifié dans toute sa longueur. J'ai depuis constaté une seconde fois une pareille ossification, mais sans tubercule osseux dans l'artère pulmonaire.
§.1090. Outre les véritables ossifications, on rencontre très-souvent dans les artères des taches blanches, ainsi que des endroits calleux ou cartilagineux, et il n'est pas rare de trouver un noyau osseux au centre d'une partie devenue calleuse. Mais ce qu'on observe moins fréquemment, c'est une matière liquide et gélatineuse, de la consistance du miel, différente de cette purée jaunâtre dont j'ai déjà parlé (§. 1077), qui entoure les points calleux, cartilagineux et même osseux , ou se trouve simplement déposée entre les tuniques de l'artère. Cette matière n'avait pas échappé aux anciens anatomistes , qui la regardaient comme une espèce de moelle *. Morga-
1 C. Bell, Zerglied. d. menschl. Kôrp.j a. d. JEngl.j S. 178.
ANATOMÏE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 565
Gini x l'a également rencontrée ; mais Haller , en fixant sur elle l'attention des physiologistes , lui a assigné des usages particuliers.
§. 1091. La chimie s'est également occupée des artères ossifiées. Suivant Brande, les plaques osseuses sont composées, sur 100 parties, de 65,5 de phosphate de chaux et de 34,5 de matière animale. M. Lassaigne a trouvé quelles contenaient sur 100 parties :
Matière animale muqueuse . 5o;
Phosphate de chaux 4-7 J^?
Carbonate de chaux i ;
Sulfate de chaux quelques traces.2
§. 1092. Quant à la manière dont les artères s'ossifient, sans discuter les opinions des auteurs, qui l'expliquent tantôt par le dessèchement des vaisseaux nourriciers des artères3, tantôt par le dépôt d'une substance terreuse et calcaire 4, tantôt par le seul frottement auquel les tuniques artérielles sont exposés5, tantôt par la solidification du suc gélatineux dont il vient d'être parlé 6, tantôt par la faculté particulière dont jouit la membrane interne des artères, de s'incruster de phosphate calcaire?, tantôt enfin
1 Epist, 1 1 , n.° i5.
2 Belmas, sur la structure, les propriétés, les fonctions et les altérations des artères. Strasb. , 1822, p. 49-
3 Vebbrugge, Lauth, Collect. script, de aneviysrn.; p. i5i.
4 A. Bud^eus, MiscelL Berol.'j cent. 4? ** 5 s P* 63.
5 Boerhaave, Instit. med.j n.°4i5.
6 Haller, Elem. phys.j t. 8, part. 2, p, 81, Opusc. pathol.; obs. 18.
7 Bichat, Anat. gén.} part. 1 , t. 2 , p. 292,.
par un travail inflammatoire ?, on considère aujourd'hui ce phénomène comme le résultat d'une nutrition déréglée favorisant le développement accidentel d'une substance homoéo-plastique dans un tissu qui en est avide. On sait en effet (§. 38 1, n.° 3) combien le tissu fibreux est susceptible de se laisser imprégner par le phosphate calcaire, qui s'y dépose non pas au hasard et d'une manière irrégulière , mais suivant la direction des fibres et des vaisseaux : c'est ce dont on peut se convaincre en inspectant les artères des extrémités dont l'ossification n'est pas encore toutà-fait achevée; on y verra des stries osseuses absolument placées dans les intervalles des fibres circulaires. Au reste , toutes les fois qu'un organe ne sert plus aux fonctions auxquelles il est destiné, et que par suite de cette circonstance son parenchyme se flétrit et se dessèche, on voit le phosphate calcaire s'en emparer : c'est ce que nous apercevons aux ovaires et à la matrice chez les femmes trèsavancées en âge , à la glande thyroïde des viellards , au conduit artériel de Botal , aux petites ramifications des artères ombilicales dans le placenta; et, chose remarquable, ces dernières ne s'ossifient qu'autant qu'elles ont été changées préalablement en petits cordons fibreux par l'oblitération de leur cavité, comme je l'ai fait voir dans un autre ouvrage.2 Ces faits ne s'opposent point à ce que , pour expliquer l'ossification accidentelle, on embrasse l'idée
i Broussais, Examen des doctr. médicales.; t. 1, prop. 178. 2 Essai sur la nutrition du fœtus; §. 5g, p. i43, dans la note.
de Haller, qui pense qu'un suc gélatineux, tenant en dissolution le phosphate calcaire, s'infiltre dans le tissu des parties , et que cette ossification suit les phases de l'ossification naturelle. En effet , nous voyons la substance osseuse être précédée de la substance cartilagineuse, celle-ci de la substance calleuse, et ainsi de suite.
§. 1093. Il suit implicitement de ce que nous venons de dire de l'ossification , qu'en général elle appartient à l'âge sénile. Avant cet âge elle prouve une vieillesse précoce, du moins dans les organes flétris? desséchés et condamnés à l'inaction; dans le placenta qui a dépassé l'époque de sa maturité, et qui peut être considéré comme en état de vieillesse, etc. Quant aux ossifications des artères qui surviennent dans l'âge mur et même dans la jeunesse, des causes d'une autre nature lui donnent probablement naissance. Si nous en jugeons par ce qui s'observe sur le cœur, la plus fréquente de ces causes serait l'arthritis. En effet, cette maladie semble en quelque sorte disposer à son gré du phosphate calcaire, tantôt pour le soustraire , tantôt pour l'accumuler sur un organe. Qu'on se rappelle l'appauvrissement des os dans la goutte, leur déformation par des végétations osseuses, les incrustations de certaines parties du cœur, les ossifications de ses valvules, ainsi que de celles des grosses artères par des causes arthritiques y peut-être trouvera -t- on cette même cause en jeu dans l'ossification des artères chez des sujets de trente ans, c'est-à-dire à une époque de la vie qui favorise le développement de l'arthritis. Serait-ce
566 livré ii.
aussi la raison pour laquelle les artères des extrémités inférieures sont bien plus souvent ossifiées que celles des extrémités supérieures , la goutte occupant en général plus fréquemment ces mêmes extrémités?
§. 1094. Quelle que soit au reste la cause de l'ossification des artères, leur mécanisme a lieu en vertu d'une nutrition irrégulière, par conséquent par un travail paisible, lent et inaperçu. Combien en effet l'économie ne serait-elle pas troublée, si un autre mode d action, tel qu'une inflammation, présidait au dépôt de phosphate calcaire entre les tuniques artérielles? Une fièvre des plus intenses n'en seraitelle pas la suite nécessaire? Mais, loin de là, les individus peuventtivoir la moitié de l'arbre artériel ossifié sans la moindre incommodité. Ces ossifications une fois achevées, ne paraissent pas non plus décider d'accidens graves, si ce n'est la formation d'un anévrisme par l'usure successive des parois artérielles. On en voit en effet dont la cause première paraît se rattacher à la présence des squames osseuses entre les tuniques moyenne et interne des artères. Toutefois cette étiologie de l'anévrisme est loin d'être constante, attendu qu'on trouve souvent des ossifications sans anévrisme et des sacs anévrismaux sans ossifications. Dans les cas d'ossification les anévrismes ne me paraissent se former qu'autant qu'il se dépose autour des squames osseuses cette matière jaune en forme de purée dont j'ai parlé plus haut (§ 1077), et qui, en écartant l'une de l'autre les tuniques interne et moyenne de l'artère, favorise
singulièrement la dilatation du tube artériel quand Ja première a été détruite ou rompue.
§. 1095. On a attribué à l'ossification des artères deux maladies très- graves , savoir, la gangrène sénile et l'angine de poitrine.
Quant à la première, je pense qu'elle tient à une cause plus générale et pour ainsi dire plus relevée, à l'atonie des systèmes nerveux et circulatoire.
L'angine de poitrine a été attribuée par des auteurs anglais1 à l'ossification des artères coronaires ^ et cette opinion a été embrassée par plusieurs médecins allemands et italiens , mais on ne pçut admettre cette étiologie, si on réfléchit que cette ossification existe souvent sans angine de poitrine et l'angine de poitrine sans ossification ; observation que nous avons pu constater plusieurs fois. Toutefois je ne veux pas nier que cette maladie, consistant dans un spasme du cœur excité par une cause arthritique , ne puisse déterminer un travail nutritif irrégulier dans les parties fibreuses de ce viscère , et produire l'ossification soit de ses valvules, soit de ses artères ; mais alors cette ossification est l'effet et non la cause déterminante de l'angine de poitrine.
1 Fothergill , Lond. med. obs. and inquir ; t. 5 > p. 129. Haberden, Transact. ofthe soc. of phjs. of Lond.] t. 2, p. 4^. Parry , Incj. into the sympt* and cas. of the syncop. angin» Bath, 1800.