CHAPITRE VIII
Du ramollissement des artères, ou de Vartério-* malade.
§. i 096. Dans ce genre d'altération, directement opposée à celle que nous venons de décrire, les parois des artères perdent leur ténacité, leur force élastique, leur densité et leur cohésion normale, soit dans toute leur épaisseur, soit dans leur tunique interne seule; elles deviennent molles et même friables, tantôt avec raréfaction , boursouflement ou engorgement de leur tissu, tantôt sans cette disposition. L'artériomalacie dépend donc de plusieurs états particuliers, que nous allons examiner succinctement.
§. 1097. Commençant par la membrane interne, nous dirons qu'on l'a vue réduite à un état demipulpeux et de friabilité remarquable ; de telle sorte qu'elle pouvait être aisément séparée de la tunique moyenne , en la raclant simplement avec le dos du scalpel. J'ai remarqué cette disposition dans les artères appartenant à des organes profondément altérés dans leur texture , par exemple à des matrices de femmes en couches attaquées de putrescence, à des reins entièrement érodés , à des rates réduites en pulpe (splénomalacie), et sur des artères comprises dans des masses rétro-péritonéales. D'autres fois cette tunique interne, au lieu d'être ramollie par une espèce de fonte , l'est par un boursouflement spongieux, qui produit de véritables végéta-
AtfATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 56g
tions obstruant les vaisseaux : on en a vu dans l'artère innommée dans l'étendue d'un demi-pouce, et, réduisant le calibre de cette artère au tiers de sa dimension naturelle. On a vu ces végétations s'étendre dans les artères carotides et sous-clavières d'un sujet qui, dans les deux ou trois dernières années de sa vie, avait éprouvé deux ou trois syncopes, lesquelles s'étaient dissipées promptement. Ces végétations, quoique rétrécissant considérablement les vaisseaux , étaient par leur mollesse susceptibles d'être déprimées. ,
§. 1098. Quant aux parois des artères, considérées dans toute leur épaisseur, elles sont tantôt ramollies, sans être tuméfiées, et tantôt raréfiées, boursouflées et infiltrées de sang.
Dans le premier cas l'artère est d'une texture tendre, délicate et friable. C'est dans cet état qu'on les trouve dans l'intérieur des masses encéphaloides ? dans le voisinage des os attaqués d'ostéosarcose et d'ostéomalacie , autour des articulations affectées de cette espèce de tumeur blanche très-maligne dont il a été question plus haut (§.874).
Dans le second cas les parois des artères sont véritablement changées en un tissu spongieux semblable au corps caverneux de la verge ; le sang en sort par une infinité d'ouvertures lorsqu'on les coupe en travers. J'ai vérifié l'existence de ce changement d'organisation sur des artères des membres. Je trouve consigné un cas semblable dans le Journal de mé-
1 Arch. gén.} t. 8, p. 6qo.
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decine, de chirurgie et de pharmacie1. C'est l'artère radiale qui l'offrit. Elle présentait à sa partie inférieure une tumeur formée par la désorganisation de ses parois dans deux pouces de son étendue. Incisée sur le vivant , elle saignait beaucoup ; examinée après son extirpation, elle consistait en une masse spongieuse, infiltrée de sang.
§. 1099. On conçoit aisément que dans des artères ainsi altérées par ramollissement partiel, surtout quand c'est par une espèce de fonte que ce ramollissement a eu lieu, les parois du vaisseau ne sont plus en état de résister à l'abord du sang; mais qu'en lui cédant elles se dilatent et constituent des poches, dont il sera question bientôt. On conçoit aussi qu'une certaine friabilité étant donnée, rien n'empêche que le vaisseau ne se rompe sous l'impulsion du sang. La même chose doit arriver lorsque l'artère a été rongée et amincie par l'effet d'un ulcère , ou usée par des squames osseuses ou par la matière en forme de purée déposée entre ses tuniques. Sur le cadavre d'un jeune nègre , mort subitement après une toux insignifiante, on trouva que l'aorte ossifiée et ulcérée s'était rompue immédiatement après son origine; cette rupture était d'environ six lignes2. Des exemples nombreux que je pourrais citer viendraient à l'appui de ce fait, qui au reste n'a pas besoin de preuves.
i Rédigé par Corvisart, Leroux et Boyer. Vendéia. an iij
2 Rev. méd. ; t. 23 , p. 3 1 8.
§. 1100. Cependant il est des cas qui démontrent que les artères sont susceptibles de se rompre sansaltération préalable de leur tissu. Un maçon , tombant d'un échafaudage de quarante pieds de haut, mourut une heure après dans un état d'insensibilité parfaite» A l'ouverture du cadavre on trouva, outre de nombreuses fractures, une déchirure de neuf lignes d'étendue dans toutes les tuniques de l'aorte à la partie concave de la crosse, vis-à-vis l'origine de l'artère sous-clavière gauche, sans que ces tuniques présentassent la moindre lésion de texture, soit à l'endroit de la déchirure, soit dans toute l'étendue du vaisseau.1 J'ai cité dans un autre ouvrage2 l'exemple d'une femme accouchée depuis huit jours, qui, après une querelle avec d'autres femmes, mourut subitement d'une double rupture à l'artère aorte, consistant en deux fentes longues de six à neuf lignes, et intéressant toutes les tuniques de l'artère, dont rien ne démontrait l'altération avant cet accident.