‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 19 sur 38 · LITRE · texte numérisé non relu

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rationnel d'expliquer les altérations organiques par les lois de la vie dans l'état de santé, que de créer une nouvelle physiologie pour l'état pathologique.

§. 494. On objectera peut-être qu'il y a trop de disparité entre les organes naturels et les substances qui désorganisent les parties, pour qu'on puisse , sans une sorte de témérité, mettre sur la même ligne le cerveau et l'encéphaloïdes , la graisse et la matière tuberculeuse, etc.

Je conviens de ces différences ; mais ne portentelles pas plutôt sur la matière elle-même que sur le travail qui a présidé à sa formation? or, c'est précisément de ce travail qu'il s'agit pour le moment. Assurément les forces organiques n'opèrent pas dans l'état de maladie d'après d'autres lois que celles qui les régissent dans l'état de santé, seulement elles agissent avec moins de régularité, et les produits pathologiques sont, comme les organes eux-mêmes, des êtres sui gêner is ; un tubercule ressemble toujours à un tubercule, et jamais à un corps fibreux, comme un thymus ressemble toujours à un thymus , et jamais à un muscle. Nul doute que le développement des tissus primitifs ne se fasse d'une manière plus constante et mieux déterminée que celui des produits accidentels , soit homoéoplastiques, soithétéroplastiques : tout est régulier dans les premiers , tout est irrégulier dans les seconds; tout se fait d'après des conditions physiologiques dans les uns, tout d'après des conditions pathologiques dans les autres. Mais, cette différence à part, on peut établir en thèse générale, que le travail plastique produit,

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augmente et remplace la matière animale; qu'incessamment en action, il compose et décompose les organes : les irritations et les inflammations peuvent à. la vérité le troubler clans sa marche; mais ce n'en est pas moins par sa seule puissance quil change Ja texture des parties et qu'il les désorganise.

Telle est, selon moi, la théorie de la formation des substances nouvelles; essayons de préciser les conditions sous lesquelles elle s'opère.

§. 495. En parlant de la formation des tissus nouveaux homoéoplastiques , nous avons reconnu : 1 .° une matière animale , 2.0 une force, d'organisation ( §. 596 ). Les mêmes élémens se retrouvent dans le développement des substances hétéroplastiques, avec cette différence, que la matière animale , au lieu de se convertir sous l'influence de la force plastique en tissu cellulaire, en membranes, en vaisseaux, etc. ; au lieu d'être, en un mot, euplas*tique , est en disharmonie avec les tissus normaux : elle est ennemie de l'économie animale, qu'elle finit par altérer et corrompre. Ce sont ces qualités délétères qui m'ont engagé à lui donner le nom de cacoplastique \. La présence de cette matière fait le caractère fondamental de toutes les dégénérescences; elle résiste à tous les efforts de la force vitale pour l'assimiler au reste de l'économie : une fois formée, elle passe par divers degrés d'altération étrangers à la matière euplastique; il est de son essence de tendre constamment à se ramollir et à se liquéfier. Ce dernier

! De HAKoç-) mal, mauvais; et 7rX<x,Tlç , formation.

phénomène, dont on a cherché la solution avec des efforts dignes d'éloge, s'explique naturellement, si on le considère comme un attribut de la matière cacoplastique : ne recourons donc plus, pour nous en rendre raison, à des causes hypothétiques, à des inflammations ou à des sub-inflammations dont rien n'établit l'existence, ou à des gangrènes qui ne sont pas mieux démontrées. S'il paraît difficile de concevoir un ramollissement spontané, je demanderai si l'on conçoit mieux une solidification spontanée? Pour moi, j'avoue que j'ai toujours été surpris qu'on s'appliquât à découvrir les causes du ramollissement des tubercules, tandis qu'on négligeait, de rechercher comment la matière animale se change en vaisseaux, se transforme en dents, se convertit en poils?

§. 496. Le tubercule, la substance lardacée, le fongus médullaire, etc., après être restés pendant un temps plus ou moins long dans un état de sommeil, deviennent le siège d'un travail particulier qu'on a appelé éliminatoire, et qui, suivant les auteurs, a pour but de rejeter de l'organisme les substances hétéroplastiques. Je croirais plutôt que par ce travail la nature fait des efforts pour assimiler ces substances aux organes et les convertir en tissus homogènes; elle épie le moment qui lui paraît le plus favorable, celui où par la tendance naturelle qu'elles ont à se ramollir, elles se laissent pénétrer plus facilement de vaisseaux et de sang : mais ses efforts sont infructueux; ni le tubercule, ni la concrétion lardacée, ni le squirrhe, ni le fongus mé-

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dullaire , ne s'organisent jamais en tissus naturels.

§. 497. Une autre raison de cette diversité de résultats est l'état du système organique général, qui n'est pas le même dans l'iiomoéoplasie que dans l'hétéroplasie. Dans celle-ci, la maladie envahit à la fois plusieurs organes , des appareils et des systèmes entiers; la première n'est qu'une affection locale, et influe peu sur l'économie : dans l'une , la maladie , quoique extirpée par le secours de la chirurgie, est sujette à se reproduire; dans l'autre, elle est éliminée pour toujours. D'où provient cette différence? de ce qu'il y a diathèse morbide dans l'une , non dans l'autre. C'est cette cacoplasie qui , tantôt primitive , tantôt consécutive à l'affection organique , rend le plus souvent infructueux les traitemens les plus rationnels. Aussi voyez avec quelles faibles armes on attaque les tubercules, le squirrhe, le fongus médullaire, lorsqu'on ne voit dans ces maladies que des lésions locales. Au contraire, en opérant sur toute l'économie , en agissant d'une manière continue sur le travail nutritif, soit en développant toutes les ressources de l'hygiène, soit en employant les médicamens les plus propres à opérer sur la composition élémentaire des parties , soit , enfin , en provoquant des révolutions salutaires, on obtient parfois des cures inattendues.

§. 498. J'admets donc deux sortes de matières animales dans la production des maladies organiques : i.° l'une, euplastigue, qui a une tendance marquée à la solidification et à l'organisation; i? l'autre, cacoplastique , disposée au ramollissement et à la

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désorganisation. L'une et l'autre sont soumises à l'action de la force formatrice : dans l'une, cette force réussit à former des tissus homologues; dans l'autre, elle est insuffisante.

Toutefois je ferai remarquer ici que le ramollissement n'appartient pas exclusivement à la matière hétéroplastique; il peut aussi se rencontrer dans les tissus naturels, par exemple, dans les muscles, les membranes muqueuses, le cerveau, etc. On s'est évertué dans ces derniers temps pour rattacher m phénomène à l'irritation inflammatoire : on a voulu trouver quelques traits de ressemblance entre l'état d'un organe enflammé et ces points ramollis, macérés et usés de l'encéphale, de l'estomac, de la rate, etc. Je ferai voir plus tard qu'une diminution de la force vitale dans un endroit circonscrit , est la cause première de ces désordres; que le défaut ou l'anomalie de nutrition en est la conséquence, et que le ramollissement et la destruction du tissu est uniquement la suite de ce dernier.

§. 499. Après avoir considéré les substances hétéroplastiques dans leur état de simplicité, il convient de considérer un instant leurs complications. Dans plusieurs cas, en effet, les substances homoéoplastique et hétéroplastique se confondent pour en produire une troisième. Nous avons vu que dans le squirrhe, lorsqu'il passe à l'état de cancer, des vaisseaux sanguins s'y développent; c'est ce qui a lieu plus manifestement dans le fongus médullaire. Les masses que j'ai nommées dissimilaires , nous présentent réunis un certain nombre de produc-

lions accidentelles, des kystes liydatoïdes, de la graisse, etc. Mais dans tous ces cas le travail de la nature ne produit pas encore un tout homogène.

Dans d'autres circonstances on observe que les substances hétéroplastiques deviennent semblables à quelques égards aux tissus homoéoplastiques. Ainsi quelques-unes semblent tenir le milieu entre la substance lardacée et le tissu fibreux ; mais elles ne sont pas, comme ce dernier, susceptibles de se transformer en tissu cartilagineux ou osseux. On dirait que la nature a fait effort pour changer la substance hétéroplastique en substance homoéoplastique , et qu'elle a du moins réussi à lui imprimer le cachet de cette dernière. Je désignerai ces masses , difficiles à caractériser, par les noms de sarcomes ou tumeurs charnues : je rangerai aussi parmi les productions morbides indéterminées, et qui semblent tenir à la fois de l'homoéoplasie et de l'hétéroplasie , les polypes des fosses nasales, des sinus maxillaires, de la vessie, de l'intestin rectum, de la matrice, du vagin. À la vérité, les polypes appelés muqueux ne paraissent consister que dans le boursouflement du tissu des membranes muqueuses ; mais la plupart des autres sont formés d'une substance particulière nouvellement développée : tels sont ceux qu'on a nommés , à raison de leur structure , polypes vésiculeux , fibreux, spongieux, sarcomateux. A la rigueur, toutes ces espèces de polypes pourraient être rangées parmi les productions homoéoplastiques ; mais comme quelques-unes de ces espèces sont susceptibles de ramollissement et même de dégénérescence

cancéreuse, j'ai préféré de les réunir toutes dans 11 classe des productions mixtes.

§. 500. Il existe encore une espèce de tumeurs qui doivent être rapportées à la même classe ; ces tumeurs ont leur siège dans la région dorsale, sur des adultes, et prennent parfois un accroissement prodigieux.

Les recueils d'observations chirurgicales en renferment beaucoup d'exemples. On en trouve un remarquable dans le Journal de chirurgie de Loder * ; la tumeur pesait quinze livres. J'en ai vu trois à notre hôpital civil, dont deux furent extirpées heureusement par feu M. Marchal, père, chirurgien en chef de cet établissement: elles étaient assises par une hase large sur les muscles trapèze et grand dorsal; lune d'elles pénétrait par quelques prolongemens celluleux entre les apophyses épineuses des vertèbres dorsales. Un troisième cas, que j'ai observé il n'y a pas Ion g -temps , est celui d'un commis négociant, âgé de vingt -neuf ans, d'un tempérament sec et bilieux: il entra à l'hôpital le 1 2 Février 1828, pour une tumeur située à la région lombaire de la colonne vertébrale, tumeur qui existait depuis deux ans. Cet individu s'était toujours bien porté durant son enfance : à l'âge de treize ans il contracta la malheureuse habitude de la masturbation, et s'y livra pendant quatre ans; sa constitution en fut très-affaiblie. A dix-huit ans une petite tumeur parut à la partie

1 Journal fur die Chirurgie , Geburtshiïlje und gerîchtl. An- «icili.j ister Bd. , S. 65.

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inférieure de la colonne vertébrale ; elle fut prise par un officier de santé pour un abcès ; il y plongea le bistouri , mais il n'en sortit qu'un peu de matière, semblable à de la graisse : bientôt après on pratiqua l'extirpation ; cette opération réussit, la plaie se cicatrisa en peu de temps. Dix ans après il parut au même endroit une seconde tumeur, qui, dans l'espace de huit mois, parvint à un volume très-considérable: la peau s'ouvrit près de l'ancienne cicatrice et s'excoria; il en suintait une humeur sanieuse assez abondante; plus tard il s'y forma des végétations fongueuses et mamelonnées. Parvenu à un état de marasme complet, le malade ne donnait aucun espoir de guérison. Au moment de son entrée à l'hôpital , son teint était jaune, le corps décharné, les jambes infiltrées , les glandes inguinales tuméfiées ; il y avait de la toux, fièvre lente, diarrhée, etc. Tous ces symptômes ne faisaient que trop présager une fin prochaine ; elle arriva en effet deux mois après sa réception à l'hospice.

Le cadavre, ayant été ouvert soixante-huit heures après la mort, n'offrait rien de particulier dans les organes intérieurs. La tumeur, objet d'un examen attentif, avait vingt-deux pouces de circonférence , six pouces de diamètre perpendiculaire , et six pouces et demi de diamètre transversal; son poids était de trois livres. Elle adhérait assez légèrement , et au moyen d'un tissu cellulaire lamineux, aux aponévroses des muscles grands dorsaux ; seulement ces aponévroses présentaient çà et là quelques inégalités ; un vaisseau assez considérable , sortant de l'espace

compris entre la dernière vertèbre lombaire et le sacrum , pénétrait dans la tumeur , qui elle - même était composée de trois à quatre lobes principaux, séparés par des scissures peu profondes, et formés d'une substance moitié dense et lardacée, et moitié cartilagineuse, sans aucun appareil de vaisseaux. A sa surface, et à l'endroit où la peau était excoriée, la tumeur était, comme je l'ai déjà dit, plus molle et plus fongueuse.

La moelle de l'épine était dans l'état sain, mais la dure - mère renfermait dans son épaisseur quelques plaques fibro- cartilagineuses (§. 378) de la grandeur d'une lentille. Quant à la colonne lombaire, le décubitus sur le ventre, que le malade avait été forcé de garder pendant long-temps, ainsi qtfe le poids de la tumeur, avaient courbé cette colonne en avant, et déterminé un léger degré de lordose. /

§. 501. Une tumeur dorsale du même genre a été enlevée avec succès sur un homme de soixante ans. Elle commençait à la dernière vertèbre cervicale et descendait jusqu'à la région lombaire. Sa circonférence était de deux pieds cinq pouces et demi, son poids de dix-neuf livres. Le malade l'avait portée vingt ans; deux fois elle s'était ouverte et avait fourni une abondante sérosité. Cette tumeur , non enkystée ? était formée d'une substance blanche et très-consistante, séparée en plusieurs lobes par des cloisons fibreuses ; sa surface présentait un grand nombre de ramifications veineuses , et des vaisseaux capillaires dilatés. A son centre se trouvait un énorme

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ibyer séro-purulent , dont les parois étaient de couleur noire et d'un tissu presque osseux.

Cette tumeur rentrait évidemment dans la classe des productions mixtes ou des masses dissimilaires,

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