‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 18 sur 38 · I PI · texte numérisé non relu

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d'un jaune paille ou de cire. Cette cachexie augmente beaucoup l'intensité de la maladie , lorsquelle se trouve unie à une diathèse cancéreuse préexistante à l'affection locale. Aussi est-ce particulièrement à l'époque où le cancer est ulcéré, et où les symptômes généraux se manifestent , qu'on voit survenir des tumeurs carcinomateuses dans diverses parties du corps.

Du Jbngus médullaire.

§. 458. Cette substance, qui n'a été étudiée que. dans ces derniers temps , exige un examen particulier. Les descriptions qu'on en a données, varient sur plusieurs points; on n'est pas d'accord sur sa nature , et en général il règne sur ce produit morbide une très -grande obscurité.

§. 459. On donne le nom defongus médullaire à une tumeur molle , circonscrite , d'abord élastique, puis fluctuante, contenant une matière semblable tantôt à du lard, tantôt à de la substance cérébrale, tantôt à de la bouillie , selon l'époque à laquelle on l'examine.

Ces tumeurs sont formées de différens lobes , unis par un tissu cellulaire très -fin, dans lequel on voit ordinairement de nombreux vaisseaux, dont les parois sont d'une extrême ténuité. La couleur de cette substance est tantôt blanche, tantôt grisâtre, tantôt d'un rouge foncé , et quelquefois même noire.

Cette maladie organique, très -susceptible d'accroissement, s'étend dans l'organe où elle a fixé soiâ

siège; peu à peu elle se convertit en un fongus extrêmement mou , d'un rouge foncé , singulièrement vasculeux, et qui saigne au moindre attouchement. Ses progrès sont surtout rapides dans la jeunesse, âge pour lequel elle a une sorte de prédilection.

La substance qui nous occupe a été désignée par plusieurs dénominations : elle a été nommée sarcome médullaire par Abernethy 1 ; encéphaloïdes par M. LaENNEC2; inflammation spongieuse par Burns3 j fongus hématode par Hey4? Wardrop 5 et Charles Bell 6 ; carcinome mou et spongieux par M. Roux 7 ; substance analogue à la laite de poisson par Moinro 8; fongus médullaire par M. Mau?stoir.9

§. 460. Tous les auteurs conviennent que cette maladie est une des plus graves qui puissent attaquer l'espèce humaine. Lorsqu'elle est située profondément, elle a une marche mystérieuse. Aucun organe n'est à l'abri de ses attaques ; à peine peut-on nommer un tissu , un appareil , un système , qui ne soit pas exposé à ses atteintes. Le plus souvent c'est le foie, l'épiploon, le mésentère, les glandes lympha-

1 Surçical observât. London , 1804 et 1816.

2 Dict. des Sciences méd. , art. Encéphaloïdes .

3 Lectures on inflammation $ vol. 1 , pag. 3o2.

4 Pract observ. on surgery. London, i8o3.

5 Observ. on fongus hemat. or soft cancer. Edinb., 1809»

6 Surgical observât.} part. 4>

7 Relation d'un voyage à Londres, en 1 3 1 4*

8 Morb. anat, oj ihe hum. gullel, etc. Edinb., 1811.

9 Mérn. sur les fongus médull. et hémat. Paris et Genève»

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tiques, les poumons, les testicules , la matrice, l'oeil, le cerveau, et enfin les nerfs. Elle se montre subies jeunes sujets, scrophuleux ou non. Quelquefois elle vient à la suite de violences extérieures , mais longtemps après l'accident; d'autres fois elle apparaît spontanément et sans cause déterminée. Dans l'un et l'autre cas il est difficile de ne pas admettre une disposition contistutionnelle qu'une circonstance fortuite n'a fait que développer.

L'action morbide qui constitue la cause prochaine du fongus médullaire, ne semble pas se propager le long des lymphatiques ; car on voit que ce sont souvent des glandes très - éloignées de la tumeur qui sont affeclées simultanément , tandis que les plus proches sont exemptes d'altération.

La maladie dure au moins quelques mois; elle peut subsister plusieurs années. Suivant Laennec, elle n'excite pas ordinairement de mouvement fébrile ; quand il en existe un bien marqué, il paraît dû à des circonstances accidentelles plutôt qu'au développement de la tumeur; celle-ci peut de même rester long-temps sans produire d'amaigrissement notable : l'hydropisie n'en est pas non plus une suite nécessaire ; mais elle survient assez fréquemment aux approches de la mort, surtout lorsque la matière cérébriforme a son siège dans le foie ou la matrice.

§. 461. Lorsque le fongus médullaire occupe la surface du corps, son développement est plus rapide; la tumeur cesse d'être uniformément arrondie, et , continuant à s'accroître, elle projette en dehors un ou plusieurs points de sa surface, et devient

inégalement bosselée. On observe en même temps que sa consistance diminue, principalement dans les points les plus saillans, qu'elle y est remplacée par cette mollesse élastique qui simule la fluctuation; que les veines cutanées deviennent variqueuses , et qu'après une inflammation érysipélateuse , avec lividité de la peau, celle-ci s'ulcère, et laisse écouler, par de très-petits orifices un fluide séreux. Cependant ces ulcères s'agrandissent, et il s'en élève des fongosités rouges et saignantes , ce qui constitue une forme secondaire de la maladie. C'est en raison de cette forme que des auteurs, qui ne l'avaient sans doute observée qu'à cette période avancée, lui ont donné le nom àefongus hémalode.

Cependant les fonctions les plus importantes s'altèrent, l'estomac rejette les alimens, les malades éprouvent quelquefois des douleurs atroces que rien ne peut calmer, les forces vitales déclinent; le feint est alors livide , terreux , d'autres fois d'un jaune brillant sui gène ris ; le pouls devient de plus en plus faible , il disparaît enfin , et le malade succombe.

§. 462. En examinant la marche du fongus médullaire , on peut y reconnaître trois périodes. Dans la première, la tumeur a la consistance des glandes conglobées ; la seconde est caractérisée par une plus grande mollesse ; la troisième comprend le ramollissement parfait , ou demi-liquéfaction, donnant aux doigts explorateurs la sensation d'une fluctuation. On pourrait admettre une quatrième période , celle de 1 ulcération des tégumens lorsque la tumeur est

située à l'extérieur. A celte quatrième période se montrent les végétations vasculeuses et tous les signes de la cachexie.

§. 463. La dissection du fongus médullaire fait voir qu'il est composé de trois parties distinctes : i.° de mailles ou cellules; 2.0 d'un parenchyme; 5.° de sang épanché dans son intérieur , ou infiltré dans son tissu, ou répandu à sa surface.

i.° Le tissu cellulaire qui constitue la trame de la tumeur, n'occupe qu'une très -petite place; il est mou et demi-transparent.

2° Le parenchyme se présente avec différens degrés de consistance. Dans la première période, celle de crudité , cette substance est plus ou moins transparente, assez dure, divisée en lobules nombreux, d'un aspect gras, semblable à celui du lard, sans pourtant contenir un atome de graisse. Dans la seconde période , cette masse est semblable à la substance du cerveau d'un enfant; elle est partagée en lobes par des scissures qui logent des vaisseaux dont les parois sont d'une texture très-mince et trèsdélicate. La troisième période , celle du ramollissement parfait, offre la substance parenchymateuse ayant la consistance d'une bouillie, analogue à celle d'un pus épaissi.

Entre la première et la seconde période , le fongus médullaire offre une nuance que les auteurs ne me paraissent pas avoir saisie; c'est- celle où la tumeur, quoique assez consistante, fournit, après qu'on l'a incisée, une matière comme laiteuse, qu'on n'obtient pas par la compression , mais en raclant avec

]e scalpel les surfaces résultant de la section. Oh ne distingue ni cellules ni vésicules qui eussent renfermé ce liquide. Cette disposition particulière du fongus médullaire lui donne à cette époque une sorte d analogie avec le thymus considéré chez le foetus. J'ai été à même de la remarquer sur les glandes bronchiques1 dune femme de soixante -neuf ans, morte de phlhisie pulmonaire, et dont la glande thyroïde , tuméfiée , était aussi convertie en matière cérébriforme. 2

5.° Le sang , qui constitue un des élémens du fongus médullaire, ne se trouve, suivant M. Mauivom, que dans les végétations fongueuses qui s'élèvent quelquefois avec tant de rapidité du sein des tumeurs ulcérées.

§. 464. Enfin, selon Laenpœc3 , la matière cérébriforme peut être, i.° enkystée, 2.° rassemblée en masses irrégulières non enkystées , 3.° infiltrée dans le tissu des organes.

Dans le premier cas , les kystes sont des membranes assez égales , dont l'épaisseur est au plus d'une demi - ligne ; leur couleur est d'un blanc grisâtre argenté ou laiteux : elles ont une demitransparence plus ou moins marquée, suivant leur épaisseur. La matière cérébriforme contenue dans ces kystes n'y adhère pas tellement qu'on ne puisse l'en détacher avec assez de facilité. Elle est ordinai-

1 Planche 9, fi§. 6, 7.

2 Planche i3, fig. 1.

3 Auscultât, méd.5 t. 1 , p. 3i3i

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rement partagée en plusieurs lobes par un tissu cellulaire très-fin, que l'on pourrait comparer à ces portions de pie-mère qui servent de conducteur à des vaisseaux très -minces.

Les masses cérébriformes non enkystées sont plus fréquentes que les précédentes : leur volume est extrêmement variable ; on en a trouvé d'aussi grosses que la tête d'un fœtus à terme , et d'aussi petites qu'un grain de clienevis. Elles se développent surtout dans le tissu cellulaire lâche et abondant des membres et des grandes cavités.

Quant à l'infiltration des organes par la matière cérébriforme , on la distingue des encéphaloides non enkystées en ce que cette matière forme des masses non circonscrites, et qu'elle s'y montre d'autant plus voisine de l'état de crudité qu'on l'examine plus loin du centre de ces masses. Elle présente en outre un aspect très-varié, par son mélange en diverses proportions avec les tissus organiques dans lesquels elle s'est infiltrée.

§. 465. Voici le résultat de quelques expériences cliimiques , faites au laboratoire de la Faculté de médecine , sur la matière formant le fongus médullaire.

Cette matière, examinée dans son premier degré savoir celui de crudité , traitée d'abord par l'eau froide, fournit un peu d'albumine et de gélatine ; traitée par l'eau chaude, il passa par le filtre une liqueur louche, qui, évaporée, donnait de la gélatine et un peu de phosphate de chaux. Par l'alcool chaud l'on obtint encore un peu de gélatine $ mais la majeure partie

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de la matière, restée insoluble dans feau et l'alcool, t présenta un aspect fibreux assez semblable à la fibrine ou au gluten. Aussi l'acide acétique gonflaitil considérablement ce résidu.

La matière cérébriforme , parvenue au second degré, fut traitée de la manière suivante : deux cents grammes , mêlés avec cent grammes d'eau distillée , formèrent d'abord un tout homogène : cette masse, chauffée, déposa une matière solide coagulée, insoluble dans l'eau, dune apparence spongieuse; elle était tenace, élastique, et tenait du caractère de la corne, mais elle était beaucoup moins dure. Ce même coagulum, pesant cent quatre-vingt-seize grammes, brûlé sur du charbon ardent, dégagea l'odeur de corne brûlée, et se comporta en tout comme l'albumine coagulée. L'eau restante ayant été évaporée à siccité, aucune partie ne se prit en gelée, et le tannin ne troubla à aucune époque de l'évaporation le liquide restant.

Toutefois la matière du second degré de l'encéphaloïdes n'était point du pus épaissi. Celui-ci, en effet, a peu de tendance à la putréfaction; il est susceptible de faire une émulsion avec l'eau : le muriate d'ammoniaque y fait naître un précipité , et la potasse concentrée le convertit en une gelée filamenteuse. Or tous ces caractères manquaient à la matière cérébriforme.

Il suit de ces expériences, que l'encéphaloïdes au premier degré est plus riche en gélatine , tandis que celui du second renferme beaucoup plus d'albumine,

§. 466. On n'a pas manqué de se livrer , sur l'origine du fongus médullaire, à des conjectures plus ou moins hasardées. D'après M. Maunoir, la matière cérébriforme n'est que de la pulpe nerveuse accumulée ou épanchée. Mais comment, , dans le premier stade de la maladie, reconnaître la pulpe nerveuse sous la forme d'une masse jaunâtre et solide? comment admettre que des filets nerveux, traversant cette tumeur, puissent fournir une aussi grande quantité de pulpe? D'ailleurs les dissections ont fait voir que dans beaucoup de cas ces nerfs n'éprouvent aucun changement dans l'intérieur du fongus médullaire: quelquefois, à la vérité, on les a trouvés rompus ; mais alors on rencontrait un ganglion à leur bout supérieur , lequel devait s'opposer à l'épanchement de la pulpe. Le bout inférieur n'offre d'ailleurs aucun indice de cette prétendue déperdition de matière médullaire. Il m'est arrivé une fois de trouver dans le centre d'un fongus médullaire, situé à l'aisselle et devant la clavicule", les cordons du plexus brachial ramollis, affaissés et privés de pulpe ; mais c'était évidemment parce qu ils avaient été altérés et usés par la matière demiliquide avec laquelle ils étaient en contact.

§. 467. Un des caractères les plus constans de cette maladie est, qu'elle se manifeste simultanément dans plusieurs endroits à la fois , et qu'elle repullule , après son extirpation , non pas précisément au même lieu , mais dans des parties , soit externes soit internes, plus ou moins éloignées du siège de la maladie primitive.

George Langstaff1 a rencontré, sur le même sujet, le lbngus médullaire dans les parois de la vessie, dans le poumon et dans le foie : celui de la vessie avait pris naissance dans la glande prostate. Sur un autre sujet le fongus médullaire existait simultanément dans l'utérus et dans le poumon : le même cadavre présenta de plus des calculs dans les veines de l'abdomen. Cet auteur rapporte en outre l'histoire d'un fongus médullaire à la cuisse , qui , d'abord extirpé , repullula bientôt après l'extirpation. On pratiqua l'amputation : le malade étant mort de consomption, on trouva à l'ouverture du corps un germe de fongus dans le moignon amputé, et de petites tumeurs, de même nature, dans le foie et îe poumon. William Lawrence, dans des remarques ajoutées à ces observations, cite le cas suivant : Un fongus de l'aisselle ayant été extirpé, il s'en forma bientôt un grand nombre d'autres , sous la peau de la cuisse et de la nuque. L'examen du cadavre fit voir que ceux de la cuisse résidaient dans les muscles , et qu'il s'en trouvait aussi dans le poumon , dans le foie , et même dans la substance du cœur. Dans un autre cas , où le testicule avait été le siège de la maladie, on rencontra une semblable masse fongueuse sur la colonne vertébrale, derrière l'aorte et la veine cave, et plusieurs autres, petites, dans le poumon et le foie.

§. 468. Un exemple analogue s'est présenté à

i Med.'tc. chirurg. transact. ,' vol. S, p. i . — Sahburg. med. chir. Zeilung; 1818 , N.° i6, S. 2^6.

mes recherclies dans le courant de Tannée 1821. Un homme de soixante - quinze ans, d'une taille élevée, affaibli par une maladie qu'on disait durer depuis plusieurs mois , entra à l'hôpital civil : il était tourmenté par une dysphagie, qui ne lui permettait pas d'avaler la moindre chose ; il portait en outre, à la partie supérieure et antérieure de la cuisse droite, une tumeur grosse comme la tête d'un enfant à terme , complètement indolente et sans altération à la peau. Cet homme mourut de suffocation peu de jours après son entrée à l'hospice. L'examen de la tumeur de la cuisse montra qu'une expansion du fascia lata la recouvrait immédiatement, et lui fournissait une espèce de kyste ; sa surface présentait un aspect mamelonné, analogue à celui des circonvolutions du cerveau ; sa base reposait sur les vaisseaux et les nerfs cruraux. En haut elle touchait au ligament de Poupart : son poids était de deux livres sept onces 5 son diamètre vertical de six pouces; le transversal de cinq pouces huit lignes. La plus grande partie delà substance qui formait cette tumeur, avait l'aspect et la consistance de la masse médullaire du cerveau : un tiers environ de la circonférence était rougeàtre et plus riche en vaisseaux sanguins. Une portion plus vasculeuse encore, située vers le centre de la tumeur , y prenait l'aspect des fongus hématodes. Les glandes inguinales et lombaires du même côtç, toutes celles qui sont situées devant la colonne vertébrale, étaient dégénérées en une matière semblable; en sorte que depuis Taine jusqu'à la première vertèbre du cou régnait une traînée de ganglions lymphati-

ques désorganisés. Ce qu'il y avait de plus remarquable , c'est que les amygdales , très - tuméfiées , étaient converties en la même substance cérébriforme.

§. 469. M. le docteur Aronsohn a bien voulu me communiquer le fait suivant :

Un homme de soixante ans, d'une constitution détériorée, tisserand de profession, ayant passé la moitié de sa vie dans des ateliers bas et humides, éprouva, à l'âge de cinquante -cinq ans, après plusieurs jours de vomissemens fréquens, accompagnés de mouvemens convulsifs , une apoplexie nerveuse , qui entraîna la paralysie de la langue et l'affaiblissement de la mémoire. Celle-ci revint peu à peu , et l'organe de la parole reprit aussi à la Ion-* gue ses fonctions , quoiqu'il restât quelque difficulté dans la prononciation.

Trois ans après cet accident , le sujet de cette observation commença à s'apercevoir que la déglu-? tition se faisait moins facilement, et qu'en respirant il éprouvait de la gêne. Cet état empirant, il consulta M. le docteur Willemin, et plus tard M. le professeur Cailliot. Ce dernier , en explorant le gosier du malade, trouva la glande amygdale droite considérablement tuméfiée; avec le seul secours de ses doigts, il put en détacher une portion du volume dune très-grosse noix, ayant tout-à-fait la consistance et l'aspect des encéphaloïdes. Plusieurs mois après, MM. Cailliot et Aroivsohn, qui virent le malade ensemble, trouvèrent l'isthme du gosier presque entièrement obstrué par les deux glandes

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amygdales tuméfiées. La partie antérieure du thorax de cet homme leur parut déprimée, sa cavité semblait rétrécie ; l'inspiration était difficile et lente , tandis que l'expiration, plus courte, faisait entendre une espèce de sifflement. Le malade se trouvait dans un état d'anxiété très-pénible à voir , il paraissait incessamment menacé de suffocation : le danger augmentait surtout la nuit , quand il était couché. Le corps était émacié, et la couleur du visage pâle et terreuse; mais les traits étaient à peine altérés par les efforts continuels que le malade était obligé de faire J30ur respirer. La déglutition s'exécutait avec difficulté, le pouls était très-faible, et les forces extrêmement abattues. Cependant ce malheureux continuait à se livrer au travail , et c'est après avoir tramé encore pendant deux mois une si triste existence , qu'il expira paisiblement et sans agonie.

A l'ouverture du cadavre on trouva les deux poumons adhérens en plusieurs endroits à la plèvre costale, et celui du côté droit hépatisé à son lobe inférieur.

Une tumeur inégalement arrondie, peu consistante , mais dans quelques points très-molle et riche en vaisseaux sanguins, ayant quinze lignes de diamètre transversal sur un pouce de hauteur , était située sur le cartilage aryténoïde : en l'abaissant on fermait complètement l'ouverture du larynx. A l'intérieur cette tumeur présentait la substance encéphaloïde, ferme et dure dans quelques points, et ramollie dans d'autres.

Une seconde tumeur de même nature, de quinze

lignes de diamètre perpendiculaire, sur six lignes de diamètre transversal, s'était développée à la base de l'e'piglotte du côté droit, et empêchait, par sa présence, l'abaissement de cette espèce de soupape.

L'amygdale gauche avait pris un développement très-grand, avec dégénérescence encéphaloïde. L'amygdale droite, moins grosse, présentait la même altération, ainsi que les ganglions lymphatiques des deux côtés du cou.

§. 470. Je vais rapporter encore un exemple de fongus médullaire , en l'accompagnant de l'histoire complète de la maladie.

Une femme âgée de vingt-un ans, bien constituée, et jouissant d'une bonne santé, fut prise, en 181 5 , d'une douleur au pouce gauche, après avoir soulevé un corps très -pesant. Trois ans après, on aperçut à la face palmaire du pouce , vers le côté cubital, une petite tumeur qui, restée stationnaire pendant un an, prit ensuite du développement. La malade commença à y ressentir une légère douleur lancinante. Au mois de Janvier 1820, elle accoucha d'un enfant bien portant, qu'elle allaita jusqu'à son entrée à l'hôpital, 8 Juillet 1820; à cette époque cette femme était très-amaigrie ; mais ses fonctions n'étaient point altérées ; sa physionomie portait l'empreinte d'une affliction profonde : c'était la crainte d'une grande opération chirurgicale qui préoccupait son esprit; crainte fondée sur le volume considérable que la tumeur avait acquis dans l'espace de trois mois : elle était de forme ovalaire , située à la face palmaire de laniain gauche, entre le pouce et le doigt indicateur;

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elle s'étendait, verticalement, du carpe à la tête du deuxième os du métacarpe , et transversalement du bord cubital de la main à l'articulation qui unit les deux phalanges du pouce. Ses dimensions étaient les suivantes : Plus grand diamètre , dans le sens longitudinal de la tumeur, depuis l'articulation des deux phalanges du pouce jusqu'à l'os pisiforme , cinq pouces ; diamètre transversal , s'étendant de la base de l'os métacarpien du pouce à l'extrémité supérieure de l'os du métacarpe de l'index ,- quatre pouces ; plus grande circonférence , quatorze pouces ; hauteur dans la paume de la main, trois pouces et demi. Du côté du pouce se trouvait le point le plus caillant ; il était formé par une protubérance de la grosseur de la moitié d'un œuf, et semblait superposé à la tumeur. Il y avait dans ce même endroit une escarre du diamètre d'un pouce et demi, produite par de la potasse caustique qu'un officier de santé y avait appliquée dix jours avant que cette femme n'entrât à l'hôpital.

Du côté du bord cubital, la tumeur offrait quelques éminences mamelonnées, de couleur bleuâtre, et molles au toucher ; le reste de la tumeur était ferme; la peau qui la recouvrait avait conservé sa couleur naturelle, excepté pourtant que son excessive distention lui donnait un aspect luisant : les veines de la partie supérieure de la tumeur et de tout l'avant- bras étaient variqueuses.

La malade avait conservé l'appétit , dormait bien , et souffrait peu. Cependant , dans la matinée du 8 Juillet, elle se plaignit de vives douleurs à la I. 38

main; ces douleurs augmentèrent clans la journée: à quatre heures du soir il survint une hémorrhagie foudroyante, qui occasiona, en très-peu de temps, une perte de deux à trois livres de sang; il s'échappait avec force, mais sans jet, par un grand nombre d'ouvertures, à l'endroit où avait été appliqué le caustique. La compression soutenue de l'artère brachiale arrêta l'hémorrhagie, à la suite de laquelle ]a malade se trouva très- affaiblie et très-souffrante. La nuit fut assez calme. Le lendemain matin , g Juillet, le membre fut amputé au-dessous du coude. Durant l'opération, il survint une forte syncope, quoique la perte de sang fût peu considérable. Dès l'après-midi la malade fut délivrée de toutes ses douleurs. Les premiers jours il y eut un peu de fièvre, le cinquième on leva l'appareil; le milieu de la plaie fournissait abondamment un pus louable. Vers le dixième jour, la plaie, dont les bords avaient toujours été maintenus rapprochés , offrait des bourgeons charnus, qui furent touchés avec la pierre infernale. Au quinzième jour les ligatures se détachèrent, et la plaie faisait des progrès rapides vers la cicatrisation. Une humeur rougeâtre et gluante suintait encore par une petite ouverture correspondant à riiumérus. Ce suintement cessa peu à peu; la cicatrisation fut complète le 19 Août, et la malade sortit bientôt de l'hôpital.

Les artères et les veines ayant été injectées avant l'examen anatomique du membre, les tégumens furent d'abord enlevés avec soin. Les muscles du pouce, très-amincis et distendus, formaient une espèce d'en-

veloppe à la tumeur. Cette couche musculeuse recouvrait un kyste très -dense, à la surface duquel rampaient les vaisseaux sanguins injectés. On pouvait également suivre les filets nerveux, qui, distendus et alongés par la tumeur, se rendaient à la paume de la main, sans pénétrer dans l'intérieur de la masse parenchymateuse. Celle-ci ressemblait au cerveau d'un foetus, quoiqu'elle fût plus dure et plus blanche dans quelques endroits ; tandis que dans d'autres elle était plus molle et plus injectée de vaisseaux.

Vers l'extrémité cubitale de la tumeur on rencontrait des mamelons qui renfermaient de petits sinus remplis de sang coagulé , et étaient entourés d'une aréole de vaisseaux sanguins très -déliés, très-nombreux, qu'on pouvait distinguer à l'œil nu. Au reste , toute la masse cérébriforme était comme partagée en loges ou compartimens par des cloisons fibreuses , placées toutes dans la direction perpendiculaire , et s'attachant à la face interne du kyste , dont elles paraissaient être des expansions. La plupart de ces cloisons étaient incomplètes , et sous ce rapport elles rappelaient les replis de la duremère. Au centre du fongus médullaire se remarquait une substance jaune, analogue à celle du cartilage , mais friable ; elle avait un pouce et demi de longueur, une ligne d'épaisseur, et était fixée sur une des cloisons , dont elle put être détachée avec facilité. La masse encép^haloïde ayant été successivement enlevée au moyen d'un filet d'eau qu'on laissait tomber sur elle, on vit distinctement quelle é^ait contenue dans les mailles innombrables d'un

lacis, dont les fils avaient la consistance des fibres tendineuses , et qui s'implantaient dans le kyste et dans les cloisons. Le kyste lui-même paraissait partir de la face palmaire du premier os du métacarpe, dont le périoste était décollé dans toute la longueur de l'os. î

Deux mois environ après sa sortie de l'hôpital r cette femme ressentit dans le moisnon des douleurs lancinantes, qui persévérèrent pendant trois mois; six mois plus tard, elle devint enceinte. Durant les premiers temps de sa grossesse , il survint au sein gauche une petite dureté , de la grosseur d'une olive , mobile , rénitente , mais n'offrant pas la dureté squirrheuse; elle demeura stationnaire et indolente. Du reste, cette femme, bien que d'une constitution détériorée, jouissait encore d'une santé passablement bonne, mais sa physionomie conservait toujours l'empreinte de la douleur.

Elle accoucha au mois d'Avril 1822 d'un enfant bien portant, qu'elle n'allaita pas. Dans le courant de l'été elle 'fut atteinte dune fièvre catarrhale rémittente , dont elle guérit bien. L'hiver suivant elle se plaignit souvent d'oppression de poitrine et de toux; ses forces diminuèrent, et au printemps 1825 elle fut prise d'une dyspnée, pour laquelle elle fut admise de nouveau à l'hôpital civil, où elle expira le 11 Mai, après plusieurs attaques d'hémoptysie.

Les poumons, séparés du cœur, pesaient neuf livres. Toute leur surface était parsemée de tuber-

i La planche 12 représente l'état des parties avant et après leur dissection.

cules encéphaloïdes, dont le volume yariait depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'un œuf.

La matière cérébriforme était en contact avec la substance propre du poumon : les plus gros de ces tubercules occupaient la face inférieure du lobe inférieur du poumon droit; ils étaient pyriformes. Les uns étaient plongés dans le parenchyme même du poumon; d'autres n'étaient recouverts que d'une couche mince de ce parenchyme: dans plusieurs, la matière médullaire était en contact avec la plèvre pulmonaire. Cette matière offrait dans tous le même aspect cérébriforme et la même consistance pultacée. Ces tubercules n'étaient point enkystés, et ne présentaient pas de cloison dans leur intérieur. Dans leurs intervalles, la substance du poumon était saine. Au lobe supérieur du poumon droit se remarquait une déchirure de trois pouces , qui pénétrait dans une caverne de près de cinq pouces de diamètre, remplie de substance médullaire mêlée à du sang coagulé , et faisant saillie à travers les bords de la déchirure. Il se trouvait, en outre, beaucoup de sang épanché dans la cavité thoracique du même côté.

Les deux poumons adhéraient en plusieurs points à la plèvre costale par des brides fibreuses. Les autres viscères n'offraient aucune altération.

On trouva dans la veine cave supérieure un tubercule médullaire gros comme une noisette : il était saillant dans la cavité du vaisseau, et couvert d'une pellicule mince. x

i Voy. TouTrage intéressant de M. Eugène Cailhot j sur

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§. 471. Je citerai, enfin, un dernier exemple, qui, confirmant l'existence simultanée de plusieurs encéphaloïdes chez un même individu , appuie l'opinion de ceux qui attribuent cette maladie à une diathèse générale.

Un garçon de dix ans fut frappé en jouant d'un léger coup de baguette à la partie droite de la tête. Huit jours après, il se manifesta sur le coronal , et du même côté, une tumeur indolente de la grosseur d'une noix. Un médecin consulté fît appliquer des cataplasmes émolliens; la tumeur prit un accroissement rapide, et atteignit bientôt le volume d'une orange : le même médecin , croyant y reconnaître de la fluctuation, l'ouvrit; il n'en sortit que du sang. Deux mois se passèrent , pendant lesquels l'enfant ne parut pas souffrir beaucoup; car il ne cessa pas de jouer avec ses camarades. Les parens ne pouvant le soigner à la maison, le conduisirent à l'hôpital dans le troisième mois de sa maladie. Je trouvai une tumeur très - volumineuse , occupant presque tout le côté droit du crâne, offrant à son sommet un fongus de la largeur d'une pièce de trente sous, résultat de l'incision qu'on avait pratiquée, et qui fournissait continuellement une sérosité sanguinolente. Le petit malade paraissait accablé : il dormait le plus souvent d'un sommeil comateux ; son visage était pâle et infiltré; les fonctions digeslives

r Encéphaloides , thèse soutenue à la Faculté de médecine de Strasbourg, le 26 Août 1823, et renfermant déjà la plupart des observations rapportées dans cet article.

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étaient languissantes. Quinze jours après son entrée à l'hôpital, il fut pris tout à coup d'un vomissement, après lequel il expira.

Voici ce que je trouvai à l'ouverture du cadavre : la tumeur était placée sur la partie latérale droite du coronal; elle s'étendait depuis la bosse frontale droite jusqu'à un pouce derrière la bosse pariétale du même coté, et depuis l'oreille jusques près de la suture sagittale ; elle était placée dans une direction transversale au-dessus du plan semi - circulaire du crâne. Sa hauteur était de dix-neuf lignes 3 sa forme, conique; au sommet de ce cône se voyait une ouverture de deux pouces de diamètre, qui donnait issue à une portion du fongus médullaire et à de la sérosité sanguinolente. Du reste, la peau qui couvrait la tumeur était intacte, elle en fut séparée avec la plus grande facilité ; en pratiquant cette séparation, on vit les rameaux des nerfs temporaux superficiels très -prononcés, s'étendant jusque vers le sommet de la tête ; ils n'étaient nullement altérés dans leur structure. Le tissu cellulaire qui se trouvait entre la peau et la tumeur était infiltré de sérosité.

L'inspection attentive de cette tumeur, dont le poids était de sept onces et demie , montra qu'elle était placée sous le péricrâne; celui-ci paraissait raréfié dans son tissu. On vit que toute la masse fongosomédullaire était en contact avec la surface osseuse elle-même; que celle-ci était inégale, raboteuse, et quelle offrait une infinité de petits filamens osseux, qui , comme des radicules , s'enfonçaient dans la masse médullaire. A la bosse pariétale on aperçut

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une fente , résultat d'une usure de l'os , large à pouvoir admettre un stylet ordinaire , et qui conduisait dans l'intérieur du crâne. Toute la surface des os sur laquelle était placée la tumeur, était hérissée de pointes et d'aspérités qui pénétraient dans la masse encéphaloïde.

Après que le crâne eut été scié, on découvrit, sur la face externe de la dure-mère, trois végétations fongueuses absolument de même nature que la tumeur extérieure, mais beaucoup plus aplaties. Cette membrane ne présentait d'ailleurs aucune trace d'inflammation ; sa surface interne était entièrement saine.

Le cerveau n'offrait non plus aucune altération sensible, si ce n'est une dépression à l'endroit où se trouvaient les végétations fongueuses de la duremère. La masse cérébrale me parut plus volumineuse qu'à l'ordinaire.

L'examen attentif de la tumeur principale fit voir qu'elle était formée d'un canevas celluleux, dont les lames étaient d'une densité et d'une ténacité assez grandes 5 qu'elle recouvrait à sa base une multitude d'aspérités, de lames et de filamens osseux qui partaient de la surface correspondante des os du crâne ; que le canevas lui-même était d'un blanc sale après sa macération dans l'eau ; mais qu'il renfermait dans ses mailles un fluide qui tenait le milieu entre la substance cérébrale du foetus et la matière puriforme, et dont la couleur était celle de la lie de vin rouge.

Les végétations de la dure -mère ressemblaient,

quant à leur substance, à la tumeur encéphaloïde extérieure , excepté qu'on y découvrait ça et là de petites vésicules livides, qui, écrasées par la pincette, faisaient jaillir avec force un sang noir et liquide. On aurait dit que ce sang était contenu dans de petites varices extrêmement distendues.

En ouvrant le bas-ventre , on découvrit une énorme tumeur rétro -péritonéale, fixée sur la colonne vertébrale et les piliers du diaphragme, enveloppant dans sa masse la presque -totalité du rein droit; touchant à la face concave et au bord postérieur du foie ; renfermant dans son épaisseur la glande surrénale désorganisée au point qu'il n'était plus possible de la distinguer : cette tumeur était formée d'un assemblage de glandes lymphatiques , changée^ toutes en masses encéphaloïdes d'une extrême mollesse, d'une couleur de lie de vin rouge, offrant de la fluctuation , et fournissant par l'incision une matière plus liquide que de la bouillie. Quelques-unes des tumeurs dont cette masse était composée, ayant été macérées et pétries entre les doigts , il restait une trame celluleuse, mais en moindre proportion et d'un tissu moins dense que dans l'encéphaloïdes de la tête.

Le rein droit était absolument intact; l'uretère, dilaté comme une grosse plume à écrire, était de couleur noire, mais sans altération dans sa structure; l'uretère du côté gauche avait la même couleur, quoiqu'il n'eût pas été atteint par la tumeur. Ces deux conduits, ainsi que la vessie, étaient remplis d'urine.

Toute cette masse était extrêmement adhérente à l'aorte; le duodénum était si fortement collé sur elle par ï>on bord postérieur , qu'ayant voulu l'en séparer , il abandonna des portions de ses tuniques externe et musculaire.

Les nerfs n'avaient point subi d'altération dans l'épaisseur de cette masse ; seulement les filets qui composent le plexus hypogastrique me parurent plus développés que de coutume ; il en était de même de ceux qui constituent le plexus spermatique. Le poids de toute cette masse, y compris les reins, les uretères et la vessie , était de trente onces.

La coexistence de ces deux encéphaloïdes montre assez que la maladie dépendait d'une diathèse, et que le coup de baguette reçu sur la tête , n'en avait été que la cause occasionelle. Je jugeai que la tumeur du bas-ventre était la plus ancienne, à raison de son extrême mollesse, comparée à celle de la tumeur de la tête.

Ni Tune ni l'autre de ces tumeurs n'avait produit des accidens aisrus et violens ; les fonctions de la digestion et de l'assimilation n'étaient pas même altérées- jamais l'enfant n'offrit aucun symptôme de pyrexie.

§. 472. Tous ceux qui ont écrit sur le fongus médullaire, et notamment les auteurs français, pensent que la diathèse générale à laquelle ils attribuent cette maladie, dépend du vice cancéreux, et considèrent la dégénération dont nous venons déparier, comme le dernier degré du cancer. C'est contre

ANAÏÔMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 44^

cette doctrine que s'est élevé M. Maujsoir 1 ; il lai combat par les raisons suivantes :

] .° Il n'y a point de rapport entre le tissu dur , incompressible , qui constitue le squirrhe. , et la substance cérébriforme , élastique et presque fluctuante , qui forme le caractère distinctif du fongus médullaire.

2.0 Le cancer a pour précurseur de ses ravages le squirrhe, qui confond en une masse homogène tous les tissus qu'il envahit. Le fongus médullaire semble plutôt détruire les parties en s'y insinuant et les comprimant.

3.° Le fongus médullaire attaque des organes où l'on n'a pas encore trouvé, jusqu'à présent, de véritable squirrhe, par exemple, le poumon, le foie, la rate , le cerveau.

4-° Le cancer est une maladie des personnes âgées ; le fongus médullaire est au contraire une affection de l'enfance et de la jeunesse.

Il y a, suivant M. Maujnoir, quelque analogie entre la constitution des malades scrophuleux et celle des individus attaqués de fongus médullaire ; mais il convient lui-même que celui-ci n'est point une dégénérescence scrophuleuse. Les tumeurs scrophuleuses , en effet , d'abord dures , renfermant ensuite une matière caséeuse , produit de la désorganisation , ne sauraient être confondues avec les tumeurs molles , élastiques et pulpeuses qui constituent les fongus médullaires. Ceux-ci marchent ra-

pidement vers une terminaison funeste, tandis que le danger est beaucoup moindre dans les affections scrophuleuses. '

§. 473. Je partage l'opinion du célèbre chirurgien que je viens de citer. J'ai traité une dame nouvellement accouchée, qui, par suite de causes morales , ne put allaiter son enfant. Bientôt ses deux seins s'enflammèrent , passèrent en suppuration et s'ouvrirent; mais (chose singulière), au Heu de pus , il sortait des différentes ouvertures des seins une matière molle , blanche , cérébriforme, qui les débordait sans s'écouler au dehors. Cette matière renfermait des vaisseaux aussi fins que ceux de la pie -mère; quelques-uns étaient superficiels, et je pouvais y observer, au moyen de la loupe , la circulation du sang. Cette même matière était d'une sensibilité si exquise , qu'on ne pouvait y exercer le plus léger attouchement sans occasioner des douleurs excessives ; aussi pour tout pansement était-on réduit à couvrir les ulcères avec cette sorte de couvercles ,de gomme élasticjue dont on se sert pour garantir les papilles excoriées des seins. Après huit ou dix jours , la matière cérébriforme s'affaissa et rentra dans les ouvertures , qui se cicatrisèrent. L'induration inflammatoire des mamelles se dissipa, et la dame, parfaitement guérie , est devenue mère de trois autres enfàns. Tous les médecins , ceux surtout qui cultivent l'anatomie pathologique , auraient

i Mausoir, 1. ci, p. 34a

pris celte maladie pour un encéphaloïdes ; mais s'ils eussent voulu lui attribuer une nature cancéreuse, comment auraient-ils expliqué sa guérison spontanée?

La cachexie cancéreuse a quelque chose de particulier, qu'on ne rencontre pas dans l'encéphaloïdes -? il est même assez fréquent de ne trouver dans ce dernier aucune trace de cachexie, de voir au contraire des malades conserver leurs couleurs naturelles et un état d'embonpoint assez prononcé. Telle était la personne dont M. Velpeau a décrit la maladie J ; tels étaient aussi plusieurs malades que j'ai eu occasion d'observer moi-môme.

D'ailleurs, en admettant que le cancer véritable détermine des dégénérescences cérébriformes, s'ensuit-il que celles-ci soient de nature cancéreuse? ne peut- il pas exister simultanément une dégénération tuberculeuse au poumon , des fongus médullaires au foie, et un développement du tissu fibreux dans la matrice , sans qu'on puisse en inférer l'identité de nature de ces trois altérations organiques? Le fongus médullaire me paraît donc être une substance aussi distincte et aussi spéciale que la tuberculeuse, la lardacée, etc. Je conviens, toutefois, que plusieurs de ces tissus morbides peuvent 5 par leur présence simultanée, se confondre tellement, qu'il est presque impossible de décider à laquelle de ces altérations il faut rapporter certaines

i Exposition tTim cas remarquable de maladie cancéreuse 3 p. 43. Paris . 1825.

maladies organiques. Cette dernière réflexion me conduit à parler de ces masses tuberculeuses que l'on rencontre assez souvent dans les cavités splanchniques , particulièrement dans le bas - ventre , et que dans ce dernier cas j'appellerais volontiers tumeurs rétro -péritonéales , parce qu'elles commencent toujours derrière la portion du péritoine qui tapisse les parois du bas-ventre.

§. 414. Ces tumeurs sont assises, soit sur la face antérieure du sacrum, soit sur celle des vertèbres lombaires; elles semblent prendre leur accroissement de bas en haut, et des parties postérieures vers les parties antérieures. 1

Quelquefois elles montent jusque vers l'estomac, passent sous le foie, s'engagent entre les feuillets du mésocolon transverse, embrassent le duodénum et le pancréas ; les glandes lymphatiques , placées dans cette région, sont enveloppées dans la même masse. C'est le parenchyme du pancréas qui résiste le plus long-temps à ce changement d'organisation, et c'est toujours par sa grosse extrémité ou tête qu'il commence à l'éprouver.

J'ai observé aussi que l'artère splénique et les filets nerveux qui l'enlacent , restent encore distincts et libres de toute compression au milieu de cette masse , tandis que la veine y est déjà confondue et comme étranglée , de manière que le sang n'y peut circuler que très - difficilement.

i La planche i3 présente, à la 2/ et la 3.e figure, une t-umeur de ce genre.

La rate et la capsule surrénale résistent assez long-temps au changement d'organisation dont je parle. Le foie est plus aisément envahi par la tumeur principale ; des tubercules analogues à ceux dont l'agglomération constitue cette tumeur, se forment dans l'intérieur de cet organe. Les masses rétro-péritonéales ont une grande tendance à se porter entre le foie et l'estomac. Arrivées dans cette région, elles soulèvent l'estomac , contractent des adhérences plus ou moins intimes avec sa petite courbure, se portent vers la paroi abdominale, et se font sentir au toucher dans la région épigastrique. On conçoit aisément qu'elles peuvent acquérir un volume énorme. Gajetano Tacconi en cite une * qui avait trente-quatre pouces de diamètre transversai, vingt-quatre pouces de haut 5 son poids était de trente - deux livres.

§. 475. Les raisons qui me portent à croire que ces tumeurs commencent sur la colonne vertébrale, sont : i.° qu'elles sont intimement adhérentes à cette partie du squelette; 2.0 qu'elle;- y sont d'un tissu absolument homogène, confondues avec les piliers du diaphragme ; 5.° qu'à mesure qu'elles s'éloignent des vertèbres, les lobes dont elles sont composées, sont plus distincts et même séparés par un tissu cellulaire plus ou moins lâche; 4.0 que les parties les plus éloignées de l'endroit que je suppose être le foyer de la maladie, retiennent, jusqu'à un certain point, leur organisation primitive; 5.° qu'en conséquence on peut, en quelque sorte,

1 Comment, acad. Bonon.- t. 5, part. 2, p. 8i.

suivre les traces du changement d'organisation , depuis la partie la plus reculée jusqu'aux parties les plus superficielles de la masse dégénérée ; celles qui sont plus près de la surface étant toujours dans un état d'altération moins avancé que les plus profondes.

L'accroissement de ces sortes de tumeurs ne parait pas lent, si l'on en juge par les progrès successifs auxquels est assujettie la portion située dans la région épigastrique , qui seule est accessible à l'exploration , et si l'on examine celles de ces tumeurs qui, tenant sans doute à la même diathèse, se manifestent dans des régions où elles ne sont couvertes que par la peau. \

C'est ainsi que sur un individu qui portait une masse rétro-péritonéale extrêmement volumineuse , une tumeur superficielle étant survenue au côté gauche du cou, cette seconde tumeur prit, dans l'espace de sept semaines, un volume tel que son long diamètre, parallèle à la direction du muscle sterno-cléido- mastoïdien, était de trois pouces et quart -le diamètre transversal de dix-neuf lignes, et son épaisseur de quatorze lignes : elle pesait trois onces et demie, et était en tout semblable à la tumeur abdominale principale. Je noterai comme une particularité remarquable que des glandes lymphatiques qui étaient adhérentes à cette tumeur , avaient conservé leur organisation primitive.

§. 476. Lorsque les masses rétro - péritonéales sont placées dans le voisinage des plexus nerveux, on observe qu'elles écartent les uns des autres les

filets qui les composent, et quelles finissent par les rompre.

J'ai disséqué avec soin une de ces tumeurs qui renfermait le commencement du plexus hypogastrique. La partie supérieure de ce plexus était totalement séparée de sa partie inférieure, de manière qu'il existait entre elles un intervalle de plusieurs travers de doigt. Cependant cette même partie inférieure n'était nullement altérée , ni dans son aspect , ni dans son tissu; elle n'était point atrophiée, et; ressemblait à un plexus parfaitement sain.

Dans une autre tumeur du même genre , occupant l'épiploon gastro- hépatique, et fortement attachée à la petite courbure de l'estomac, j'ai trouvé les cordons stomachiques rompus. Celui du côté droit était converti, à l'endroit de la rupture, en une sorte de ganglion longitudinal , dont sortaient trois à quatre filets nerveux totalement changés de nature, et dégénérés en une substance friable, analogue à celle qui composait la tumeur elle-même.

Le sujet qui m'a fourni cette observation était un homme de quarante - sept ans, il avait éprouvé subitement, le 29 Avril 1821, une violente cardialgie, qui dura huit jours. Ayant fait usage de quelques remèdes , tels que d'infusion de camomille , la douleur d'estomac se déplaça et se porta au dos e£ entre les épaules. Durant ces premiers huit jours, il n'avait pu se nourrir que de bouillons ; après les avoir avalés, il ressentait les plus fortes douleurs à l'épigastre. Bientôt une constipation opiniâtre et des coliques déchirantes vinrent remplacer les premiers 1. 39

+5o LIVRE I.

aecidens. Après sept semaines de souffrances inouïes, le malade mourut à l'hôpital dans un état de consomption.

§. 477. Ces tumeurs rétro- péri tonéales ont été désignées par quelques auteurs1 sous le nom de masses cancéreuses abdominales ? lorsqu'elles se trouvent dans le*bas-ventre : thorachiques , lorsqu on les rencontre dans la poitrine. Ces auteurs ont bien vu que ces masses prennent naissance sous le feuillet du péritoine qui revêt la paroi postérieure de l'abdomen et du bassin , et qu'elles soulèvent peu à peu cette membrane , s' étendant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Ils ont également observé qu'elles pénètrent assez souvent dans le parenchyme des viscères, dans le tissu des muscles et même dans celui des os; en un mot, dans toutes les parties avec lesquelles elles se trouvent en contact. Enfin , ils ont constaté que ces masses sont plus fréquentes dans l'abdomen que dans la poitrine : quant à leur siège précis dans cette dernière cavité, ils les ont principalement rencontrées dans le médiastin, aux environs de la première division bronchique, et sous la plèvre costale et diaphragmatique, etc.

Bayle et M. Cayol 2 prétendent que ces tumeurs sont composées de tissu squirrheux proprement dit et de matière cérébriforme ; que la réunion de ces deux substances fait , pour ainsi dire , leur carac-

i Bayle et Cayol, Dict. des se. méd. 2 p. 638, art. Cancer. •x Dict. des se. méd. 9 endroit cité.

AIMATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 01

tère essentiel, et qu'elle ne permet pas de les confondre avec une foule de dégénérescences simples ou composées , telles que les masses tuberculeuses , les corps fibreux ou fibro - cartilagineux , etc. Les portions cancéreuses, formées d'abord comme toutes les autres espèces de squirrhes , passent par différens degrés de ramollissement, et dégénèrent enfin en cancers ulcérés. Celles qui sont formées par la ma^ tière cérébriforme, sont remarquables par la ressemblance qu'elles ont avec des portions de substance cérébrale parvenues à un certain degré de ramollissement.

Un phénomène qui a paru digne d'attention, c'est qu'il se forme ça et là, dans ces masses, des épanchemens sanguins qui , d'abord circonscrits dans de petits espaces, s'étendent progressivement, se réunissent, et pénètrent quelquefois toutes les parties de la dégénérescence , laquelle ne présente plus alors, au lieu d'une matière cérébriforme, qu'un amas de caillots de sang ou de fibrine plus ou moins concrète , suivant l'ancienneté de la maladie.

§. 478. Telle est la description de ces masses abdominales et thorachiques. J'ajouterai qu'elles sont formées d'un assemblage de tumeurs dissemblables, dont les unes sont d'un tissu dense et glandifo raie-, les autres d'une substance* lardacée, les troisièmes d'une matière molle, pulpeuse, cérébriforme. De nombreux vaisseaux sanguins s'enfoncent dans les scissures qui séparent les lobes et les mamelons, dont ces tumeurs sont primitivement composées; du tissu

cellulaire les accompagne et unit entre eux les différens lobes. Lorsqu'on divise une de ces masses avec le scalpel , et qu'on examine les surfaces coupées, elles offrent l'aspect le plus varié, soit par la différence des substances, soit par leurs diverses colorations. Une partie de couleur rosée alterne avec une autre, qui est blanche, demi -transparente, ou de couleur de corne; vient ensuite un faisceau de vaisseaux sanguins, semblable à une longue mèche de cheveux; à celui-ci succède une bouillie d'un gris jaunâtre; à côté de cette dernière se voit un tissu graisseux d'un jaune clair , mais plus dense qu'à l'ordinaire , et pour ainsi dire squirrheux ; plus loin se présente une cavité remplie de sang caillé; dans un autre point on découvre une masse pulpeuse et noirâtre, etc. Quelquefois toutes ces substances sont bien distinctes , et chacune forme un lobe ou un mamelon circonscrit; d'autres fois, au contraire, elles se confondent les unes dans les autres et paraissent former une masse homogène.

Ces tumeurs ne sont point enkystées; mais seulement recouvertes d'une toile celluleuse fine; quelquefois elles empruntent pour tunique externe la membrane qui est en contact avec elles , par exemple, le péritoine, l'épiploon^ une portion d'intestin, la plèvre, etc. Ces mêmes tumeurs ne donnent point de signe de dissolution putride ; elles ne fournissent point d'ichor, ni aucune humeur acre et corrosive ; n'exhalent aucune mauvaise odeur : elles ont, au contraire, une apparence de vie et de santé relative. Quand on les manie quelque

temps entre les doigts , ceux-ci en deviennent gluans ; ce qui prouve qu'elles renferment une très- grande quantité de gélatine ou d'albumine.

Cette maladie organique n'est pas non plus accompagnée de symptômes aigus et violens,à moins <oielle ne tiraille et ne rompe des nerfs; en général elle n'occasionne d'autres accidens que ceux dépendant de son poids, de son volume et de la pression qu'elle exerce sur les organes et du trouble qu'elle apporte à l'exercice de leurs fonctions. Le marasme que ces tumeurs finissent par produire, est la suite inévitable de l'excessive augmentation de volume qu'elles acquièrent, et du travail nutritif, ou procédé vital de composition et de décomposition, qui s'accomplit dans leur intérieur.

C'est ainsi qu'est mort feu M. Hermann , professeur de botanique et de matière médicale à cette Faculté. Une tumeur énorme , de la nature de celles dont il s'agit , avait peu à peu rempli presque tout le bassin , et s'était élevée jusqu'à l'ombilic. Cette maladie, qui avait duré six mois , n'avait occasioné aucun symptôme aigu, aucune douleur; le malade put s'occuper d'objets scientifiques jusqu'au jour de sa mort, 1

§. 479. Quel tissu est le siège primitif de ces énormes masses? Si mes conjectures ne me trompent, c'est le système lymphatique et les glandes qui lui appartiennent; du moins ne se développent-elles que dans les endroits du corps abondamment pourvus des organes que je viens de désigner.

i Vila Hermanni, scripla à Th. Zaulh, Argent., j8oi.

Les tumeurs rétro- périt onéales pourraient être distinguées, à raison de leur siège primitif, en pelviennes et lombaires. Celles qui se développent dans la poitrine , pourraient être nommées tumeurs thorachiques rétro-pleurales. J'ai déjà dit que ces dernières étaient bien plus rares que les tumeurs abdominales.

La maladie organique que Boerhaave trouva sur le marquis de Saint -Àlban, et à laquelle il a consacré une description si vraie et si détaillée1, appartenait aux tumeurs thorachiques. C'était une masse du poids de près de sept livres, adhérente aux vertèbres dorsales et aux côtes , développée derrière le sternum et comprimant les viscères de la poitrine. Boerhaave la considérait comme un stéatome, qui, excisé, fournit une humeur laiteuse. Ce grand médecin nomme cette affection airox et rarissimus morbus; aujourd'hui on en connaît mieux la nature et le caractère.

§. 480. J'ai dit que les tumeurs dont je m'occupe dans cet article , se rencontrent particulièrement derrière la portion du péritoine qui tapisse la paroi postérieure du bas-ventre : on peut, néanmoins, en rencontrer de semblables entre cette membrane séreuse et les muscles abdominaux. Un pareil exemple s'est offert à ma dissection au mois de Janvier dernier. C'était une grosse tumeur que portait depuis longues années, dans l'épaisseur de la paroi ab-

x Atrocis rarissimicjue morbi hist. altéra. Herm. Boerhaave, Opéra omnia medica; in-^.° , p. fyio. Venet. , iy83.

ANAT0MIE pathologïqce générale. /pt)

Nominale , un vieillard , qui n'en était pas beaucoup incommodé , et qui succomba à une autre maladie, Cette tumeur , placée entre le péritoine et l'aponévrose des deux muscles transverses de l'abdomen, pouvait être séparée facilement de ces parties. Sa figure était irrégulièrement arrondie , et présentait à sa surface de nombreuses bosselures. Sa circonférence était d'un pied trois pouces ; son diamètre transversal de treize pouces et demi; son diamètre perpendiculaire d'un pied; son épaisseur de sept pouces, et son poids de dix-sept livres et demie. Elle était formée d'un nombre considérable de lobes ou de tumeurs secondaires arrondies, dont le volume variait depuis celui d'une noix jusqu'à celui de deux poings réunis. Au centre de ces lobes se trouvait une grande cavité irrégulière, remplie d'une humeur glaireuse, filante, jaunâtre, transparente, tout-à-fait analogue au blanc d'œuf. Les lobes eux - mêmes étaient de consistance variable : quelques-uns étaient assez denses, non fibreux; d'autres étaient plus mous ; un d'entre eux renfermait une cavité dont les parois donnaient naissance à de nombreuses végétations pédiculées, arrondies, multifides, parsemées de vaisseaux sanguins : ces végétations baignaient dans une humeur albumineuse. Cette énorme masse avait une enveloppe cellulo-fibreuse, dont -partaient des lames qui s'enfonçaient dans les interstices des lobes, et leur étaient assez adhérentes pour qu'on ne pût les en séparer au moyen du doigt ou d'un manche de scalpel. M. Alexandre Lauth, chef des travaux anatomiques de notre Faculté , qui

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a disséqué cette tumeur, et à la complaisance duquel je dois les détails que j'en rapporte, n'a pas pu s'assurer si cette enveloppe commune était de nouvelle formation, où si elle provenait du fascia transversalis. Quant à la composition chimique de cette tumeur, les expériences de M. Hecht, fils, ont montré qu'elle était de nature albumineuse.

§. 481. La substance des tumeurs que je viens de décrire n'étant ni tuberculeuse, ni lardacée, ni purement squirrheuse ou encéphaloïde, mais offrant un mélange de toutes ces substances à la fois, je crois devoir, à raison de cette structure composée, imposer à ces masses le nom de tumeurs dissimilaires.

De la mélanose.

§. 482. On appelle mélanose, d'après Laenneg ] , une production pathologique de couleur noire, et qui n'a point d'analogue parmi les tissus naturels. Comme les substances tuberculeuses et encéphaloides , la mélanose se présente dans trois états différens; savoir : celui de crudité, celui de ramollissement et celui de demi -liquéfaction. Dans le premier stade, cette production a une consistance égale à celle des glandes lymphatiques : sa couleur est noir foncé; son tissu, homogène, un

i Bulletin de la Société de l'école de médecine $ 1808, n.° 2- Auscultation médiate, t. i , p. 288.

ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 4^7

peu humide, opaque, offre un aspect fort semblable à celui des glandes bronchiques. Lorsque ce tissu pathologique passe au second degré, il se ramollit, laisse suinter par la pression un liquide roussâtre, ténu, mêlé de petits grumeaux noirâtres, quelquefois assez fermes, d'autres fois friables , mais qui, dans ce cas même, présentent encore quelque chose de flasque au toucher. A une époque plus avancée, celle de demi -liquéfaction, ces grumeaux, et bientôt tout le reste de la masse dont ils font partie, deviennent tout-à-fait friables , et ne tardent pas à se convertir en une sorte de bouillie noire.

§. 483. Les mélanoses , d'après les recherches du même anatomiste, peuvent exister sous quatre formes différentes : 1 .° sous celle de masses renfermées dans des kystes ; i? sous celle de masses non enkystées; 3.° sous celle de matières infiltrées dans le tissu d'un organe ; 4-° sous cen<e de matières déposées à la surface libre d'un organe, pour y former des couches plus ou moins épaisses.

i.° Les mélanoses enkystées sont de forme arrondie; leur volume varie depuis celui d'une aveline jusqu'à celui d'une noix. Leur kyste, qui est moins une membrane particulière qu'un tissu adipeux condensé x , a ordinairement une demi-ligne d'épaisseur, et adhère, au moyen d'un tissu cellulaire trèsfin , au parenchyme de l'organe dans lequel il se

i Breschet , Considérations sur une altération organique appelée dégénérescence noire ? etc, Journ. de physiol. expérim,^ par Magendie$ t. i, p. 354-

développe. Sa surface interne est assez lisse, quoiqu'elle adhère légèrement à la matière morbifique.

r>.° Les mélanoses non enkystées ont un volume qui varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un œuf de poule et au-delà : leur figure est irrtgulière , mamelonnée , et comparable tantôt à des baies de cassis ou à des mûres ; d'autres fois elles sont divisées en petits lobes , que sépare un tissu cellulaire plus ou moins abondant : elles adhèrent très-intimement aux parties dans lesquelles elles se Sont développées.

3.° Lorsque la matière noire s'infiltre dans le tissu des organes, elle se présente sous divers aspects, qui dépendent de la texture de la partie affectée, de la quantité de la matière morbide déposée, et du degré de consistance ou de ramollissement dans lequel se trouve cette même matière. Dans le commencement On aperçoit de petits points noirs, ou des stries de même couleur, répandues dans le tissu de l'organe affecté. A mesure que la maladie fait des progrès , ces stries augmentent en nombre et en volume ; le tissu naturel s'efface, et bientôt il disparaît entièrement. C'est ordinairement à cette époque que la mélanose commence à se ramollir.

4-° Quand la matière noire se dépose sur la surface des organes, elle se trouve ou dans le tissu des membranes propres cmi les recouvrent, ou sous ces membranes. Rien de plus fréquent que de rencontrer la plèvre et le péritoine teints en noir. Dans ces cas les membranes séreuses sont plus épaisses qu'à l'ordinaire. J'ai vu dans des hydropisies ascites

le péritoine avoir une demi -ligne d'épaisseur, et offrir à sa surface des inégalités, ou plutôt un aspect réticulaire , qui lui donnait l'apparence de l'intérieur du cœur ou d'une vessie à colonnes, dont les surfaces internes auraient eu une couleur brune ou noire.

Le tissu cellulaire sous-séreux des intestins offre très -souvent une couleur noire marbrée1; quelquefois aussi, dans l'hydrothorax, la matière noire se fixe sous la forme d'un tissu cellulaire floconneux, sur la surface interne de la plèvre costale. J'ai même vu des taches noires , semblables à celles des poumons des vieillards , dans l'épaisseur d'une fausse membrane nouvellement organisée, ainsi que sur des plaques osseuses dans les ossifications des artères. M. Breschet décrit également des fausses membranes mélaniques qui, tantôt consistantes et tantôt molles, presque difnuentes, coloraient fortement en noir la sérosité épanchée dans les cavités.

§. 484. La peau, le tissu cellulaire sous -cutané et sous -mu queux , le tissu cellulaire intermusculaire , les vaisseaux et les glandes lymphatiques , sont le siège de la matière noire : les nerfs sont plutôt entourés que pénétrés de cette matière. J'en ai trouvé assez souvent sur les nerfs cruraux des grenouilles que je soumettais à des expériences galvaniques, conséquemment dans l'état de santé le plus parfait de ces animaux. Parmi les viscères parenchymateux, ceux qui renferment le plus souvent les mélanoses ,

£ Planche 6, fig. 3.

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sont le poumon, le foie, le pancréas, les reins et les ovaires , où ils paraissent constituer une altération des corps jaunes : elles sont rares dans la rate, plus rares encore dans les autres organes spongieux ou érectiles. On n'en a point encore rencontré de bien prononcées dans la substance du cerveau et de la moelle de 1 épine. Une seule fois j'ai vu la mélanose sur la couche des nerfs optiques du côté gauche 1 , chez un homme de cinquante ans , mort dune apoplexie par épanchement sanguin dans l'hémisphère gauche du cerveau. Cette mélanose pénétrait à deux lignes de profondeur dans la substance cérébrale2, et me sembla résulter de la conversion de cette substance en matière noire. Le même individu portait de plus, entre la peau et le muscle grand fessier du côté gauche, une grosse glande lymphatique squirrheuse , qm renfermait dans son intérieur un petit corps mélané très-prononcé. 3

Les membranes synoviales et les cartilages des articulations n'ont pas encore présenté des méïanoses.

§. 485. On n'en avait pas non plus rencontré dans les os j mais un auteur anglais 4 a vu sur un sujet qui offrait un grand nombre de mélanoses répandues dans diverses parties du corps , le sternum , la partie antérieure des côtes , la plus grande

i Planche i4> %• «• a Même planche, fig. 2.

3 Planche 9, fig. 8.

4 Hàllidày, Lond, med.' reposa. 182 S.

partie des pariétaux et de l'occipital uniformément colorés en noir. Un autre exemple, que j'ai recueilli moi-même, est celui dune mélanose dans divers endroits du fémur gauche, laquelle coïncidait aussi avec plusieurs concrétions mélanées dans d'autres parties du corps, notamment dans le poumon et sur la région antérieure du cou l. Ce cas, extrêmement curieux , a été examiné avec le plus grand soin par M. Alexandre Lauth , et décrit dans une note enrichie de fîgur 3 dessinées par lui-même. M. Lauth ayant bien voulu mettre eette note à ma disposition , je vais en extraire les principaux traits. Une partie de la substance spongieuse du tiers inférieur du fémur était infiltrée de matière mélanée : d'autres mélanoses étaient adhérentes au périoste, d'autres, placées entre lui et la substance osseuse elle-même» Les mélanoses du cou paraissaient être enkystées j elles avaient une forme arrondie et bosselée ; la plupart étaient mobiles sous la peau : elles étaient formées d'un plexus veineux , provenant des veines voisines , qui se dilataient à mesure qu'elles approchaient de la tumeur. Tous ces vaisseaux, nonseulement ceux qui pénétraient dans les tumeurs , mais aussi ceux qui les formaient, étaient remplis d'une substance brune très-foncée, offrant, dans des filamens irrégulièrement entrelacés , une apparence d'organisation. Dans quelques veines la substance qui les remplissait était très-adhérente à leur tunique interne, et semblait continue avec leur tissu,

i Planche 14, fig. 3, 3* et 3**.

quoique celui-ci en différât par plus de consistance et par sa couleur blanchâtre. Indépendamment de ces tumeurs mélanées il en existait encore une trèsconsidérable , qui occupait le lobe inférieur du poumon droit. La matière qui y était contenue , était liquide, et aussi noire que l'encre de la seiche ; elle était infiltrée dans le parenchyme pulmonaire altéré et réduit en un tissu filamenteux. Cependant un examen scrupuleux apprit que ces filamens n'étaient autre chose que des vaisseaux artériels et veineux, baignant dans le liquide mélané, et en contenant aussi dans leur intérieur.

Cet exemple de mélanose a été recueilli sur le cadavre d'une femme de quatre-vingt-cinq à quatrevingt-dix ans, dont le corps offrait un exemple rare d'émaciation. Sa peau était brunâtre et rude au toucher. Au côté gauche de la poitrine se trouvait une excroissance de nature cornée, de près d'un pouce de diamètre , et qui s'élevait à trois lignes environ au-dessus du niveau de la peau.

§. 486. La matière noire elle-même est sans odeur et sans saveur très-marquée; elle est opaque, miscible à l'eau et à l'alcool : exposée à l'air ou plongée dans l'eau , elle se putréfie lentement et difficilement. La couleur qu'elle donne aux tissus ou aux mains , s'enlève aisément par le lavage : son analyse chimique a été faite par MM. Lassaignes et Barruel, Ce dernier , qui a fait ses recherches sur les mélanoses de l'homme, tandis que le premier a expéri* mente sur celles du cheval , y a trouvé trois matières grasses distinctes : i.° l'une soluble dans l'alcool à

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une chaleur modérée , et susceptible de se cristalliser en belles paillettes brillantes; 2.0 une autre substance, molle , non cristallisable , et soluble seulement dans l'alcool bouillant ; 3.° une troisième , liquide à la température ordinaire de l'atmosphère , ayant une couleur rougeâtre ; 4-° beaucoup de phosphate de chaux et de phosphate de fer. Des expériences faites par M. Hecht , fils J sur la matière noire retirée de la mélanose du poumon dont il a été question plus haut? s'accordent avec celles des chimistes d e Paris , et déposent également en faveur de son analogie avec le sang;

§. 487. Les mélanoses Ont été observées à tous les âges de la vie ; mais particulièrement dans la vieillesse. Cette maladie n'est pas propre à l'espèce humaine, on la rencontre sur le cheval, le chien, le chat, le lapin, la souris et le rat; mais principalement sur le premier de ces animaux.

§. 488. Cette affection, dit Laennec1, produit des effets généraux et des effets locaux. Parmi les premiers, le plus constant est la diminution graduelle des forces vitales , et une altération très* marquée dans la nutrition , d'où résultent un amaigrissement considérable, l'hydropisie du tissu cellulaire, et quelquefois celle des membranes séreuses. On a même observé que les mélanoses des organes les plus nobles n'excitent pas de fièvre continue bien marquée, ce qui pourrait aider à distinguer la consomption produite par les mélanoses du poumon , de la phthisie pulmonaire.

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§. 489. Quant à leur nature, les mélanoses sont encore, suivant Laennec1, une espèce distincte du cancer. Cette assertion est répétée par les anatomistes qui se sont livrés dans ces derniers temps à la culture de l'anatomie pathologique.

J'avoue que j'ai peine à me rendre à cette opinion. Quoiqu'il soit vrai que la matière noire se rencontre dans les parties frappées du dernier degré de désorganisation ; quoiqu'on la trouve parfois au centre de ces tumeurs rétro-péritonéales , dont il a été question dans l'article précédent; quoiqu'on l'ait observée dans des yeux entièrement carcinomateux , je ne puis voir, dans tous ces cas, qu'un dépôt accidentel de matière noire dans des masses pathologiques. Si cette matière constituait un des caractères du cancer, on devrait regarder comme cancéreuses toutes les parties où on la trouve déposée. Or, quel rapport y a-t-il entre les dégénérescences cancéreuses et la coloration en noir du péritoine , de la plèvre du péricarde ? Je ne sais si je m'abuse ; mais la formation de la matière noire me paraît être le résultat d'une stase de sang dans le réseau capillaire , et d'un changement chimique qui s'opère dans cette hu— meur, L'état dans lequel on trouve les poumons des vieillards, et surtout celui de leurs glandes bronchiques, semblerait, à la vérité, indiquer que les vaisseaux lymphatiques sont le siège de la substance mélanée; mais on abandonne bientôt cette idée, si Ton a égard à l'existence de taches noires, parfaite-

ment semblables à celles du poumon, dans les membranes séreuses, dans le parenchyme de plusieurs autres organes, par exemple, du foie; dans les artères ossifiées et dans les fausses membranes molles et presque pulpeuses. Ce dernier exemple est surtout concluant , puisqu'on sait que ces membranes sont dépourvues de vaisseaux lymphatiques, mais qu'elles renferment des taches sanguines et qui constituent le second degré d'organisation.

L'analyse chimique a montré l'analogie des mélanoses avec les collections de sang. On trouve , d'ailleurs, souvent la matière mélanée le long du trajet des vaisseaux sanguins. Combien de fois n'ai-je pas moi-même rencontré deux lignes noires le long des bords supérieurs et inférieurs des côtes , exactement dans la direction des vaisseaux intercostaux î J'ai vu aussi la matière noire infiltrée assez abondamment dans le tissu cellulaire sous -séreux , sans qu'il y eût eu aucun indice de diathèse cancéreuse chez les sujets qui me présentaient cette altération.

D'après les observations de MM. Breschet et Cruveilhier , confirmées par celles de M. Lauth , la matière noire a été trouvée dans des vaisseaux sanguins que le travail désorganisateur avait respectés. M. Treviranus S en faisant des expériences sur des grenouilles , et en interceptant la circulation par la destruction du cerveau et de la moelle épinière, par l'excision du cœur , par la ligature de cet organe , et par des moyens qui produisent l'asphyxie , a vu se

i Ueber den Einjiuss des JS ervensy stems auf den Blullauft p^ermischte Schriflen, \ster JSd. } S. i 1 4-

former, sous ses yeux , des taches noires , en manière d'étoiles , sur la surface de plusieurs organes , et notamment sur l'enveloppe de la moelle de l'épine > sur le névrilème , sur les artères vides de sang , sur les testicules et sur les poumons : mais non sur le foie , les reins et la rate. Considérées avec la loupe , ces taches étaient semblables à l'enduit noir de la choroïde, et on remarquait quelques vaisseaux qui paraissaient injectés d'encre. M. Treviranus déduit ce phénomène de la présence du carbone , qui , ne pouvant pas se dégager sous forme d'acide carbonique, s'était fixé dans le réseau capillaire, par la raison que l'influence nervexise suspendue avait ralenti et affaibli la respiration et la circulation du sang.

§. 490. Je me range donc à l'avis de M. Breschet, d'après lequel les mélanoses ne sont formées que par du sang qui a éprouvé une certaine altération, et je pense, comme lui, que ce sang est déjà changé dans les vaisseaux eux-mêmes, qu'il est déposé dans le tissu des organes par une sorte de sécrétion analogue à celle de la matière noire de ïa choroïde et de la peau du nègre ; mais j'ajoute, que l'influence nerveuse , suspendue ou affaiblie , a une certaine part à cette altération de sang; d'où je conclus que la mélanose n'est point un produit pathologique sui generis , mais une simple coloration en noir, tantôt d'un tissu sain, tantôt d'un tissu altéré, et tantôt, enfin, d'un tissu accidentellement développé , tel que le tissu lardacé , le cancéreux et le cérébriforme , et que c'est par erreur que Laennec en avait fait un tissu particulier

Considérât ions générales sur Vhétéroplasie.

§. 491. Après avoir décrit en particulier les diverses substances hétéroplastiques , je vais présenter quelques considérations générales sur le mécanisme de leur formation.

Je ne m'arrêterai pas à discuter les opinions des anciens sur le mode d'origine de ces substances; la médecine humorale y jouait un rôle trop exclusif ; ils ne voyaient qu'obstructions , matières épaissies , puis ramollies par une fermentation intérieure , etc.

Plus tard on admit l'activité de certains virus, ou de certains agens spécifiques, qui, attaquant particulièrement le système lymphatique , en changeaient les propriétés vitales , et altéraient le fluide qu'il est destiné à conduire. Aujourd'hui qu'on a donné une grande attention a l'examen des différens tissus dont se compose le corps animal , on s'est appliqué à déterminer quel est celui que chaque altération choisit préférablement pour son siège, et à signaler l'acte morbide qui produit ces altérations.

Il paraît qu'on s'accorde assez généralement à regarder comme siège de toutes les dégénérescences hétéroplastiques, les parties riches en capillaires blancs ou lymphatiques, et à admettre, comme agent principal de leur formation , l'inflammation chronique du tissu qui compose ces parties. M. Brolssais l

1 Broussais, Examen des doctrines médicales 5 t, 1 . propositions 179. i8o; 184, 188, 195.

y ajoute l'espèce d'irritation qu'il appelle sub- inflammation. C'est ainsi qu'il pense que les sub-inflammations commencent l'ouvrage en produisant des engorgemens cellulaires avec dureté et dégénérescence de la graisse et de la lymphe, et que l'inflammation l'achève en y faisant naître les encéphaloïdes, les mélanoses, les squirrhes, les cancers- en un mot, il n'y a point d'altération organique qui, suivant M. Broussais, ne puisse être produite par ces deux sortes d'irritations inflammatoires.

§. 492. Si on veut bien réfléchir sur tout ce qu'on observe dans le développement des substances tuberculeuses , lardacées , squirrho - cancéreuses , etc. , on ne peut s'empêcher d'y reconnaître un travail physiologique, une action particulière, qui fait naître au milieu du tissu primitif une matière nouvelle. On est de plus forcé de convenir que ce travail est modifié et comme spécialisé dans la formation de chacune de ces substances ; autrement elles seraient toutes identiques. La question est de savoir si ce travail est une inflammation.

Je me demande d'abord , quelle fonction est immédiatement en jeu dans la formation des produits pathologiques dont nous parlons? évidemment c'est la nutrition moléculaire, puisque nous voyons ces produits, à peine apercevables dans leur origine , s'accroître à la manière des organes. Un tubercule à peine gros comme un grain de chenevis, acquiert, dans l'espace de quelques mois, le volume d'une noix; je remarque dans la substance cérébriforme un développement rapide, parce qu'elle est soumise

ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 4%

k un travail nutritif très-accéléré. J'examine maintenant si ce travail nutritif peut être accéléré sans le secours d'une phlogose : s'il en est ainsi, je n'ai plus besoin de recourir à ce nouvel agent; la cause prochaine , savoir , l'anomalie dans la nutrition , me suffit : lors même que je serais obligé d'admettre une inflammation, celle-ci ne pourrait être qu'une cause éloignée; car elle ne pourrait devenir productive sans mettre en jeu la force plastique; or, celleci peut éprouver, indépendamment d'aucun travail inflammatoire, divers degrés d'intensité, et tomber dans divers genres d'aberration. Tout ce qui tient au mode végétatif de la vie est soumis à de nombreuses variations, et les lois de l'irritation et de l'inflammation sont trop fixes , trop invariables pour se prêter à tous les écarts, à toutes les aberrations de la nutrition pathologique.

§. 493. La première molécule de chacune des substances hétéroplastiques , une fois déposée dans le tissu d'un organe, s'y développe et s'accroît, comme les organes eux-mêmes s'accroissent et se développent. Dans l'embryon la nature dépose une molécule de matière organique dans le tissu cellulaire qui répond au larynx; cette molécule se transforme peu à peu en corps thyroïde ; il en est de même lorsque le germe d'un corps fibreux est déposé dans le tissu de la matrice; il s'y développe et croît par un procédé vital tout semblable. Les organes primitifs et naturels se forment sans le secours d'une inflammation : il en est sans doute de même de ceux qui s'engendrent dans les maladies ; car il est bien plus

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