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IV. Concrétions intestinales, Bèzoards

% 507. Chez l'homme on rencontre dans les intestins, particulièrement dans l'iléon et le commencement du gros intestin, des concrétions formées d'un corps étranger encroûté de couches solides et cristallines. Tantôt ce corps étranger est une balle de fusil, un noyau de fruit; tantôt un fragment de bois, des grains de plomb, etc. ; tantôt du sang caillé ou une autre matière animale ou végétale arrêtée dans les intestins.

Le plus ordinairement ces concrétions sont libres , mais quelquefois elles adhèrent d'une manière très -intime aux parois du canal intestinal. Leur grosseur varie depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'une orange. La plupart du temps elles sont arrondies ou ovalaires ; mais quand il y en a plusieurs, elles sont usées, aplaties, éclatées dans plusieurs

i Lond. med.reposit. 1 8 18 , v. 12 , p. 35 i. — MeekePs deutsch, Ar chic fur die Phjs.; 6ter Band, S, 3a a.

ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. ^O

points, et même percées de trous; en général elles sont peu dures , friables et spongieuses.

Dans les animaux les calculs intestinaux sont fréquens : le cheval est particulièrement sujet à cette espèce de concrétion , qui acquiert parfois chez ce quadrupède un volume et un poids considérables. Le Muséum anatomique de notre Faculté possède un hippolilhe (on nomme ainsi le calcul intestinal du cheval) dont le poids est de neuf livres et demie.

§-. 508. C'est parmi les concrétions trouvées dans les intestins de quadrupèdes qu'il faut ranger les bézoards, qui ont joui anciennement d'une si grande réputation en médecine. Ils se rencontrent dans le&aniniaux les plus sauvages; on les distinguait en bézoards orientaux et en bézoards occidentaux. On attachait le plus grand prix à celui qui se trouve dans les intestins d'une espèce de chèvre des montagnes de l'Asie, et qui est connue sous le nom de Capra œgagrus de Linné.

§. 509. Toutes ces concrétions intestinales sont formées de couches concentriques régulières qui contiennent des cristaux lamelleux , ou aiguillés , ou spathiques. Celles de l'homme, examinées à la loupe, paraissent composées de fibres très -déliées, intimement mêlées et comme feutrées; leurs intervalles sont remplis par une substance terreuse. Les bézoards de l'homme présentent plusieurs couches ; il est rare d'en trouver dont la substance soit homogène. Ces couches diffèrent de couleur : les unes sont d'un brun clair, les autres dun brun foncé \ leur épaisseur ne dépasse jamais deux lignes.

D'après les expériences chimiques de MM. Robiquet et Thomson , dix parties de cette espèce de calcul contiennent 0,6 de matière grasse, semblable à ladipocire, o,5 de phosphate de chaux, et 0,08 de matière animale.

Suivant M. Vauquelin > , on peut établir quatre classes de bézoards, relativement à leur composition chimique. Les premiers sont formés de phosphate de chaux ; les seconds, de phosphate acide de chaux ; les troisièmes, de phosphate ammoniaco-magnésien , et les quatrièmes, de matière résineuse. Tous sont nécessairement le produit de sécrétions opérées par les intestins. On n'a pas encore rencontré dans l'homme et les carnivores de véritables calculs salino -terreux (quelquefois on en a trouvé de tels dans la vésicule du fiel) , tandis qu'ils sont très-fréquens chez les herbivores. Cette différence tient, d'après le même chimiste , à ce qu'il ne passe dans le système de la circulation des herbivores qu'une petite quantité de phosphates de chaux et de magnésie , pour la formation des os, des poils et des ongles; tandis que chez l'homme et les animaux carnivores il entre dans le sang une grande quantité de ces phosphates. Il suit de là , que l'homme et les carnivores, comparés aux herbivores, sont dans un rapport inverse relativement à la présence des sels terreux dans les intestins , et au passage de ces sels dans les secondes voies.

1 Questions sur la formation des bézoards intestinaux. Ann du Muséum d'hist. nat. , aune'e 1811 , p. 447 et su^

§. 510. M. Meckel1 pense que la naissance des calculs intestinaux est toujours due à un état morbide de la membrane muqueuse du canal intestinal.

Les accidens que peuvent occasioner ces concrétions, sont la constipation, des douleurs abdominales , tantôt fixes et tantôt erratiques , le trouble des fonctions digestives. Leur diagnostic ne pourrait être établi d'une manière positive qu'autant que le tact ferait découvrir un corps volumineux, que l'on sentirait sur le trajet du gros intestin sous forme de tumeur arrondie , dure et difficile à faire changer de place.

Presque toujours les calculs intestinaux exécutent des mouvemens lents de progression, et sortent d'eux-mêmes par l'anus, ou séjournent dans le rectum , et y excitent de vives douleurs. Quelquefois aussi ils ulcèrent le canal intestinal, le perforent , et se présentent au dehors dans le centre d'un abcès : Marcet et Penada ^ont rencontré des cas de cette espèce,

1VL Champion, docteur en médecine à Bar-le- Duc, a vu une fille de trente-six ans, non réglée et d'un aspect cachectique, rendre, par le vomissement, des concrétions qui, examinées chimiquement par M. Braconnot, ont offert ce résultat singulier qu'elles avaient toutes les propriétés du bois. 2

§. 511. On décrit comme de faux bézoards,

i Remarques sur les concrétions <jui se rencontrent dans le canal intestinal de l'homme j Journ. compl. du Dict. des se. méd. ; t. 3, p. i3i.

2 Revue médicale française et étrangère , 3. e année, t. 9, p. 45

les égagropiles , ou masses de poils agglutinés, feutrés et empâtés de suc intestinal, que l'on rencontre dans l'estomac des quadrupèdes , et surtout des ruminans. Ces concrétions sont rondes ou ovalaires, d'un volume variable, très-légères, de couleur brune plus ou moins foncée ; tantôt velues , tantôt lisses au dehors, et comme enduites d'un vernis. Le Muséum de notre Faculté possède un égagropile retiré de l'estomac d'un veau, et dont les poils sont tous dirigés dans le même sens ; disposition qui provient probablement d'une action mécanique de l'estomac : cette concrétion paraît avoir été roulée et pressée suivant une seule et même direction j car l'examen attentif montre que cette disposition n'aurait pu être donnée artificiellement, par exemple , au moyen d'une brosse. On croit au reste généralement que les poils qui forment les égagropiles s'introduisent du dehors dans l'estomac , par l'action de lécher la peau à laquelle les animaux sont habitués. Cependant, quand on se rappelle les faits qui constatent le développement spontané et accidentel du tissu pileux dans différentes cavités du corps et sur des surfaces muqueuses (§. 389), on se demande si les égagropiles ne sont pas dus à ce mode de formation ?

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