V. Calculs biliaires , ou cïwlélilhes. l
§. 512. Beaucoup d'auteurs se sont occupés des calculs biliaires. Benivieni , Glisson , Bianchi, F. Hoffmann et Haller en ont traité. Walter,
î De yo\Yi<i bile, et XiBoç, pierre.
dans un Mémoire ex professo, a décrit avec beaucoup d'exactitude ces calculs, et les a distingués, d'après leur structure, en classes, genres et espèces. Vicq-d'Azïr en a signalé, avec assez de détails, neuf espèces; il en a proposé aussi une classification nouvelle.
Ces calculs ont leur siège tantôt dans le foie, et sont alors en contact avec le parenchyme de ce viscère, ou renfermés dans un kyste; tantôt dans les pores biliaires , ou dans le canal hépatique et ses ramifications ; le plus souvent dans la vésicule du fiel et son conduit excréteur; enfin, dans le canal cholédoque. Ils varient singulièrement pour la forme, la couleur et le nombre. Ceux du parenchyme sont noirs , irréguliers , et paraissent être des grumeaux de bile épaissie; ceux qui sont contenus dans des kystes sont toujours nombreux, et ressemblent aux perles par leur forme , leur volume et leur couleur. Les calculs logés dans les canaux hépatique, cystique ou cholédoque sont ronds ou ovoïdes, et bouchent plus ou moins complètement ces conduits. Dans la vésicule du fiel , tantôt il n'y a qu'un seul calcul , qui est alors plus ou moins volumineux (on en a trouvé du volume d'un œuf de poule), tantôt il en existe plusieurs : ils sont alors plus petits , et présentent des facettes résultant sans doute de la pression mutuelle qu'ils subissent ; tantôt, enfin , ils sont extrêmement nombreux , puisqu'au rapport de Baillie 1, Hunter en a trouvé plus de mille
i Anatomit des krankh. Baues; S. 1 43.
dans une seule vésicule. Leur couleur, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, offre aussi beaucoup de variétés : les uns sont blancs ou grisâtres, demi-transparens et hérissés de petits cristaux; les autres jaunes, bruns ou noirs ; quelquefois ces couleurs sont mélangées même à la surface ; à l'intérieur cette disposition a lieu dans la plupart des cas. On y remarque , en effet, une stratification très-agréable à l'œil, caractérisée par des lames concentriques de couleurs, peut-être même de matières différentes. Enfin , dans d'autres cas, la substance qui compose ces calculs , affecte une direction rayonnée du centre vers la circonférence.
C'est sur cette disposition de la matière des calculs que Walter a fondé leur division en trois classes : dans la première, qui comprend les calculs biliaires striés, des lignes ou rayons se dirigent du centre à la circonférence : ces calculs sont au reste transparens ou opaques. La seconde classe, qui renferme les calculs biliaires lamelleux , est caractérisée par un noyau, autour duquel la substance de l'enveloppe extérieure se dépose couche par couche. Enfin, dans les calculs de la troisième classe, ou calculs biliaires corticaux, il y a entre le noyau et l'écorce une substance intermédiaire qui les sépare.
§. 513. Fourcroy, ayant découvert dans le foie desséché, ainsi que dans la bile, la substance connue sous le nom à'adipocire, avait trouvé que tous les calculs biliaires de l'homme en étaient principalement formés; que dans les uns elle était pure et en grandes lames cristallines, blanches, micacées, brillantes et presque demi - transparentes ; que dans
les autres elle était jaunâtre ou verdâtre , moins cristalline et entremêlée de bile épaissie. Le même chimiste pense que la formation de ces calculs est due à une cristallisation de l'adipocire , tantôt pure et isolée, tantôt mêlée d'une quantité plus ou moins grande de matière biliaire , et que les formes diverses qu'elle affecte dans sa précipitation , dépendent de la lenteur ou de la rapidité de son dépôt.
Fourcroy, qui divise en six classes les calculs biliaires, prend pour base de sa classification le siège de ces concrétions , et la proportion des substances qui les composent.
M. Thénard 1 s'est assuré que les calculs biliaires sont formés essentiellement de deux substances, savoir : de la matière jaune et de la cholestérine. Celle-ci, qui n'est autre chose que l'adipocire de Fourcroy, était si abondante dans les calculs examinés par M. Thénard , qu'elle en formait de 88 à 94 centièmes, et qu'il n'y avait que 12 à 6 centièmes de matière colorante. Sur trois cents calculs deux ou trois seulement étaient d'un brun noir depuis le centre jusqu'à la circonférence, sans aucun point brillant ou cristallin , et presque sans cholestérine. Dans tous, excepté dans ceux qui étaient blancs, il y avait quelques traces de bile qu'on en pouvait séparer par l'eau.
MM. Orfila et Caveintou ont trouvé dans un calcul biliaire du picromel et de la matière grasse.
1 Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique; 2.eéd. , t. 3, p. 632.
La première de ces substances a été rencontrée depuis dans la bile par M. Chevallier. l
§. 514. La cholestérine n'étant point un des principes constituans de la bile de l'homme, il faut admettre , suivant M. Thénard , une action particulière de la part des organes; action par laquelle la résine de cette bile passe à l'état de cholestérine. Cette idée est fortifiée par la remarque importante qu'on a faite, savoir : que dans les cas où la vésicule du fiel est remplie de calculs, ses tuniques ont changé de nature , sont devenues plus épaisses ; que notamment la tunique interne a perdu son aspect aréolaire et ses villosités , et qu'elle n'offre plus qu'une surface lisse. On a observé de plus que, dans ces circonstances, la vésicule contient, au lieu de bile, une humeur blanche et gélatineuse, lors même que le canal cystique n'est ni obstrué ni oblitéré.
La formation des calculs dans la vésicule du fiel suppose donc une certaine altération de cette vésicule,- en conséquence de laquelle le mode de sécrétion de sa tunique interne est changé; peut-être aussi la bile elle-même subit -elle un changement dans sa composition : avant tout il est nécessaire qu'il existe dans l'individu une disposition qui favorise la formation des concrétions dont il s'agit. Ce n'est en effet qu'à un certain âge qu'on rencontre les calculs biliaires. Ceux qui sont formés de cholestérine s'observent plus fréquemment chez la femme
i Annales de chimie ; t. g, p. 4°°-
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que chez l'homme. On les remarque plus souveni aussi sur les personnes qui mènent une vie sédentaire, et chez lesquelles la circulation languit dans les viscères du bas -ventre, etc.
Les symptômes que les calculs biliaires occasionnent et que la pathologie est spécialement chargée de faire connaître, consistent dans une tension et une douleur dans la région épigastrique , une cardialgie quelque temps après les repas , des coliques, l'intumescence du ventre, le vomissement, et dans des attaques d'ictère , qui passent et reviennent périodiquement.
§. 515. On a trouvé des calculs dans les conduits excréteurs du pancréas. Mat an i , Eller, Biumi , Galéati et Sandtfort, en rapportent des exemples. Baillie * en a vu de la grosseur d'une noisette ; ils étaient de couleur blanche, d'une surface irrégulière, se dissolvaient dans l'acide muriatique avec légère effervescence et dégagement de gaz acide carbonique. Wollaston2 a analysé un de ces calculs et l'a trouvé composé de carbonate de chaux,