‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 2)Chapitre 132 sur 219 · EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE OU COL DE L'UTÉRUS · texte numérisé non relu

EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE OU COL DE L'UTÉRUS

Lorsque Thypertrophie siège sur la portion sus-vaginale, le toucher démontre que les culs-de-sac n*ont pas augmenté de profondeur, et Ton peut croire à une chute de matrice ; et môme, jusqu'à Huguier, cet état a été confondu avec la procidence de Tutérus. Mais, si l'on veut repousser le col en haut, réduire l'utérus, ce qui est en général très facile dans la procidence, on éprouve une résistance invincible et Ton détermine de vives douleurs dues au tiraillement des ligaments. Palpe-t-on convenablement l'hypogastre, on sent le fond de l'utérus à sa place normale ; et, signe pathognomonique, l'hystéromètre introduit dans la cavité utérine donne une augmentation de hauteur proportionnée à l'allongement du col. On conçoit qu'aucune espèce de pessaire ne puisse rien contre cet accident, si ce n'est l'aggraver.

Huguier institua pour cette variété d'hypertrophie une opération ayant pour but de retrancher un cône de substance utérine en creusant le col de l'extérieur à l'intérieur, opération ingénieuse qui n'a cependant pas, en général, recueilli les suffrages des chirurgiens.

Si l'hypertrophie porte sur la portion intra-vaginale seule, on trouve au toucher les culs-de-sac du vagin démesurément agrandis ; et le diagnostic est des plus faciles, car le col fait dans le vagin une saillie fort appréciable. Cet allongement est un obstacle au coït, qui peut cependant s'accomplir encore dans la variété intra-vaginale, le pénis se frayant une voie entre le col et Tune des parois du vagin, ainsi que je l'ai observé l'an dernier à Lariboisière.

Il est très-facile et il semblerait très naturel de retrancher dans ce dernier cas la portion excédante du col , mais il faut savoir que cette opération n'est pas sans danger. J'ai vu A. Richard opérer dans ces conditions une jeune fille qui mourut. Je prévins donc ma malade des dangers qu'elle pouvait courir, et elle préféra rester dans le môme état.

La portion intra-vaginale est la plus importante des deux ; c'est la seule appréciable à la vue, la plus accessible au toucher et aussi la plus exposée aux lésions de tout genre. Elle forme dans le vagin une saillie conique perforée à son centre, ce qui lui a valu le nom de museau de tanche. Cette dernière expression s'applique donc non seulement à l'orifice utérin, mais à la portion intra-vaginale tout entière.

La forme en est extrêmement variable. Chez les nuUipares, le col fait dans le vagin une saillie arrondie longue de 1 à 2 centimètres. Aplati, écrasé, chez les multipares, il a parfois complètement disparu, et le vagin se termine alors par un cul-de-sac au fond duquel on trouve un orifice. Cruveilhier a remarqué que le museau de tanche disparaît presque complètement chez les vieilles femmes.

La meilleure conformation pour le col utérin, au point de vue de la con-. ception, est d'être arrondi et tronqué. Il est parfois tout à fait conique, pointu comme un museau de taupe, suivant la juste comparaison de M. Sims. Cet auteur considère cette disposition comme une cause très fréquente de stérilité et propose de retrancher une portion du col pour le ramener à la forme normale, même lorsque l'écoulement des règles se fait normalement.

J'ai déjà dit que la portion intra-vaginale du col éprouvait un mouvement de bascule en sens inverse de celui du corps et qu'elle était portée tantôt très en avant, tantôt très en arrière. Quant aux culs-de-sac du vagin, il est évident qu'ils sont d'autant plus profonds que le col est lui-même plus proéminent.

L'extrémité du col présente un orifice qui a généralement la forme d'une

petite fente dirigée transversalement. Il donne au toucher, suivant la comparaison de P. Dubois, la môme sensation que le lobule du nez. 11 est parfois circulaire, surtout lorsqu'il est atteint de rétrécissement. Or, Tatrésie de l'orifice utérin n'est pas rare ; elle apporte un obstacle à l'écoulement du liquide menstruel, produit une dysménorrhée parfois extrêmement douloureuse, et peut être une cause de stérilité. Il est indiqué dans ces cas de dilater l'orifice soit avec l'éponge préparée, soit avec une lige de laminaire, ou de le fendre avec le bistouri. Chez les femmes qui ont eu des enfants l'orifice est élargi ; il est fendu, plus ou moins déchiqueté, surtout du côté gauche, ce qui permet de reconnaître immédiatement par le toucher si une femme a eu des enfants. Des cautérisations profondes du col peuvent amener le rétrécissement cicatriciel de l'orifice, devenu une cause de dysménorrhée et d'infécondité, et nécessiter la dilatation.

L'orifice est circonscrit par deux lèvres, Tune antérieure, Tautre postérieure, la première un peu plus volumineuse que la seconde. Lisses et arrondies chez la nullipare, les lèvres du col sont irrégulières, rugueuses, chez les autres.

Le col utérin présente un grand nombre d'aCTections ; je mentionnerai seulement : les ulcérations simples ; les hypertrophies totales ou partielles traitées à une certaine époque par l'amputation du col, opération justement abandonnée <ie nos jours; je signalerai surtout l'épithélioma, si fréquent dans cette région €t contre lequel nous sommes le plus souvent impuissants, car, les femmes n'éprouvant aucune soufl'rancc au début, le chirurgien n'est généralement <îonsulté que lorsque les limites du col ont été dépassées et les parois du vagin envahies.

Il existe parfois à la surface du col des kystes plus ou moins volumineux ; de petits polypes qui y sont attachés par un pédicule souvent long et étroit. Ces productions n'occasionnent en général ni gêne ni douleur, mais leur présence suffît pour déterminer des perles quelquefois excessives qui disparaissent aussitôt après l'extirpation : aussi ne faut-il pas négliger d'explorer soigneusement le col dans les cas de métrorrhagies.

Page 1