RÉGION POSTÉRIEURE DU GOU-DE-PIED
La région postérieure du cou-de-pied comprend le tendon d'Achille et son enveloppe celluleuse ; le tendon du plantaire grêle, et une bourse séreuse.
Le tendon cT Achille est un large et épais tendon sur lequel se condensent les fibres charnues des jumeaux et du muscle soléaire ; il s'insère à la face postérieure du calcanéum, environ vers la partie moyenne de cette face et sur une hauteur d'un centimètre environ (fig. 251). Ce tendon est destiné à l'extension du pied sur la jambe; dans la station debout, c'est lui qui soulève le talon du sol et produit le premier temps de la marche. Chose remarquable et qui tient sans doute à son mode d'attache, lorsqu'une contraction brusque du triceps sural détermine une rupture, c'est ordinairement le tendon lui-même qui cède, et non la portion d'os sur laquelle il s'implante, contrairement à ce qui se produit dans les autres régions. Go fait a lieu de surprendre, si l'on songe à la puissance du tendon et à la structure du calcanéum, qui est composé presque exclusivement de tissu spongieux. G'est toujours à la suite d'une contraction énergique et brusque que survient la rupture du tendon, d'ailleurs fort rare . Le sauteur dont parle J.-L. Petit s'était rompu les deux tendons d'Achille en s'élançant, les pieds joints, du sol sur une table haute de plus d'un mètre. Un
faux pas sur un sol inégal, la rencontre d'une marche d'escalier alors que Ton croyait être de plain-pied, etc., suffisent pour la produire. Le tendon se déchire en général à 4 ou 5 centimètres au-dessus du calcanéum et la rupture se rapproche plutôt de son extrémité supérieure. J.-L. Petit a décrit une rupture incomplète qui n'est peut-être pas suffisamment démontrée.
Aussitôt la rupture produite, les deux bouts s'écartent et le blessé tombe. Cependant la marche n'est pas tout à fait impossible et peut s'effectuer en traînant la jambe. Il ne faut pas compter sur le rapprochement immédiat des deux bouts; ceux-ci se réunissent par l'intermédiaire d'un tissu fibreux de nouvelle formation : aussi n'est-il pas nécessaire, pour le traitement, d'employer l'un des nombreux appareils imaginés dans le but d'étendre autant que possible le pied sur la jambe et de fiéchir la jamoe sur la cuisse; l'application en est difficile en même temps que désagréable pour les malades. On se contentera d'appliquer un appareil inamovible, et de maintenir le pied dans une légère extension pendant une cinquantaine de jours.
Le tendon d'Achille joue un rôle capital dans la production du pied-bot. Lorsqu'il est rétracté , il maintient le pied dans une extension permanente sur la jambe de telle sorte que dans la station verticale ce sont les orteils qui portentsur le sol. Cette déviation, qui est de toutes la plus commune, porte le nom de pied équin. Rarement le pied est maintenu dans une extension directe; il s'y joint généralement une déviation en dedans, soit que les tendons des jambiers antérieur et postérieur ou l'aponévrose plantaire aient subi, en même temps que le tendon d'Achille, une certaine rétraction : c'est le varus équin.
S'il est possible à la rigueur de ramener sans opération à sa position normale un pied très-légèrement dévié, il n'y faut pas compter pour un pied-bot véritable : la section du tendon d'Achille devient alors indispensable et quelquefois aussi celle d'un muscle jambier ou de l'aponévrose plantaire.
Grâce à la méthode sous-cutanée, nous pouvons aujourd'hui pratiquer sans la ' moindre crainte la section d'un ou des deux tendons d'Achille, même sur un enfant nouveau-né ; il ne s'écoule pas de sang et la plaie ne suppure jamais. C'est pour cela que je suis d'avis d'opérer les enfants le plus tôt possible après la naissance ; j'attends seulement que la vie soit assurée, un ou deux mois, par exemple. Je ne vois aucun avantage à attendre dix à quinze mois, et il est évident que, plus on attend, plus les surfaces articulaires et les os se dévient et rendent la cure difficile.
Le tendon doit être divisé à 15 millimètres environ au-dessus du talon, de façon à éviter autant que possible l'ouverture de la bourse séreuse dont je vais parler plus loin. On emploiera de préférence le procédé de Bouvier. Deux ténotomes sont nécessaires, l'un aigu, l'autre mousse. Le premier est destiné à traverser seulement la peau et à faire une piqûre presque imperceptible ; le second doit être introduit sous la peau par cette voie et sectionner le tendon. Le seul accident sérieux à craindre durant l'opération, c'est la blessure des vaisseaux et nerfs tibiaux postérieurs qui répondent au côté interne du tendon, mais dont ils sont toutefois séparés par un intervalle suffisant pour permettre de les éviter. Vaut-il mieux, à ce point de vue, introduire le ténotome en dedans ou en dehors du tendon? Bouvier est d'avis qu'il faut choisir le côté où le tendon est le plus saillant, et je partage son opinion; cependant, quand on a le choix, je préfère le côté interne. La piqûre étant faite à la peau que l'on a préalablement un peu
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