ACTION DE L'URINE SUR LES TISSUS
L'urine exerce une action nuisible sur tous nos tissus. Qu'elle soit appliquée à la surface de la peau, des muqueuses, des séreuses, ou introduite dans Tintérieur de nos organes, elle détermine toujours une inflammation qui se développe plus ou moins vite, suivant la susceptibilité propre à la partie contaminée. L'érythème de la peau des grandes lèvres et de la cuisse dans les fistules vésicovaginales, les érosions de la muqueuse rectale dans les fistules vésico ou uréthrorectales, la péritonite qui suit rapidement le contact de Turinc, en sont une preuve évidente. Cependant Tirritation de la peau et des muqueuses ne se produit qu'à la longue, et l'on peut dire que rurtne normale n'a pas de caractère septique.
Pour démontrer cette proposition, il suffit de rappeler que l'usage de laver les plaies fraîches avec l'urine est très-répandu dans les campagnes, que les blessés y ont souvent recours en temps de guerre sans que cette pratique entraîne les moindres inconvénients. Lorsqu'à la suite d'un cathétérisme qui a lésé la muqueuse, ou à la suite d'une uréthrotomie interne, il survient, après la première miction, une fièvre urineuse qui entraîne rapidement la mort, c'est donc que l'urine a contracté des propriétés nouvelles ; c'est donc que ce liquide, simplement irritant à l'état normal, acquiert, dans certaines conditions, des propriétés toxiques telles, que son passage dans le sang détermine la mort et produit Y intoxication urineuse.
Nous avons vu plus haut que l'urine, acide à l'état normal, devient bientôt alcaline par fermentation lorsqu'elle est sortie de la vessie, et que cette transformation peut s'opérer dans la vessie elle-même. MM. Simon et Menzel {Gaz, méd. italienne, mars et avril 1870), Muron, dans sa thèse inaugurale, en 1874, et MM. Gosselin et A. Robin, ont expérimenté l'action de l'urine sur nos tissus, suivant qu'elle est acide ou alcaline.
Pour Turine acide, M. Menzel est arrivé à la conclusion suivante : « L'urine acide normale ne possède aucune propriété phlogogène ou septique, et ne produit pas la gangrène en vertu de sa constitution chimique. » C'est également la conclusion formelle de MM. Gosselin et A. Robin.
La conclusion de Muron est un peu différente : « L'urine physiologique est loin d'être innocente. Elle peut être innocente, si elle est transparente, limpide, faiblement acide, et ne renferme qu'une très faible quantité de sels. Elle est nuisible, au contraire, et toujours nuisible, quand elle se trouve riche en sels. Dans ce dernier cas, elle détermine de la suppuration pouvant aller jusqu'à la gangrène. »
Quant à l'action de l'urine devenue alcaline par décomposition, c'èst-à-dire
(1) Ce sujet a été dans ces derniers temps Tobjet de travaux importants de la part de MM. Maisonneuve, Reliquet, Muron, Menzel, Méhu, et surtout de MM, Gosselin et A. Robin.
Tatici. — AnatomU topograpfûqne, 50
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contenant du carbonate d'ammoniaque, la conclusion des divers expérimentateurs est la môme. Cette urine est très-dangereuse et son contact dans les tissus détermine toujours la suppuration et la gangrène.
D'après les expériences de MM. Gosselin et A. Robin, Faction septique de l'urine ammoniacale n'est pas le résultat seulement de la présence du carbonate d'ammoniaque : elle est encore due à l'existence, dans certaines urines, de ferments organisés, bactéries, vibrions, etc.
Il me paraît hors de propos d'insister plus longtemps sur cet important sujet ; ce qui précède est suffisant pour qu'on en puisse tirer quelques conclusions d'un haut intérêt pratique.
L'urine se décompose dans la vessie au contact du mucus, du pus et du sang, qui jouent le rôle de ferments : il est donc utile, chez les sujets atteints de catarrhe vésical, de ne pas laisser séjourner trop longtemps l'urine dans la vessie. On devra pratiquer tous les jours des lavages répétés avec de l'eau fraîche, jusqu'à ce que le liquide ressorte clair. M. Reliquet recommande, dans ces cas, les lavages avec de l'eau phéniquée.
On ne pratiquera pas d'opération sur l'urèthre ou sur la vessie avant de s'être assuré si l'urine est acide ou alcaline. MM. Gosselin et A. Robin ont retiré de très bons effets de l'administration préalable i\ l'intérieur de l'acide benzoîque, lorsque l'urine était alcaline.
Ils formulent ainsi l'administration de l'acide benzoîque :
Acide benzoîque, 1 à 3 grammes ; glycérine neutre, 4 à 6 grammes ; julep gommeux, 150 grammes. On peut aller jusqu'à 6 grammes par jour. La neutralité et l'acidité des urines se manifestent en moyenne sept à huit jours après l'usage de cette médication.
On devra donc, avant de pratiquer l'uréthrotomie interne, s'assurer que l'urine est physiologique, car, malgré toutes les précautions recommandées avec raison par M. Gosselin dans sa Clinique^ il me paraît difficile, sinon impossible, d'empêcher qu'un peu d'urine se trouve en contact avec la plaie uréthrale. L'état de l'urine au moment de l'opération doit entrer pour une grande part dans le succès ou l'insuccès de cette opération.
On soumettra le malade à un régime susceptible de rendre l'uriue claire et transparente, afin de diminuer la quantité des sels.