‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 2)Chapitre 83 sur 219 · CHAPITRE, IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE, IV

De Farine (1)

Uurine est un liquide excrémentitiel composé d'eau dans une très-grande proportion (932 pour 1,000 d'après Lehmann), de plusieurs sels et de substances azotées provenant de la décomposition de nos tissus.

(1) On ne doit pas s'attendre à trouver dans un traité d'anatomie topographique un long chapitre sur Turine. H m'a semblé cependant qu'il était indispensable, vu Timportance des trayaux modernes sur ce sujet et le rôle capital que joue l'altération de l'urine dans le pronostic des maladies des voies urinaires, de signaler rapidement les points q ue le praticien a le plus d'intérêt à connaître.

DE L'UBINE.

La quantité d'urine excrétée dans les vingt-quatre heures varie snivant une foule de conditions, et principalement suivant la température el l'alimentalion. On peut dire néanmoins que la moyenne est de 1,200 grammes environ dans les vingt-quatre heures. La limite physiologique oscille entre 800 et 1,300 grammes.

L'urine présente normalement une couleur jaunâtre. Sa densité est do 10!3 à 1023.

L'urine de l'homme et des animaux carnivores est acide. L'urine des animaux herbivores est al-aline. Lorsque l'homme se soumet au régime des herbivores, son urine devient alcaline, et réciproquement l'urine des herbivores devient acide, si on les soumet au régime de la viande ou, ce qui revient au même, si on les prive d'aliments.

Vurée constitue la partie essentielle de l'urine; c'est de toutes les matières azotées la plus riche en azote. 11 existe environ 28 grammes d'urée pour 1 ,000 grammes d'urine.

Quelque temps après son émission, l'urine devient alcaline par suite de la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque. Celte transformation peut s'opérer dans la vessie. On l'attribue généralement à la fermentation que le mucus fait subir £i l'urine dans les vessies atteintes de catarrhe. M. Musculus, de Strasbourg, a annoncé dernièrement que dans les cas de catarrhe de la vessie il avait relire de l'urine une matière précipi table par l'alcool, mais soluble dans l'eau, qui transformait l'urée en carbonate d'ammoniaque, comme la diastase transforme l'amidon en de.\trine et glucose. M. Pasteur (séance de l'Académie de médecine du 4 juillet 1876) a vérifié l'exactitude de ces résultats, mais, au lieu de faire de ce ferment un dérivé direct du mucus vésical, il le considère comme le produit d'un petit végétal microscopique spécial. Quelle que soit l'explication, le fait est que la décomposition de l'urine peut s'opérer dans la cavité vésicale elle-môme.

On trouve encore comme substance organique dans l'urine Vacide wique, qui chez l'homme n'existe pas à l'état libre, mais sous forme d'uralede soude. C'est un produit d'o.xyilation des matières azotées moins avancé que l'urée.

Les sels que l'on rencontre dans l'urine sont les suivants : chlorure de sodium, chlorure de potassium, sulfate de potasse, phosphate de soude, phosphate de magnésie, phosphate de chaux, sulfate de chaux ; il existe des traces de silice, d'oxyde de fer et de manganèse. Les matières salines éliminées en vingt-quatre heures par l'urine sont évaluées ^ 14 ou 13 grammes.

L'urine peut contenir à l'état pathologique du mucus, de l'épithélium, du pus, du sang, du sperme, dont le microscope décèle la présence. Elle contient encore assez fréquemment du sucre et de l'albumine. Les sujets affectés de diabète sucré présentent une disposition spéciale aux suppurations, aux furoncles, aux anthrax, etc., et le pronostic de ces affections offre alors une gravité infiniment plus grande. Il ne faudrait pas croire cependant que tous les malades atteints d'anthrax soient diabétiques ; je suis même disposé à croire que c'est l'exception : depuis quinze ans, je n'ai pas soigné d'anthrax sans vérifier scrupuleusement l'état des urines, et je n'ai trouvé que très-rarement du sucre.

Quoiqu'il en soit, il est du plus haut intérêt desavoir si unmalade est atteint ou non de diabète, et le moyen généralement employé en clinique est le suivant :

On se sert d'une liqueur préparée à Tavance, la liqueur cupro-potassique. On Tintroduit avec Turine à examiner dans un tube de verre, et l'on chauffe à la lampe jusqu'à ébullition. S'il y a du sucre dans l'urine, il se précipite un oxydule de cuivre d'une teinte rouge orangé caractéristique.

Pour reconnaître la présence de l'albumine, il suffit souvent de chauffer à la lampe : il se produit alors un précipité caractéristique. Mais, lorsqu'il n'existe que peu d'albumine, ce procédé est insuffisant. Le meilleur consiste à mélanger à l'urine une petite quantité d'acide azotique, de façon à rendre la liqueur acide. On chauffe à la lampe : l'acide azotique précipite l'albumine et dissout les autres précipités qui pourraient induire en erreur.

Les sels de l'urine sont susceptibles de s'agglomérer et de former des calculs.

On rencontre généralement plusieurs substances salines dans la composition des calculs. Cependant, au point de vue pratique, on les a groupés en trois classes principales : 1® calculs d'acide urique ou d'urates ; 2* calculs d'oxalate de chaux ; 3® calculs de phosphate ammoniaco-magnésien.

Sous quelle influence les calculs se forment-ils dans la vessie? Il est bien difficile de le dire. On les observe beaucoup plus souvent dans certaines contrées que dans d'autres, ce qui est dû sans doute à la nature des eaux. Le genre de boisson influe beaucoup sur leur développement : c'est ainsi que les calculs vésicaux sont infiniment plus fréquents en Bourgogne qu'en Normandie.

Un gravier descendu du rein* un peu de mucus, de sang, de fibrine, un corps étranger, peuvent constituer le noyau du calcul, autour duquel se déposent successivement des couches concentriques dont la composition est rarement la même dans toute l'épaisseur du calcul.

L'aspect d'un calcul scié en deux rappelle celui d'une coupe d'arbre faite en travers.

Le temps que la pierre met à se développer est très-variable et en rapport avec la substance qui la constitue. Son accroissement se produit parfois d'une manière très-lente. On sait que l'affection calculeuse se rencontre principalement aux deux extrémités de la vie, chez l'enfant et chez le vieillard. Les pierres de l'adulte remontent généralement à l'enfance, et elles ont souvent un caractère particulier, elles sont murales.

Les calculs muraux ressemblent au fruit du mûrier, c'est-à-dire qu'ils sont arrondis et couverts de petites bosselures. Us sont noirâtres, composés surtout d'oxalate de chaux, et souvent tellement durs, que le brise-pierre a peine à les fragmenter. Je crois ce genre de pierre justiciable de la taille plutôt que de la lithotritie.

Les calculs d'acide urique ou d'urates offrent la couleur de la brique foncée. Ils présentent une dureté modérée. Le brise-pierre en a facilement raison, mais les morceaux sont souvent anguleux, pointus, comme les fragments d'un vase brisé. Lorsqu'ils s'engagent dans l'urèthre, ils s'implantent dans la muqueuse par leur pointe et peuvent causer de graves accidents. Il n'est môme pas rare que la vessie ne puisse supporter leur contact et que le développement d'une cystite intense oblige à faire la taille après une ou deux séances de lithotritie.

Ces calculs sont généralement très-polis. J'en ai cependant observé un dont la surface rappelait celle d'un morceau de papier de verre ; il semblait qu'il eût été saupoudré de verre pilé. Faut-il attribuer à cette disposition les douleurs vraiment exceptionnelles qu'éprouvait le malade ?

La matière saline qui forme les pierres précédentes est condensée, mais les molécules peuvent être agrégées entre elles par du mucus, et le calcul est le plus souvent alors composé do phosphate ammoniaco-magnésien. Les pierres phosphatiques ont, en général, une couleur blanche; elles s*écrasent facilement, et c'est principalement pour elles que la lithotritie constitue une merveilleuse découverte.

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