‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 39 sur 142 · DU PAVILLON DE LA TKOMPB D'EUSTACHE · texte numérisé non relu

DU PAVILLON DE LA TKOMPB D'EUSTACHE

qu'au pavîllun, en sorte que l'oriflce lubaire piirail ôtre le prolongoiuent du luéal inférieur. C'esl sur le lapporL précis et constant du méat inférieur avec l'embouchure pharyngienne de la trompe d'Euslai;he que Triquet avait fondé son procédé de calhélérisme, qui consistait à porter d'emblée le cathéter au sommet du méat inférieur et à le pousser directement en arrière, manœuvre qui doit d'autant mieux réussir que l'orillce regarde en avant.

Quoique très simple et très-logique, le procédé de Triquet ne doit pas, à mon avis, être adopté, parce qu'il est en réalité plus difOcile que d'autres qui sont moins simples en apparence. La principale raison en est dans la disposition du cornet, dont le bord inférieur est parfois tellement recourbé que l'instrument ne pourrait pénétrer dans le méat qu'avec effraction ou en causant de vives douleurs.

Remarquons en passant que le prolongement du bourrelet de la pituitaire jusqu'à la trompe est une condition désavantageuse qui prédispose aux obstructions de l'orillce tubaire à la suite du coryza.

Le pavillon se trouve également situé à 12 ou 13 millimètres au-dessus du voile du palais et h. une distance à peu près égale en arriére du bord postérieur delà voûte palatine.

On s'écartera donc peu de la vérité en disant que l'orillce pharyngien de la trompe d'Eustache (nous entendons le bord supérieur de cet oriUce] est situé audessous de l'apophyse basilaire, en avant de la paroi postérieure du pharynx, en arrière du cornet inférieur, au-dessus du voile du palais, en arrière et au-dessus du bord postérieur de la voûte palatine, à une distance de 12 à lïi millimètres sensiblement égale pour chacun de ces points, c'est-à-dire que l'orillce tubaire occupe à peu près le centre de la paroi latérale du pharynx dans l'arrière- cavité des fosses nasales.

Il est un détail sur lequel je désire insister, car il est très-important pour le cathétérisme et n'a pas encore, je pense, été signalé. Le toucher de la voûte palatine pratiqué soit avec le doigt, soit avec un instrument, donne lieu à nue véritable illusion que chacun vérifiera aisément. Il semble au toucher que la portion osseuse de la voûte palatine se continue un bon centimètre de plus en arrière que cela n'a lieu en réalité, si bien que, si l'on ne s'en rapportait qu"<i cet examen superficiel, on dirait avec raison que l'orifice tubaire se trouve situé au-dessus du voile du palais et correspond exactement à l'union de la voûte et du voile. Or, c'est une erreur que l'on peut constater sur une coupe analogue il celle de la ligure 54.

J'ai recherché la cause de celte illusion, et il m'a été facile de conslaler qu'elle était dueàla présence de l'aponévrose palatine; celle-ci, fortement tendue d'une apophyse plérygoîde à l'autre, continue le plan osseux et se termine en arrière par un rebord net et tranchant sur lequel le doigt éprouve un petit ressaut absolument comme sur un rebord osseux. Cette aponévrose roijoit le tendon du péristaphylin externe, dont elle peut à la rigueur être considérée comme l'épanouissement.

Il résulte de cette disposition, qu'au tourber, le voile du palais ne se distingue de la voûte qu'à 1 centimètre et demi à peu près en arrière de son origine réelle : or, c'est précisément à ce niveau, c'est-à-dire au bord postérieur de l'aponévrose palatine, que correspond le pavillon de la trompe d'Eustache.

Me basant sur les dispositions anatomiqucs précédentes. j'ai adopté le procédé

A^ArOMlE TOCOUHAHUIQUE.

de caUiéténsine suivaiil. qui peut st! déconiposur en qtiala- lemps: 1" purterU ualhéLer dUectemeut i-l rapidemenl jusqu'il la rencontre rie la pnroi postéricin du pharynx, la concavité de l'iiiatminent regardant en bas ; 2° ramener le cathéU jusque sur la portion dure du palais ; 11° reporter très-doucement le cathéter e arrière, de faij-on à percevoir avec le bec de l'instrument le bord postérieur d l'aponévrose palatine, qui, je le répète, donne une sensation de résista osseuse & laquelle succède immédiatement une sensation de mollesse très-fad k percevoir ; i' faire exécuter en ce iioint au cathéter un mouvemeut de rotalioj qui dirige le bec en dehors en môme temps qu'en arrière et en haut.

Ce procédé me paraît avoir sur les autres l'avantage de ne rien lai; hasard, de Tournir des points de repère anatomiques précis, de permettre i chirurgien de mieux s'orienter et surtout d'éviter plus facilement la Tossette d Rose n millier.

Le pavillon de la trompe d'Eustacbe répond, avons-nous dit, à l'oriltce posU rieur des fosses nasales; ce rapport est trës-intime et permet d'expliquer c^ tains phénomènes pathologiquos. On ne le voit bien que sur une coupe du ph) rynx, ainsi que le démontre la ligure 56. La face postérieure du pavilloi fait un relief considérable sur la lumière des deux oriltces. 11 est aisé de conce^J voir la solidarité qui unit, au point de vue pathologique, ces deux parties par siiitt de leur intime voisinape,

STIIUCTURE DE LA TROMPE D'EUSTACUE. i'iii

Cl! rappui-L met eu hiniR're un fuit dont j'avais élé frappé suns le bieu compiendre tout d'abord. Un maladt; uyaiil sul>i un lampunnement des foasesnasales pour une épislaxis garda plusieurs jours le tampon. Trois semaines après, survint lin phlegmon do la région mastoïdienne. La filiation des accidents avait été la suivante : înllammalion de lamuiiueuse tubaire h la suite du tamponnement, propagation à lu caisse, au conduit auditif externe, sous forme d'ostéo-périostile, et production d'un phlegmon mastoïdien d'après le mécanisme que j'ai signalé plus haut. J'ouvris un abcès du conduit auditif externe, et le phlegmon i

se termina par résolution.

L'examen de la ligure 30 permet encore de comprendre comment il est possible, quand on ne peut faire pi^nétrer la sonde par la fosse nasale correspondante, de cathétériser la trompe par l'autre fosse nasale avec un inslcninenl apprnprii^.

Structure de la trompe d'Eustache.

La charpente de la trompe est essentiellement constituée par un cartilage (lui, comme pour le conduit auditif externe, est interrompu dans une parlie de la circonférence de l'organe et lemplacé par une lame celluleuse.

La portion cartilagineuse de la trompe affecte des formes diverses dont on ne se peut faire une idée qu'en examinant descoupes perpendiculaires «■ B.'p»ïiùdB''de]i.iHraipîii'Ki«t.ciio. à sa direction. "' '■■ '^1:;IX'^' ■"" "•' >""'"" "" """'" '*''"-"'''"

Le type qui m'a paru se rapprocher "i '"''" •i" i»!»'*le plus de l'état normal est celui que je

représente ici. La figure 57 offre dos dimensions rigoureusement exactes, el la (igure 58 est la même grossie trois fois. La coupe a porté sur la trompe droite, à 5 millimètres do son embouchure pharyngienne ; elle montre bien l'étendue el la disposition relatives des portions cartilagineuse et lîbrcuse du pavillon.

La portion cartilagineuse occupe la partie supérieure, interne et postérieure ; la portion fibreuse répond h la partie inférienre, externe et antérieure. La portion cartilagineuse recourbée à ses deux extrémités présente donc la forme d'une lîouttière ouverte en bas et en avant. Le rebord supérieur de cette gouttière est si prononcé, qu'il forme un véritable crochet, une sorte de bec ; ce crocbelpeut ôtre un prolongement du cartilage principal, mais il m'a paru ordinairement formé par un second cartilage uni en A avec le précédent à l'aide d'un ligament, en sorte qu'il s'exécute en ce point un véritable mouvement de charnière pour ouvrir ou fermer le pavillon.

Un ou deux cartilages, disposés sous forme d'une gouttière aux bords de laquelle se fixe la [lorlinn fibreuse p; nn orillce elliplique D h grand diamèlre ver-

Fi^, liC. — RappaiU du pavillon de la Iroiii d'Euttachf avK l'orifice poalérieur des fusi naitila. (Grondeur naturelle. Adulte.)

iW ANATOMIB TOnoGRAprriQltB.

lical, lapissù h su f;ice interne par une membrane mufjnense C, telle esl 1

disposilion de la portion cartilagineuse à son état do plus grande simplicité.

La ligiire 59 représente une disposition anormale, qui n'est cependant pas très-rare. La coupe est faite dans des conditions identiques à celles de la préci^i! dente. On retrouve la même l'orme générale: la gouttière, lo crochet supi rieur, etc. Mais il existe quatre cartilages au lieu de doux. Je signalerai surt cette espèce de cartilage surnuméraire inférieur, dont la présence est utile t noter au point de vui> du cathétérisme.

La trompe est tapissée dans toute sa longueur par une nwmlirane muqueuse C, qui se continue d'une pari avec celle de la caisse ot des cellules masloidienues, d'autrepart avec celle dn pharynx. Toutes les maladies de la muqueuse pharyngienne se propagent àla trompe d'Ëustache avec la plus grande facilité, et telle est la cause de la plupart des obstructions delà trompe.

Les plaques muqueuses, si fréquentes dans le pharynx, affectent souvent la muqueuse du pavillon, et ce fait

Fig. ai. — Cuupe jierpeadkulaiir au grand axe de la trompe itEiis- Itiche à b mm. tn dehors de [ori- /iMpAar^n^Jm.— (TrompQdroiw.

groAileur natun>Uc.)

mérite d'attirer toute l'attention du praticien. La syphilis peut être communiquée do celle façon, et l'on cita jadis tel spécialiste à la charge duquel exîstaîcnl au moins quinze cas de ce genre. Aussi le cathéter sera-l-il tenu extr(*memenl propre, et, quand cela sera possible, chaque malade devra posséder le sien.

La muqueuse forme au pourtour du pavillon un bourrelet considérable qui encombre on grande partie l'orifice à l'état normal, ce qui explique pourquoi cet oriace si large, circonscrit par des cartilages, est cependant toujours clos et ne s'ouvre qu'ii chaque mouvement de déglutition ou dans un mouvenieiil d'expiration forcée, les narines étant fermées. Ou rencontre en ce point une t|unntitn considérable de glandes niuoipaies ftirmant une couche de plusieurs

USAGES DB LA TROMPE D'BUSTACHE. li\

iiiillim^LrL's, el donl les orifices excréleiirs sont visibles h l'œil nu. Ce^î glandes diminuent à mesure que l'on s'approche de la portion osseuse, puis disparaissent complètement. Comparables par leur siège et leur usage aux glandes cénimineuses, elles en diffèrent essenlielloment par le produit sécrété, qui est ici un liquide limpide absolument transparent. Une allération dans la sécrétion de ces glandes, leur développement pathologique, peuvent Être le point de départ d'une obstruction de la trompe.

L'épithélium de la muqueuse est recouvert de cils vibratiles qui se meuvent de la caisse vers le pharynx.

Lesartëres delà trompe d'Eustache viennent des pharyngiennes pour la portion

M poiati que taprieédenle fl

n. a n, a. carlirigM de II trompe. 1 R, poflîon de fi Irompe pri>*e de c«rlil«ge.

A, 4, ligunCDUnliuiItiurtiUiri. f, périiMphjlm inlerne.

e, DiuqueuM de !■ Irompt. g, ptriilaplijllii «ilcrnir.

cartilagineuseetsont uDprolongementde celles delacaissepourlaporlionosscuse. 1res lymphatiques constituent un riche réseau qui se confond avec celui du voile du palais et de la muqueuse du pharynx, pour aboutir aux ganglions situés à l'angle de la mâchoire.

Usages de la trompe d'Eustache.

La trompe d'Enslache, chargée de porter au dehors les produits sécrétés par la muqueuse de la caisse, constitue surtout un canal do ventilation destiné à rr-

i42 ANATOMIB TOPOGRAPHIQUB.

nouveler l'air qui y est contenu et à maintenir la membrane du tympan sous une égale pression. Lorsque la trompe est oblitérée par un simple gonflement de la muqueuse, une concrétion de mucus, une bride, une cicatrice, une déTiation, une tumeur, etc., Touïe est abolie plus ou moins complètement de ce côté, et le plus souvent le malade éprouve des bourdonnements ; j*ai signalé déjà la cause de ces bourdonnements et les modifications que Ton constate à Toioscope du côté de la membrane du tympan et de la caisse.

Étant donné un malade atteint de surdité, le chirurgien devra, pour s'assurer si la trompe en est le point de départ, procéder d'abord à llnterrogatoire comme pour toute autre affection ; Tabsence de douleur vive, de suppuration, et Texamen direct du conduit auditif, feront immédiatement rejeter toute idée d'affection aiguë du conduit externe, de la membrane et de la caisse du tympan.

Si le malade répond que la surdité est récente (je ne parle pas ici des anciennes obstructions de la trompe), qu'elle est intemiittenle, s'il a été affecté peu de temps auparavant de coryza ou de pharyngite, il est extrêmement probable que la surdité est le résultat d'une obstruction de la trompe d'Eustache d'origine catarrhale.

Pour s'en assurer, on engagera le malade à faire une forte expiration, le nez et la bouche étant fermés (procédé de Valsalva). Si la trompe n'est pas obstruée, l'air passera dans la caisse, et le chirurgien en sera averti par le malade luimême, qui sentira dans l'oreille un petit choc produit par le redressement de la membrane du tympan. Il en acquerra encore la preuve en auscultant l'oreille pendant que le malade fait l'expérience, ou bien en examinant à ce moment la membrane du tympan et en suivant la modification que le redressement imprime au marteau et au reflet lumineux.

Au lieu de refouler l'air dans la caisse, on peut y faire au contraire le vide, en exécutant un ou plusieurs mouvements de déglutition, la bouche et le nez étant fermés. Si la trompe est libre, le malade éprouve une sensation très-nette due à la dépression de la membrane vers le promontoire.

Si les deux expériences précédentes n'ont pas réussi, le chirurgien insufflera de l'air par la méthode de Politzer.

Pendant le deuxième temps de la déglutition, le voile du palais se redresse et se tend de façon à fermer complètement l'arrière-cavité des fosses nasales ; de plus, à ce moment, la trompe est ouverte par l'action du péristaphylin externe: il en résulte que, si, au moment de la déglutition, une certaine quantité d'air est projetée dans l'arrière-cavité des fosses nasales, les narines étant fermées, l'air ne trouvant qu'une seule issue, la trompe d'Eustache, s'y engagera forcément, à moins que celle-ci ne soit oblitérée. La méthode de Politzer n'est pas seulement un moyen de diagnostic, mais encore un moyen de traitement qui peut réussir dans les cas légers et rend tous les jours de véritables services. Si ces trois modes d'exploration n'ont pas suffi, on aura recours au cathétérisme ; la sonde introduite dans le pavillon servira à la projection d'une douche d'air.

Si l'on n'obtient pas de résultat par ces divers moyens, ce qui n'aura lieu en général que dans les obstructions anciennes, on recourra au cathétérisme complet, c'est-à-dire à l'introduction d'une bougie rigide (je me sers de la baleine) dans la cavité de la trompe, comme on le fait pour l'urèthre et en usant de la même prudence.

Il ne faudrait pas croire qu'il suffit de désobstruer la trompe pour ramener

ArPAHEIN DE HËCEIPTION DES ONDES SONORES. U3

l'ouïe. Gela est vi'ai pour les eus d'ubsLruclion récente, mais non pour les cas anciena, qui s'accompagnent toujours de lésions plus ou moins graves de la i^aisse. Cependant, il Taut tenter la cure : c'est ainsi que j'ai pu. à la suite de trois séances de catLétérisme avec une bougie en baleine, obtenir un résultat complet sur un jeune homme atteint de surdité unilatérale par obstruction de la trompe depuis six années. Par contre, un malade Agé de 23 ans, et dont la surdité remontait à l'enfance, n'éprouva aucun bénéfice de l'opération, bien que j'aie pu rendre à la trompe d'Eustacbe sa perméabilité normale.

J'ai dit plus haut qu'il paraissait démontré que la trompe d'EusIache ne constituait pas un tube toujours béant, malgré sa structure cartilagineuse, et qu'elle ne s'ouvrait qu'à chaque mouvement de dégUilition ; l'agent essentiel de l'ouverture de la trompe est, d'après Trœttsch, le muscle périslaphylin esterne, qui satlaebe principalement à la portion membraneuse de la trompe. D'après cet auteur, le muscle prend son point fixe sur le crochet de l'aile interne de l'apophyse ptérygoide et aussi sur le voile du palais préalablement tendu ; son point mobile est à la trompe, eu sorte que, par sa contraction, le muscle attire la portion membraneuse en bas et en dehors et dilate ainsi le pavillon. J'accepte comme vraie cette manière de voir,

Pour terminer ce qui est relatif à la trompe d'Eustache. je dirai qu'elle présente quelques différences chez l'enfant. Nous avons déjà vu qu'à cet âge la caisse est plus large qqe chez l'adulte : il n'est donc pas étonnant que l'ouverture tympanique de ta trompe soit aussi plus large, ce qui a lieu on effet; l'isthme est en même temps moins étroit: aussi est-îl fréquent de voir des enfants atteints de perforation de la membrane du tympan chez lesquels l'injection pratiquée dans la caisse pénètre tout de suite dans le pharynx, ce qui est fort rare chez l'adulte. L'orifice pharyngien est au contraire plus étroit chez les enfants : d'où la fréquence plus grande chez eux des obstructions catarrbales. Le cartilage étant très-peu développé, le pavillon ne Tait pas saillie dans le pharynx et ne présente guère qu'une fente: aussi le cathétérisme est-il plus diflicile chez l'enfant que chez l'adulte,

n. — APPAREIL DE RKC.EPTIOIS DES OSDES SONORES.

Je me contenterai de présenter un résumé succinct, de donner seulement un aperçu de cette partie de l'organe de l'ouïe, qui se rattacfie plus particulièrement à l'anatomie descriptive, à l'histologie et à la physiologie.

L'appareil de réception, appelé encore oreille interne, labyrinthe, se compose de cavités creusées dans l'épaisseur du rocher; fermées de toute part par la substance osseuse, sauf au niveau des fenêtres ovale et ronde, que nous avons signalées sur la paroi tahyrinthique de la caisse, ces cavités constituent le labyrinthe Oiseux. Elles se composent du vestibule, des trois canaux demi-circulaires qui viennent s'y ouvrir cl do limaçon. Une cloison osseuse qui court sur toute la longueur de l'axe osseux central du limaçon sépare sa cavité eu deux rampes hélicoïdales, réunies l'une à l'autre au sommet de l'organe et s'ouvrant séparément à sa hase. L'une des rampes s'ouvre dans le vestibule, l'autre dans la caisse, au niveau de la fenêtre ronde.

Ces cavités osseuses sont remplies d'un liquide ii<|ueux et (liant auquel on u donné le nom de périlyntphe.

t44 ANATOMIE TOPOGRAPIIIQUB.

Dans ce liquide flottent des membranes sur lesquelles viennent en définitive aboutir les terminaisons du nerf acoustique, membranes qui, tout en rappelant d'une façon générale la forme des cavités osseuses, n'y adhèrent nullement.

Ces membranes forment des sacs clos de toute part, contenant eux-mômes dans leur intérieur un liquide qui fournit un point d'appui à leurs délicates parois, ainsi qu'aux terminaisons des nerfs ; on appelle ce liquide endolymphe. Ces membranes flottantes constituent le labyrinthe membraneux.

Le labyrinthe membraneux se présente dans le vestibule souslaforme de deux ampoules ou sacs dont l'un, plus grand, est l'aboutissant des trois canaux demicirculaires membraneux, l'autre, plus petit, l'aboutissant du canal membraneux du limaçon. Le nerf auditif se divise au fond du conduit auditif en deux branches dont l'une, vestibulaire, se distribue à ces deux sacs, et Tautre, cochléenne, se distribue au limaçon.

Le labyrinthe membraneux présente dans sa structure des appareils spéciaux destinés à le mettre en rapport avec les extrémités terminales du nerf acoustique.

Max Schultze a découvert à la face interne des ampoules vestibulaires des crins élastiques et raidcs, longs d'environ 0""*,1, dont la pointe est fine et très-fragile. Dans les points où n'existent pas ces sortes de cils auditifs on rencontre des corpuscules calcaires cristallins (ololithes) implantés dans la membrane des sacs.

La membrane du limaçon on*re une disposition plus compliquée encore et paraît être la partie essentielle de tout l'appareil de réception des ondes sonores. C'est là qu'on trouve la disposition étudiée par Corti et décrite sous le nom à' organe de CortL Sans entrer dans plus de détails, je dirai qu'il existe dans toute la longueur du limaçon plusieurs milliers d'arcs ou de fibres qui sonl rangés parallèlement, et qui par une de leurs extrémités donnent attache à une deuxième série de fibres ayant l'aspecl de cordons cylindriques flexibles.

D'après cette rapide description on peut se figurer «ivec M. Gariel que le phénomène de l'audition se passe de la manière suivante :

«Le liquide labyrinthique, mis en mouvement vibratoire, agit sur toute la partie membraneuse du labyrinthe, qu'il fait participer à son mouvement ; cette partie membraneuse supporte des crins raides et élastiques d'une part, des fibres tendues d'autre part, susceptibles les uns et les autres d'entrer en vibration sous l'influence du mouvement du liquide qui les baigne ou qui agit sur les membranes auxquelles ils sont fixés; ces verges élastiques, microscopiques, ces cordes susceptibles de vibrer, agissent enfin sur les fibres nerveuses élémentaires, soit directement en les ébranlant, soit en mettant en mouvement les otolithes qui, par leur choc, agissent aussi sur ces fibres. »

Mais comment un môme nerf peut-il donner naissance à une variété aussi considérable de sensations que celles qui sont perçues par l'oreille? C'est ce point de physiologie qui a fait l'objet des travaux si remarquables d'HelmhoItz. .

M. Gariel résume ainsi cette théorie : « Les fibres de Corti sont telles que chacune d'elles est susceptible de prendre un mouvement vibratoire déterminé qui varie de l'une à l'autre et qui correspond à l'un des sons perceptibles : il y aurait ainsi, en les supposant également réparties, 400 fibres pour chaque octave, 33 environ pour chaque demi ton. Chacune de ces fibres est donc susceptible de vibrer par influence lorsqu'on émet le son simple qui lui correspond:

APPABEIL.de HÈCEPTIOW des ondes SONOHES. liô

ello vibre iiussi, mais avec moins de force, lursiiu'uii produit, non pas i-e son même, mais un son voisin. Eulin l'ébranlement de cbacuoe des Qbres met en jeu l'énergie d'un certain Blet nerveux qui donne toujours naissance à la même sensation. >'

J'ajouterai que, d'après lietmholtz, les fibres ner\*ouses qui se répandent dans le vestibule et dans les ampoules ont pour Tooction de percevoir les vibrations non périodiques, c'est-à-dire les bruits, tandis que les libres do Corti perçoivent les vibrations périodiques ou sons musicaux.

Il n'est pas douteux que la surdité ou certaines anomalies de l'audition ne puissent être le résultat de troubles apportés dans cet agencement si merveilleux du labyrinthe, mais l'anatomie pi^lhologique présente ici des dirBcultés presque insurmontables. Toutes les fois que la dysécie reconnaît pour cause une lésion du labyrinthe, on la dit nei-veute : le chirurgien ne doit toutefois se prononcer à cet égard qu'avec beaucoup de résene, et après avoir fait une exploration attentive de toutes les parties que j'ai précédemment décrites, car il faut savoir qu'il existe de par le monde un ^rand nombre d'individus atteints de surdités prétendues nerveuses que le praticien guérirait, s'il était au courant de la pathologie de l'oreille.

La lumière a été un peu faite dans cette obscure question par Ménière père, qui a décrit un ensemble de symptâmes que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de maladie de Ménière. Un individu très-bien portant jusque-là est pris de bourdonnements plus ou moins intenses avec dysécie, puis sur\'iennent des phénomènes cérébraux que l'on rattachait avant Ménière à une congestion cérébrale, phénomènes tels que : vertiges, étourdissements, marche incertaine, mouvements giratoires, chutes subites, nausées, vomissements, syncopes. Ces accidents sont intermittents, et, fait capital, ils sont toujours précédés et suivis de troubles dans l'acuité auditive, ce qui doit mettre sur la voie du diagnostic.

Méniére avait localisé cette maladie dans une altération des canaux demicirculaires, opinion d'ailleurs confirmée par le< expériences physiologiques de Flourens, mais il est démontré aujourd'hui que des affections autres que celles du labyrinthe peuvent produire des accidents analogues à ceux décrits par Ménière, et ce fait présente une importance pratique sufOsante pour expliquer les quelques considérations nn apparence extra-cbirurgtcales qui précèdent.

En voici un exemple: un jeune homme de vingt-huit ans me vient trouver pour faire examiner ses oreilles ; l'année précédente, au mois de juin, le jour où l'on courait le grand prix de Paris au bois de Boulogne, il tomba subitement sur le champ de course et fut stupéfait de ne reconnaître h cette chute aucune cause appréciable. Des accidents stomacaux survinrent, ainsi que d'autres troubles dans l'équilibre, etc. Cet état avait été précédé et était accompagné d'une légère diminution dans l'acuité auditive, et c'était pour cela que le malade me venait trouver, ne se doutant pas qu'il pût y avoir une relation quelconque entre les troubles cérébraux et l'étal de ses oreilles. 11 était d'ailleurs traité depuis le début de sa maladie pour un vertige stomacal par un de nos médecins les plus répandus : or tout ce cortège de symptômes était dû à la présence d'un bouchon de cérumen dans le conduit auditif.

Divers états pathologiques de la caisse peuvent également donner lieu à de^

phénomènes analogues à ceux décrits par Ménière, en sorte que ce n'est certainement pas une lésion spéciale du labyrinthe qui les produit toujours. Mais que la maladie ait son point de départ dans le conduit auditif externe, dans la membrane du tympan, dans la caisse ou dans le labyrinthe, elle ne produit les effets signalés par Ménière qu'à la condition d'exercer une pression sur le contenu du labyrinthe, et je formule ainsi ma pensée : La maladie de Méntère est le résultat d'une augmentation de pression intra-labynnthique ; le grand mérite de notre très-distingué confrère fut d'établir cette singulière relation entre des phénomènes cérébraux et une affection de l'oreille, relation absolument ignorée jusqu'à lui.

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