CHAPITRE IV
Tro«ip« d'BBBtaclie.
La trompe d'Eustache est un conduit osléo-cartilagineux Taisant communiquer la caisse du tympan avec l'arriëre-cavité des fosses nasales ; eUe est située (Jans l'angle compris entre la portion écailleuse et la portion pierreuse du temporal, au-dessous dti canal osseiiic occupé par le muscle interne du marteau. Nous avons vu que le conduit auditir externe, la caisse et le conduit aiidiUf interne, se trouvent situés sur le prolongement d'une même ligne, dirigée à peu près dans l'axe du rocher, c'est-à-dire obliquement en avant et en dedans;
Fig. S3, — Coupe parallèle au conduit auditif txterne et a» conduit auditif interne, montrer Cfiuembte de l'appareil de trantmiaton des ondes gonoret et en partietilier la d'Buitache. — (Adulte.)
BB, aiH du tjnpu. F. ck(lM in mkIcU.
ce, Iromp* d'Euitietar. G. meiiibniB» du l)inp4n.
D, CDiidiiil auditif iotn-DF. I H, ()H>pbyM ityloïdE.
la trompe d'Eustache ne se trouve pas dans la direction de cette ligne. Bile constitue une sorte tl'ajulage qui se détache de la caisse et se porte légèrementao bas en avant et en dedans.de façon à fonner avec le conduit auditif ezteroe (A, flg. 53) un angle obtus ouvert en bas et en avant, et avec le conduit iaterne (D, flg. 53) un angle aigu ouvert en avant.
Comme le conduit auditif externe, avec lequel elle présente une grande analogie tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique, la trompe d'Eustache se compose de deux portions : l'une cariilagmeiae^ rouCre Oistute. Mais, tapdis que dans le conduit auditif les deux portions ont une Ion-
FOBME ET DIMENSIONS DE LA TBOHPE D'EUSTACEIË. 133
gueur sensiblement égale, que la portion osseuse remporte mSinc souvent un p€u sur raiitrc, la portion cartilagineuse de la trompe constitue un peu plus des 2/3 de la longueur totale du canal.
Une autre dilTérence fort importante est la suivante : les deux portions du conduit auditif externe, reliées entre elles par un trousseau fibreux d'une certaine longueur, sont Irès-mobdcs l'une sur l'autre, ce qui permet de redresser le conduit ; les portions cartilagineuse et osseuse de la trompe sont au contraire continues, en sorte qu'il ne saurait s'exécuter onlre elles le plus léger mouvement.
Direction de la trompe d'Eustache-
La trompe d'Euslache peut 6tre considéri^e comme i-ectiligne au point de vu» pratique, c'est-à-dire qu'il est possible d'y introduire jusque dans la caisse des bougies droites. Cependant les deux portions sont légèrement inclinées l'une sur l'autre et forment à leur point d'union un angle très-obtus ouvert en bas et en avant. Or cet angle correspond précisément à la partie la plus étroite de la trompe, ce qui constitue un obstiicle au cathétérisme complet(l) et en même temps un danger ; on ne peut employer en effet que des bougies rigides : d'où la possibilité de pénétrera travers la muqueuse : aussi faut-il user d'une grande douceur dans l'exécution de cette manœuvre.
Forme et dimensions de la trompe d'Eustache.
La longueur totale de la trompe d'Euslache est de 33 îi 40 millimètres. Elle varie avec les sujets et aussi avec la manière de mesurer; la trompe sur la figure 53 mesure réellement 37 millimétrés, cl, si l'on applique les branches du compas, d'une part au bord supérieur de l'orifice tympanique et d'autre part au bord inférieur du pavillon, on trouve 43 millimètres. Sur les 37 millimètres, 27 appartiennent h la portion cartilagineuse, et 10 tl la portion osseuse,
II importe au chirurgien de connaître exactement ces dimensions, car c'est pour loi le seul moyen d'orientation quand il introduit un instrument dans la trompe. 11 sait ainsi à quelle distance il se trouve de la caisse, h quelle distance il doit rencontrer la partie rétrécie de la trompe et quand il a dépassé cette partie. Si l'on tient compte de la portion de cathéter introduite dans le pavillon, ou voit qu'il suffira on général d'engager la bougie de 3 centimètres pour que son extrémité affleure la caisse.
La trompe d'Eustache est loin de présenter des dimensions qui soient partout les mêmes. 11 existe & l'union de ses doux portions un rétrécissement qu'on désigne sous le nom d'ûlhme; de ce point les deux portions se portent en divergeant l'une vers la caisse, l'autre vers le pharynx, s'élargissent sous forme d'entonnoir, en sorte que la trompe peut être considérée comme formée de deux cônes tronqués réunis bout à bout par leur petite section.
L'extrémité qui s'ouvre dans la caisse porte le nom d'orifice tympanique;
(1) J'app^tli^ ealhiîtérismâ complet de In trompe d'Eustarlie l'opération dans laiiucUe on fait pi!nétrer uu ïnatninient Jiim]uc dans la caiesp, par opposition au caihâlcriama simple, riiii eonsisto II Introduire rtilr^mitû du cathéter ordinaire seuiemcnl dans le pavillon pour faire pénétrer dc« ftnz 011 de» liquides.
134 ANATOMIË TOPOGRAPHIQUE.
rextrémité opposée est appelée pavillon, à cause de la ressemblance, grossière» il est vrai, qu'elle présente avec le pavillon d'une trompette.
La trompe d'Ëustache n'est pas cylindrique, mais aplatie de dedans en dehors. 11 en résulte que son diamètre vertical est plus grand que son diamètre horizontal. Au niveau de l'isthme, la cavité de la trompe ne mesure que 2 millimètres de hauteur sur 1 millimètre de largeur ; l'orifice tympanique présente 5 à 6 millimètres de hauteur et 3 à 4 de largeur ; la hauteur est de 8 à iO millimètres et la largeur de 5 à 6 au niveau du pavillon.
L'étroitesse de la trompe au niveau de l'isthme rend compte des obstructions qui surviennent si fréquemment à la suite du coryza ou de la pharyngite, quand on songe qu'un gonflement d'un 1/2 millimètre de la muqueuse à son pourtour suffit à les produire. On sait avec quelle facilité la pituitaire 8*enflamme chez certains sujets à la moindre exposition au froid et combien vite aussi elle retient àl'état normal ; il en est de môme de la muqueuse de la trompe d*Eustache. Quelques personnes, qu'on me passe l'expression, s enrhument de la trompe d'Ëustache très-facilement et guérissent de môme, d'où les alternatives de surdité et d'audition qui surprennent tant les malades et constituent le symptôme pathognomonique de l'obstruction de la trompe par cause catarrhale (I).
Orifice tympanique de la trompe d'Ëustache.
La trompe ne s'ouvre pas dans la caisse du tympan sur un point déclive, comme on serait tenté do le croire, si on la considérait uniquement comme un canal d'excrétion : elle s'ouvre au contraire à la partie la plus élevée de la paroi antérieure de la caisse (voir (îg. 46), ce qui prouve bien que son usage principal est de renouveler l'air de la caisse et d'entretenir ainsi une égale pression sur les faces opposées de la membrane du tympan, ce que démontrent encore mieux les efi'ets de son obstruction.
L'orifice tympanique de la trompe se trouve en outre situé sur le prolongement de la paroi interne ou labyrinthique de la caisse, en sorte que, si l'on y introduit une bougie, celle-ci, longeant la paroi, passe en dedans de la membrane et de la oorde du tympan, en dedans du manche du marteau, et ne peut atteindre ces diverses parties ; poussée un peu plus loin, elle pourrait rencontrer l'articulation de l'enclume avec l'étrier et occasionner des accidents sérieux. Plus loin encore, la bougie s'engagerait dans les cellules mastoïdiennes, puisque l'orifice de la trompe est précisément en regard de celui qui fait communiquer la caisse avec ces cellules (fig. iC),
Du pavillon de la trompe d'Ëustache.
Des diverses parties dont se compose la trompe d'Ëustache, celle qui intéresse le plus le chirurgien est le pavillon, puisque c'est par là que pénètre la
(I) Le frère d'un de mes élèves, étudiant en pharmacie, me vint trouver pour une surdiuS trèssingulière. Tous les jours depuis son arrivée à Paris il devenait sourd à trois heures de Taprèsmidi et restait sourd pendant quelques heures. ]1 ne pouvait être question que d'une obstruction de la trompe d'Ëustache, ce que Texamen me prouva d'ailleurs, et j'en trouvai aisément TexpUcation : ce jeune homme était tous les jours à la même heure soumis à un courant d'air froid pendant quelques instants dans l'officine où il travaillait ; quelques douches d'air et surtout la suppreasion de \x cause firent disparaître tout de suite cette surdité intermittente.
DU l^AViLLON Dit U TROMPE D'KUSTACilE. Kii
sonde dans le culhélérisme et qne, la vue l'fiisant défaut, on ji seuleini'itt pour guide les initiniis anulomiiiuos. Nous allons en conséquence étudier avec tout le soin nécessaire ses rapporta avec les parties voisines.
Le pavillon de la trompe d'Eustaclie(AA, lig. 51) est situé dans larrière-cavité des fosses nasales au-dessus du voile du palais, immédiatement en arrifre de l'oriflce posléncur des fosses nasales, et sur la parai latérale du pharynx.
Il est accessible par deux voies : la voie nasale et la voie buccale, mais sa
présence au-dessus du voile du palais rend le calhéLérisme par la voie nasale beaucoup plus facile. On voit en effet que, pour calhétériser la trompe par la bouche, il faut passer par-dessous le voile du palais et remonter au-dessus avec un instrument recourbé en conséquence. C'est cependant la méthode primitive, telle qu'elle fut inventée pour lui-même par Guyol, le maître de poste de Versailles. La voie nasale est au contraire directe. Cependant, si l'on juge nécessaire de voir le pavillon, de l'éclairer il l'aide du miroir laryngien, c'est la voie buccale qu'il faudra choisir : ou devra saisir le vnile dn palais avec une pince et le
136 ANATOMIE TOPOGRAPHIQUB.
ramener en avant pour pouvoir engager le miroir au-devant de la paroi pharyngienne. La rhinoscopie appliquée à Texamen du pavillon de la trompe d'Eiistache n'a pas jusqu'ici donné de résultats sérieux, et je ne la crois pas appelée à un grand avenir.
L'ouverture du pavillon regarde en bas, en dedans et en avant: aussi la courbure de l'instrument et la manœuve opératoire dans le cathétérisme sont-elles calculées dans le but de porter le bec de la sonde en haut, en dehors et en arrière. Elle présente la forme d'une ellipse à grand diamètre vertical, dont nous avons indiqué déjà les dimensions. Très-bien circonscrite en avant, en haut et en arrière, elle ne l'est pas en bas, où elle se continue insensiblement avec la paroi pharyngienne ; il est aisé de voir d'après cela que la charpente du pavillon n'est pas complète.
L'orifice est limité, en arrière surtout, par un gros bourrelet qui proémine toujours, sauf chez l'enfant, dans la cavité pharyngienne, bourrelet très-variable du reste suivant les sujets et constitué quelquefois par un cartilage indépendant, ainsi que je l'ai représenté (fig. 59).
C'est au relief formé par ce bourrelet sur la paroi latérale, et à 1 centimètre environ en avant de la paroi postérieure du pharynx, qu'est due la formation d'une dépression constante connue sous le nom de fossette de RosenmûUer (B). Répondant à la face externe et postérieure du cartilage, cette fossette est évidemment d'autant plus profonde que le cartilage est plus saillant.
L'existence de cette fossette constitue la principale cause d'erreur dans le cathétérisme de la trompe d'Eustache : elle présente en effet une direction identique à celle de la trompe, et la sonde s*y engage même plus facilement Or un des moyens de constater si le cathéter a suivi une bonne voie, c'est d'exer^ cer sur lui unelégère traction : s'il est ^\é^ on en conclut généralement qu*il est bien dans la trompe. Il est aisé toutefois de comprendre que l'introduction du bec du cathéter dans la fossette de Rosenmiiller donnera lieu à une sensation analogue, surtout si la cavité est profonde; le chirurgien aura senti la sonde obéir au mouvement de rotation, pénétrer dans une cavité et résister à de légères tractions, et il en conclura légitimement qu'il est dans la trompe, tandis qu'il sera en arrière. J'indiquerai plus loin le meilleur moyen à mon avis d'éviter cette erreur, qi\i est extrêmement commune.
Il est important de savoir à quelle distance se trouve l'orifice de la trompe des quatre points suivants : de la paroi postérieure du pharynx L, du voile du palais P, de la voûte palatine 0 et du cornet inférieur E. Je dois dire que, si ces distances sont variables suivant les sujets, les rapports réciproques n'en restent pas moins les mômes.
L'ouverture de la trompe se trouve à 1 centimètre environ en avant de la paroi postérieure du pharynx età 12 ou 15 millimètres en arrière du cornet inférieur. La ligne E représente l'insertion du cornet inférieur sur la paroi externe des fosses nasales, le cornet lui-môme ayant été coupé. J'ai eu pour but,par cette préparation, démontrer que le bord supérieur de l'orifice tubaire se trouve précisémentsur le prolongement de la ligne d'insertion du cornet inférieur, et qu'en suivant cette ligne d'insertion, c'estrà-dire la partie la plus élevée du méat inférieur, Tinstrument pénétrerait tout droit dans la trompe. Il y pénètre d'autant mieux que la muqueuse pituitaire forme toujours à l'extrémité postérieure du cornet un boar^ relet qui est quelquefois assez développé pour prolonger le méat en arrière jus-