‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 61 sur 142 · SAC LACRYMAL · texte numérisé non relu

SAC LACRYMAL

comprendre les résultats que l'on obtient par la cautérisation simple de la muqueuse du sac? Il est vrai que l'on guérit également par la dilatation lunte et progressive, d'après la méthode de bowman, mais pourquoi ne pas admetlre avec le professeur Gosselin que l'introduction répétée des corps étrangers dans le sac agit à la longue en modifiant la muqueuse?

La cause habituelle des tumeurs lacrymales réside dans l'inflammation chronique du sac, et l'obstruction, qui peut parfois devenir complète, n'en est que la conséquence.

L'ouverture du sac par la méthode de J.-L. Petit, suivie de la cautérisation énergique de la muqueuse avec le beurre d'antimoine, le chlorure de zinc, etc., me parait donc être la méthode rationnelle de traitement de la tumeur lacrymale. Après la chute de l'eschare, il sera prudent toutefois d'introduire les différents numéros des stylets de Bowman dans le canal nasal avant de laisser la plaie se refermer. On pourrait croire que ces puissantes cautérisations amènent la destruction du sac : or, de nombreux faits prouvent qu'il n'en est rien, el c'est même Ih une chose bizarre dont l'explication me parait diflicite à fournir. Ainsi, traitant une tumeur lacrj^male par la cautérisation au beurre d'antimoine, le caustique produisit plus d'elfet que je n'en souhaitais, en sorte que dans l'angle interne existait, après la chute de l'eschare, un trou dans lequel pénétrait mon petit doigt; au fond sa voyait la gouttière lacrymale à nu. Le malade sortit guéri, et je croyais bien la guérison définitive. Quelque temps après il survenait une récidive.

Quand je dis que le sac n'est pas détruit par une cautérisation profonde, c'est sans doute inexact, mais la vérité est que le sac se reproduit. Peut-être pourrait-on trouver l'explication de ce fait singulier en considérant que lès deux tendons direct et réfléchi de l'orbiculaire ne peuvent, h cause de leurs insertions, se rapprocher l'un de l'autre, et interceptent ainsi un espace que te tissu de cicatrice est impuissant à combler.

La muqueuse du sac lacrymal renferme, dans son épaisseur, une quantité considérable de glandes. Béraud en distingue deux espèces : des follicules muqueux et des glandes analogues à celle de Meibomius. Pour cet auteur, l'oriUce du conduit excréteur des follicules peut s'oblitérer, la glande se distendre, former une poche kystique et donner naissance à une variété de tumeur Ihcrymale qui n'a rien de commun, si ce n'est le siège, avec la tumeur lacrymale habituelle produite par la distension du sac lui-même. L'existence de cette variété de tumeur lacrymale me paraît bien problématique, mais, si elle était réelle, l'incision et la cautérisation seraient encore les meilleurs modes de traitement à mettre en usage.

La muqueuse du sac lacrymal se continue directement d'une part avec In conjonctive par les points lacrymaux, et avec la muqueuse pituitaire par le canal nasal : il n'est donc pas étonnant que ces trois muqueuses soient solidaires au point de ^iie inflammatoire. C'est ainsi qu'une conjonctivite, qu'un coryza, peuvent se propager à la muqueuse du sac et donner n.iissance à une inflammation aiguc ou daa-yocystile aiguè. Cotte affection est caractérisée par une tumeur du grand angle, rouge, douloureuse, limitée & la région du sac au début, mais la débordant bientôt pour envahir le tissu conjoncUf des paupières; il se . produit ainsi un phlegmon du grand angle dont le point de départ est le sac. Celte tumeur se ramollit, s'abcède et s'ouvre à l'extérieur. L'oriOce se referme

230 ANATOMIE TOPOGRAPUIQUE.

parfois sponlanément, mais peut aussi rester ouvert et donner naissance à une fistule laa*ymale,

La dacryocystite aiguë survient, dans certains cas, chez des sujets dont les voies lacrymales étaient antérieurement saines : généralement alors la plaie résultant de Touvcrture de l'abcès se ferme, et il ne reste pas de flstule, mais le plus souvent l'inflammation aiguë se produit chez des personnes déjà atteintes depuis longtemps d'un catarrhe chronique du satî : ce sont des poussées aiguës ([ui surviennent de temps en temps, et qui finissent par déterminer la formation d'une fistule lacrymale. En prévision de ces poussées aiguës, accompagnées parfois d'érysipèle de la face et aboutissant à la formation d'une flslule, on est autorisé à opérer des sujets atteints simplement de catarrhe chronique du sac, alors môme qu'ils n'en éprouvent qu'une gène médiocre.

Canal nasal (N, fig, 79; B, fig, 81).

Le canal nasal fait suite directement au sac lacrvnial, et se termine dans le méat inférieur en un point que je préciserai plus loin. Rappelons que la direction du canal nasal est oblique de haut en bas, d'avant en arrière, et aussi de dedans en dehors, comme la paroi externe des fosses nasales elle-même. Il n'est pas rectilignc : il décrit une légère courbure à concavité postérieure

ifig.si).

Le canîil nasal n'a pas pour squelette une simple gouttière osseuse comme le sac lacrymal, mais bien un canal osseux complet. Ce canal est constitué en dehors par l'apophyse montante du maxillaire supérieur, en dedans par l'os unguis et le cornet inférieur; il fait sur la paroi interne du sinus maxillaire une saillie arrondie très-appréciable.

La longueur du canal nasal est un peu plus grande que celle du sac, mais, au point de vue pratique, on peut considérer le sac et le canal comme occupant à peu près la moitié de la longueur totale, qui est d'environ 25 millimètres. Cette longueur totale varie, du reste, suivant les sujets : c'est ainsi que sur la figure 8i elle est de 35 millimètres, prise jusqu'à la partie inférieure de la fente \^D), qui représente l'orifice inférieur du canal nasal.

Le diamètre transversal du canal nasal mesure 2 millimètres, et le diamètre antéro-postérieur 3 millimètres, d'après Béraud.

L'orifice inférieur du canal nasal est l'un des points les plus importants de son étude. Il s'ouvre dans le méat inférieur, tantôt dans l'angle formé par l'union du cornet inférieur avec la paroi externe des fosses nasales, tantôt un peu plus bas sur la paroi externe elle-même.

Il se présente sous une forme variable , celle d'un orifice arrondi, ou bien semi-lunaire. Je l'ai le plus souvent rencontré tel qu'il est figuré enD {fig. 81), c'est-à-dire sous la forme d'une fente verticale linéaire ressemblant à une boutonnière.

Quelle qu'en soit la forme, cet orifice est toujours difficile à trouver, même pièces en main, et à plus forte raison sur le vivant : aussi je ne conçois pas qu'on ait pu avoir l'idée de substituer le cathétérisme inférieur (procédé de Laforest) au cathétérisme supérieur ordinaire, si ce n'est par amour des obstacles. Il suffit de jeter un coup d'œil sur cet orifice, que l'on ne découvre guère

Page 1