DÉVELOPPEMENT DES LÈVRES
D*autres artérîoles provenant de la sous-orbitaire, de la dentaire inférieure, de la sous-mentale et de la transverse de la face, se distribuent en outre dans répaisseur des lèvres.
Les veines des lèvres n'offrent rien de spécial à noter. Elles se rendent dans la veine faciale, fait dont j*ai déjà signalé les conséquences au point de vue de la propagation de la phlébite aux sinus crâniens dans les cas de furoncle ou d'anthrax.
Les Jymphattques se rendent aux ganglions sous-maxillaires et sus-hyoïdiens.
Les nerfs sont moteurs et sensitifs. Les premiers proviennent du facial et se rendent à la couche musculeuse. Les seconds, extrêmement nombreux, se distribuent principalement à la muqueuse et à la couche glanduleuse et sont fournis par la cinquième paire. Le nerf sous-orbitaire se rend à la lèvre supérieure et le mentonnier à la lèvre inférieure.
Développement des lèvres.
Cette question d'embryogénie, restée longtemps obscure, a été résolue de la manière la plus complète par notre savant compatriote Goste, dont les travaux ont jeté la plus ^ive lumière sur le mode de formation du bec-de-lièvre. Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour admettre que ce vice de conformation n'est autre chose qu'un arrêt de développement, plus ou moins compliqué suivant qu'il s'est produit à une période plus ou moins avancée de la vie embryonnaire.
Les lèvres ont pour origine des bourgeons qui, d'abord placés sur les côtés de l'extrémité céphalique, vont à la rencontre les uns des autres vers la ligne médiane où ils finissent par se rencontrer et se souder.
La lèvre inférieure est formée de deux bourgeons, la lèvre supérieure de trois. \
Les deux bourgeons de la lèvre inférieure marchent très-vite l'un vers l'autre, et il est très-rare qu'ils ne parviennent pas à se souder, puisque la science ne possède que trois cas de bec-de-lièvre siégeant sur la lèvre inférieure.
Les bourgeons delà lèvre supérieure sont l'un médian, les deux autres latéraux. Le premier a été appelé par Goste bourgeon incisifs les seconds sont les bourgeons maxillaires. Le bourgeon incisif renferme les germes des dents inci' sives et est lui-même composé de deux moitiés symétriques. Il correspond à la cloison des fosses nasales.
Étant donné ces trois bourgeons qui marchent à la rencontre les uns des autres, on conçoit que, sous une influence que nous ignorons d'ailleurs complètement, la rencontre ne se fasse pas soit d'un côté, soit de l'autre, soit des deux à la fois, c'est-à-dire qu'il existe à la naissance un bec-de-lièvre unilatéral ou bilatéral. Il existe des becs-de-lièvre médians par suite de l'écartement des deux moitiés de l'os incisif, mais le cas est tout à fait exceptionnel.
L'arrêt de développement peut porter sur toute la profondeur du bourgeon, c'est-à-dire qu'en même temps que la lèvre sera divisée, on observera une fente portant à la fois sur la voûte ou le voile du palais : ce sera un bec-de-lièvre compliqué appelé gueule de loup. L'arrêt de développement pourra ne consister ^ ^ qu'en une [encoche du bord libre de la lèvre supérieure, difformité qui est la plus simple de toutes, ou bien en une division limitée au voile du palais.
298 ANATOMIB TOPOGRAPHIQUE.
Le bec-de-lièvre unilatéral occupe le plus souvent le côté gauche.
Lorsqu'il est bilatéral et accompagné d*une division de la voûte palatine, c'estr à-dire lorsque les deux bourgeons maxillaires ont été frappés à la fois d'arrêt de développement dans toute leur profondeur, le bourgeon médian ou incisif, resté isolé sur la ligne médiane, n'en a pas moins continué à se développer. De plus, n'étant pas bridé en avant par la lèvre supérieure, puisqu'elle fait défaut, ce bourgeon prend parfois des proportions énormes ; il se déjette en avant, devient presque horizontal et forme un véritable bec d'oiseau qui continue la saillie du nez.
Ce tubercule incisif apporte alors un obstacle absolu à la réunion : aussi faut-il le faire disparaître ou plutôt le ramener de niveau avec les parties latérales. On a proposé pour cela bon nombre de procédés opératoires : lé refoulement, la section, l'excision, le chevauchement, etc., qu'on trouvera décrits dans les ouvrages spéciaux ; l'essentiel est de ne pas le réséquer, puisqu'il contient les germes des dents incisives, mais il faut savoir que la cloison des fosses nasales peut alors être assez hypertrophiée pour que sa section donne lieu à des hémorrhagies graves.
Ce n'est pas ici le lieu de traiter de l'opération du bec-de-lièvre. J'ai indiqué plus haut la manière dont il convient de faire la suture, eu égard au siège de l'artère coronaire. Quant à l'époque où il faut opérer, je pense que, pour le bec-de-lièvre simple, c'est dès la naissance, car alors il n'est besoin de faire qu'un simple avivement des bords.
Lorsque le bec-de-lièvre est compliqué, que l'aile du nez et le bord correspondant de la lèvre sont fortement déjetés en dehors, qu'il y a une véritable atrophie de la lèvre et que la réunion ne saurait se faire sans débridements soit de la muqueuse, soit même de la peau, l'opération étant alors beaucoup plus grave, à cause de la perte de sang que subit l'enfant, je suis d'avis d'attendre plusieurs mois, sans toutefois dépasser la première année.
M. Roser de Marbourg dit avoir remarqué que l'opération du bec-de-lièvre ne réussit presque jamais entre 3 et 7 ans, par suite de la tendance à la suppuration qu'ont les plaies faites sur les enfants de cet âge ; c'est une observation intéressante à vérifier.