DU PLANCHER DE LA BOLCHE
Oue doit-on désigner sous le nom ieplanc/ier de la bouche? Les auteurs ne sont pas d'accord a cet égard, et il y aici.co me semble, plus qu'une question de mots : filandin, par exemple, considère le plancher de la bouche comme faisant partie de la région sus-hyoïdienne et décrit ces deux régions sous le nom de glosso-sus-hyoïdienne.
Il résulte de là une certaine confusion qu'il serait bon de faire disparaître.
N'est-il pas évident, en effet, que la langue, que la glande sublinguale, ne sont pas situées dans le cou, tandis que la glande sous-maxillaire eo fait bien réellement partie 7 La difficulté provient de ce qu'un certain nombre d'organes sont communs à l'une elù l'autre région, mais n'est-ce pas ce que nous voyons à peu près partout ? Quelle sera donc la limilc entre ces deux régions, le plancher de la bouche et la région sus-hyoïdienne? Elle me paraît parfaitement établie par le muscle mylo -hyoïdien, véritable sangle contractile qui ferme en bas la cavité buccale. Cette manière de voir repose sur la considération pathologique sui-
312 ANATOHIE TOPOGRAPHIQUE.
vante : toutes les fois qu'une tumeur se développe dans les organes situés audessus du muscle mylo-hyoïdien, elle se porte vers la cavité buccale, et c'est par la bouche que le chirurgien en pratique l'exploration et l'extirpation, s'il y a lieu. Lorsque la tumeur a pour point de départ, au contraire, les organes situés au-dessous de ce muscle, elle fait saillie dans la région sus-hyoïdienne, et c'est de ce côté qu'il convient de l'attaquer. Ce n'est donc pas, ainsi que je le disais, une simple question de mots.
Le plancher de la bouche est par conséquent une région limitée en haut par la cavité buccale et en bas par le muscle mylo-hyoïdien. Tout ce qui est au-dessus de ce muscle appartient à la bouche, c'est-à-dire à la face; tout ce qui est au-dessous se rattache au cou et dépend du tronc.
Le plancher de la bouche est en grande partie occupé par la langue. Entre la face inférieure de la langue devenue] libre, et la face postérieure de la mâchoire inférieure, existe un petit espace occupé presque exclusivement par la glande sublinguale.
Le plancher de la bouche se subdivise donc naturellement en deux portions : 1® la portion linguale; 2** la portion sublinguale.
K'* PORTION LINGCALE.
La portion linguale du plancher de la bouche comprend la langue, ainsi que les vaisseaux et nerfs qui s'y rendent. Je n'ai pas à envisager ici la langue comme organe du goût, ni comme organe de phonation, ce qui est du ressort de la physiologie : aussi ne ferai-je que mentionner la muqueuse linguale, dont l'histoire est si complètement faite dans les traités d'anatomie descriptive. Je signalerai seulement quelques points d'anatomie qui se rattachent directement à la chirurgie.
La langue est une masse charnue composée de fibres musculaires intrinsèques au milieu desquelles viennent se terminer des muscles dits extrinsèques en y formant un lacis inextricable. Il existe dans l'intervalle des fibres musculaires très-peu de tissu conjonctif et une très-petite quantité de graisse : aussi les inflammations phlegmoneuses de la langue sont-elles rares. Cependant elles existent, et la glossile peut devenir assez intense pour provoquer des phénomènes asphyxiques qu'il faut combattre à l'aide de larges débridements. La glossite peut être le résultat d'applications de substances septiques à la surface de la langue.
C'est à la texture serrée de la langue et aussi à l'épaisseur de la muqueuse qui en recouvre la face dorsale qu'est due la physionomie toute particulière que prennent les abcès de la région. Ils forment une tumeur très-limitée, saillante et durcy que le chirurgien prendra toujours, s'il n'est prévenu, pour une tumeur solide.
J'en dirai autant des corps étrangers de la langue qui déterminent une induration capable d'en imposer pour un cancer.
Les plaies de la langue sont très-rares. Il faut employer la suture, si les lèvres sont très-écartées ou s'il existe un lambeau. Les hémorrhagies de la langue sont souvent fort difficiles à arrêter, et la ligature de l'artère linguale correspondante sera parfois indispensable.
J'ai à peine besoin de rappeler ici que la langue est l'un des sièges de prédilection de l'épithélioma : chose remarquable, on ne paraît pas y avoir rencontré jusqu'à présent le carcinome.
raHTION LINGUALE. yi3
On peut Irouvcr dans la langue des lipomes, des fibromes, des kysLos, des lu-/ '' meurs érecUles, elc, etc., comme dans toutes les autres parties du corps,
La langue est susceptible d'une hypertrophie générale, d'une sorte d'61éphan-4 tiasia auquel on a donné le nom de micro-ghssie. U faut combattre cette alfec-' tion par des excisions partielles.
On y rencontre des ulcéralions'de nature Irès-variée : syphilitiques, scrofuleuses, tuberculeuses; d'autres sont produites par le contact de débris dentaires. Dans l'épaisseur de la langue, le doigt constate parfois la présence de tumeurs multiples et dures qui ne sont autre chose que des gommes.
Je mentionnerai encore les plaques muqueuses, les fissures, etc., et aussi une lésion de ta langue bien étudiée récemment par le docteur Debove sous le nom àe psoriasis buccal, qui peut se transformer en une affection beaucoup plus grave, l'épitbélioma.
La langue est solidement (isée \ la place qu'elle occupe. Ses points d'attachei sont : l'os hyoïde, l'apophyse stylolde et surtout le corps de la mftchoire infé-l rieure. Ajoutoos-y la muqueuse linguale, qui sert de moyen d'union en se ré- Uécbissant sur les arcades alvéolaires.
Lorsque le chirurgien pratique la résection do la partie moyenne du corps de la mâchoire inférieure, il coupe nécessairement l'insertion des muscles génioglosses : n'étant plus alors retenue en avant, obéissant à son propre poids, la langue tombe en arriére, abaisse l'épiglotte sur la glotte et détermine l'asphyxie ; le renversement de la langue pont aller jusqu'à l'oblitération complète du pharjTis-
ICn conséquence, ou devra préalablement tlxer la langue avec une pince de Museux ou k l'aide d'un lil passé dans la pointe. Il y a toutefois à l'emploi de cette manœuvre un inconvénient qui n'a peut-être pas encore été signalé et qui exige certaines précautions. Le voici ;
A l'état normal, la base de la langue surplombe l'oritice supérieur du larynx, qui se trouve ainsi caché ; et nous savons que c'est là l'un des obstacles au passage des aliments dans les voies respiratoires. Or, lorsqu'on porte fortement la langue en avant, qu'on la sort de la bouche, celte disposition n'existe plus, et les liquides J qui suiventle plancher de la bouche peuvent tomber directement dans le larynx; le sang qui coule en abondance pendaat ces sortes d'opérations s'engouH're alors dans la trachée, dans les bronches, et détermine une asphyxie immédiate, ' comme Demarquay en a rapporté un exemple. Par la traction de la langue ho^s^ de la bouche on évite l'asphyxie par obstruction de la glotte, mais on favorise^ l'introduction du sang dans les voies aériennes, ce qui ne vaut guère mieux.
En conséquence, après avoir fixé la langue par sa pointe, il faut soigneusement recommander à l'aide de la maintenir à sa place sans la laisser tomber en arrière, et aussi sans la tirer trop en avant.
Une fois l'opération terminée, tout danger n'a pas disparu, et il existe des observations où l'asphyxie est survenue subitement quelques heures après. Une bonne précaution à prendre est d'incliner la tête du malade sur le côté pour éviter l'effet de la pesanteur, et surtout de fixer la langue en passant dans son épaisseur l'un des fils qui servent à suturer la lèvre inférieure.
Lorsqu'un malade soumis h l'iulluence du chloroforme est dans ta résolution absolue, la langue obéit aux lois de la pesanteur absolumenl comme après la section des génio-glosses, et cela d'autant plus que la tête est plus portée en ar-
3)* ANATOMIE TOPOGHAPHIQUE.
l'iÉi-e ; c'est là le mécanisme ordinaire de la mort par le chloroforme, lorsqu'elle estjie résultat de l'asphyxie, ce qui est la règle. Aussi faut-il avoir toujours une pince à sa disposition pour attirer la langue en avant et ne pas maintenir la tête du malade trop renversée en arrière, ce qui facilite la chute de la langue el le contact de sa hase avec la colonne vertébrale.
i' POHTION SLBLINGUALE.
Pour bien voir la région sublinguale, il faut porter la pointe de la langue en haut, vers le palais : on operçoit alors tm espace quadrilatère limité en arriëro
par la face inférieure de la langue, en nvant pau l'arcade denture, et se lerm^m en pointe sur les côtés au niveau de la première grosse molaire enriron.
Il est remarquahlc que cette région si bien circonscrite, si simple en apparence, qui ne renferme qu'un nombre Irès-hmité d'organes faciles à voir, ait tenu et tienne encore aujourd'hui en échec analomisicset pathologistes. Peu de parties du corps ont donné lieu à au l;int de discussions que ce petit coin de ta bouche, Je m'efforcerai d'en présenter une description claire el complMc;
d'expliquer les phénomènes pathologiques dont elle est le siège, avec Tespoir, sinon de lever tous les doutes, au moins de les diminuer.