FORME ET DIMENSIONS
Le voile diffère surtout de la voûte en ce que, au lieu d'être fixe comme elle, il constitue une sorte de soupape mobile destinée à se redresser et à intercepter toute communication entre le pharynx et Tarrière-cavité des fosses nasales. Il suffit, pour obtenir ce résultat, que le voile atteigne la position horizontale en même temps que les piliers postérieurs se rapprochent Tun de l'autre à la manière de deux rideaux. 11 ne dépasse jamais la position horizontale, ainsi qu'on Ta cru pendant longtemps.
Lorsque le voile du palais est frappé d'arrôt de développement, lorsqu'il présente une perforation pathologique, ou bien s'il est atteint de paralysie, comme on Tobserve si souvent à la suite des affections diphthéritiques, il ne fait plus son office d'obturateur, et les liquides reviennent par les fosses nasales au moment de la déglutition. La voix subit également une modification profonde dans son timbre, elle devient nasonnée.
En anatomie descriptive, on considère au voile du palais une face inférieure, concave, face buccale; une face supérieure, convexe, face nasale; un bord antérieur, adhérent; un bord postérieur, libre. Ce dernier présente deux arcades séparées l'une de l'autre par un prolongement qu'on appelle luette. De la luette partent deux piliers^ l'un antérieur qui va s'attacher à la langue, l'autre postérieur qui se continue avec la paroi du pharynx. Ces deux piliers circonscrivent dans leur écartement une excavation qui loge l'amygdale.
Quelles soiit les dimensions du voile du palais ? Quelles sont ses dimensions respectives par rapport à la voûte? La plupart des auteurs qui ont figuré ces rapports l'ont fait, à mon sens, inexactement : ils donnent à la voûte une part relative beaucoup trop grande dans la composition du plafond de la cavité buccale. Voyez, par exemple, les planches, très-belles d'ailleurs, de l'atlas de MM. Paulet et Sarazin (fig. 4 et 2, t. I, pi. 16) ; le voile du palais n'offre que
11 millimètres de longueur, tandis que la voûte mesure 26 millimètres. Gela tiendrait-il à ce que ces auteurs se sont servis pour leur dessin de pièces congelées?
La figure 100, où le voile du palais est représenté, a été prise sur un adulte bien conformé, et, s'il est vrai que les dimensions puissent varier dans des proportions assez notables suivant les sujets, le rapport n'en reste pas moins à peu près toujours le même entre la voûte et le voile.
Les dimensions de la luette sont si variables qu'il est préférable de faire partir les mensurations de la base de cet ocgane, et non de son sommet. Ce dernier peut descendre assez bas pour toucher la base de la langue et déterminer une certaine gêne. Il n'y a aucun inconvénient à l'enlever d'un coup de ciseaux.
Sur la figure 100, une ligne droite étendue du collet des incisives à la base de a la luette mesure 8 centimètres ; cette ligne augmenterait légèrement de Ion- 1 gueur en suivant la courbure palatine. Sur ces 8 centimètres, i environ appar-l tiennent à la voûte et 4 au voile. Je crois donc pouvoir dire que, très-variablesl suivant les sujets dans leurs dimensions absolues, la voûte et le voile du palais^ présentent une longueur relative sensiblement égale.
J'ai dit plus haut que la largeur de la voûte correspondait généralement à sa profondeur: la largeur du voile est au contraire plus grande que sa longueur d'environ 1 centimètre.
L'épaisseur du voile du palais est considérable, elle mesure de G à 8 millimètres. Contrairement à ce qui existe à la voûte, où la partie moyenne est extrêmement mince, l'épaisseur du voile est uniforme. La figure 87 (P. 247) donne une idée exacte de l'épaisseur respective de la voûte et du voile sur la ligne médiane.
A quelle distance le bord postérieur du voile du palais se trouve-t-il de la paroi postérieure du pharynx? Si je m'en rapporte à l'observation sur le vivant, cette distance est singulièrement variable suivant les sujets: tantôt ce bord touche presque la paroi ; d'autres fois, il existe entre ces deux parties un large espace qui permet l'introduction facile du doigt et l'exploration de l'arrièrecavité des fosses nasales. Peut-être ces variétés ont-elles de l'influence sur le timbre de la voix; elles en ont certainement sur le résultat que peut donner à ce point de vue la staphylorraphie, surtout lorsque cette opération est pratiquée pour une division congénitale du voile, lequel est alors presque toujours atrophié.
Un autre détail qui intéresse vivement le chirurgien pour toutes les explorations pharyngiennes, c'est le rapport précis de la voûte et du voile du palais avec la base du crâne et la paroi antérieure de la colonne cervicale. Ce rapport elle parti qu'on en doit tirer seront plus utilement signalés à propos du pharynx ; l'examen attentif de nos coupes antéro-postérieures en donnera d'ailleurs au lecteur une idée plus exacte que toutes les descriptions possibles.
Superposition des plans.
Les couches dont se compose le voile du palais sont nombreuses. Pour les bien voir, il est utile de pratiquer une coupe transversale comprenant toute l'épaisseur de la région. J'ai pratiqué celle qui est représentée figure 101 immédiatement en arrière de l'orifice postérieur des fosses nasales, au niveau du
SOS ANATOMIE TOPOGRAPHIOI!!:.
crochet de l'aile interne de l'apophyse ptérygoïde {C), sur lequel se réfléchit le muscle péristaphyiin externe (B).
En procédant de haut en bas, de la face supérieure vers la face inférieure, les
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plans qoi se superposent pour l'ormer le voile du palais sont les suivants :
V Plan muqueus supérieur (D);
2° Premier plan glandulaire (E) ;
3° Premier plan musculaire (K) (pulalo-slaphylin);
4° Deuxième plan musculaire (F) (péristaphyiin interne et pharyngo-stapîiyu^
5° Plan libreux (G) (péristaphyiin externe) ;
e° Troisième plan musculaire (H) (glosso-staphylin) ;
7° Deuxième plan glandulaire (1) ;
8° Plan muqucux inréneur (J).
Tous les éléments qui entrent dans la composition du voile dti palais sont donc compris entre deux plans muqiieux qui, écartés l'un de l'autre au niveau de son bord adhérent, se réunissent l'un ii l'autre an niveau du bord libre, où il n'y a plus d'interposé entre eux qu'un pou de tissu conjonctif.
Je u'ai que peu de chose à dire sur chacun de ces plans en particulier, la description des organes qui les constituent appartenant à l'anatomie descriptive.
Chacune des muqueuses qui recouvrent les deux faces du voile participe aux caractères anatomiques et aux aptitudes pathologiques de la muqueuse correspondante des cavités buccale et nasale.
Les deux cuuches glandulaires différent d'épaisseur i la couche inférieure conlient un bien plus grand nombre de glandes que hi couche supérieure. Ce sont
COUCilB FIBREUSE DU VOILE DU PALAIS. 3(1!)
ces glandes qui donnent naissance aux tumeurs adénoïdes du voile du palais, bien étudiées par Michon et NéJalon. Ces adénomes sont remarquables en ctj qu'ils sont toujours énucléables. Ils proéminent dans la bouche et peuvent atteindre le volume d'une orange, au point d'amener une gêne considérable de la respiration. Une simple incision pratiquée à leur surface sur lu muqueuse suDît pour en pratiquer l'extraction.
Les trois couches tniavulaires, que l'on peut diviser en supérieure, moyenne et inférieure, sont loin de présenter la même épaisseur, ainsi que le démontre la figure 101. Tout en attirant le voile en haut (péristaphylin interne), ou en bas i (pharyngo et glosso-staphyiin), les muscles exercent sur lui une certaine trac- [ tion latérale, les fibres d'un côté so confondant sur la ligne médiane avec celles \ du côté opposé : il en résulte qu'après la division médiane du voile les deux moitiés s'écartent. Le même phénomène se produit dans la division congénitale \ du voile, à ce point qu'on serait tenté dans certains cas de croire à son absence.
Cette tendance à l'écartomont des deux moitiés du voile est quelquefois assez forte pour déterminer des tiraillemenls sur les sutures et faire échec h la réunion : c'est ce qui détermina Dielfenbach k pratiquer de chaque côté une incision hbéralrice parallèle à la suture, longue de 1 centimètre environ et comprenant toute l'épaisseur du voile.
La couche /ibreuie du voile du palais mérite de lixer l'allention. Je l'ai reproduite sur la ligure 102 en EE avec ses dimensions et sa forme normales. Elle occupe toute la largeur du voiie, mais elle est loin d'en occuper toute la longueur. J'ai déjil fait remarquer (page -137) que cette membrane fibreuse, appelée encore aponéiTose du voile du palnis, est ta source d'une illusion pour le chirurgien quand il pratique le Loucher de la voûte palatine avec un instrument et même avec les doigts. C'est qu'en effet elle fait suite à la voùle palatine et constitue un plan si bien tendu, si résistant, que la sensation fournie par la voûte osseuse se continue jusqu'au bord postérieur de celle lame, bord Iranchant trËs-facile h sentir avec le doigt.
Dans les mouvements d'élévation et d'abaissement qu'exécute le voile du pa- i lais, cette partie fibreuse reste absolument immobile ; c'est elle qui a reçu le | nom de portion horizontale, par opposition à la partie placée en arrière ; celleci, obliquement dirigée en bas, est seule susceptible de mobilisation.
La lame fibreuse occupe environ le tiers antérieur delà longueur totale du voile. I On l'a quelquefois décrite comme étant l'épanouissement du tendon du muscle péristaphylin externe, mais cela n'est pas exact : elle constitue un plan indépendant de ce muscle. En avant, elle s'insère sur le bord postérieur de la voûte osseuse du palais ; sur les côtés, aux crochets de l'aile interne de l'apophyse plérygoîde. La vérité est que le tendon du péristaphylin externe vient y prendre \ insertion et qu'elle constitue pour ce muscle le véritable point d'insertion fixe. V
Aussi est-ce une erreur de dire que le muscle péristaphylin externe a pour principale fonction de tendre le voile du palais, et l'expérience propre à le démontrer est facile à faire. Le corps charnu <lu muscle étant découvert, exercez une traction de bas en haut, et vous verrez que c'est à peine si le voile du palais éprouvera un mouvement de tension. Le voile est naturellement tendu parla lame
;)10 ANATOMiE T0P0GHAPII]QI.:E.
libreusepalalino, et une nouvelle preuve qu'elle surtll à produire ce résultai, c'est que le voile est tondu sur le cadavre aussi bien quesnr le vivant. Sans nier que le périslaphylin externe puisse agir sur le voile du palais, je pense avec Trœltsch que ce n'est là qu'une action Irès-sef^ondaîre ; ce muscle a pour fonction princi-
/ pale, en prenant son point fixe en bas sur l'aponéiTose palatine, d'exercer une traction sur la portion fibreuse de la trompe d'Euslacbe, à laquelle il s'insère en
I haut, et d'ouvrir ce conduit à chaque mouvement de déglutition.
: du voile du palais n'offrent qu'un intérêt médiocre. Je ferai
I remarquer qu'il en existe si peu sur la ligne médiane, que la division du voile 1 I peut être faite en ce point, presque il blanc, avec le bistouri. Les artères proviennent : de la palatine supérieure, branche de la maxillaire interne : de la palatine inférieure, branche de la faciale, el de la pharyngienne inférieure, bran- | che de la carotide externe. Les veines se rendent vers la fosse lygomatique ou ' bien dans la jugulaire interne.
' Les lymphatiques aboutissent aux ganglions qui siègent à l'angle de la mftchoire.
Quant aux nerfs, ils proviennent des nerfs palatins et dn glosso-pharyngien. Le péristaphylin externe rci^oil son filet de la branche motrice du trijumeau.
Que le voile du palais soit divisé ù la naissance, qu'il ait été fendu par le chinii^ien dans le but de porter des instruments dans l 'arrière-cavité des fosses nasales, que des ulcérations syphilitiques ou scrofuleuscs en aient détruit une par- I
Dr PUNCHEH DE LA DOUCHE. 3t(
lie, on peut y remédier par une opération tjui porte lo nom du slajihr/lorrnphie et qui fut exécutée pour la première fois avec suceès par Roux en 1819. Il est juste de dire que Le Morinier d'abord, Jourdain, de Graefo, avaient déjà fait des tentatives avant Roux, mais c'est h ce chirurgien que Ton doit d'avoir vulgarisé la staphylorrhaphie.