‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 98 sur 142 · STRUCTURE DES DENTS · texte numérisé non relu

STRUCTURE DES DENTS

Ce qui me frappe et mu laisse même quelques doutes sur la pathogénie attribuée par M. Magitot à cette singulière alTeclion, c'est l'absence absolue de douleur au début de la maladie; je comprends diflicilemcnt une périostite assez i intense pour dévier et ébranler une dent sans provoquer en même temps I moindre douleur.

Structure des dents.

Toutes les dents sont creusées à leur intëricnr d'une cavité qui s'étend du sommet do la racine à la couronne et renferme une substance molle, la pulpe denlan-e. Cette pulpe représente à peu près la forme extérieure de la dent. Très-développée chez les enfants, elle s'atrophie avec l'âge pour disparaître dans la vieillesse : d'où la chute spontanée des dents à cette dernlÈre période de la vie.

Trois substances, sur lesquelles je n'ai pas à m'étendre ici, entrent dans la composition de la dent : Vémai'l, Vivoire et le cément.

Ij'ëmail recouvre la couronne de la dent : c'est une substance d'un blanc bleuâtre, très-dure, composée de prismes juxtaposés, implantés perpendiculairement à la surface de l'ivoire qui est sous-jacent.

L'ivoire ou dentine forme la plus grande partie de l'organe dentaire. Il est d'une couleur blanc jaunÂtre et traversé par une quantité infinie de canalicules microscopiques qui se portent de la cavité de la dent vers sa surface, où ils sont recouverts par l'émail et le cément.

Le cément est une couche de substance osseuse qui recouvre la racine dans toute sa longueur. Né du collet de la dent, le cément forme en ce point une couche très-mince qui augmente en avançant vers le sommet de la racine, où il acquiert sa plus grande épaisseur.

Sous une inlluence que je ne saurais déterminer, le cément est susceptible d'éprouver, dans un point quelquefois extrêmement limité de la racine, une sorte de nécrose, capable d'engendrer à son lour des abc^s et des fistules. C'est ainsi qu'une jeune tille de 24 ans me tut adressée à Lariboisiëre, en 1873,

le dooleur Rue. pour être traitée d'une fistule siégeant au niveau du collet! 1 de l'incisive latérale supérieure droite. La dent paraissait trës-saine, et n'avait f jamais occasionné de douleurs. La fistule datait de cinq années et avait résisté nux moyens ordinaires de traitement. Pensant que le point de départ pouvait tire une maladie de la racine, je fis, séance tenante, l'ablution de ia dent, et quelques jours après il n'y avait plus trace de llstule, ce qui est la règle en pareil cas. Le sommet de la racine était noir et nécrosé dans l'étendue d'eu- Tiron 2 à 3 millimètres.

Je tire de ce fait, et de beaucoup d'autres analogues, cette conclusion pratique fort importante :

Toutes les fois qu'il existe un trajet fstukiix au voisinage des mâchoires, le chirurgien doit te préoccuper d'abord du système dentaire, qui en eiC presque toujours le foint de départ, alors même qu'on ne trouve pas de lésions sur ta partie extra-ulvéolaire des dr.nts.

I) est fréquent d'observer des fractures des dents. La solution de continuité peut siéger sur la couronne, au niveau du collet ou sur la racine. C'est dans ce' | dernier cas, alors que les fragments restent en contact dans l'alvéole, maintenus

338 ANATOMIE TOPOGRAPBIQUE.

par le périoste alvéolo-dentaire, qu'on a pu observer de vérilables consolidations. Le fait ne doit pas surprendre, puisque la racine est enveloppée par du tissu osseux.

Une dent complètement extraite de l'alvéole peut ôtre réintégrée à sa place et redevenir solide, mais elle ne recouvrera pas sa sensibilité, puisque le filet dentaire a été arraché.

Un fait plus singulier est la transplantation des dents d'un sujet sur un autre sujet. L'opération a été plusieurs fois tentée, et Hunter la même signalée comme ayant donné lieu à la propagation de la syphilis.

J'ai eu connaissance d'une transplantation des deux incisives médianes pratiquée il y a quelques années à Paris, dans des conditions assez mystérieuses. Mais on comprend toutes les difficultés d'exécution d'une semblable manœuvre : car il faut trouver des dents parfaitement identiques à celles qu'on enlève, et il y a de grandes chances pour que les dents transplantées déterminent des ostéopérioslites, des gingivites, etc., qu'elles jouent, en un mot, le rôle de corps étranger.

Certains sujets hémophiles présentent parfois à la suite d'une avulsion de dent une hémorrhagie fort difficile î\ maîtriser. Je rappellerai qu'un excellent moyen d'arriver à ce but est de remplir l'alvéole avec un bouchon de cire ou de liège. L'année dernière cependant ces moyens échouèrent entre mes mains, et je ne pus obtenir une hémostase définitive qu'à l'aide du cautère actuel.

Développement des dents.

Bien que la question du développement des dents rentre plutôt dans le domaine de la physiologie, j'en dois dire quelques mots pour faire comprendre la pathogénie de certaines tumeurs des mâchoires.

Le follicule dentaire, vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, est représenté par une paroi membraneuse en forme de sac, dont le fond corresponde la muqueuse gingivale et dont l'autre extrémité, largement ouverte, répond au fond de la gouttière gingivale. Ce sac est divisé en deux compartiments : Tun inférieur, qui contient le bulbe, appelé encore organe de Vivoire; l'autre supérieur, appelé organe de rémail, germe deCémail, organe adamantin.

Le follicule est rattaché à la couche profonde de l'épiderme par un prolongement étroit décrit par Waldeyer et appelé cordon épithélial, organe destiné à disparaître par résorption. Quelquefois il persiste, et c'est à ses dépens que, d'après M. Magitot, se développent dans certains cas les dents surnuméraires, en nombre quelquefois considérable. M. Yerneuil croit également pouvoir expli- (|uer la pathogénie de Vépithélioma térébrant des maxillaires par l'hypergenèse des éléments de ce cordon. C'est encore à la prolifération du cordon épithélial que serait due, d'après M. Magitot, la production des kystes multiloculaires des mâchoires, dont la pathogénie a tant préoccupé les chirurgiens.

Quoi qu'il en soit, à cette période, ces organes sont mous et ne présentent encore aucune trace d'organisation qui rappelle le tissu dentaire; ils sont composés d'éléments analogues à ceux des autres organes embryonnaires, et c'est pour cela que M. Broca a désigné celte période sous le nom de période embryoplastique.

Page 1