ARTICLE PREMIER
Le massif osseux, dont l'ensemble constitue la face, est comme suspendu à la partie antérieure et inférieure de la base du crâne. Il lui est, du reste, intimement uni par de nombreuses et puissantes sutures et ne peut en être séparé, du moins chez l'adulte.
§ 1 — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
î° Conformation extérieure. — Le squelette focial revêt, schématiquement, la forme d'un prisme triangulaire, nous offrant à considérer, comme tout prisme triangulaire ; 1° deux bases ; 2° trois parois ou faces.
A. Bases. — Les bases (fig. 138), sont latérales, d'où le nom de faces latérales, sous lequel les désignent certains auteurs. Elles sont essentiellement constituées par la face externe de l'os malairo, la portion postérieure du rebord alvéolaire du maxillaire supérieur et la face ext^jne de la branche du maxillaire inférieur. Nous y trouvons : 1° le trou malaire, sur la face externe de l'os de même nom ; 2° V é.chancrure
TÊTE
sigmoïde du maxillaire infériour, que surmonte l'arcade zygomatiquo et que liuiitont, en avant, l'apophypo ooronoïde, en arrière le col du condyle ; nous y reviendrons à propos de la région massctérine.
B. Faces. — Les trois faces du massif facial se^distingucnt en antérieure, supérieure et postérieure ;
a. Face antérieure. — La face antérieure (fig. 136), limitée en haut par une ligne transversale qui passerait jiar les deux sutures fronto-malaires, a pour limite, en
bas, le bord inférieur du corps du maxillaire inférieur et aussi le bord inférieur de sa branche montante jusqu'au gonion. Nous y remarquons : 1° sur la ligne médiane, l'orilico antérieur des fusses nasales ou orifice piri forme (apertura piriformis des anatomistos anglais et allemauds) à travers lequel se voit le bord antérieur du vomf^r ; la symphyse du menton et, au-dessous d'elle, l'éminence mentonnière ; 2° de chaque côté de la ligne médiane, la base de l'orbite, le trou sousorbitaire, la fosse canine, la foss(»tte myrti forme (avec la bosse canine), les deux bords alvéolaires avec leurs rangées de dents, et, enfin, la face antérieure du corps du maxillaire inférieur avec sa ligne oblique externe, qui se dirige en haut et en arrière, et son trou mentonnier, qui s'ouvre un peu au-dessu8-de cette hgne.
b. Face supérieure. — La face supérieure (fig. 136), en rapport avec la base du crâne, s'étend depuis l'articulation naso-frontale, point extrême antérieur, jusqu'à la partie la plus reculée de l'articidation sphéno-vomerienne, point extrême postérieur. Elle est intimement unie à la partie correspondante du crâne par trois piliers qui délimitpnL entre eux les deux cavités orbitaires. Ce sont :
1° Un pilier médian, représenté par les os nasaux et surtout par les branches montantes des deux maxillaires supérieurs, qui, comme on le sait, viennent s'articuler avec les apophyses orbitaires internes ;
2o Deux piliers latéraux, l'un droit, l'autre gauche, représentés par la portion ascendante de l'os malaire, lequel vient s'articuler avec l'apophyse orbitaire externe. A chaque pilier latéral se trouve annexé urr arc-boutant horizontalement dirigé, unissant le même os malaire à la partie postéro-inférieure du temporal : c'est l'arcade zygomatique.
Fig. 136.
Massif osseux de la face, vue antérieure.
{En rouge, la mâchoire supérieure : en lieu, la mâchoire inférieure.)
11 est à peine besoin d'indiquer que, au niveau de ces piliers, le massif facial est beaucoup plus résistant que partout ailleurs.
c. Face postérieure. — La face postérieure (fig. 137) représente une vaste cavité qui se trouve circonscrite : 1" en arrière et en haut, par une ligjic conventionnelle passant par les deux cavités glénoïdes ; 2" sur le reste de son pourtour, par le bord inférieur ' du corps du maxillaire et le bord postérieur de sa branche. Cette vaste région, dans laquelle s'abritent la langue, le voile du palais, le pharynx, les régions parotidienne et zygoraatique, etc., nous montre, sur le squelette, une foule de détails, sailhes et dépressions, gouttières et trous, dont les principaux sont les suivants :
les orifices postérieurs des fosses nasales ou choanes, que sépare l'une de l'autre le bord postérieur du vomer ; au-dessous de cet os, sur la ligne médiane, l'épine nasale postérieure ; la voiite palatine, avec ses conduits palatins antérieurs, palatins postérieurs et palatins accessoires ; sur la face postérieure du maxillaire inférieur, le symphyse mentonnière, les quatre apophyses géni, la ligne oblique interne avec la gouttière mylo-hyoïdienne ; enfin, l'orifice supérieur du canal dentaire et l'épine de Spix, qui le limite en bas.
2° Variations diverses de la forme générale de la face. — La forme générale et les dimensions du massif osseux de la face peuvent subir, soit à l'état normal, soit à l'état pathologique, des modifications qu'il importe de connaître, parce qu'elles retentissent toujours profondément sur la physionomie du sujet.
A. A l'état normal. — Le squelette facial présente un développement variable suivant l'âge et suivant les races :
a. Variations suivant Vâge. — Chez Venfani, sa portion inférieure ou naso-buccale se trouve très réduite par suite de l'absence du sinus maxillaire et de l'obliquité de la branche du maxillaire inférieur ; il en résulte que, chez lui, le diamètre vertical de la face est proportionnellement beaucoup plus court que chez l'adulte et que, dans son ensemble, la face est peu développée relativement à la boîte crânienne. — Chez Vadulte, l'apparition du sinus maxillaire et le développement des dents augmentent considérablement les dimensions verticales de la face. — Chez le vieillard, la chute des dents et l'usure des bords alvéolaires, qui en est la conséquence, diminuent dans une proportion souvent considérable les dimentions verticales de la face, laquelle se rapproche ainsi, dans son ensemble, de sa configuration infantile ; elle
Fig. 137.
Massif osseux de la face, vue postérieure.
{En rouge, la mâchoire supérieure : en bleu. I,a mâchoire inférieure ; en noir, les os du crâne.)
TÊTE
PU difîèro cependant en ce que le menton, qui est fuyant chez 1 enfant, se porte en avant à la roncontn' du nez et que la ligne symphysienne est oblique en bas et en avant, tandis que, chez l'enfant, cette même ligne présente une obliquité de seas contraire.
b. Variatiohs etlinù/ues. — La face présont;! aussi des variations ethniques importantes. Nous ne signalerons qus les deux suivantes. Dans la rare mongolique, le diamètre transversal bimalaire est parliculièrement développé : de là, la saillie que font les pomnaettes et la largeur considérable que présente la face chez les sujets
de cette race. Dans la race nègre, au contraire, c'est le diamètre vertical qui pré domine, ce qui est dû à la saillie exagérée que fait le maxillaire inférieur ; cette saillie du maxillaire contribue à donner au visage du nègre son aspect caractéristique.
B. A l'état [PATHO- LOGIQUE. — A l'état pathologique, les modifications que subit le massif osseux facial peuvent être consécutives à des lésions diffuses, portant sur tous les os de la face, comme, par exemple, dans l'acromégalie et dans la leontiasis ossea ; ou bien elles peuvent être consécutives à des lésions localisées, n'intéressant que l'un des segments osseux, comme cela 's'observe dans la plupart des traumatismes (fractures) ou des inflammations (ostéites) du squelette de la face.
Dans le cas de lésions diffuses, la déformation du visage est toujours des plus accusées. C'est ainsi que dans la leontiasis ossea, affection caractérisée, comme on le sait, par un épaississement diffus des os de la face et du crâne (Virciiow), la déformation est telle que la face du malade rappelle assez exactement le mufle du lion (faciès léonin).
Les lésions localisées produisent, elles aussi, une déformation toujours appréciable. Il est à remarquer cependant que, parmi ces lésions., celles du maxillaire inférieur, de l'os malaire et surtout des os du nez ont, sur la physionomie du malade, un retentissement beaucoup plus considérable que les lésions du maxillaire supé-
Fig. 138
Massif osseux de la face, vue latérale.
[En rouge, la mâchoire supérieure ; en bleu, !a mâchoire intérieure).
MASSIF OSSEUX DE LA FACE 20l
rieur : il est même surprenant de voir combien, après dés destructions étendues de ce dernier os, l'aspect du visage est relativement peu modifié.
La face, comme le crâne, a été minutieusement étudiée par les anthropologistes, qui nous ont donné, sur sa conformation générale et sur son développement, des mensurations fort nombreuses. Nous n'indiquerons ici que les principales, et, encore, le ferons-nous brièvement, renvoyant pour de plus amples détails aux Traités spéciaux.
A. Princip.\les mensurations de la face. — • Ce sont la largeur, la longueur, la hauteur :
a) La largeur de la face nous est indiquée par deux diamètres : 1° le diamètre bi-malaire, qui va d'un os malaire à l'autre ; c'est la distance qui, sur le vivant, sépare en ligne droite les deux pommettes ; 2" Le diamètre bi-ztjgomatique ou bi-jugal, mesurant la plus grande distance comprise entre les deux zygomatiques. Ce dernier diamètre l'emporte toujours sur le précédent, même dans les races jaunes, que caractérisent, comme on le sait, des pommettes particulièrement saillantes : il devient, de ce fait, le diamètre transverse maximum de la face ; autrement dit, il représente la largeur maxima de massif facial.
[3) La longueur de la face est la ligne droite, mesurée au compas-glissière, qui, sur la ligne médiane, réunit son extrémité supérieure à son extrémité inférieure. La plupart des anthropolologistes placent l'extrémité supérieure au point sus-orbitaire ou ophryon (p. 4). Quant à l'extrémité inférieure, elle est représentée (suivant que l'on rattache ou non à la face le maxillaire inférieur) par le point alvéolaire ou parlepomtwe/iîonwie/-(p. 3). Ilnousfautdoncdistinguerdeuxlongueurs : 1" la longueur totale, répondant à la face entière, c'est-à-dire aux deux mâchoires et allant de l'ophryon au point mentionnier (ligne ophryo-mentonnière) ; 2° la /oregtteMrsjmpfe de la face, répondant à la face proprement dite, nous voulons dire à la mâchoire supérieure seulement, et allant de l'ophryon au point ai véolaire(/tgneop/iryo-a;('éoiat>e).
y) La hauteur de la face, qu'il ne faut pas confondre avec la longueur, nous estdonnée parla verticale qui, partant de l'extrémité supérieure de la face ou ophryon, viendrait se terminer sur le plan alvéolocondylien, c'est-à-dire sur le plan horizontal passant à la fois par tes deux condyles occipitaux et par le point alvéolaire. Cette dernière mensuration, on le conçoit, ne' peut être prise que sur des dessins de projection latérale de la tête.
B. I^nicE FACiAT. — En comparant la longueur simple de la face au diamètre bi-jugal, on a V indice facial dont la formule est la suivante :
Indice facial =
Ligne ephryo-alvéolaire Diamètre bi-jugal
c'est le rapport centésimal de la longueur à la largeur.
L'indice facial est de 73,4 chez les Esquimaux, de 68,6 chez les nègres, de 66,2. chez les Néo-Calédoniens, de 65,6 chez les Australiens, de 62,6 chez les Tasmaniens.
Il est représenté, dans la population parisienne, par le chiffre 65,9.
C. Prognathisme. — A la conformation générale de la face se rattache encore ce que Prichard a appelé prognathisme. Le prognathisme, comme l'indique son nom (de npb. en avant et Yva0oç, mâchoire), désigne tout simplement la proéminence du massif facial en avant du crâne.
Cette proéminence (flg. 139), on la voit nettement, soit sur le vivant, soit sur le,squeletfe, rien qu'en regardant la tête de profil : par la pensée, on mène une verticale par l'extrémité supérieure de la face et on constate que la face se trouve située en grande partie en avant de -cette ligne. Mais quand il s'agit de l'étudier scientifiquement et de le représenter par des chifïres, on se heurte à des difficultés nombreuses.
Tout d'abord, il est à peu près impossible d'étudier le
prognathisme sur le vivant, à cause des parties molles ^les lèvres principalement), qui masquent les points de repère et empêchent d'y placer les instruments.
Puis, il n'y a pas qu'un prognathisme, mais des prognathismes, selon les parties de la face que l'on considère. — Si l'on envisage à la fois les deux mâchoires, on a le prognathisme de la face entière ou
Fig. 139.
Variétés de prognathisme rois ; C. néo-calédonien