TOPINARD
; A, parisien du treizième siècle de l'île des Pins ; D, nègre
B, im crâne de bavade Kordoan (d'après
TÊTE
prognathisme total (prognathisme bi-maxillaire de Manouvrier) : c'est la proéminence de la face dans son ensemble en avant du crâne. H est assez bien représenté (fig.140) par l'angle maxillaire de Camper, angle médian, dont le sommet est constitué par les extrémités tranchantes des dents incisives moyennes, supérieures et inférieures, et dont les deux côtés sont formés, le supérieur par iine ligne allant du sommet à l'ophryon, Y inférieur par une ligne ;. liant du sommet au point mentonnier. Il est à peine besoin de faire remarquer que plus cet angle e^t aigu, plus le prognathisme est prononcé. L'angle maxillaire de Camper est précieux en ce sens qu'il sépare nettement l'homme de tous les mammifères, lesquels possèdent plus ou moins un museau : il mesure en eflet (Topinard), 77» chez divers carnassiers, 82° chez le macaque,
96° chez le cynocéphale, 99" chez le chimpanzé, 102oc.hezle gorille, 109ochez l'orang et s'élève, chez l'homme à i5ï>°. La distance est grande, on le voit, entre le prognathisme humain et celui des singes, même les anthropoïdes. — La proéminence seule du maxillaire inférieur ou mandibule constitue une deuxième espèce de prognathisme, le prognathisme du maxillaire inférieur ou prognathisme facial inférieur. — La proéminence seule de la mâchoire supérieure (autrement dit de la face, sauf la mandibule) constitue le prognathisme facial supérieur. Et si, dans cette mâchoire supérieure, on ne considère que la portion tout inférieure, celle qui va de l'épine nasale au point alvéolaire, on a le prognathisme alvéolo-sousnasal. — On a même décrit le prognathisme alvéolo-dentaire, design. nt sous ce nom la saillie que font les dents en avant de leurs alvéoles.
Les anthropologistes, pour évaluer les divers degrés du proganthisme, ont eu successsivement recours : 1" aux angles faciaux ; 2" à des verticales abaissées de tel ou tel point de la face sur le plan alvéolo-condylien et mensuration de la distance- comprise entre le pied de ces verticales et le point alvéolaire ; 3° aux angles divers que font les différents segments de la face sur le plan alvéolo-condi/lien, etc. Mais les résultats obtenus n'ont pas répondu à l'attente des chercheurs et le prognathism ■ a bien perdu aujourd'hui de 1' mportance qu'on lui accordait autrefois. Topinard a m"me pu écrire qu'il est « absolument à rejeter comme caractère sérieux ». Ce jugement nous parait sévère et il est probable que le prognathisme, quand il sera plus nettement défini et que seront mieux réglés les procédés employés pour son étude, reprendra en anthropologie, la place honorable qui lui convient. Pour l'instant, nous ne pouvons le considérer que comme un simple caractère morphologique désignant en anatomie descriptive, comme nous l'avons dit plus haut, la saillie que fait en avant du crâne le massif osseux de la face ou ses différents segments.*
Fig. 140.
I/angle maxillaire de Camper mesurant le prognathisme total d'après Topinabd).
3, extrémités trancliant«s des dents incisives moyennes supérieures et inférieures, sommet de l'angle maxillaire. — AS, ligne Daasant par l'ophryon. — BS, ligne passant par le point menton- Dier. — ASB, angle maxillaire de Camper. — xx, plan alvéolocondylien. — vu, plan parallèle au précédent passant par le sommet de l'angle maxillaire. — zi, autre plan parallèle au plan alvéolo-condylien passant par le point mentonnier.
3° Division . — La face, on le sait, se divise en deux portions appelées mâchoires : la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure. La première, constituée par des os minces et fragiles, est intimement unie à la base du crâne par sa face supérieure ; elle est arc-boutée contre les deux apophyses ptérygoïdes par sa face postérieure. La deuxième, formée par un os unique et résistant, le maxillaire inférieur, est mobile,' et en rapport avec la base du crâne par deux points seulement, qui répondent aux articulations temporo-maxillaires.
Placée en arrière et au-dessous de la mâchoire supériouro, rinférieure l'encadre en partie et, dans bien dos cas, la protège efTicacemont contre les traumatismfs. Aussi les fractures de la mâchoire supérieure sont-elles relativement rares.
Les rapports que les mâchoires présentent avec la base du crâne nous expliquent
comment il se fait que, dans les traumatismes, le choc porté sur la face puisse so transmettre au crâne et le fracturer. Réciproquement, ils nous expliquent l'irradiation possible d'une fracture de l'étage antérieur du crâne aux os de la mâchoire supérieure.
40 Rapports généraux avec les cavités sensorielles. — Les os qui forment la mâchoire supérieure délimitent, avec la base du crâne, les cacités- orbitaires et les cavités nasales où se loge le substratum anatomique de deux de nos sens : dans la première, le globe oculaire ; dans le seconde, la muqueuse pituitaire. Ils délimitent, de même, avec le maxillaire inféiieur ou os de la mâchoire inférieure, une autre cavité, celle-ci impaire et médiane, la coi^ité buccale, premier segment de l'appareil digestif. Le massif osseux facial forme donc le squelette, les parois de ces cavités. Aussi ses lésions non seulement retentissent sur l'harmonie du visage, mais aussi peuvent, suivant leur siège, entraîner des troubles soit du côté de la vision, «oit du côté de la respiration ou de la digestion.
Ce n'est pas tout. Deux des cavités dont le squelette facial constitue les parois, les fosses nasales et surtout la bouche, renferment, même à l'état normal, de nombreux germes qui, dans certaines circonstances (fractures, inflammations chroniques des muqueuses nasale et buccale) peuvent envahir le squelette et donner naissance à des affections locales ou générales. On connaît, par exemple, les accidents graves qui succèdent à certaines fractures du maxillaire inférieur, à la nécrose phosphoréo, parfois à la simple extraction d'une dent.
Nous terminerons cette vue d'ensemble du massif csseux de la face, en rappelant que les deux mâchoires présentent, sur leur bord libre, les arcades dentaires et les dents et que ces dernières jouent, dans h pathologie de la région, un rôle considérable sur lequel nous aurons à revenir plus d'une fois (vuy. p. 2vS7).