‹ Traité d'anatomie topographique (volume 2)Chapitre 46 sur 141 · PAVILLON · texte numérisé non relu

PAVILLON

• Le pavil on de l'oreille est situé sur les parties latérales de la tête, en arrière de l'articulation temporo-maxillaire, en avant de l'apophyse mastoïde, dont il recouvre la partie antérieure, c'est-à-dire le segment chirurgical (p. 62). Il se trouve compris entre deux horizontales, dont l'une, la supérieure, serait menée par la queue dos sourcils, et dont l'autre, l'inférieure, passerait un peu au-dessous de la sous-cloison. Libre par son tiers postérieur, il est solidement fixé à la tête par son tiers antérieur : il se continue à ce niveau, sans ligne de démarcation bien nette, avec le conduit auditif externe. Son mode d'implantation, comme d'ailleurs ses dimensions

Fig. 237.

Pavillon de l'oreille

(face externe) (T.).

1, hélix. — ?„ !iDtfcéIi.x. — 3, 3', gouttière de l'hélix. — 4. fossette de l'anthélix ou fossette triangulaire. — 5, tragus. — 6.

antitragus. — 7, cavité de la conque. — 8, lobule.

et sa configuration, sont des plus variables. Entre les oreilles qui s'appliquent sur la paroi crânienne et celles qui s'en écartent en formant un angle de 90° et même davantage {oreille en anse), se trouvent toutes les dispositions intermédiaires. D'ordinaire, l'angle d'écartement {angle céphalo-auriculaire, Testut), mesure de 20 à 30°.

1° Conformation extérieure. — Le pavillon de l'oreille revêt la forme d'un ovale à grand axe à peu près vertical et à grosse extrémité dirigée en haut. Il présente, sur l'une et l'autre de ses faces, un grand nombre de saillies et de dépressions qui lui donnent un aspect fort irrégulier et caractéristique. Nous tie ferons ici que les mentionner (voy. Anatomie descriptive). Ce sont (fig. 237) : 1° à la partie moyenne, une excavation profonde, la conque ; 2° tout autour d'elle et la délimitant, Vhélix ou bordure du pavillon, à peine marqué parfois (oreille plate, non bordée), qui se bifurque pour circonscrire la fosse naviculaire ; 3° le tragus, qui forme un opercule mobile audevant de l'entrée du conduit auditif et qui constitue un repère utilisé pour pratiquer certaines opérations sur la face ou le crâne ; 4° enfin Vantitragus, qui, comme son nom l'indique, se dresse en face du tragus. Le pavillon se

termine en bas, par une formation molle et flaccide, le lobule de Voreille : il est fréquemment déformé par les ornements que les peuples sauvages ou civilisés ont l'habitude d'y suspendre.

Il n'est pas rare de voir le pavillon de l'oreille présenter des anomalies de forme ou même de véritables difformités :

a) Les anomalies de forme sont considérées comme des stigmates physiques de dégénérescence ; elles constituent même souvent, chez les dégénérés supérieurs, la seule malformation constatable (G. Ballet). A ce titre, elles sont donc intéressantes à connaître.

Parmi les principales anomalies nous signalerons (fig. 238) :

1° les grandes oreilles détachées de la tête {oreilles en anse) ; 2° l'absence de l'ourlet de l'hélix {oreille plate) ; 3° le développement exagéré du tubercule de Darwin (on sait que sous le terme de tubercule de Darwin on désigne un renflement mousse que présente l'hélix, à l'union de sa portion horizontale avec la portion descendante) ; 4° le prolongement de la racine de l'hélix jusqu'à l'anihélix, d'où résulte la division de la conque en deux cavités secondaires (Feré et Huet) ; 5" l'atrophie ou la disparition du lobule (Morel) ; 6° l'adhérence de ce même lobule, etc., etc.

P) Les difformités ne sont pas très rares. Elles sont congénitales ou acquises. — Les malformations congénitales ^ont souvent héréditaires ; elles coïncident parfois avec d'autres malformations de la face

Fig. 233 Anomaliea de forme du pavillon (d'après Lannoi?).

A, dérotdement de l'hélix. — B. tubercule de Darwin. — C, tubercule de Darwin et oreille siraiesciue. — D, lobule adhérent. — E, racine de l'hélix rejoignant l'anthélix. — F, racine de l'hélix rejoignant l'antitragus.

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ie bec-de-lièvre en particulier, ce qui s'explique si l'on se rappelle que l'oreille externe se développe autour de la première fente branchiale et aux dépens du premier et du deuxième arc branchial. Ces diJîormités sont dues, soit à un arrêt, soit, au contraire, à un excès de développement. C'est ainsi que le pavillon peut manquer, ce qui est exceptionnel, ou, ce qui est plus fréquent, être représenté par un ou plusieurs bourrelets plus ou moins irréguliers. Dans d'autres cas, il est hypertrophié, soit dans sa totalité (on a pu voir des oreilles longues de 12 centimètres), soit dans une de ses parties, le lobule en particulier. Ces dernières malformations peuvent être, dans une certaine mesure, corrigées par le chirurgien. — Les malformaiions acquises résultent d'une'pertede substancefcoups decouteau, morsures), de cicaitrices vicieuses (brûlures), de la présence de tumeurs (kystes, fibromes du lobule, chéloides, etc.).

2° Constitution anatomique. — Le pavillon est essentiellement constitué par un repli cutané, qu'un fibro-cartilage, disposé dans son épaisseur, maintient plus ou moins rigide. Nous trouvons, en allani de la surface vers la profondeur :A° la peau ; 2'J le tissu cellulaire sous-cutané ; 3° le fibro-cartilage.

A. Peau. — La peau est très fine, mince, douce au toucher. Elle s'étale régulièrement sur les deux faces du cartilage (sauf en arrière, où elle se réfléchit bientôt pour se continuer avec la peau de la région mastoïdienne) et en reproduit fidèlement toutes les irrégularités. En bas, elle le déborde et constitue, en s'adossant à ellemême, le lobule : de là, la mobilité et la flaccidité que nous offre cette portion inféri<?ure de l'oreille.

Elle présente de nombreux poils, mais ces poils restent rudimentairçs et à l'état de duvet, à l'exception de ceux qui se développent sur la face interne du tragus (barhula hirci) et qui atteignent parfois, chez le vieillard surtout, une longueur considérable.

On y trouve encore des glandes sébacées et un petit nombre de glandes sudoripares. La peau du pavillon, on le sait, est un des sièges d'élection de l'eczéma, de l'impétigo, des engelures.

B. Tissu cellulaire sous-cutané. — Le tissu cellulaire sous-cutané n'existe pas, en tant que couche distincte, sur la face externe du pavillon. En ce point, en effet, la peau adhère intimement au périchondre, ce' qui exphque la douleur vive que provoquent les abcès qui se développent à ce niveau. Sur sa face interne, au contraire, il est relativement lâche et renferme çà et là quelques pelotons graisseux ; il sr laisse infiltrer par la sérosité et peut devenir le siège de l'œdème.

C. Cartilage. — C'est une lar ^ mince et élastique, entourée d'un périchondre épais, occupant toute l'étendue du pavillon à l'exception du lobule qui, nous le répétons, est constitué par un simple repli cutané, Il reproduit fidèlement toutes les saillies et dépressions que nous avons signalées sur le pavillon. Son élasticité est telle qu'il ne se fracture jamais ; mais il peut se déchirer. Il subit chez le vieillard une dégénérescence particulière {état sénile), qui se manifeste par des points de ramollissement et par la formation de petites cavités remplies de liquide visqueux. Ce trouble trophique, que l'on observerait également, d'après certains auteurs, au cours de quelques maladies cérébrales et surtout chez les aliénés, ne serait pas sans influence sur la production de Vothématome spontané, tumeur sanguine qui se développe sur la face externe du pavillon, entre le périchondre et le cartilage.

Les divers plis du fibro-cartilage auriculaire sont reliés entre eux par des trousseaux fibreux qui constituent les ligaments intrinsèques du pavillon. Deux autres ligaments, dits ligaments extrinsèques, attachent le cartilage et, par suite, le pavillon à l'aponévrose du muscle temporal et au tubercule zygomatique d'une part, à la base de la mastoïde et à la paroi postérieure du conduit auditif d'autre part.

Enfin, de tout petits muscles, divisés en muscles intrinsèques et extrinsèques.

APPAREIL DE L'AUDITION '^'■Ao

comiT.c l?s ligaments, ot comme eux confondus avec le périchondre, sont destinés à le mouvoir. Ce sont : 1° pour les muscles extrinsèques, V auriculaire antérieur, V auriculaire postérieur et V auriculaire supérieur ; 2° pour les muscles intrinsèques, le grand muscle de V hélix, le petit inuscle de V hélix, le muscle du tragus, le muscle de Vantitragus, le muscle transverse et le muscle oblique. Est-il besoin de rappeler que ces muscles sont absolument atrophiés chez l'homme et, de ce fait, n'ont aucune importance ?

30 Vaisseaux et nerfs. — a) Les artères destinées au pavillon de l'oreille (fig. 239 et 240) proviennent de la temporale superficielle (auriculaires antérieures) et, surtout, de l'auriculaire postérieure. Les rameaux venus de ce dernier tronc perforent, en trois endroits {artères perforantes), la lame cartilagineuse, pour venir irriguer la face externe du pavillon : c'est à une déchirure de la perforante supérieure, sous l'influence d'un traumatisme (coup de poing, gifle) que serait dû, d'après certains.

Fig. 239.

.'^rtf'res du pavillon, vues .sur la face externe

(oreille en position normale) (T.).

Fif). 240.

Artères du pavillon, vues sur la face; interne

(pavillon érigné en avant) (T.).'

1, artère temporale superficielle. — ■ 2, 2'. 2". artères auriculaires antérieures. — 3, artère auriculaire postérieure, avec 4, 4', 4", ses branches destinées au pavillon. — â, rameaux perforants. — 6, rameaux contournants. — 7. branche destinée à la région mastoïdienne. — 8, artère transversale de la face. — 0, temporale profonde moyenne. — • 10. rameau orbitaire. — 11, artère frontale. — 12, artère pariétale. — 13, muscle auriculaire postérieur. — 14, apophyse mastoïde — 15, carotide externe. — Ifl, maxillaire interne.

auteurs, Vôthématome traumatique. La vascularisation du pavillon est particulièrement riche, aussi les troubles de la circulation s'y manifestent-ils très nettement par un changement de sa coloration : il est de connaissance vulgaire que l'oreille est rouge violacé chez les sujets dits apoplectiques ou sanguins, qu'elle est au contraire blanche, cireuse, chez les malades anémiques et, en particuher, chez les jeunes filles atteintes de chlorose. Grâce à celtvî richesse vasculaire, il est possible d'obtenir par la suture la réunion de segments plus ou moins volumineux, incomplètement ou même complètement détachés du reste de l'organe.

P) Les veines, divisées en auriculaires antérieures et auriculaires postérieures, se jettent : les premières dans la veine temporale superficielle et, par elle, dans la veine jugulaire externe ; les autres, en partie dans la jugulaire externe également, en partie aussi dans la veine mastoïdienne.

y) Les lymphatiques de la face externe du pavillon (fig. 241) vont : les antérieurs. au ganglion préauriculaire ou prétragien ; les postérieurs, aux ganglions mastoï-

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TÊTE

dii'ns ; les inférieurs, aux ganglions parotidiens. C'est également à ces deux derniers groupes ganglionnaires qu'aboutissent les lymphatiques de la face interne (fig. 242) : les supérieurs se rendent plus spécialement aux ganglions mastoïdiens ; les inférieurs (lymphatiques du lobule), aux ganglions parotidiens postérieurs. Comme on le voit, une lésion du pavillon de l'oreille pourra avoir un retentissement ganglionnaire bien différent, suivant qu'elle siège sur la face interne, ou sur la face externe

Lymphatiques du pavillon, vus par la face

externe (d'après Sappey) (T.).

1, 1, deux tronca provenant du réseau de la conque et da conduit auditif externe. — 2. ganglion préauriculaire, — 3, 3, troncules provenant de la cavité de l'anthélix et de la partie antérieure de l'hélix. — 4. 4, 4. lymphatiques postérieure, contoiunant la circonférence pour gagner la face interne. — 5. 5. 5, lymphatiques du lobule.

Fig. 242.

Lymphatiques du pavillon, vus sur la face interne (d'aprè; Sapi'ey) (T.).

1. 1, lymphatiques naissant de l'extrémité supérieure du pavillon. — 2. '!. vaisseaux provenant de la face exl'irne. — 3, 3, deux ganorlion» mastoïdiens. — 4, 4, lymphatiques du lobule, provenant en grande partie de la face externe. — 5, 5, 5, trois ganglions parotidiens dans lesquels se terminent les lymphatiques du lobulA

de l'organe ou bien encore sur le lobule. C'est un détail à ne pas oublier en clinique. 8) Les tierfs sont de deux sortes : moteurs et sensitifs. Les premiers, destinés aux muscles intrinsèques du pavillon, proviennent du facial. Les seconds, destinés aux téguments, émanent, en partie de l'auriculo-temporal (branche du maxillaire inférieur), en partie de la branche auriculaire du plexus cervical superficiel.

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