‹ Traité d'anatomie topographique médico-chirurgicaleChapitre 117 sur 167 · RÉGION DU COUDE. 65S · texte numérisé non relu

RÉGION DU COUDE. 65S

ment antérieur est rompu, ainsi que Tinlerne -, rexternc paraît l*ètrc moins constamment. Le biceps et surtout le brachial antérieur sont tiraillés et plus ou moins déchires ; on a vu les vaisseaux et les nerfs dilaeérés eux-mêmes. Le tendon du triceps, détaché de Thumérus, est tendu à la manière du tendim d'Achille. Tant que la luxation reste incomplète, c'est-à-dire quand l'apophyse coronoïde et le bord antérieur de la cupule du radius sont retenus immédiatement au-dessous de la surface articulaire de l'humérus, la possibilité de la réduction peut ôtre conservée longtemps, à cause des rapports étendus de la synoviale ; sinon, l'irréductibilité se prononce de bonne heure, comme on le voit, dans les luxations complètes ; jMndiquerai pins loin un moyen qui permet de dégager le cubitus. Voici une manœuvre que j'emploie contre un des principaux obstacles à la réduction dans les luxations en arrière, je veux parler de l'espèce d'engrenage des saillies osseuses qui arc-boutent contre le bord des anfractuosités : on sait que, dans ce genre de déplacement, l'apophyse coronoïde du cubitus s'engage dans la cavité olécranienne et que cet emboîtement est un des obstacles à la réduction. Or, pendant qu'on exécute des tractions sur le poignet, je prends deux lacs dont je confie les chefs à deux aides : j'applique Tanse du premier au-dessous et en avant du coude, pour tirer ravant*bras en arrière ; l'anse du second est placée au-dessus et en arrière du coude pour tirer le bras en avant. Ces deux tractions en sens inverse et perpendiculaires au membre, ont beaucoup de puissance pour dégager les tètes osseuses et facilitent singulièrement la réduction que les tractions parallèles ne suffisent pas toujours pour produire. J'en ai retiré de très bons résultats. Vidal (de Cassis), que j'ai rendu témoin de cette manœuvre, l'a beaucoup approuvée.

B. Artictilations du radius. — Cette articulation est double.

Huméro-radiale. — Le radius présente en haut un renflement (tête du radius) en forme de disque circulaire, avec une cavité centrale qui s'articule avec le condyle de l'humérus. Ce renflement est supporté par une portion rétrécie {col du radius) y qui se termine à la tubérosité bicipitale, éminence où se fixe le biceps.

Badio-ct/bitafe, — Le pourtour du disque, formant un rebord tranché sur la tôle du radius, roule sur la petite cavifr' sigmo'ide du cubitus, avec laquelle il s'îirticule. — Le ligament latéral externe assujettit les rapports du radius et de rhumérus. Ceux du radius et du cubitus sont maintenus par le ligament anmdfdrc attaché aux

bords antérieur et postérieur de la petite cavité sigmolde, ei roulé comme une anse autour de la lôte radiale. La synoviale est oom* mune aux trois articulations.

Dans Textension, on reconnaît, au-dessous de Tépicondyle, une dépression ou rainure correspondant à l'interligne articulaire que surmonte une saillie osseuse; c'est la tète radiale, qu*oo peut sentir rouler entre les doigts quand on fait subir â la main des mouvements de pronation et de supination, manœuvre qui m*aparu Uèi utile pour le diagnostic. Dans les fractures du col radial, le mou* vement ne s'y transmet plus; la tête séparée constitue alors un vé> ritable corps étranger dans l'articulation , et la consolidatioD ne doit pas se faire. Remarquons que, dans la demi-flexion, on trouve trois éminences adjacentes : 1* Tépicondyle; 2» le condyle au-dessous; 3° la télé radiale un peu en avant. Ces notions préyiendrooi de fâcheuses méprises dans le cas de luxation.

Les dispositions articulaires et ligamenteuses du coude favoriseol les déplacements du radius. Il ne peut se luxer sur le cubitus sids abandonner aussi Thumérus, et alors la luxation est, pour ainsi dire, double. C'est surtout en arrière qu'elle s'opère au dire des auteurs; cela aurait Heu dans les chutes sur le poignet en pronation. Toutefois, la tète radiale se déplace aussi en avant ; le plus souvent ces luxations doivent être incomplètes, si j'en juge d'après les quelques cas que j'ai rencontrés. Le radius peut-il garder ses rapports avec l'humérus, dans les luxations du cubitus? On ne l'admet pas. c Ce dernier cas, dit M. Malgaigne, est assez difficile, attendu que le ligament annulaire est nécessairement rompu et que le radius n'est retenu dès lors sur l'humérus que par les muscles et des liens celluleux très faibles. » [Aiiat. chir.) Pour moi, je crois au contraire le fait assez commun; l'observation clinique m'a conduite ranger les luxations incomplètes du cubitus parmi les plus fréquentes ; et j'ai constaté alors, contrairement à la doctrine généralement admise, que le radius reste ordinairement en place ; on s'en assure par U rainure de l'interligne articulaire, la distance de l'épicondyle, etU présence de la tête radiale qu'on peut faire rouler entre les doigts dans son heu habituel. Je crois donc que c'est là une doctrine à réformer, et je ne crains pas d'en appeler à l'expérience des chirurgiens sur ce point. Cette remarque ne laisse pas que d'être importante en pratique, car elle influe sur le traitement. Elle m'i conduit à modiGer les moyens de réduction : les deux os de l'avantbras ne suivent pas toujours la même direction ; le cubitus, dans

RÉGION DE l'aYAIST-BRAS. 555

Textension, s'incline en dehors comme il a élé dit : dans la supination, le radius l'accompagne, tandis que dans la pronation il croise son axe et fait disparaître l'angle. A-t-on affaire à une luxation complète ? il conviendra d'opérer la traction dans la pronation de l'avant-bras, aCn d*agir suivant une ligne droite, et sur les deux os également. S'agit-il au contraire d'une luxation du cubitus seulement? il m'a paru qu'il convenait mieux de manœuvrer dans la supination ; la traction porte sur une tige coudée ^ mais précisémenty je me sers du radius comme d'un levier et d'un arc-boutant ; en plaçant l'épicondyle sur mon genou, je fais, pendant les tractions, exagérer un peu Tabduction du bras, ce qui écarte évidemment les surfaces huméro-cubilales, et donne beaucoup de facilité pour la réduction. Ce procédé m'a permis de réduire une luxation de ce genre après sept semaines^ et une autre après 101 jours. — Les tractions doivent être ménagées et régulières pour éviter les fractures qui sont fort à craindre dans ces cas.

Page 1