‹ Traité d'anatomie topographique médico-chirurgicaleChapitre 26 sur 167 · I. De la cornée · texte numérisé non relu

I. De la cornée

(i4 cf^yée^ appelée aussi cornée transparente^ par opposition à \ sclérotique ou cornée opaque, est située à la partie antérieure du lolie oculaire. On a dit à tort qu'elle représente un segment de jkbère dont le diamètre aurait de 15 à 17 millimètres (7 lignes

7 lignes et demie) : c'est une portion dellipsolde , comme I démontre la mesure de sa courbure (Bérard, Gaz. médict mit p- 106) ; Ia corde de ce segment, qui est le diamètre de la vnée, est de 9 à 11 millimètres ik à 5 lignes) et la flèche de stle corde, qui correspond à la profondeur de la chambre antéteur«, varie de t millimèlrc un quart à 2 milHmèlres un tiers

(trois quarts de ligne à 1 ligne un quart) ; restimation de 5 mîllîmètres (2 lignes) donnée par M. Velpeau est peut-être exagérée. — La face antérieure est convexe, lisse et polie ; elle est recouverte par une membrane épithéliale que dans Tœil de bœuf on peut isoler par la macération. Cette surface présente quelquefois sur les bords des bosselures qui augmentent beaucoup dans certains cas de ramollissèment kératique. La cornée est humectée par les larmes et le mucus oculaire, ce qui la rend propre à réfléchir les rayons lumineux: aussi faut-il, pour une bonne exploration de l'œil, varier sa direction en tout sens. Sa position superficielle la rend fort exposée i Faction des corps vutnérants : elle est fréquemment le siège de corps étrangers, comme paillettes de fer, grains de poussière» etc. — Sa face postérieure est concave : elle est tapissée par la membrane de Descemet. L'épaisseur de la cornée est utile a connaître pour la kératonyxis, Textraction de la cataracte, et afin d'apprécier Timminence de sa perforation dans les ulcères. Petit l'évalue à un sixième de ligne, M. Malgaigne à un quart; elle m'a paru varier selon l'Age; je l'ai trouvée plus épaisse chez l'enfant, et surtout chez le fœtus, que chez l'adulte. La chambre antérieure est alors diminuée, ainsi que la quantité d'humeur aqueuse, ce qui rend, chez les enfants, ces opérations très difficiles. Sur le cadavre et sur le vivant, je lui ai trouvé 1 millimètre un huitième (une demi-ligne d'épaisseur). M. Sappey remarque qu'elle est plus épaisse au pourtour où elle a 1 millimètre, qu'au centre où elle n'aurait, selon lui, que 8 dixièmes de millimètre.

La cornée se compose de trois couches distinctes : la première épithéliale; la deuxième fibreuse, ou propre ; la troisième séreuse (membrane de Descemet). La membrane propre se divise en plusieurs lamelles superposées, qui peuvent être séparées par le scalpel, ou acci« dentellement,pendantlavie,par divers états morbides, comme lorsque du sang ou du pus s'y épanche. Malgré son épaisseur etses nombreuses couches, la cornée se laisse traverser par des liquides ; j'ai expérimenté, comme Janin (de Lyon) et Petit, que la compression en fait suinter des gouttelettes. La propriété qu'elle a d'absorber les liquides et de s'épaissir dans l'eau, jointe à son mode de sensibilité, l'avait fait regarder comme d'une nature identique avec l'épiderme ; mais sa tendance à s'enflammer et à s'ulcérer, et sa disposition a se cicatriser comme les autres tissus vivants, ruinent celte opinion. — J'ai découvert, relativement à la transparence de la cornée, un fait de quelque importance: en cx)mprimant l'œil d'un

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cadavre, on rend lerne la surface kérali(|ue, et il en suinte quelques gouttelettes liquides : rhydrophlhalniie ne peut-elle pas agir de la sorte sur la vue ? Dans les cas de ce genre, où Topacité de la cornée lient à sa distension par les liquides, ne pourrait-on pas lui rendre sa transparence par la simple ponction? Un œil hydropique ne serait donc pas absolumetit considéré comme perdu par cela seul qu'il est trouble, puisque le retour de sa diaphanéilé serait alors au pouvoir de l'art {Annal, oculist., 1841). M. Gosselin a fait d'intéressantes expériences sur la propriété endosmotique de la cornée : cette perméabilité explique, selon lui, comment dans lophthalmie virulente, la sécrélion altérée peut pénétrer dans l'intérieur de l'œil et en amener rapidement la désorganisation. Il a fait voir que l'eau de chaux s'infiltre dans la cornée par une sorte d'imbibition, et que les effets en peuvent être heureusemetit combattus par des lotions et instillations sucrées, qui forment un saccharate de chaux soluble et innocent pour l'œil [Archiv.ophthalmoL, 1855).

Vaisseaux et nerfs. — La cornée a-t-elle des vaisseaux sanguins? Bichat en nie l'existence; Petit n'a trouvé que 3 ou 4 exceptions surplus de 100 yeux soumis à son scalpel. M. Sappey n'admet ni vaisseaux sanguins ni lymphatiques. J'ai plusieurs l'ois sur le vivant constaté des vaisseaux rouges dans l'épaisseur même de la cornée, et le fait devient manifeste dans les kératites; le pannus en est aussi un exemple frappant. M. Bowman a récemment décrit des vaisseaux particuliers, nommés tubes coméens^ disposés en réseaux dans les couches de la cornée, et M. A. Quadri, qui en a confirmé l'existence, les regarde comme des vaisseaux lympha^ tiques à l'état rudiinen taire [Annal, oculist.^ 1855). Pappt nheim et Szokalski ont vu des nerfs dans la cornée, ainsi que Valentin, Scblem les fait provenir des ciliuires. Toutefois la section de la cornée est peu douloureuse.

La cornée ramollie peut s'amincir et se distendre de manière à donner lieu à une tumeur transparente [staphylômepellucide). Le plus souvent cette tumeur est opaque et résulte d'une inflammation chronique qui a épaissi cette membrane par infiltration interstitielle de lymphe plastique [staphylûme opaque). Avec l'âge la nutrition de la cornée s'altère et son tissu s'opacifie : de là l'arc sénile^ tache circulaire qu'on attribue à l'altération du liquide interlamellaire (Walther) ; les taches opaques que produisent les maladies de la cornée peuvent se borner aux couches superficielles (nephélion), ou envahir les couches moyennes ialbuqo) et même toute l'épaisseur

de la membrane (leucoma) ; cette dernière est indélébile : elle tiept du tissu de cicatrice. La cornée est très sujette a s^ulcérer: quelquefois on voit alors une hernie de la couche profonde former une tumeur transparente {kératocèle). Il faut savoir que les collyres qui contiennent des sels insolubles, comme ceux de plomb ou de barytç, laissent parfois déposer dans les ulcères des particules opaques que la cicatrice recouvre ensuite d'une couche plastique : de là, des taches qu'on nomme métalliques par opposition aux précédente^. — Les ulcères ont souvent une tendance désespérante à la perforation. JTai imaginé une méthode particulière qui [n*a procuré (le belles cures [Gaz. méd., 1888, n» 30).

Procédé de l'auteur. — Je modifie Tinflammation par une cautérisation légère avec le nitrate d'argent, et je favorise ensuite l|t sécrétion de la lymphe plastique : je maintiens a cet eiïet Tœil fermé par une compression méthodique, et je produis le repos nécessairç pour que la lymphe s'organise en pseudo-membrane de cicatrices. Par là, 1*" j*empMie les mouvements des paupières qui ont le double désavantage d'enlever par le frottement continuel la couche pla^ tique, à ipesure qu'elle se forme, et d'irriter sans cesse la surface ulcérée; 2*» je mets l'œil à Tabri des vicissitudes de l'atmosphère et du contact irritqnt de l'air et des poussières; 3* enfin , je le place dans les conditions de chaleur et d'obscurité les plus favorables àU cicatrisation.

Dans l'extraction de la cataracte , c'est à travers la cornée que doit sortir le cristallin. Doit-on l'ouvrir par une incision horizo^tale de haut en bas (Béer), horizontale de bas en haut (Bell, Richter), ou latérale externe (Wenzel), etc.? Je préfère l'incision Iq^érale oblique, qui a l'avantage d'être plus facile, plus prompte, çt moins suivie d'accidents; le lambeau cornéen est taillé de manière à être recouvert et protégé par Tune et l'autre paupière (voy. Procédé pour l'opérât, de la ca/flrac<., dans A^nn. d'oculistique^ 1842, VI - 193).

' 2. De la sclérotique.

La sclérotique on cornée opaque est une membrane fibreq^ dure et dense, analogue à ^ dure-mère, blanchâtre comme elle, plus épaisse ep arrière qu'en avant (comme 1 millimètre est i 6 dixièmes, Krausc), et plus mince que la cornée transparente; elle a la forme d'une sphère tronquée en avant, dont voici la mesure : ^e diamètre antéro-postéri^r du globe entier ayant de ^2 à 24 millimètres (10 il\ \\gws), et 1^ Qèche de la coirnée dk

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1 millimètre 1 quart à 2 millimètres 1 tiers (3 quarts de ligne à 1 ligne 1 quart), la portion du sphéroïde, auquel correspond la sclérotique, aura donc une profondeur moyenne de 20 à 22 millimètres [9 à 10 lignes), c'est-à-dire les neuf dixièmes postérieurs du globe, Bicbal et |I. Cloquet ont donc coiifimis une erreur, en Tévaluant aux ({uatre cinquièmes postérieurs de Tœil. Elle est percée de plusieurs ouvertures vasculaires et nerveuses , dont la principale est pour le nerf optique. Ses vaisseaux sanguins sont en petit nombre, ils proviennent dès artères ciliaires. On dpit se rappelef que les Jeux ciliaires longties\a coupent suivant un plan horizontal, aGn de les éviter dai^^ \^ ponction pour rabaissement de la cataracte ; c'est i tort que dans Vophthalmie rhumatismale on a prétendu voir Tinjection des vaisseaux de la sclérotique ; c*est une erreur, car ils sont recouverts et masqués par la muqueuse, le fascia sousconjonctival et la tunique albuginée. Les plaies de la sclérotique sont peu douloureuses, comme celles de la cornée ; tén^oin la ponction de Taiguille à catftracte.

La sclérotique n'est pas extensible; toutefois, elle est susceptible d*un développement énorme dans rhydrophthalmie où la distension porte sur elle plutôt que sur la cornée. A la suite d'une excision partielle de l'œil, sa conlractilité organique contribue activement à l'atrophie du bulbe. Son ramollissement donne lieu à des bosselures noirâtres [staphyloma posticum), qui corresponden| surtout à l'intervalle des insertions musculaires.

Une préparation bien faite démonlre le mode d'union de la sclérotique avec la cornée : on voit qu'elle est taillée en biseau ; cett^ coupe de biseau a lieu aux dépens de la cornée pour le bord anté? rieur, et pour le postérieur aux dépens de la sclérotique, qui s'ar Tance un peu au-devant de la cornée (Sappey).

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