Du crystallin
Le crystallin est situé entre l'bumeur aqueuse et le corps vitré, à la réunion des deux tiers postérieurs de l'œil avec Tao teneur. C'est une lentille transparente formée de couches de densité différente i travers lesquelles les rayons lumineux se réfractent comme dans nos instruments d'optique. Il est distant de la cornée de 2 i 8 mil* limètres ; son diamètre varie de 8 à 10 millimètres, son épaisseur de A a 6 millimètres et son poids de 20 à 26 centigrammes (i a 5 grains). Petit Ta trouvé a sept mois de 1 grain et demi ; à dix oa douze ans, de 3 grains à 3 grains et demi; de quinze i soixante ans, de 3 grains et demi à A grains et demi ; de soixante i soixantecinq ans, de & grains à 5 grains et demi, etc. Sa pesanteur spécifique est de 1,079 (Cbenevix), celle du corps vitré étant de 1,005 (Cbenevix) et celle de l'bumeur aqueuse de 1,006 (Brewster). J'ai fait à cet égard quelques expériences que voici : J'ai choisi sur le cadavre des yeux de vieillards affectés de cataracte dure; j'ai placé leur crys* tallin sur l'humeur vitrée; je lésai vus s'y enfoncer^ peut-être n'en eût-il pas été ainsi, si j'eusse agi sur des cataractes molles. Cette expérience éclaire l'histoire de l'abaissement en ce qui concerne les réascensions. Le crystallin, qu'on a comparé aune lentille, présente deux faces convexes ; Tantérieure l'est moins que la postérieure: la première appartient, d'après Petit, à une sphère dont le diamètre varie de 12 à 27 millimètres, et la seconde à une sphère de 10 à 18 millimètres, ou mieux à une hyperbole (Kepler). Elles s'aplatissent chez le vieillard, ce qui contribue à la presbytie. On peut en conclure, par analogie, que chez certains myopes elles sont trop convexes.
Les injections les plus fines n'ont pu pénétrer la substance propre du crystallin : on ne lui connaît ni nerfs, ni lymphatiques,
li vaisseaux sanguins. Sa capsule postérieure seule reçoit un ou feux rameaux de Tartère centrale de la rétine. — Le crystallin se Dompoae de trois couches : 1"* la superficielle^ est un liquide transpirent, visqueux, étendu surtout sous la crystallolde antérieure, Doonu sous le nom de humeur de Morgagni; on la voit s'écouler lès qu*on ouvre la capsule ; elle acquiert quelquefois une blancheur ou une consistance lactescente {cataracte morgagnienné), Haller la croit fournie par la transsudation du crystallin même, et destinée à prévenir Tadhérence de celui-ci avec sa capsule. — 2"* La deuxième, corticale^ est solide, d'une transparence parfaite, que n'altèrent ni les acides, ni l'ébullition : elle parait composée de lamelles superposées, formées elles-mêmes de fibres distinctes. Ces lamelles constituent trois segments qui convergent par leur sommet : la cataracte peut débuter par les divers intervalles de ces leiïne\\es(cataracte Ùoilée) ou dessiner seulement leurs intersections principales (cata^ raeteàtrais branches ^ J. Cloquet). — 3* Le noyau, qui correspond i h partie centrale, est dur et résistant, et ne cède pas à la pression des doigts. La cataracte commence quelquefois dans ce point (pataracte centrale). L'aspect du noyau est différent, vu dans l'œil 00 i part: dans la cataracte lenticulaire à son début, il paraît gris terne ; lorsqu'il est à nu, il est roussAtre ; il est peu consistant chez fe fœtus, aussi les cataractes congénitales sont-elles presque toujours Biolles. A vingt-cinq ans, il commence à prendre une teinte jaune d*ambre qui devient plus foncée avec Tàge, ce qui concourt a l'alfaiblissement sénile de la vue. Cocteau et Blainville pensent que le crystallin est sécrété par sa capsule.
La capsule crystalline a deux feuillets : l'antérieur {crystal-- Unde antérieure) , qui limite en arrière la chambre postérieure, est 1^ dense et a été comparé à la cornée transparente ; le postérieur (crystallotde postérieure) j accolé à la concavité du corps vitré, est plus mince. Le sac que représente la capsule est lui-même logé dans une autre enveloppe formée par un dédoublement de la membrane hyalolde, laquelle, arrivée au pourtour du crystallin, envoie, eo se dédoublant, un feuillet postérieur qui va tapisser la concavité du corps vitré, et un antérieur qui passe au-devant de la capsule et 16 confond avec son feuillet antérieur, au point qu'il est diilicile de les isoler. C*e$t entre le dédoublement hvaloîdien et la circonférence de la capsule qu*existe un petit canal circulaire connu sous le oom de canal godronnéàe Petit. Les capsules crystallines semblent plus vasculaires chez le fœtus ; elles compliquent fréquemment de
leur opacité les cataractes congénitales. Chez l'adulte, la crystal» loïde antérieure est sujette à s*enflammer ; je l'ai vue devenir la siège de productions membraneuses, qui parfois contractent dn adhérences avec l'iris {sytiéchie postérieure). Je Tai souvent, comme Petit, trouvée transparente chez des sujets qui avaient le crystallin opaque : c'est la cataracte lenticulaire franche, la plu commune de toutes. H. Malgaigne s'est demandé si les cataraciei capsulaires ne seraient pas exclusivement dues à une coudie de matière plastique, et il a Uni par nier leur existence. Je ferai re> marquer que les cataractes capsulaires traumatiquea sont ami communes; après Tiritis, l'opacité de la capsule se manifeste soih vent ; il on est de même après certaines opérations de cataracte, ce ({ui donne lieu à la cataracte capsulaire secondaire; elle est^ikment opaque dans la plupart des cataractes congénitales, qui sont capsulo-lenticulaires. EnGn j'ai plusieurs fois opéré par extraction des cataractes capsulaires. C'est surtout la crystalloido antérieurs qui en est le siège. Ce sont là des faits que la pratique générale dei ophlhalmologues a mis hors de doute, et qu*ont péremptoirement confirmés les nombreuses observations et autopsies de MM . HcBring, Sichel {AtmaL (foculisiiq., t. VIII), Hégésippe Duval, Mirault {ibid^ t. XI et XII) , Ammon, Broca, etc.
Le crystallin, dit Petit, est enchâssé dans le corps vitré comme un diamant dans son chalon.Ilest.fixéen place par les connexioDi ccllulcuscs de la zone de Zinn «, elles peuvent se rompre dans une chute ou à la suite des contusions de l'œil : de là une iuxaiionin crystallin. J'ai rencontré quelques cas où il avait passé jusque sous la conjonctive à travers une rupture des membranes oculaires ; Middlemore en rapporte cinq observations. Ces adhérences m'ont semblé avoir diminué dans certaines cataractes dures. Ferrein, Polit et Pellier, ont conseillé d'en opérer la section ; c'est avec . raison, car j'ai constaté que parfois, dans la réclinaison, elles retiennent le crystallin par son segment inférieur, à la façon d'une charnière à ressort qui tend à le faire remonter par un mouvement de bascule ; il importe de le dégager avec l'aiguille. L'opacité crystalline semble quelquefois provenir d'une sub-inflammation capsulaire, et alors on conçoit la possibilité d'arrêter les progrèt d'une oalaracto commençante qui tiendrait à cette cause. J'ai commencé à cet égard des recherches que je pourrai publier quand elles seront plus complètes.
I/M reproduction du crvstallin est une question importante;
^rolik en 1801, Diéterich en 1824, Cocteau et Leroy d'Étiolles en 1826, Hayer de Bonn en 1832, et enfin Pauli de Landau en 1838, Mt prouvé expérimenlaleraent la régénération de la lentille après l'extraction, lorsque la capsule reste intacte. Les expériences de haounerring laissaient prise à la critique : il s'agissait d'abaisseneot, et Ton pouvait supposer une réascension de la lentille. Le arystallin reproduit est toujours plus petit (A?inal. d'ocuL, 1839, If 2i), Textor fils en a cité six cas. Cette régénération est-elle conitante? il est permis d'en douter. Haller, Earle, Tartra, et récemment Roux ont dit avoir vu le logement du crystallin occupé ilors par une partie du corps vitré déplacé.
Une fois abaissé, cet organe est susceptible d'être absorbé : commeiit doit-on s'y prendre pour obtenir ce résultat? Panizza et Cirron du Villards abaissent le système crystallinien en masse; KM, Edwards et Malgaigne ont erré en disant que M. A. Petit, de Ljon, faisait l'abaissement sans inciser la capsule. J'ai démontré qu'il la déchirait dans le deuxième temps (Scarpa, Sabatier, S. Cooper, Stœber, etc., incisent aussi la capsule), et que l'absorption crystalline est souvent impossible quand les enveloppes restent intactes, ainsi que Petit, de Lyon, Ta lui-môme constaté [Afin. oeuii$(iq.<, 1838, n^?). Janin parle d'une cataracte opérée par abaissement qui remonta quatre fois en neuf ans, et qu'il fallut enfin extraire; la capsule était intacte, le crystallin avait résisté à l'absorption; Sœmmerring a vu un cas analogue. En abaissant d'un coup et en masse, on a l'inconvénient de tirailler les procès ciliaires et les terminaisons de la réline ; de la, des chances d'inflammation, de névralgie ou d'amaurose. Aussi j'ai pour babitude, et je m'en trouve bien, de détacher successivement les divers points de la circonférence, et d'abaisser ainsi peu à peu la cataracte.