SECTION QUATRIÈME
La poitrine ou thorax^ portion du tronc destinée à loger les
principaux organes de la respiration et de la circulation, offre une
forme variable, suivant qu'on l'examine avec ou sans ses parties
molles. 1"* A l'état sec osseux, elle représente un cône irrégulier, à
base inférieure, et à sommet tronqué, comme nous le détaillerons
a propos de la cage thoracique (chap. II). — S"" A Tétat frais et
charnu, c'est un cône renversé dont la base devient supérieure,
quand on y rattache ses véritables dépendances.
Ses limites sont naturelles : en haut^ le sommet du sternum et la première côte ; en baSj le rebord des fausses côtes qui sert de démarcation à l'abdomen ; endehors^ Tinlerslice celluleux du grand I)ectoral et du delloide, lequel correspond à l'attache claviculaire du trapèze ; en arrière, une ligne latérale tracée sur la direction de Tantérieure, et plus particulièrement les gouttières du rachis. Nous ne croyons pas devoir imiter MM. Blandin et Velpeau qui n*ont considéré, sous le titre de poitrine, que la cage thoracique ; il faut, à la vérité, en disjoindre le moignon de Tépaule [qui appartient au membre supérieur), mais y laisser la région du grand pectoral. J'ai constaté sur un monstre privé de bras et d'épaules, que les formes et les limites du thorax sont exactement alors celles que j'indique, et ce fait me semble décisif.
La poitrine est située à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du corps. Elle représente un conoïde aplati d'avant en arrière, et dont la direction est oblique en bas et en avant. Elle se développe, comme le tronc, par deux pièces latérales réunies plus tard par un raphé médian ; j'ai rencontré un cas où la réunion
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n*ayant pas eu lieu, il y avait bifidité de la charpente osseuse, quoique les parties molles parussent bien conformées. Pareille anomalie s'observe dans quelques eclopies antérieures du cœur.
La hauteur de la poitrine se mesure par celle du rachis en arrière, et du sternum en avant ; mesure purement approximative i cause des mouvements du diaphragme.
Le diamètre vertical du thorax l'emporte sur le transverse, qui lui-même surpasse Tantéro-postérieur ; caractères particuliers à rhomme (Blandin). Chez Thomme adulte, en mesurant au niveau de Tappendice xiphoîde, j*ai trouvé en moyenne sur le cadavre :
Diamètre antëro-postérieur. ... 175 à 190"* (6 1/2 ponces à 7). Diamètre U*ans?ersal 270 à 282** (10 pouces à 10 1/2).
Le diamètre antéro-postérieur prédomine chez le fœtus par suite de la non-ampliation des poumons qui se trouvent lassés le long du rachis et les côtés du thorax aplatis, de même que chez le vieillard par suite de la roideur des mouvements articulaires des côtes, qui restent soulevées comme dans Tinspiration. Chez Tadulte, cette prédominance coïncide avec une gêne de la respiration. Selon Blandin, on l'observe sur les sujets prédisposés à la phthisie. Je la crois plus commune dans l'emphysème et certaines maladies du coeur. Nous comparerons plus loin ces différences du diamètre antéropostérieur pour chaque côté thoracique.
La circonférence inférieure de la poitrine se mesure au niveau de l'appendice xiphoîde, et la supérieure sous les aisselles. D'après M. Hirtz :
l"* Sur 100 hommes adultes et sains, la supérieure dépassait l'inférieure de 7 centimètres, terme moyen (extrêmes, 5 et IS).
1"* Sur 100 femmes, l'excédant était de 6 centimètres, terme moyen (extrêmes, 3 et 9).
S"" Sur 50 enfants des deux sexes, et de trois à douze ans, la moyenne était de 2 centimètres (extrêmes, 0 et 3)!
Ainsi, chez l'enfant, la forme cylindrique remplace quelquefois la conique ; et la partie supérieure est plus ample chez la femme que chez Tenfant, et chez l'homme que chez la femme.
Dans l'état de maladie, il y a pour ainsi dire marche rétrograde. M. Hirtz a donné le tableau suivant {Presse méd. , 1837) :
!• Sur 75 hommes au premier et au deuxième degré de la ptithisie, la circonférence inférieure l'emportait sur la supérieure Avt 2 centimètres, terme moyen (extrêmes, 0 et à).
2» Sur 100 hommes au troisième degré, la moyenne générale èlait de h centimètres (extrêmes, 2 et 8).
S® Sur 60 femmes à divers degrés de la phthisie, Vinférieure remportait de 2 centimètres (extrêmes, 0 et 3).
M. Malgaigne regrette avec raison qu*on n*ait pas noté aussi les diamètres. — On se demande si ces changements ne tiennent pas surtout à Tamaigrissement des parties molles, qui tendent, en s*atrophiant, à rapprocher la forme de la poitrine de celle de son squelette, l'état frais s'assimilant alors a Tétat sec. M. Hirtz le nie ; il dit avoir constaté ces difTérences chez des phthisiques non amaigris, tandis qu'elles manquaient chez des sujets amaigris par d'autres maladies. C'est encore un point en litige.
Il nous semble qu'on peut rapporter ces effets à diverses causes : l'Les fonctions de la poitrine, surtout à la partie supérieure, s'exécotant mal chez les phthisiques, son développement et son jeu en souffrent et la laissent comme rétrécie. — 2'' L'atrophie des parties molles chez les tuberculeux est constante, et doit exercer une îofluence notable sur la mensuration. — S"" L'hypertrophie assez commune du foie, qui chez eux passe à l'état gras, augmente plus ou moins le diamètre de la base du thorax par une dilatation mécanique.
Les anatomistes décrivent la poitrine comme symétrique et formée le deux moitiés latérales semblables. II importe de savoir à quoi s'en tenir à ce sujet ; car la mensuration comparative des deux côtés thoraciques peut fournir des lumières précieuses pour apprécier sa dilatation dans les cas d'empyème, d'hydrothorax, de pneumothorax, etc., ou son rétrécissement après les pleurésies, les vomiques, et, suivant Bayle, les cavernes guéries.
La mensuration, comme méthode auxiliaire de la percussion et de l'auscultation, a joui d'une certaine vogue : M. Chomel avait proposé pour mesurer les diamètres un instrument (que j'appellerai Moracom^/re) analogue au podomètre descordormiers. Il me semble qu'on pourrait le remplacer par un compas d'épaisseur comme celui de Baudelocque pour le bassin. — Or, que se passe-t-ii dans l'état sain ? M. Corbin s'est livré sur ce point à des recherches intéressantes (Gaz.méd., 1836, n* 9), dont voici le résumé :
!• Mensuration circulaire pratiquée à la hauteur du mamelon. Sur 92 sujets sains de vingt à soixante-seize ans :
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71 c'est-iVdirc 7/9 avaient le côté droit plus volumineux.
10 — 1/9 — les deux côtés égaux.
11 — 1/9 — le côté gauche plus tolumineiix.
D'après les chiffres de M. Corbin, la moyenne de la circonférence donne pour un adulte :
A droite /^IB"* (1 pied 3 pouces 6 lignes).
A gauche 405— (1 — 3 — 0 — ).
l>oar les deux côtés. 82û"" (2 — 6 — 6 — ).
Diflféreoce 13" (» — » — e — ).
Le maximum des diiTérences fut de 27 à S3 milliinèlres à droite (12 à 15 lignes), et de 2A millimètres à gauche (11 lignes).
Ainsi la mensuration circulaire, bien qu'utile, ne saurait fournir un moyen rigoureux de diagnostic, à moins que les différences ne fussent très grandes, ou surtout ne vinssent à varier dans le cours d'une maladie. Il en est de même de la méthode suivante :
2'» Mensuration antéro-postérieure. Sur les 92 sujets précités,
56, c^est-à-dire 11/18* offraient le diamètre aaléro-poitérieur plus fort adroite. 25, près de 5/18, ^ égal des deux côtés.
12, plus de 2/18, — — — plus fort à gauche.
La moyenne générale du diamètre antéro-postérieur fui :
Adroite. . . • 214*"" (7 pouces 11 lignes 1/2}. A gauche. . . 201— (7 — 5 — 1/2).
Différence. . . 18*' (» — 6 — » ).
M.Woilleza fait aussi quelques recherches analogues (Thèses de Paris y 183Ô, n** 19) ; quoique moins complètes, il sera curieux de les comparer aux précédentes. Sur 30 sujets, examinés [Mtr la metisuration circulaire ^
21, c'est-à-dire 7/10, avaient le côté droit plus volumineux. 6 — 2/10 — les deux côlés égaux.
3 <— 1/10 — le côté gauche plus étendu.
Je ferai observer que les résultats de M. Woillez concordent avec ceux de M. Corbin, ce qui double leur valeur. Ici le maximum des différences fut a droite de 1 à 2 centimètres (4 à 8 lignes) el rarement 3 5 ù gauche, de 1 centimètre. Il est à notor que le côté gauche s*cst trouvé plus développé chez les gauchers.
Ces moyennes générales, qui ne sont que des mesuies approxi-