‹ Traité d'anatomie topographique, ou anatomie des régions du corps humain, considérée spécialement dans ses rapports avec la chirurgie, et la médecine opératoireChapitre 32 sur 102 · ION · texte numérisé non relu

ION

20 Région du voile du palais.

Le voile du palais , portion molle du palais de quelques-uns, est une sorte de soupape , qui par son élévation ou son abaissement , peut alternativement laisser béante , ou clorre l’ouverture buccopharyngienne, à la partie supérieure de laquelle il est suspendu , faisant suite à la voûte palatine.

Son étendue transversale est en rapport avec celle du palais , et sa hauteur de 5 lignes environ * sa forme est quadrilatère ; il a deux faces muqueuses , tracées sur la ligne médiane par le raphé , et continues , l’une avec le plancher de la région olfactive , l’autre avec la voûte palatine ; un de ses bords , le supérieur , adhère à celle-ci ; l’autre , inférieur , cintré de chaque côté , offre la luette sur la ligne médiane. Ses parties latérales sont embrassées par le pharynx, et donnent naissance aux deux piliers.

Structure. — i° Eléments. — Une lame fibreuse, appartenant aux deux muscles péristaphylins externes, forme la partie solide du voile du palais, dans l’épaisseur duquel on trouve les muscles péristaphylins internes, glosso , pharyngo, et palato-staphylins ; ce dernier, dans toute son étendue, les autres s’y terminant seulement. La membrane mu-

q lieuse contient , dans son épaisseur , une foule de granulations glanduleuses, surtout vers le bord libre. Les artères viennent des palatines et pharyngiennes, tant supérieures qu’inférieures ; les veines suivent le même trajet ; les vaisseaux lymphatiques se portent au col , au niveau rie l’angle de la mâchoire.

Les nerfs sont fournis par le petit palatin et le gloss opharyngien .

20 Rapports. — D’arrière en avant , on trouve successivement : la muqueuse postérieure , une couche glanduleuse abondante, le muscle palatostaphylin au milieu , et les deux muscles péristaphylins internes , réunis en raphé au - devant de celui-ci, l’aponévrose des péristaphylins externes, les extrémités des glosso-staphylins et pharyngostaphylins , une nouvelle couche glanduleuse et la muqueuse antérieure.

Développement. — On trouvera seulement, dans l’article suivant , le développement premier du voile du palais : cette partie est peu étendue en longueur chez l’enfant ; la luette surtout y paraît très rudimentaire ; au contraire, elle a souvent un surcroît de longueur chez l’adulte et le vieillard.

Variétés et usages. — Le voile du palais est sujet à des variétés de direction, en rapport avec ses mouvements, qui sont d’élévation , d’abaissement et de tension transverse, mouvement dont les uns ont le but évident , d’empêcher pendant la déglutition , les aliments de remonter dans les fosses nasales et les trompes d’Eustache, tandis que les autres tendent à les déprimer vers la partie inférieure du pharynx ; de même aussi , ils ont sur le timbre de la voix, une influence non douteuse.

Déductions pathologiques et opératoires. — Nous passons ici sous silence les vices de développement du voile, du palais, et l’opération ingénieuse qui regarde sa scission. Ses plaies sont rares; on les

a quelquefois établies , pour faciliter l’extraction de polypes de la gorge ; elles ne sauraient être compliquées d’une hémorrhagie grave. Le voile du palais peut être détruit en tout ou en partie , par des ulcérations; la luette, prolongée par une véritable hypertrophie de sa couche glanduleuse , hypertrophie analogue à celle des amygdales, peut, en titillant la base de la langue, déterminer une gêne que l’on fait seulement cesser par son amputation. L’abondance des glandules muqueuses du voile du palais, explique ces sécrétions membraniformes , qui l’enveloppent si fréquemment chez les enfants , lorsqu’il est enflammé.

3o Région labiale.

Les lèvres, portion antérieure des parois buccales, sont deux voiles mobiles, destinés à fermer ou à laisser béante, l’ouverture antérieure de la bouche, suivant les circonstances. Cette région est, inférieurement , séparée du menton , par le sillon mentolabial, et des joues, latéralement, par la dépression naso-labiale , qui forme une courbe à concavité antérieure, et vient se perdre insensiblement vers le menton.

Les lèvres sont au nombre de deux; l’une supérieure et l’autre inférieure. Leur direction est sensiblement perpendiculaire à l’horizon ; elles sont placées immédiatement au - devant des gencives supérieure et inférieure , auxquelles elles sont unies par un repli muqueux, appelé frein. Elles se réunissent en dehors, de chaque coté, pour former les commissures. Elles ont deux faces : l’une, mu-

Io(> ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE.

queuse , postérieure , concave , présentant le frein, et rendue inégale par une foule de glandules qui soulèvent la membrane interne; Vautre cutanée , antérieure , offrant à la lèvre supérieure , une dépression médiane., dite sous-nasale, couverte seulement d’un léger duvet ; sur les cotés , deux plans dirigés en dehors , et couverts chez l’homme adulte, de poils qui constituent les moustaches; cette même face à la lèvre inférieure , regarde partout un peu en bas; elle est déprimée sur la ligne médiane, et, dans ce point seulement , présente un petit bouquet de barbe , chez l’homme adulte. Le bord libre des lèvres est muqueux ; c’est seulement en dehors de lui, que la peau commence , suivant une ligne ondulée en sens inverse , sur l’une et l’autre lèvre , et sur le trajet de laquelle se trouvent , surtout vers les commissures, une foule de follicules appelés labiaux ; ce bord est rouge , saillant sur la ligne médiane , et déprimé sur la lèvre inférieure ; il présente dessillons antéro-postérieurs, qui deviennent t rès prononcés , lorsque l’on cherche à rétrécir l’ouverture de la bouche , à laquelle, en raison de leur mobilité, les lèvres peuvent faire prendre les formes

les plus variées.

Structure. — i° Eléments. — Les lèvres sont essentiellement formées par la peau en dehors , et la muqueuse en dedans, beaucoup de follicules et de glandules ; par un muscle orbiculaire, constitué surtout parla terminaison du muscle buccinateur, dont les fibres supérieures passent dans la lèvre inférieure, et les inférieures dans Sa supérieure, les

moyennes s’arrêtant à la commissure. En outre , les muscles myrtiforme , carré, grand zygomatique , triangulaire et canin, viennent y finir de chaque côté ; le premier , dans la lèvre supérieure ; le second ^ exclusivement dans l’inférieure; et les trois derniers j à la commissure. Les muscles élévateurs de la lèvre supérieure et petit zygomatique, ne viennent pas jusqu’ici; ils sont bornés inférieurement , comme je l’ai maintes fois constaté , au sillon nasolabial, lieu où ils s’insèrent sur le derme cutané. Les artères labiales viennent de la faciale , et forment un cercle, que complète en dehors, le tronc qui les fournit ; elles établissent ainsi une facile communication entre les deux artères faciales. On trouve , en outre , quelques rameaux de l’inférieure , dans la lèvre inférieure; de la sous-orbitaire, dans la supérieure. Les veines n’offrent rien de différent. Les lymphatiques vont tous vers les ganglions sousmaxillaires. Les nerfs viennent des deux sources indiquées déjà, le facial et la cinquième paire . Le tissu cellulaire est peu abondant et très mou, i! contient à peine de la graisse.

20 Rapports. — Les rapports des éléments des lèvres, sont très simples : d’abord , la peau, très adhérente et sur laquelle se terminent beaucoup de fibres musculaires; une couche musculaire formée par le muscle orbiculaire , sur le bord libre , le carré . en bas , le myrtiforme en haut ; au niveau de la commissure, le zygomatique, le canin et le triangulaire réunis, et cachant la partie antérieure du buccinateur; plus profondément, les artères coronaire^

îo8 ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE.

et la muqueuse. Observons que l’artère supérieure T suit toujours le bord de la lèvre correspondante » tandis que l’inférieure se trouve seulement au mi-* lieu , et y arrive , en suivant le trajet d’une ligne 7 oblique de ce point., vers la partie inférieure et externe de cette lèvre. Toutefois , sur la portion du bord delà lèvre inférieure , où ne se trouve pas l’artère coronaire, il existe un rameau anamostosé avec elle y rameau qu’y envoie., soit l’artère faciale y soit l’artère coronaire supérieure.

Développement . — Les lèvres se développent tard ; leur absence , dans les premiers temps , fait que la cavité orale se continue sans interruption avec le plan antérieur de la face ; lorsqu’elles apparaissent y elles sont l’une et l’autre, séparées sur la ligne médiane; plus tard, le rapbé s’établit; la lèvre supérieure, comme on le verra, se soustrait, en apparence seulement, à cette loi. À une époque prochaine del eur formation première, les lèvres, suivant quelques personnes, sont, comme les paupières, réunies entre elles , par la muqueuse.

Développement simultané de la lèvre supérieure, de la voûte palatine et du voile du palais. — La lèvre supérieure et le voile du palais se moulent, en se développant, sur la portion de la voûte palatine, à laquelle ils touchent immédiatement. Toute cette partie des parois buccales , se forme de pièces qui se réunissent dans un rapbé médian ; deux, seulement, constituent la moitié postérieure , et quatre la moitié antérieure ; ici les deux pièces internes , qui concourent seules à former le rapbé

médian j se joignent très rapidement entre elles , et plus tard , avec chaque segment latéral. Cette évolution est patente en avant , pour la voûte palatine ; il en est de même, pour la lèvre supérieure, dont le prétendu point impair était d’abord double. On conçoit ce qui a abusé pour elle seulement. Je viens de disséquer un embryon , dont la lèvre supérieure était bifide sur la ligne médiane 1 .

J ariétés. — Les lèvres de l’Européen sont, en général placées dans un plan perpendiculaire ; elles deviennent obliques chez le nègre, chez lui aussi elles sont remarquables par leur grosseur. Les lèvres offrent, au reste, une foule de variétés dans îa même race, sous le rapport du volume et de la direction. On sait que la supérieure, surtout, est remarquable par sa tuméfaction chez les sujets lymphatiques.

Chez l’enfant naissant , les lèvres sont très développées , et se croisent presque, ce qui était nécessaire pour la succion du mamelon. Lorsque les dents sont formées , cette longueur proportionnelle diminue. Chez le vieillard , devenues de nouveau trop longues, par suite de la chute des dents et du rapprochement des mâchoires, elles proéminent en avant, disposition qui donne à la figure une expression particulière, et gêne la mastication et la prononciation.

1 Dans le lièvre et tous les rongeurs, la lèvre supérieure est bifide sur la ligne médiane, et pour eux il n’est pas possible de nier ce développement, tel qu’il vient d’être indiqué.

V sages . — Les lèvres jouissent de très grands mouvements de resserrement , et de rétraction en dehors.

Déductions pathologiques et opératoires. — L’absence des lèvres est rare ; on voit bien plus souvent leur réunion anormale, nécessiter une petite opération ; ces vices de conformation s’expliquent très bien , par la formation de ces parties ; il en est de même de leur scission, qui constitue ce qu’on a appelle bec-de-lièvre : on observe rarement celui-ci à la lèvre inférieure, ou il est toujours médian ; au contraire, il est fréquent en haut, et consiste en une solution de continuité simple ou double • simple, elle est rarement sur la ligne médiane , ce qui pourtant a été observé ; alors elle résultait de la non réunion des deux segments médians de la lèvre $ elle est bien plus souvent latérale , produite par la non réunion du segment médian double, avec l’un des latéraux. Dans le second cas , si la solution de continuité est double, on conçoit qu’il se pourrait encore, qu’il y eût une scission médiane et une autre latérale • mais les deux sont presque toujours latérales, à cause de la réunion trop rapide, des deux petits points médians. Cette division peut être bornée à la lèvre , ou bien être prolongée sur le palais , rarement encore sur la ligne médiane , pour les mêmes raisons. Sur le palais en avant , tantôt la division est simple, tantôt elle est double. Dans ce second cas, elle devient toujours simple en arrière , lorsqu’elle s’y prolonge ; mais , de même que la scission en avant peut porter seulement sur la lèvre, ou bien sur elle

)tî

k il

Page 1