‹ Traite d'anatomie topographique, ou anatomie des regions du corps humainChapitre 3 sur 132 · POUR LA PARTIE DE MEDECINE · texte numérisé non relu

POUR LA PARTIE DE MEDECINE

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PRÉFACE

Il n’est qu’une seule bonne méthode jxmr consliluer une science , recueillir des laits , puis les comparer, pour en déduire des notions générales; telle est la marche véritablement analjticiue que l’illustre chancelier Bacon imprima aux sciences naturelles ; telle est aussi, eii particulier , celle qu’ont suivie les anatomistes.

Avant notre célèbre Bichat, en effet, on s’était presque borné à des observations particulières sur l’organisation : au moins si plusieurs savants du plus rare mérite avaient déjà tenté de s’élever à des notions générales sur cette matière , personne ne l’avait fait avec autant d’avantage ; sans doute, il faut aussi l’avouer, parce que moins heureux que lui, ils n’avaient basé leurs descriptions que sur un bien plus petit nombre de faits particuliers. Quoi qu’il en soit, nous devons réellement à son génie , qui a su saisir des rapports jusqu’alors inconnus, ces considérations transcendantes sur les systèmes d’organes, qui font le caractère essentiel de son immortel ouvrage ; gloire éternelle lui soit donc rendue ! 11 a su le premier constituer

VH J PRÉFACE.

la science de l’organisation, pnis([n’aiiparavant, bien que riebe de i’ails , elle était pauvre de CCS principes généraux dont elbi se compose réellenicnt.

La science anatomique , dès cette époque, parut en un instant avoir atteint son but tout entier : on crut tout l’art de guérir renreriné dans l’anatomie générale ; mais bientôt l’observation et les besoins d’une des plus belles parties de la médecine, /a chirurgie ^ démontrèrent qu’il restait encore un pas vers la perfection. On avait beaucoup fait pour le classement des organes, d’après leurs analogies surtout celles de structure les plus constantes ; on avait tiré , pour l’anatomie générale, tout le fruit possible de cette pbilosopliique innovation ; l’appliquant ensuite à l’anatomie spéciale, improprement appelée descriptive , plusieurs savants avaient successivement présenté, réunis en autant de faisceaux, tous les os , lesmqscles , les glandes , les nerl's , etc. Bicliat, d’autre part, avait donné l’exemple de la description spéciale des organes, par ordre d’appareils de fonctions, classilicatioai toute pliysiologique, de laquelle il a lait jaillir les plus belles et les plus importantes leçons. Cepentlant il restait encore à examiner, dans chac[ue ])oint du corps, les organes <pii s’y trouvent, abstraction

rRÉl’ACK.

railc Jes analogies (jiiMls j)eiivenl oflVir ; en im mot, il l’allait étiulier les Régions , sortes de groupes que constitue la nature , le plus souvent dans un l)ut physiologique , et toujours suivant un <^rdre admirablement combiné , pour presser le plus d’organes dans le moins d’espace possible , sans toutefois nuire aux actions de chacun.

L’idée d’examiner spécialement la forme , la structure, les rapports, etc. , d’un point du corps humain, a dû venir aux premiers anatomistes; aussi n’y a-t-il rien qui doive étonner , si nous disons que déjcà, dans Aristote, on trouve des traces de cette considération topographique du corps, sur laquelle, de temps en temps, les médecins sont revenus après lui ; mais , pour peu que l’on réfléchisse sur V anatomie des Régions d’Aristote, on ne tarde pas à se convaincre qu’elle attéste seulement l’enfance de la science, tandis que celle d’aujourd’hui témoigne au contraire ses progrès et sa perfection. La première , nécessairement- très incomplète et rudimentaire , a été le point d’où sont partis les anatomistes , pour analyser mécaniquement l’organisme , seul moyen d’arriver à le connaître dans tous ses détails. La seconde, com- ])lète dès son début, puisque presque tous ses éléments étaient minutieusement eonnus , est le lenne des efforts d<\s médcîci ns , elb'esl h* (‘ojii-

PRKI'ACF..

et seule ellt3 permet , dans toutes les circonstances , de résoudre ce problème si important : Étant donné un organe placé dans une position profonde , porter sur lui un instrument piquant ou tranchant^ ménager les parties essentielles (pd V avoisinent y et dire y couches par couches y celles qui ont du être nécessairement lésées .

Au reste, un fait qui établit surabondamment ce qui vient d’être dit de l’anatomie des régions d’Aristote, c’est que les ouvrages de ce grand homme ne nous ont laissé sur ce sujet , de bien positif, que le nom de quelques régions ; aussi pouvons-nous affirmer , sans craindre d’être démenti par personne , que la véritable anatomie topographique est une science toute nouvelle, que Desault avait à la vérité préparée par ses exactes et minutieuses descriptions , mais qui a reçu surtout son impulsion des travaux des Bojer, Dupujtren, Chaussier, Marjolin, Scarpa, Lawrence, Cooper, Meckel, etc., etc., et que nul n’a cultivée avec autant d’ardeur et de succès que les professeurs Roux et Béclard. Tous les deux , amis et disciples de Bichat , se partagent l’honneur d’avoir contribué , comme ce grand homme , aux progrès actuels de l’anatomie ; ils ont fait pour l’anatomie topographique , ce que

PRÉFACE. xj

Bichat à fait pour l’anatomie générale. Bichat s’est élevé à de hautes considérations, fondées sur les analogies de forme et de structure des organes; Béclard et M. Roux ont au contraire généralisé leurs rapports de contiguïté. Le premier a montré la hase invariable de la médecine proprement dite; les seconds, celle de la chirurgie. M. Roux, dans le cours qu’il lit à l’hôpital de la Charité , il y a plusieurs années , divisait l’anatomie chirurgicale , en anatomie chirurgicale générale y spéciale ou descriptive y et des régions. Béclard avait fondu en une seule ces trois parties distinctes des leçons de M. Roux ; déjà même il avait tenté un cours sur cette matière, quand la mort vint le frapper au milieu de sa brillante carrière , et mettre lin aux grands travaux qu’il avait entrepris.

L’immense importance de l’anatomie topographique, la tendance générale des esprits aujourd’hui vers les choses positives , surtout parmi les médecins, une sorte d’impulsion vers tout ce qui peut donner à l’art de guérir des bases invariables, et sans doute aussi le goût de cette science imprimé à leurs élèves , par les savants que nous avons cités , en ont engagé un grand nombre à continuer leurs travaux. Ainsi, M. Gerdy, en 1822, a donné, dans sa thèse inaugurale, un cadre fort

i’HEfac.f:.

l)ic‘M l'ail (U; lo nies les régions du corps humain ; dans le Jiiémo temps, notre ami M. Maréchal el nous, nous nous efforcions, à l’iiôpital de laCliarité, de trouver une méthode qui pût répondre à l’importance de cette partie de l’ anatomie , et nous faisions une étude spéciale des régions si belles et si compliquées du col ; tandis que , d’autre part, dans nos cours particuliers, nos collègues Gerdy, Bouvier, Velpeau^ Amussat, et nous, nous donnions chaque année en terminant, l’exposé des rapports des organes considérés dans chaque point du corps ; cependant tout cela n’était encore réellement que le squelette de l’anatomie topographique , telle que l’avaient fait pressentir les belles leçons des professeurs Roux et Béclard ; son l3ut en effet est bien autrement étendu.

Le premier, entre tous nos collègues, nous avons fait dès l’hiver de 1823 un cours spécial d’anatomie topographique , auquel assistèrent bon

• Des l’année 1823, cédant aux sollicitations dequelquesuns de nos élèves et amis, nous avions résolu de publier nos leçons; nous fîmes part de ce projeta M. le docteur Meyranx, qui nous encouragea à le mettre à exécution. Depuis , M. le docteur Capuron, agrégé à la Faculté, dont la profonde instruction est connue de tout le monde , a bien voulii nous renouveler les mômes conseils.

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COUS , et propag'èrenl ainsi nos idées ella jnélliotle que nous suivions , avec presque an lanUle rapidité que si dès lors nous eussions fait de ranatomie topogTaphicpie la matière d’un ouvrage. Il y a , en effet , deux manières de l'aire connaître ses travaux et ses opinions sur quoi que ce soit ; les livrer à l’impression , ou bien les exposer dans des leçons publiques Or, personne ne contestera que nous ne nous soyons servi du second mode, long- temps avant le mois de novemlire 1826, époque à laquelle parut l’ouvrage de notre collègue , M. \elpeau-

On voit d’après cela ce qu’il y a d’inexact dans cette phrase de l’avant-propos de son traité iV Anatomie chirurgicale : « Comme mes collègues » Bouvier , Blandin , Bogros et Amussat n’ont pas » rendu public le plan qu’ils suivent , je n’ai pu » profiter de leurs lumières , ni savoir combien » leur méthode diffère de la mienne. » Nous avons, pour notre part, d’autant plus lieu d’en être étonné , que nous savons qu’il a eu à sa

■ M. Houx n’a rien imprime' sur l’anatomie du rur}',icale, et cependant il n’en serait pas moins inexact denier^ que ses travaux en cette matière, n’aient été rendus publics.

Xiv PRÉFACE.

(lisjK)sitioH (les Cîiliiers do jkjIpc' cours rédi‘’‘és avec le plus grand soin par M. Paillard, l’un des internes les plus distingues des hôpitaux’.

Quoi qu il en soit , au reste , de cette question d antériorité , qui ne peut d’ailleurs être résolue pas plus en notre faveur qu’en^celle de notre collègue , puisque , long-temps avant nous , l’anatomie topographique avait été soigneusement cultivée par des hommes du premier mérite , toujours demeure-t-il certain que nous avons traité le même sujet , mais en suivant une méthode tout-à-fait différente ; et , comme tous les éléments de l’anatomie topographique étaient connus pour la plupart , et consignés dans les excellents ouvrages ^ des Boyer , Bichat , Mec-

* Nous avons cité ce fait, seulement parce qu’il a été omis par notre collègue^ d’ailleurs, il nous est d’autant plus permis de le certifier , que les cahiers en question lui ont été remis par un de nos amis , de qui nous le tenons directement.

’ Si tous les éléments de l’anatomie des régions étaient connus, disent quelques personnes, cette science existait j et, pour faire un livre sur cette matière, il s’agissait seulement de rapporter à chaque région les détails d’anatomie descriptive, qui appartiennent aux organes qui la composent, détails que l’on trouve partout. Un semblable langage prouve seulement, de la part de ceux (jui le tiennent, qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est

PRÉFACK . XV

k(‘l , oU’. ; ('Oimiic il s’agissait seulement de les étudier réunis ualurellemeut dans cliaque partie <lu corps, et de présenter des considérations générales sur les groupes qu’ils rorment , il s’ensuit que , dans un ouvrage de la nature de celui-ci , tout consistait presque dans le choix de la métliode la plus convenable pour atteindre ce Init , et que , dilFérant , sous ce rapport , nos deux ouvrages doivent différer nécessairement beaucoup dans les détails.

Puisque l’anatomie descriptive fournit tous les éléments de l’anatomie topographique , elle a du nécessairement être notre point de départ, et

l’anatomie topographique. S’il en était ainsi, la qualification de science, appliquée à l’anatomie dite des régions, serait tout-à-fait vaine et illusoire^ celle-ci serait tout simplement l’anatomie descriptive exposée par régions, et par conséquent suivant l’ordre le plus vicieux, puisqu’il réunit dans le même cadre, les organes les plus disparates sous tous les rapports. Au reste, soutenir que la science de l’organisation locale existait depuis longtemps, parce que ses éléments étaient connus, et prétendre que l’on connaissait l’aisselle, parce qu’on avait étudié les muscles pectoraux, grand dorsal, sous- scapulaire, etc. , que l’on connaissait le canal inguinal , parce (ju’on avait disséqué les muscles et les aponévroses de l’abdomen , sciait aussi absurde que d’avancer que l’on (’ounaît le cerveau , lorsqu’on a étudié les divers éléments dont se compose sa structure.

XV j l'HKFACi;.

MOUS avons du (‘onlimiclicmciit mous tonif sim' nos g’ardos, ponr no point einpiéUT sur son doinaiMo. Sous ce ra])porl , nous avons ndèleinent suivi la li^ne qu’avait si l)ien tracée le cclci)re J)éclard , <lans le cours ([u’il lit à la Facidté , il y a plusieurs années. Les détails d’analoniie descriptive (|ue nous avons donnés dans chaque région, sont toujours peu nombreux, et présentés comme accessoires ; ce sont des notions qui y sont rappelées , plutôt que de véritables descriptions d’organes. Cependant , nous avons dû quelquefois nous écarter de cette règle , et nous l’avons fait dans trois circonstances : lorsqu’il s’est pré-

senté à notre examen des parties dont la description est omise dans les traités d’anatomie desci'iptive , des aponévroses , par exemple 2° lorscpi’une description nous a paru incomplète dans les auteurs ; 3" lorsque nous avions à donneiquelques détails curieux ou nouveaux. En lin nous avons aussi soigneusement signalé les variétés , suivant les régions des tissus généraux de l’économie.

On Conçoit d’api'ès ce ({iii précède, cpi’un livre de la nature de celui - ci ne doit cire omerl (pie |)ar ceux qui ont déjà (piebpies notioiiN anatomiques , et ([u’il ne pourrait lenir lieu d nn traité d’anatomie descriptive; car, on Ions les

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