NARCOTISME VOLTAÏQUE
plus puissant excitant du système nerveux pourrait être transformé en agent anesthésique, et l'on est tout disposé à croire, soit à une substitution d'impression douloureuse, soit à une simple coïncidence, soit à une inlluence morale. Quoi qu'il en soit, pour quiconque voudrait puiser dans son observation personnelle des arguments supérieurs à tous les raisonnements du monde, voici quelles sont les conditions les meilleures pour une bonne expérimentation :
Il faut que la tension du courant soit très faible, juste ce qui est nécessaire pour que le patient, tenant en main les rhéophores, soit averti de son existence. L'appareil de MM. Morin et Legendre a paru suffisant à plusieurs observateurs, et en particulier à M. Fonssagrives.
Il faut que l'instrument, transformé en rhéophore, qui doit servir à l'opération, soit bien isolé des tissus ambiants, pour que le courant traverse précisément et exclusivement le point sur lequel il doit agir. On a cru remarquer, en effet, dans les extractions de dents, que, toutes les fois que le forceps louchait la gencive, le résultat était compromis; ce qui explique pourquoi l'extraction des racines plus ou moins recouvertes par les parties molles s'est montrée particulièrement réfractaire. Nous ne sommes pas en mesure de concilier cette recommandation dictée par l'expérience aux dentistes américains en particulier avec le conseil donné par M. Bergounhioux, de disséminer au contraire l'électricité à l'aide de rhéophores présentant une certaine surface.
Enfin il est recommandé de ne faire fonctionner l'appareil qu'au moment précis de l'opération.
M. le docteur Richardson tenta d'utiliser l'électricité à un autre point de vue, pour obtenir l'aneslhésie locale. Espérant que l'action d'un courant électrique faciliterait la pénétration dans les tissus des substances narcotiques, il imagina un procédé mixte auquel il donna le nom de narcotisme voltaïque. Des expériences furent faites à l'Ecole de médecine de Grosvenor place; toutes furent concluantes, et chez les animaux,
et chez l'homme. Mais il fallut une heure pour obtenir un résultat (1). Le professeur Waller, en répétant les expériences de M. Richardson, s'assura que l'électricité ne jouait aucun rôle, et que les effets observés devaient être attribués exclusivement à l'application de médicaments narcotiques sur la peau (2).
Piédagnel avait aussi proposé, pour diminuer ou faire disparaître la douleur causée par l'action des caustiques, d'ajouter à la substance escharotique une certaine quantité d'un sel de morphine. Amussat a essayé de ce procédé, pour détruire des bourrelets hémorrhoïdaux, des trajets fistuleux ; le succès ne répondit que très incomplètement à son attente. Nous-mêmes avons fait usage, pour ouvrir des bubons suppurés ou détruire des décollements, d'un mélange de chlorhydrate de morphine et de caustique en poudre. La douleur n'a été ni moins vive, ni moins durable.
(1) Médical Times and Gaz., 1859, 1'^ semestre.
(2) Waller, Medicinische Vochenschrifl.