PROPRIÉTÉS ANESTHÉSIQUES DU CHLOROFORME
que possible. Cinq cas de mort furent de la sorte éliminés et laborieusement altribués à des causes diverses. C'était diminuer de beaucoup le contingent funèbre de l'agent incriminé. Mais il en restait toujours trois à l'égard desquels le doute n'était guère possible et sur lesquels il fallait bien se prononcer.
L'altitude choisie par M. Malgaigne fut dénature à ne satisfaire aucune opinion. Physiologiste, il contesta les idées d'Amussat sur l'asphyxie envisagée comme la source unique del'anesthésie; clinicien, il admit sans discussion, sans preuve bien sérieuse, l'asphyxie à titre d'accident. A défaut d'arguments puisés dans les faits eux-mêmes, il se complut à mettre en cause et à incriminer certains appareils, la compresse, le mouchoir, etc., qui gênent, dit-il, jusqu'à un certain point la respiration et aveclesquelsl'asphyxie et l'insensibilité marchent du même pas, de façon que, lorsque l'on croit n'avoir produit que l'insensibilité , l'animal est frappé d'une asphyxie incurable et mortelle (1). Le tort de M. Malgaigne, c'est de n'avoir pas su pressentir ce que l'organisation humaine ajoute d'imprévu, de dangers spéciaux aux phénomènes réguliers de l'élhérisation ; le côté fâcheux de son œuvre , c'est de laisser peser sur le chirurgien une lourde part de responsabilité.
A ce rapport succédèrent de longs et retentissants débats (2). Les moyens spécieux à l'aide desquels le rapporteur avait su écarter la plupart des cas de mort, la doctrine de l'asphyxie accidentelle furent vivement critiqués par MM. Sédillot, Blandin, Rochoux,. Iules Guérin, qui, n'accordant qu'une importance très secondaire à l'influence possible mais non démontrée de l'asphyxie, firent valoir au contraire, pour la première fois, l'idée d'une syncope chloroformique repoussée par le rapporteur, quoique signalée déjà par MM. Robert et Gorré.
(1) Bulletin de l'Acadcmie de médecine, t. XIV, p. 2iG.
(2) On trouve tous les détails de colle discussion dans le lome XIY du BuUclin de l'Académie de médecine.
Néanmoins le travail de la commission l'ut à peine modifié. L'asphyxie par privation d'air quand on fait usage de certains appareils, la durée prolongée des inhalations furent signalées au puhlic médical comme la source des dangers inhérents à l'usage des agents aneslhésiques. Nous pensons avec M. Baillager que l'Académie avait été prématurément saisie de cette question.
Aussi quelques mois se passèrent à peine avant que ce jugement fût frappé d'appel : M. Robert vint insister de nouveau sur les dangers du chloroforme. Il apportait à la tribune des faits devant lesquels l'interprétation de M. Malgaigne devenait manifestement insuffisante : d'une part, l'expérience avait démontré que l'anesthésie peut être prolongée impunément pendant une demi-heure et même une heure ; de l'autre, on avait observé des accidents au début de l'éthérisation et en dehors de tout état d'asphyxie pur et simple, combiné ou surajouté. L'auteur s'attacha à reproduire avec force une idée déjà émise par lui et M. Jules Guérin : c'est que le chloroforme et sans doute les autres anesthésiques ont une action beaucoup plus complexe chez l'homme que chez les animaux (1).
En se plaçant à ce point de vue, M. Robert faisait faire un grand pas à la question. Sa communication ne signalait aucune idée nouvelle, mais elle avait le mérite de détacher les esprits d'appréhensions illusoires et de les ramener de plus en plus dans le domaine de Fobservation clinique. Celle-ci apprit bien vite que le système nerveux, soumis chez l'homme à l'influence des vapeurs anesthésiques, est le foyer de réactions nombreuses, désordonnées, dont l'apparition contingente peut être la cause d'accidents, et dont le conflit peut donner la mort dès les premières inhalations.
De cette notion découlait une manière nouvelle d'envisager la cause de ces morts subites. Au lieu d'y reconnaître les effets
(!) Robert, Note mr le danger du chloroforme {Biillelin de l'Académie de mcdccine, t. XIV, p, 1091).