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ACCIDENTS MORTELS

quer isolément à l'appui de quelque idée systématique, saura saisir d'un seul regard les traits caractéristiques de ces accidents jusqu'alors si diversement interprétés, subordonner leurs causes accessoires à leur cause principale, il sera bien près d'en restreindre encore le nombre ; de les prévenir plus souvent, s'il reste impuissant à les combattre.

Dans celte pensée nous partageons les cas de mort en trois catégories. La première renferme les faits simplement mentionnés: nous n'en parlerons pas du tout. La deuxième renferme ces faits douteux de mort consécutive, dans lesquels la mort peut être aussi bien attribuée à des circonstances étrangères qu'à l'anesthésie elle-même: nous nous contenterons de rapporter les plus intéressants, sans chercber à en déduire aucune conséquence théorique ou pratique. Enfin la troisième embrasse les cas de mort subite survenus pendant l'éthérisalion et relatés avec quelques détails : ceux-là seuls méritent attention. Le nombre de nos observations se trouve de la sorte réduit à soixante-dix-sept, et encore que de lacunes, que de détails sans intérêt ! que de données incompatibles ou incomplètes! Il est vrai que dans ces circonstances douloureuses etimprévues, les observations sont toujours rédigées d'après des souvenirs et sous l'empire d'une émotion facile à comprendre. Malgré ces desiderata, on verra que chacune d'elles a son importance; qu'elle met en lumière quelque point intéressant. Il suffira de grouper ces traits isolés, laissant de côté tout ce qui est accessoire ou contestable, pour constituer la physionomie des accidents graves observés pendant l'anesthésie chirurgicale. Nous trouvons dans les considérations qui précèdent, aussi bien que dans les sentiments de déférence qui doivent présider à une pareille exhumation, des motifs suffisants pour ne pas soumettre à une critique particulière les détails de chaque observation.

ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION.

§ I. — morts conHéculivcM nilriltiiéci^ A l'cinplot dc8 imcHtlK-MitiiieH.

On a attribué à l'éther et au chloroforme des cas de mort survenue quelques heures, plusieurs jours et même plusieurs semaines après leur administration. Rien ne nous parait moins établi que la filiation de pareils accidents; nous voulons le montrer en reproduisant parmi les fails publiés ceux dans lesquels la présomption est le plus acceptable.

1° APRÈS l'ÉTHÉRISATION.

Observation. — Je dois, dit Roux, profiter de l'occasion qui m'est oiïerld pour exposer en deux mots à l'Académie un fait tout récent et encore inconnu que j'ai observé, il y a peu de jours, à I Hôtel-Dieu. Au milieu des fails nombreux de succès que nous avons obtenus, quelques accidents peu graves sont quelquefois survenus; mais en voici un plus sérieux que tous ceux qui avaient été signalés jusqu'ici. Il y a huit jours, un homme portant une plaie au scrotum fut pris de télanos, et apporté dans mon service; au moment où je le vis, le malade était arrivé à cette période extrême qui ne laisse presque aucun espoir ; nous pensions bien qu'au bout de trentesix ou quarante-lmit heures la mort surviendrai!. Nous voulûmes essayer de diminuer, au moyen de l'éther, les spasmes musculaires convulsifs. Au bout de quelques minutes, il était complètement éthérisé; peu de temps après l'inhalation, il revint à lui, mais la respiration, qui avait été assez libre jusqu'alors, s'embarrassa à partir de ce moment, et une demi-heure ne s'était pas encore écoulée que la mort survint. Je ne veux pas dire qu'il ne serait pas mort si on ne l'avait pas soumis à l'emploi de l'éther, mais je dois dire qu'incontestablement cet homme est mort beaucoup plus vite que si on ne l'avait pas soumis aux inspirations éthérées (1),

Observation. — Un homme de Irente ans fut admis à l'hôpital de la Pitié en 1 847, pour y être traité d'un rétrécissement de l'urèthre. M. Giraldès le soumit à une première éthérisalion, qui fut courte, naturelle, et eut lieu sans le moindre inconvénient.

Deux jours après, une nouvelle éthérisalion eut lieu. Celle-ci fui longue, difficile; le malade s'agita beaucoup et eut comme des mouvemenls téla-

(1) Gazelle des hôpilaux, 1847, p. 123, et Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 346.

MORTS CONSÉCUTIVES ATTRIBUÉES AUX ANESTUÉSIQUES. 239 niques. Cependant l'insensibilité fut obtenue, et le calhélérisme, pratiqué sans douleur. Lo malade, étant revenu à lui-même au bout de quelque temps, n'éprouvait aucun malaise; il prit un bain où il resta trois quarts d'heure, puis il rentra dans la salle et mangea de la soupe. Vers midi, c'esl-k-dire quatre heures après l'opération, il alla aux lieux d'aisances, et là il tomba mort subitement. Tous les secours qui lui furent immédiatement prodigués restèrent inutiles.

A l'aulopsie cadavérique, M. Giraldès trouva le cerveau et la moelle épinière intacts; mais les poumons étaient gonflés, tendus, et remplissaient les cavités pleurales. Ils ne s'affaissaient pas, et résistaient à la pression des doigts; en un mot, ils étaient emphysémateux dans toute leur étendue^ et môme jusque dans le tissu cellulaire interlobulaire. Les cavités droites du cœur, ainsi que les artères pulmonaires, les veines caves et toutes les veines qui s'y rendent directement, étaient distendues par du sang spumeux (1).

Observation. — Je rappellerai, dit M. Jobert, que la femme qui a subi l'amputation du sein a été soumise à l'action de l'élher pendant treize minutes, et que malgré la longue durée de l'inhalation, les résultats en furent incomplets ; la malade ne tomba pas dans l'insensibilité et ressentit les douleurs de l'opération. Le jour même et le lendemain, elle se plaignit d'une céphalalgie intense, puis d'une douleur à la gorge, à laquelle succédèrent tous les symptômes d'une bronchite étendue. Survint enfin un érysipèle. La malade succomba avec un trouble indéfinissable de l'appareil de l'innervation.

Nous ne pûmes pas faire complètement l'autopsie, les parents s'y étant Opposés, mais il nous fut accordé d'ouvrir la poitrine et d'examiner la tfachée et les bronches, dont la membrane muqueuse était fortement injectée. Le poumon paraissait hyposlasié, le cœur était plus flasque que dans l'état naturel.

La colonne vertébrale et le crâne ne furent pas ouverts. En présence de celle autopsie imparfaite, en présence de l'examen superficiel ou impossible des organes, je ne dus pas me prononcer d'une manière positive sur la cause de la mort, et je ne dus pas par conséquent rendre l'éther responsable de tous les accidents qui étaient survenus chez notre malade. 11 fut «•pendant évident pour nous que cet agent énergique n'avait pas été étranger à la céphalalgie et à la toux qui avaient débuté avec l'expé-* rience (2),

(1) Noie citée de M. Robert.

(2) BuUelin de l'Académie de médecine, t. XII, p. 375.

'2kO ACCIDENTS DE l'ÉTHÉUISATION.

Observation. — Depuis la mort do celle femme, ajoule le même auteur, j'ai eu la douleur de perdre une aulre malade, dont j'ai déjà entretenu l'Académie, et sur laquelle je crois de mon devoir de revenir aujourd'hui. On se rappellera peut-être qu'une femme âgée de quarante-sept ans, affectée d'une tumeur blanche du genou, fut amputée de la cuisse et soumise préalablement à l'action de l'éther pendant quatre minutes, et qu'au bout de ce temps elle fut plongée dans un état d'insensibilité absolue, morale et physique. L'amputation fut exécutée sans douleurs et sans que la malade en eût conscience.

Dans le récit que je fis des symptômes éprouvés par la malade, j'ai noté la disparition du pouls, de la chaleur animale, et l'absence de l'intelligence plusieurs heures après l'opération. J'indiquai enfin l'insomnie, la céphalalgie, la sécheresse de la bouche, la toux, les douleurs de poitrine, les convulsions dans le moignon.

Voici ce que j'ai eu l'occasion d'observer depuis la communication que je fis à l'Académie ri" Il y a peu de traumatisme; 2" la céphalalgie a persisté ainsi que les douleurs de poitrine, la toux, les convulsions dans le moignon ; puis il est survenu une névralgie faciale et oculaire, une contracture dans les masséters, dans les sterno-cléido-maslo'idiens, les muscles du ventre et de la poitrine. C'étaient là des phénomènes tétaniques.

Enfin la malade succomba à des lésions diverses des appareils de la circulation, de l'innervation et de la respiration. — Voici ce que l'autopsie nous a révélé :

Pie-mère et membranes de la moelle injectées et représentant une arborisation admirable ; la substance blanche du cerveau était aussi le siège d'une injection anormale, surtout dans le corps strié et les couches optiques; les ventricules étaient remplis d'une sérosité sanguinolente: la moelle était ramollie au tiers supérieur de sa portion dorsale ; le pharynx, la trachée, le larynx et les bronches étaient d'un rouge foncé, et présentaient sur plusieurs points du pus concret et liquide; l'œsophuge était aussi injecté, le cœur était flasque et mou ; les valvules sigmo'ides avaient perdu leur transparence et étaient colorées en rouge; l'artère pulmonaire était rouge, ainsi que l'aorte; cette grosse artère n'offrait, dans le reste de son étendue, aucune rougeur anormale (1).

Observation. — Mistriss Parkinson avait à la cuisse gauche une tumeur dont l'extirpation était devenue indispensable. M. Robbes a fait respirer à cette femme de la vapeur d'éther.

Avant le jour fixé, il avait fait deux fois sur elle l'épreuve de ce moyen

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXII, p. 375.

MOUTS CONSÉCUTIVES A TTIUIJUÉES AUX ANESTIIÉSKJUJiS. 2Z|1

.Mislriss Parkinson était resiée sous l'influence du gaz pendant le temps ordinaire, et navait absolument rien senti lorsqu'on la pinçait ou qu'on la piquait jusqu'au sang avec un instrument aigu. M. Robbes, jugeant que le sujet lui paraissait parfaitement disposé, fit l'opération, qui dura vingtcinq minutes, y compris le temps de l'inhalation, la ligature des vaisseaux et le pansement de la plaie. Cependant, mistriss Parkinson ne resta pas complètement insensible, car elle proférait des gémissements et éprouvait une certaine agitation convulsive. Elle ne revint point de sa torpeur après l'opération, et demeura dans un état presque inanimé pendant trois jours, au bout desquels elle mourut (l).

Observation. — Le i2 février, M. Roger Nunn, chirurgien de l'hôpital de Colchester et d'Essea, a opéré de la taille Thomas Herbert, âgé de cinquante ans. Soumis à l'action de l'élher pendant sept ou huit minutes, l'opération fut pratiquée sans difficulté et avec promptitude. Pendant l'opération qui dura dix minutes, l'éther fut administré par intervalles. La respiration devint pénible, et enfin stertoreuse. Il se rétablit cependant peu après, et revint à un état de calme, mais sans réaction pendant vingt-quatre heures. On lui prescrivit de petites quantités d'eau-de-vie et d'eau avec de l'arrow-root; des bouteilles chaudes furent placées dans le lit. Ce traitement futcontinué jusqu'au lendemain, et alors on y ajouta de l'ammoniaque. Le malade eut du délire de huit heures du soir à huit heures du matin, et un peu de réaction. 11 mourut à cinq heures du soir.

Il faut remarquer que les petits vaisseaux qui furent divisés dans la première incision montrèrent beaucoup de tendance à saigner, sans doute par défaut de pouvoir contractile. Il n'y eut cependant pas d'hémorrhagie.

A l'autopsie, on trouva une congestion dans les membranes du cerveau, mais pas d'épanchement; les poumons étaient perméables, exsangues antérieurement, engorgés en arrière ; le cœur flasque, de grosseur naturelle et presque vide; le rein gauche pâle, le droit un peu congestionné ; la vessie et les parties adjacentes avaient l'aspect ordinaire après une opération.

Le sang dans tout le système vasculaire était dans un état de fluidité complète (2).

Observation. — .Albin Burfitt (de Silton), âgé de onze ans, fut, le 23 février, pris dans un engrenage, et éprouva une fracture compliquée de la cuisse gauche, avec lésions des parties molles, et une fracture simple de la cuisse droite. L'amputation du membre fut décidée par MM. Newmann, Rumsey elWillot. Nous n'avions, dit le dernier, aucune crainte sur la vie du sujet et les suites de l'opération; l'état général et la constitution étaient

(1) Gazette des hôpitaux, 18 47, p. I i8.

(2) Ibid.

ACCIDENTS DE L'ÉTIlÉhlSATION.

bons. Nous résolûmes d'employer l'éllior. Aussitôt que le malade eut subi son influence, au bout de trois ou quatre minutes, M. Newmaim opéra avec son habileté ordinaire ; mais les douleurs qu'éprouva le malade au moment do l'incision circulaire furent extrêmement vives ; on revint à l'emploi de l'éther pendant deux ou trois minutes, et cette fois avec succès; l'opération fut terminée; la perte de sang fut peu considérable. C'est alors que commencèrent pour nous les difficultés et l'anxiété. Le malade était dans un état lel d'épuisement et d'intoxication, que nous le regardâmes comme en danger, et nos craintes ne furent que trop tôt réalisées, car, malgré tous les soins que nous pûmes lui donner, il succomba en moins de trois heures après l'opération. L'élat du cerveau, dans cet espace de temps, fut déplorable ; il y avait des alternatives d'excitation et d'affaissement complet ; tantôt du délire, d'autres fois comme une espèce de syncope, et ces alternatives persistèrent jusqu'à la mort. L'autopsie n'a pas été faite (1).

Observation. — Dolorès Lopez, âgée de cinquante ans, de tempérament nerveux, de constitution très faible, ayant déjà soulTert de fièvres tierces et d'irritations gastriques, reçut, il y a dix-huit ans, sur le sein droit, un coup de poignée de sabre. Une tumeur qui s'y développa alors demeura dure et indolente pendant quatre ans. Différents remèdes employés vers cette époque l'enflammèrent et la firent môme suppurer. Enfin elle prit récemment, et en peu de temps, un volume énorme et devint le siège de vives douleurs.

Entrée le 18 février 1847 à l'hôpital général de Madrid, cette femme présenta l'état suivant : décubitus dorsal obligé ; amaigrissement général, décoloration de la peau, physionomie triste ; pouls fréquent, petit et faible ; respiration courte et difficile à cause du poids de la tumeur. Celle-ci, dont le titre de l'observation indique le volume, était dure et résistante, si ce n'est dans quelques points où elle semblait offrir un ramollissement et une sorte de fluctuation. Elle s'étendait sur les régions mammaires, Ihoraciques, sur une moitié de l'épigastre et de l'ombilic, débordant en bas de deux travers de doigt les fausses côtes droites et se prolongeant jusque vers le bord externe de l'omoplate.

L'opération ayant été décidée, on se disposa à endormir la malade aU moyen de l'éther. En conséquence, le 1 9, à dix heures du matin, on lui fit prendre un lavement émollient, puis à onze heures on lui introduisit dans le rectum une once d'eau distillée, à laquelle on venait d'ajouter une drachme d'éther sulfurique ; à onze heures un quart, elle sentit de la chaleur à ^es^ tomac et des vapeurs qui montaient jusqu'à la bouche; à onze heures et

(1) Gaselle des hôpitaux, t. IX., p. 208. j

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