MORTS CONSÉCUTIVES ATTRIBUÉES AUX ANESTIIÉSIQUES
demie survint un assoupissement qui l'obligeait à former les yeux, mais sans perte de la sensibilité ni de la parole. On réitéra deux fois celle opération, en ajoutant à chaque reprise une demi-drachme d'éther de plus, mais sans plus do résultat.
Le 20 février, à six heures du malin, on fit respirer à la malade la vapeur d'éther mise dans une vessie. En quelques minutes la physionomie perdit son expression, et elle resta comme endormie ; cependant à la moindre excitation elle ouvrait les yeux et répondait aux questions. Au bout d'une demi-heure d'inspirations éthérées, on ne put obtenir qu'un léger assoupissement (notons ici que cette femme était sujette à commettre des excès de boisson). On procéda immédiatement à l'opération, qui dut être assez longue, et l'on réunit la plaie par la suture et les agglutinalifs.
Durant l'opération, la malade se plaignit; mais il parut que ses cris n'étaient pas proportionnés aux souffrances qu'elle aurait dû ressentir, ce qu'elle confirma ensuite elle-même. Il n'y eut aucune hémorrhagie imporlanle pendant ni après l'opéralion.
La tumeur extirpée offrit l'aspect du squirrhe, et, en quelques points, de l'encéphalo'ide, avec des cavités que remplissait un liquide de la couleur du vin de Malaga.
Une heure après l'opération on remarqua une décomposition du faciès, de la rougeur aux pommettes, surtout à la gauche, des nausées, du refroiidissemeiit, le pouls concentré. Depuis rélliérisation, la malade était restée lun peu assoupie. A midi et demi, l'altération de la figure était très prononcée, les joues ardentes, le pouls filiforme; stupeur et subdélirium; à deux heures moins un quart elle succomba.
Autopsie. — Les sinus de la dure-mère en général étaient gorgés de sang, beaucoup de sérosité légèrement troublée dans l'intérieur de l'arachnoïde. Masse encéphalique consistanle et semée d'arborisations; un peu de sérosité dans les ventricules.
Les sommets des poumons étaient de couleur livide, atrophiés, imperméables et adhérents par de fausses membranes fibreuses à la plèvre costale. Celui du côté droit était engorgé de sang veineux; le gauche en contenait peu. La base des poumons, surtout du côlc droit, était perméable, congestionnée, rouge. Le sang renfermé dans ces viscères était très liquide et sa couleur ressemblait à celle qu'aurait un mélange de san-^ veineux et de sang artériel.
^ Les cavités droites du cœur offraient une dilatation plus marquée dans l'oreillette, dont l'intérieur, deux fois plus large que de coutume, contenait de volumineux caillots (1).
(I) Extrait de la FacuHad. — GaxcUo médicale de Pnm, 1847, p, 421.
2hll ACCIDENTS DE l'ÉTHÉIUSATIOX.
Les fciils qui précèdcnl, et qui nous paraissent les plus probants, n'ont besoin d'aucun commentaire : il suffît de les lire pour voir combien de circonstances, l'époque de la mort, là nature et la gravité des accidents, etc., etc., rendent luurr signification douteuse. Il en est de même des morts consécu-tivcs observées après l'administration du cbloroforme.
2° APRÈS LA CllLOROl'ORMISATION.
La science ne possède que très peu de faits de ce genre.
Dans le cours de la discussion soulevée à l'occasion du rapport de M. Malgaigne , Roux se crut obligé de doniieri quelques détails sur un cas de mort survenu dans son service, auquel il avait été fait allusion.
Observation. — H y a six mois environ, dit Roux, j'avais à opérer,' clans mon service à l'Hôtel-Dieu, une malade alteinte d'un cancer au sein.i Chez celle femme, qui était fort affaiblie, la maladie du sein était accom-- ■ pagnée d'un engorgement considérable des ganglions de l'aisselle; il y; avait donc deux opérations à faire. Je n'hésitai pas à la soumettre à l'inhalation du chloroforme pour l'extirpation de la tumeur ganglionnaire.
Elle se résigna à supporter la douleur inséparable de cette seconde opération, qui fut assez laborieuse à cause de la situation profonde de la tumeun dans l'aisselle. Les vaisseaux furent liés, le pansement fait, l'appareil appliqué. J'ai l'habitude de faire coucher les malades pour ces sorleir d'opérations. Comme il fallait ajouter au pansement déjà fait un bandage roulé sur la poitrine, on fit asseoir la malade, qui avait alors toute sa con^ naissance ; niais aussitôt elle fut prise d'une syncope contre laquelle tous< les secours furent inutiles; elle mourut sous nos yeux (1).
La gravité, la longueur de l'opération, la disparition gra-i duelle et complète des pbénomènes de l'étbérisme nu momenl de l'accident, ne permettent pas d'attribuer cette syncope raor^ telle plutôt au chloroforme qu'à l'état d'épuisement du sj« téme nerveux. Il n'échappera à personne de constater dan cette observation l'influence remarquable du changement d {)usilion sur la production do l'accident.
^1) DaUclin de l'Acadcmio de médecine, l. XIV, p. 12}.
MORTS CONSÉCUTIVES ATTRIHUÉES AUX ANESTIIÉSIQUES. 'i'iS Observation, — Un homme (le quarante ans eiilre au mois de juin 1 SiS i l'hôpital des Cliniques, pour y être Irailé d'une lésion Iraumalique nécessitant l'amputation du bras. Avant d'y procéder, M. Giràldès eut recours ju chloroforme. L'éthérisation fui longue, difficile, accompagnée d'une agiia- ,ion e.Klrôme, d'efforts violents. Cependant on obtint l'insensibilité. Après opération, le malade, revenu à lui-même, se trouva affaissé pendant ouïe la journée. La nuit suivante, à trois heures du matin, il expira subieinent sans agonie,
A l'aulopsie cadavérique, M. Giraldès ne trouva rien d'altéré dans le cer- , eau nidans la moelle épinière ; mais les poumons étaient emphysémateux, les •avités droites du cœur et les grosses veines remplies de sang mêlé d'air (1 }.
Observation. — Le 30 août dernier, à neuf heures du soir, je (M. Robert) us mandé à l'hôpital Beaujon pour y voir un malade affecté d'une hernie 'tranglée. C'était le nommé Galiard (Michel), âgé de quarante-neuf ans, narchand de chevaux, d'une force herculéenne et adonné aux derniers ^xcès de l'ivrognerie (je note avec intention celte dernière circonstance); 1 portait depuis dix-huit ans à l'aine droite une hernie qu'il avait, disait-il, oujours contenue. Mais le 27 août, il était sauté de cheval, son bandage ;'était cassé pendant sa chute; en même temps la hernie était sortie très olumineuse et n'avait pu rentrer,
' Lorsque j'arrivai près de lui, l'étranglement durait depuis deux jours et lemi, il vomissait abondamment des matières roussâtreset manifestement tercorales ; du reste, la tumeur de l'aine, d'un assez grand volume, était issez molle, peu douloureuse ; le ventre était indolent. J'espérai donc )ouvoir réduire celle tumeur, bien que plusieurs tentatives déjà faites dans hôpital eussent été infructueuses ; du reste, j'étais décidé, en cas d'inlaccès, à pratiquer immédiatement l'opération. Pour faciliter le taxis, j'eus ecours au chloroforme, et à cet effet je plaçai une petite éponge dans une îompresse roulée en cornet et fixée avec une épingle. Je dirigeai l'éthé- ■isalion moi-même, et j'eus la précaution de toujours laisser au malade un '■tpace libre entre l'appareil et le visage pour ne point gêner l'entrée de l'air.
Pendant dix minutes environ le malade n'éprouva rien de notable ; mais )ientôt ses yeux s'injectèrent, il devint loquace, délirant comme un homme vre; sa respiration devint précipitée, sa peau sa couvrit d'une sueur abonlanle, enfin son agitation devint telle que trois infirmiers durent le conenir. Néanmoins la sensibilité n'était pas abolie. Je me trouvai en ce monenl dans un état de perplexité facile à concevoir. D'une part, l'agitation lu malade ne me permettait pas de pratiquer le taxis, encore moins la lerniotomie, et je me voyais contraint, ou de l'abandonner au lendemain,
(1) Kote citée de M. Robert.
ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION.
ce qui me paraissait dangereux, vu l'état avancé de l 'étranglement, ou du continuer l'éthérisation pour obtenir l'insensibilité et l'immobilité complètes. D'une autre part, continuer l'éthérisation me paraissait une cliost grave ; mais comme ni mon expérience ni celle d'autrui ne m'avaient appris qu'il y eût péril imminent pour la vie, je me décidai en faveur de ce parli ; je continuai donc l'inhalalion du chloroforme, et ce fut seulement au boul , d'une demi-heure que l'agitation se calma, que les muscles se relâchèrent.l et que je pus enfin procéder au taxis. Celui-ci fut continué pendant près» d'un quart d'heure, mais sans succès, et je dus alors pratiquer immédiatement l'opération. Celle-ci présenta quelques difficultés spéciales qui eni prolongèrent la durée; la hernie était formée par le caecum et irréductible comme les hernies de ce genre, de sorte qu'après avoir débridé le canali inguinal, je crus devoir ouvrir l'intestin pour mieux assurer le cours de^ matières fécales.
Pendant l'opération, qui dura au moins vingt-cinq minutes, le malade! s'agita plusieurs fois ; mais il fut immédiatement replongé dans l'étai aneslhésique par des inhalations de courte durée. Après l'opération il sa réveilla. Son pouls était petit et fréquent ; il était abattu et conservait enn core un peu de délire, ce qui m'engagea, par mesure de précaution, à léi faire vêtir de la camisole. Au bout d'une heure, sa raison était entièrement revenue. Il pria l'infirmier de service de lui ôter ce vêtement qu'il trouvai» incommode, il but à plusieurs reprises; il était calme et ne se plaignai» de nulle part. Vers une heure du matin il demanda encore à boire; maiiii une demi-heure après, l'infirmier, s'étant approché de son lit, le trouva mort. Il avait expiré sans bruit, sans agitation, sans môme que ses voisinï eussent pu s'en apercevoir.
L'autopsie cadavérique fut pratiquée le 1" septembre au matin, lrenl( heures après la mort. Il n'y avait pas de rigidité ; le cou et la face étaieni violacés et comme ecchymosés, le cerveau et les méninges fortement injeci tés, les poumons souples et crépitants, mais partout gorgés de sang noir Les cavités du cœur droites et gauches contenaient aussi une grand, quantité de sang noir, à demi coagulé, et sans mélange aucun de fluiden aériformes. Le foie contenait une telle quantité de sang, que lorsqu'oi; le coupait, ce liquide ruisselait en nappe à la surface des incisions; la rali était également distendue.
11 n'existait aucune trace de péritonite. La hernie était formée par 1 ca3Cum et n'offrait pas de sac ; elle était, dans toute son étendue, entouré^ de tissu cellulaire lâche et filamenteux. En se précipitant au dehors, l'intB testin avait exécuté un mouvement de demi-rotation sur son axe, de lell-B sorte que l'appendice iléo-cœcal , entraîné en avant, formait une espècM de demi-collier autour de la terminaison de l'intestin grêle. m
MORTS nONSKCUTlYES ATTTtlBUKl'S AUX ANESITlÉflQUES. 2/|7 C'était là le seul obstacle qui s'opposât mécaniquement à la circulation dos malières; et cet obstacle, l'opéralion ne l'avait ni découvert ni détruit (1).
Le fait, ici, est plus significatif : la mort survient quatre heures après l'inhalation ; elle se relie aux phénomènes initiaux par la persistance d'im peu de délire ; mais si l'on lient compte de la nature et de la durée des accidents qui entraînent si souvent l'épuisement sans retour des forces nerveuses, on reconnaîtra combien il est difficile de se prononcer à cet égard. Il en est de même dans l'observation suivante que M. Pamard (d'Avignon) vint communiquer à l'Académie de médecine.
Observation. — Le nommé Casson-Dambras, âgé de vingt-sept ans, soldat au 54" de ligne, fut, il y a quatorze mois, saisi d'une vive douleur à la jambe gauche, accompagnée d'un craquement, en se livrant à des exercices gymnasliques qu'il fut obligé de cesser immédiatement; il remarqua qu'il s'était formé une petite tumeur à la partie interne et supérieure de la jambe gauche, correspondant au péroné, ayant, dit-il, le volume et la forme de la moitié d'un œuf. La marche était pénible, mais il n'en résultait pas d'augmentation de volume dans la tumeur. Envoyé à l'hôpital de Tulle, il subit un traitement antisyphilitique; on fit aussi usage des fondants et des résolutifs. La maladie faisant des progrès constants, Cassen voulut rejoindre son régiment et il vint à Avignon où il fut obligé d'entrer à l'hôpital le 1 5 janvier de cette année.
Le malade fut examiné avec soin. Voici quel était son état : Santé générale bonne; la jambe gauclie offre au côté externe une tumeur volumineuse pyriforme. dont la grosse extrémité est tournée en haut et s'étend depuis l'extrémité supérieure du péroné jusqu'à sa partie moyenne. 11 est évident que cet os est compris dans la tumeur , mais la possibilité de déterminer de légers mouvements de glissement sur le tibia nous annonçait que ce dernier ne participait pas à la maladie.
Cette tumeur, examinée avec soin, offre évidemment une coque osseuse mince qui donne la sensation, lorsqu'elle est pressée fortement, du froissement d'une enveloppe formée par un parchemin sec et épais; lorsqu'on la déprime, elle reprend immédiatement sa forme ; on n'y aperçoit ni fluctuation, ni bruit de souffle, ni battement artériel, enfin aucun des caractères des tumeurs anévrysmales, quoique le début de la maladie nous eût porté à croire à l'existence d'une tumeur de celle nature.
Dans la position où se trouvait ce malade, il était évident qu'on ne
(1) Note citée de M. Bobert.
2A8 ACCIDENTS. nr, l'i';thérisation.
pouvaiL lui conserver la vie qu'un le débarrassant d'une affccUon qui faisait des progrès constants, qui le rendait impropre à toute espèce de travail, et qui avait résisté à tous les traitements mis en usage jusqu'à ce jour. Devait-on procéder à l'amputation du membre, ou se borner à l'ablation de la tumeur? Ce dernier parti nous parut celui qui devait être préféré, et nous y procédâmes le 20 janvier, de la manière suivante :
Le malade a été soumis à l'inhalation du chloroforme par le procédé suivant, qui est celui que nous employons toujours : un sac de baudruche, pareil à ceux dans lesquels on renferme habituellement du tabac à fumer, contient deux ou trois petites éponges; on y verse un flacon contenant environ 4 grammes de chloroforme, et on le place immédiatement devant la bouche et le nez du malade, en laissant arriver une certaine quantité d'air atmosphérique. Le malade, après quelques minutes, ne s'endormani pas comme on l'observe habituellement, je fis verser une seconde dose dans le sac, qui amena au bout de quelques instants l'aneslhésie.
Je pratiquai immédiatement l'opération. Une incision longitudinale s'étendant de la tête du péroné à son tiers inférieur fut croisée horizontalement par une incision en T, pratiquée à la partie supérieure. Les téguments furent disséqués avec soin et la tumeur isolée; nous passâmes un couteau inlerosseux entre le tibia et le péroné au-dessous du point où se terminait la tumeur à la partie inférieure, et nous sciâmes le péroné avec une scie à chaîne. La tumeur fut ensuite ouverte pour en faciliter l'ablation ; elle contenait une quantité considérable de caillots sanguins durs, anciens. Nous avions affaire à un anévrysme de l'os, le doute n'était plus permis.
Toute la tumeur fut enlevée, et nous désarticulâmes la têle du péroné qui était comprise dans la coque de la tumeur anévrysmale. L'artère péronière fut liée, ainsi qu'une jumelle inférieure ; l'hémorrhagie ne fut pas considérable et l'opération fut faite avec la promptitude désirable; cependant, avant qu'elle fût terminée, le malade fut saisi d'une syncope inquiétante, qui nécessita l'usage de l'ammoniaque. Dès que l'appareil fut appliqué, on porta l'opéré dans son lit. Des frictions avec des linges chauds furent faites sur la région précordiale et sur les membres ; une potion tonique et ammoniacale fut prescrite. Cependant la chaleur du corps ne se rétablissait pas, le pouls restait insensible.
Le malade avait une répugnance invincible à prendre la potion; il était dans son lit, accablé, ne se plaignant pas, mais sans chaleur et sans force. Pendant la nuit, il eut un peu de délire.
Le lendemain, l'état général persiste et le malade déclare ne pas souffrir, mais le corps est toujours froid et le pouls insensible ; il y a eu des vomissements. Le2i, quatre jours après l'opération, l'état général est toujours aussi mauvais, quoique le malade ait pris des bouillons et les ait con-
MOIiTS CONSKCUTlVEf=; ATTRinUKKS AUX ANF.SniÉSIQl'ES. 2/|9 serves facilement, il se plaint d'avoir soufforL de la jambe que nous avions examinée les jours précédents et qui n'ollrail rien de fâcheux. Ce jour-là elle était couverte do phlyctènes ; il y avait commencement de sphacèle.
Des cataplasmes saupoudrés de quinquina, ce remède donné à l'intérieur, ainsi que le vin de Bordeaux, le café, rien n'a pu relever les forces ; elles sont toujours allées en déclinant, et Casson est mort le 28 janvier, neuf jours après l'opération, sans avoir recouvré ni chaleur, ni développement dans le pouls, enfin aucun de ces symptômes qui annoncent la réaction qu'on observe à la suite des grandes opérations. L'autopsie futpratiquée vingt-quatre heures après la mort : nous trouvâmes la jambe sphacélée jusqu'au genou, où l'on rencontrait une infiltration qui tend à séparer les parties vivantes de celles qui sont'morti fiées ; le tronc poplité, les artères tibiales sont intacts; l'artère péronière ;i été coupée et liée; les nerfs et les veines n'ont pas été intéressés; le tibia est sain.
Examen de la pièce analomique. — La tumeur est formée aux dépens du péroné, qui est renQé depuis son extrémité supérieure jusqu'à sa partie moyenne; elle a 25 centimètres de circonférence et 18 de long. Elle est formée par une enveloppe osseuse mince, donnant une sensation analogue à celle produite par une coquille d' œuf lorsqu'on la déprime, présentant dans certains points une absence de substance osseuse remplacée par un tissu fibreux ayant l'aspect du périoste.
L'intérieur de la tumeur est rempli par une masse considérable de caillots anciens, durcis, contenus dans une vaste cavité offrant des cloisons osseuses qui ont été comparées par M. Mazel, mon interne, à l'aspect produit par la base du crâne vue de loin lorsque la voùle a été enlevée. Il ne nous a pas été possible de préciser exactement le point de pénétration dos vaisseaux qui alimentaient ces vastes tumeurs sanguines (1).
11 s'agit, dans l'exemple précédent, de l'ablation d'une tumeur très considérable ; tous les chirurgiens savent que ces sortes d'opérations prédisposent d'une façon spéciale aux syncopes, à l'épuisement de l'innervation. D'un autre côté, après quatre jours passés dans cet état adynamique, le membre se couvre de phlyctènes, il existe un commencement de sphacèle. Est-ce l'état de prostration du sujet qui a déterminé la gangrène? Est-ce le mauvais état du membre opéré qui, frappé de mort, tenait sous sa dépendance l'état général, et finit par faire succomber le Messé au neuvième jour ? Dans ce conflit d'éléments palbolo-
(1) Gazelle des hôpitaux, 18.12, p. 167.
250 ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION,
giques graves, quel est le rôle qu'il est possible d'attribuer an chloroforme? En présence de tant d'incertitudes, le mieux est de ne pas se prononcer.
Par ces quelques exemples, on peut se convaincre que la question des accidents mortels survenus tardivement à la suite de l'éthérisation est remplie d'incertitudes et ne peut se juger que par des approximations contestables; pourtant, s'il n'est pas démontré que la mort résulte directement de l'influence anesthésique prolongée, le contraire n'est pas mieux établi : aussi, dans la crainte de voir l'action déprimante de l'éthérisme s'ajouter à d'autres influences du même ordre, et aggraver d'autant la situation du malade, il est recommandé de s'abstenir dans ces situations extrêmes.
§ U. — Sloi't»' siiliUcs survenues peiifiant rn<iiiiinisti'n(ioii ilos aucstliésiqucN (1).
1° AVEC l'ÉTHER.
Observation I. — Le 10 juillet 1847, à quatre lieures du matin moins vingt minutes, le nommé ***, ouvrier serruriei*, Bavarois d'origine, âgé de quarante-cinq ans, affecté d'une tumeur cancéreuse au sein gauclie, datant de sept mois environ, fut soumis à l'éthérisation au moyen de l'appareil de Cliarrière, le môme dont l'emploi avait déjà été couronné de succès dans plusieurs opérations précédentes. Le malade, homme d'une constitution assez robuste, que l'affection cancéreuse n'avait pas encore détérioré, était à peine soumis depuis deux à trois minutes à la vapeur de l'éther, que déjà une vive excitation se manifestait, le tronc et les membres étaient agités de soubresauts et de secousses violentes que contenaient difficilement plusieurs aides. En même temps la respiration devenait précipitée et la face s'injectait. Tout en faisant de violents efforts pour débarrasser sa bouche de l'instrument, le malade se livrait à un parlage continuel non distinct et ressemblant au délire de l'ivresse. Ces phénomènes avaient , duré cinq minutes quand , en piquant la peau avec une épingle , on i s'assura que la sensibilité n'était pas encore anéantie. On continua à faire '
( I ) Comme nous aurons fréquemment recours, dans la suite, aux observations dp • mort subite, nous leur avons donné des numéros d'ordre pour rendre plus fardes ^ les recherches et les vérifications.
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DE I.'ÉTIIER. 251 fonctionner l'appareil, mais en ouvrant aux vapeurs éthérées une issue aussi large que le permettait l'instrument, car le robinet qui leur livre passage n'avait parcouru jusque-là que la moitié de sa rotation et progrosgivement.
Au bout de cinq minutes, ii partir de cet instant, et de dix minutes à partir du début de l'expérience, la résolution, l'immobilité des membres étaient complètes, l insensibilité non douteuse ; la respiration s'accomplissait baute, lente, mais exempte de ràle; la face, dont les muscles avaient cessé de s'agiter, était d'un rouge violacé; la peau antérieure de la poitrine offrait la môme teinte; les pupilles, dilatées et immobiles, remontaient en haut sous les paupières supérieures.
L'appareil à éthérisation ayant été enlevé, le chirurgien jugea qu'il était temps de pratiquer l'ablation de la tumeur. L'incision à peine commencée, n'avait encore donné issue qu'à une petite quantité de sang noir, lorsqu'on s'aperçut de la décomposition des traits, devenus entièrement violacés, et de la lenteur de la respiration. Le pouls, touché en ce moment pour la première fois, était mou, plein et très lent ; tout à coup il cessa de battre, tout était fini.
Douze minutes plus tôt, le malheureux comptait sur l'éthérisation pour éviter les angoisses de la souffrance! A-t-il eu un mécompte, lui? Nous ne le croyons pas, car son mal, ainsi qu'on l'a reconnu plus tard, était de ceux qui récidivent toujours, de ceux qui, quoi qu'on fasse, déterminent d'atroces douleurs et une sorte de désorganisation lente. Mais pour la science quelle déception I L'habile opérateur demeura consterné en face d'un résultat aussi inattendu, qui, par un singulier hasard, n'était un bonheur que pour la victime... Pour nous qui écrivons ces lignes et qui avons été témoin impartial des moindres circonstances, nous pouvons affirmer que nul n'a failli à son devoir dans cette malheureuse affaire. Au lieu et place de l'opérateur nous eussions agi de même ; et si une responsabilité quelconque devait peser sur lui, nous tiendrions à honneur de la partager.
L'autopsie du sujet fut pratiquée vingt-deux heures après la mort. Le cerveau, les poumons, le cœur, le foie, les reins, la rate exhalaient à chaque incision de leurs tissus une très forte odeur d'éther. Le sang des vaisseaux était fluide, d'un noir foncé, comme visqueux; le sang qui engorgeait toute la face postérieure des poumons présentait une consistance et une coloration assez analogues à celle de la mélasse. La face antérieure des poumons était seulement remplie de mucosités écumeuses. La muqueuse des bronches, de la trachée et du larynx était fortement injectée; la rate ressemblait presque à de la lie de vin, tant elle était ramollie à l'intérieur.
Ces diverses circonstances de l'autopsie nous portent à croire que la mort a eu lieu tout à la fois par asphyxie et par un empoisonnement dû ti
i\ la
252 ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION.
saturation excessive des organes par les vapeurs éthérées, entraînées par la circulation du sang (1).
Un deuxième fait a été communiqué par M. Barrier, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, à M. Robert, qui en fil part à la Société de chirurgie.
Observation II. — Le 26 août 1832, entra à l'Hôlel-Dieu de Lyon une femme âgée de cinquante-trois ans, affectée d'un ostéosarcome du maxillaire supérieur droit. L'état général de cette femme n'était pas trop satisfaisant, elle montrait bien plus que son âge ; elle était faible, amaigrie : le teint était pâle, même jaunâtre, comme dans la cachexie commençante. M. Barrier, sur sa première impression, hésita de l'opérer. D'après les vives instances de la malade, il s'y décida cependant, mais il désirait se dispenser de l'éthériser, en raison de l'état général, craignant que sa faiblesse ne rendît dangereuse l'inhalation des anesthésiques, et à cause de la nécessité de l'opérer assise. Il céda cependant à ses supplications, et l'opération fut pratiquée le 11 septembre 1852.
La malade fut promptement endormie par l'éther ; le procédé suivi fut celui de l'éponge placée dans une vessie. « Je puis, dit M. Barrier, affirmer que nous étions sur nos gardes , et qu'un aide tenait l'artère sous son doigt. L'anesthésie étant complète, je commençai l'opération par l'incision des parties molles, ce qui obligea d'écarter l'éponge de dessous le nez; par conséquent, l'air pouvait passer en assez grande quantité par les narines; je liai quelques vaisseaux sur les bords de l'incision et j'allais attaquer l'os avec le ciseau. Une minute plus tôt, j'avais déjà porté le ciseau sur les limites de la tumeur, et coupé l'apophyse montante, quand je m'aperçus, et les assistants avec moi, que la respiration s'arrèiait. Je suspendis l'opération, et je fis complètement retirer l'éponge qu'on avait jusqu'à ce moment approchée et éloignée alternativement des narines, suivant les mouvements de la manœuvre respiratoire. L'alarme fut grande et partagée par tous les assistants. La respiration avait cessé, et le pculs ne se sentait pas au poignet ni à la région précordiale, ou n'y était perçu que d'une manière très douteuse. .4ussitôt la malade et son fauteuil furent renversés en arrière pour placer le corps et la tête dans une position horizontale. La face était extrêmement pâle, cadavéreuse; les yeux ternes et immobiles. Frictions sur les tempes et la poitrine avec le vinaigre et l'ammoniaque, compression alternative du thorax et de l'abdomen pour exciter les mouvements respiratoires, insufflation dans la trachée avec une sonde d'argent, tout resta inutile. L'aulopsie ne put être faite.
(I) Journal des connaissances médicales et chirurgicales, 18i2, p. 720.
MOUTS SLUITES TENDANT l'ADMINISTHATIUN DU CHLOROFORME. 253
« La quantité d elher, non pas absorbée, niais employée, fui au plus de 30 grammes. L'hémorrhagie fui peu considérable, el le sang ne coula pas dans le pharynx (I). »
OBàEnvATioN III. — Une femme âgée de vingl-sepl ans, soignée par le docleur Alonzo Clarke, arriva à l'hôpital de Belle-Vue, se plaignant de douleurs de tête très intenses et très fréquentes, assez fortes parfois pour la faire crier et la mettre hors d'elle-même. Pendant les quatre ou cinq dernières semaines, il y avait une grande instabilité dans sa contenance, et une tendance à rouler en bas du lit, invariablement du côté gauche.
L'éther sulfurique seul apaisait les maux de tête. Ce moyen agissant efficacement, on avait administré cet agent à trois reprises à la dose de deux ou trois drachmes (8312 gr.), sans résultat fâcheux. Après avoir ainsi passé trois mois dans l'hôpital, l'éther fui administré comme il l'avait été déjà, et en quelques minutes la respiration volontaire cessa, el l'aspect général devint quelque peu livide, le pouls étant rapide, mais assez fort. Elle fut portée vers la croisée, el la respiration artificielle fut continuée pendant sept heures, pendant lesquelles on eut recours à des expédients variés. Le pouls resta perceptible pendant vingt minutes, et la couleur livide fit place à une coloration plus vive pendant quelques heures. A l'autopsie, on trouva une tumeur occupant le lobe droit du cerveau.. Le sang était partout Iluide el d'une couleur sombre, et les veines de la tête contenaient une quantité notable d'air (2).
"2" AVEC LE GHLOROt'ORME.
Observation IV. — Mistriss Marlha Sinimons, âgée de trente-cinq ans, jouissait généralement d'une bonne santé; seulement, de temps à autre, elle se sentait nerveuse, accusait des douleurs à la face et dans l'oreille, dues probablement à une dent cariée ; enfin elle était sujette à la migraine. Elle avait eu six enfants, tous bien venus, et ses dernières couches remontaient à environ huit mois.
Le 23 février, elle avait dîné à midi un quart; peu de temps après, elle fil à pied trois quarts de mille pour aller chez son dentiste se faire ôter quelques racines de dents. Elle arriva à deux heures quarante-cinq minutes ; à trois heures, elle fut soumise à l'inhalation du chloroforme en présence de deux dames de ses amies, qui rapportèrent ainsi les détails suivants :
Les mouvements respiratoires paraissaient se faire librement, la poitrine se soulevait. Après quelques inhalations la face devint pâle ; au bout
(1) Bullelindela Société de chirurgie, t, 111, p, 599.
(2) Boston médical Journal.
ACC.IDI'UNTS DE l'ÉTIIÉIUSATION.
d'une minute environ, le denliste appliqua ses inslrumenls et ôta quatre racines de dents, La malade poussa un gémissement et manifesta pendant l'opération des indices de souiTrances, bien que sans proférer une parole ni donner aucun signe de connaissance.
Après l'extraction de la dernière racine, c'est-à-dire environ deux minutes après le commencement de l'inhalation, la tète se tourna de côté, les bras se roidirent légèrement, le corps se rejeta un peu en arrière, avec une tendance à glisser de la chaise où elle était assise. A ce moment, mislriss Pearson, l'une des assistantes, ayant mis le doigt sur le pouls, observa qu'il était faible, et presque immédiatement il cessa de battre ; la respiration cessa de même, à peu près en même lenips. La figure, de pâle qu'elle était d'abord, devint alors livide; les ongles des doigts prirent une teinte pareille; la mâchoire inférieure s'abaissa, la langue fit une légère saillie à l'un des angles de la bouche, et les bras tombèrent dans un complet relâchement. Les deux dames la considérèrent alors comme morlc.
On fit de vains efforts pour la rappeler à la vie : ammoniaque sous les narines, eau froide jetée sur la figure, application de moutarde, d'eaude-vie, etc. On finit par la transporter de la chaise où elle était sur un sofa, elle ne donna ni un signe de vie, ni un signe de respiration. Le docteur Bâcher, appelé une demi-heure après la mort, essaya encore de la respiration artificielle, l'électro-magriétisme, les stimulants externes, L'électro-magnétisme détermina des contractions des muscles sans aucun effet évident sur le cœur; la respiration artificielle eut seulement pour résultat de diminuer un peu la lividité de la face.
L'autopsie fut faite vingt-six heures après la mort avec le concours de quatre médecins.
Apparences extérieures. — Les lèvres livides, le reste de la figure pâle; une écume sanguinolente sort de la bouche. La surface antérieure du corps et des membres offre une coloration normale , mais en arrière la peau était profondément livide. La cornée était terne et flasque, partagée par une ligne horizontale d'un rouge terne, d'un dixième de pouce de largeur, correspondant à la partie de la cornée que les paupières avaient laissée à découvert. Les membres complètement roides, le ventre distendu par des gaz. Poids probable, de 140 à 150 livres; tempérament sanguin, bilieux.
Crâne. — Les téguments ne contenaient que peu de saiig. En enlevant la voûte du crâne, il s'écoula des Vaisseaux de la dure-mère une quantité de sang plus considérable que de coutume. Les vaisseaux superficiels du cerveau étaient modérément distendus; deux ou trois onces de sang entremêlées de bulles d'air s'écoulèrent des sinus de la dure-mère. Le cerveau offrait l'aspect, la couleur et la consistance de l'état normal.
Poumons. — Les poumons étaient le siège d'une congestion considé-
MORTS SUHITES PENDANT l'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 255
rable, sans ôlre trop intense; ils crépitaient librement dans tous les points ; pas d'extravasation. La muqueuse des bronches était légèrement congestionnée, effet apparemment d'un récent catarrhe, et profondément colorée par le sang. La plèvre était fortement injectée sur tous les points; il y avait 6 gros de sérosité sanguinolente dans la plèvre droite, et 2 onces à
Cœur el gros vaisseaux. — Le péricarde contenait 6 gros de sérosité sanguinolente. Le cœur était flasque, et toutes ses cavités entièrement ^•ides; la surface interne des oreillettes et des ventricules profondément jolorée. L'aorte et l'artère pulmonaire vides; la veine cave était vide dans ja portion thoracique et contenait une fort petite quantité de sang dans sa partie abdominale, si petite que, pour pouvoir l'apprécier, il fallut juvrir le vaisseau. La tunique interne de tous les vaisseaux est profondénent colorée en rouge.
Abdomen. — On recueilli-t une once et demie de sérosité sanguinolente 3ans l'hypochondre gauche. L'estomac et les intestins étaient distendus )ar des gaz. L'estomac contenait environ trois roquilles (à peu près un lemi-litre) d'aliments en partie digérés. Le foie était plus pâle que de Koutume par l'absence du sang; les reins considérablement engorgés. Nul indice de maladie antérieure dans aucun des viscères de l'abdomen. La l'essie et l'utérus, à l'état normal ; l'utérus se présentait dans l'état où il [.'st'habituellement deux mois avant les couches.
\ Elat du sang. — Le sang fut trouvé partout fluide comme de l'eau ; [)as e moindre caillot nulle part Examiné au microscope, ses globules parurent in peu altérés de forme; il y en avait d'irréguliers, et ils semblaient géléralement plus distendus et plus globuleux qu'à l'état normal; il y en ivait aussi qui semblaient avoir été rompus et en fragments ; leur nombre semblait un peu diminué. La couleur était partout celle du sang veineux noir.
Le nerf grand sympathique, examiné à son tour, offrit son aspect laturel.
L'appareil était celui de Morton; le globe de verre, d'environ 4 pouces îldemi de diamètre, renfermait une éponge qui en occupait à peu près le iefs; cette éponge était saturée de chloroforme, et l'on en ajouta vingtîihq gouttes en plus quand la patiente commença l'inhalation. Elle respira l'abord avec lenteur ; il y eut de douze à quinze aspirations; Le chloroforme ivait un poids spécifique de 1,3; il contenait un peu d'alcool, du reste l'une bonne qualité : c'était le même dont les dentistes (car ils étaiefit leux) s'étaient déjà servis nombre de fois sans aucun accideht. il D'après le récit des deux dames présentes, la mort serait arrivée deux Ininutes environ à partir de la première aspiration. L'un des dentistes jpstima que la patiente était restée sur la chaise environ dix minutes, et dit
gauche.
25l) AGCIIJENTS 1JI-; L'ÉillÉlUiiATlUN.
que la vie persista tout ce lemps ; l'aulre évalua cel espace de temps à ciiKi minutes (1).
OBSEnvATioN V. — Le fait suivant de mort par le chloroforme est rapporté par le docteur John C. Warren (de Boston), dans le London médical Gazelle. Sa relation, extraite apparemment de quelque autre recueil scientifique, est ainsi conçue :
Nom : Patrick Coyle (âge omis). Date : mars 1 848. Maladie : Qslules. Usage antérieur du chloroforme, une fois. Durée de l'inhalation, environ i une minute. Quantité consommée, environ 30 gouttes. Position sur le ■ côté. Temps écoulé jusqu'à la mort, environ une minute. Symptômes : ; signes manifestes de douleur, le malade dirigeant la main vers la région ; ; en un moment son pouls, qui était plein et naturel, déclina. Mort
État analomo-paihologique. — Cerveau et membranes naturels et sains. Cœur dilaté, pâle, mou ; deux ou trois onces de sérosité dans le péricarde; vaisseaux sanguins remplis d'un sang noir liquide. Poumons parsemés de tubercules; abcès de chaque côté, parties inférieures congestionnées; plèvres adhérentes dans une grande étendue; estomac, membranes muqueuses ramollies, leurs veines turgescentes (2).
OBstRVATioN VI. — Cllarles Desnoyers, âgé de vingt-deux ans, malade à l'Hôtel-Dieu de Lyon, atteint d'affection scrofuleuse au poignet gauche,' ayant à subir la cautérisation transcurrente sur la jointure, fut chloroformisé avec un appareil pendant cinq minutes,, et expira au commencement de l'opération. On ne donne pas d'autres détails (3).
Observation Vil. — Un jeune homme qui était revenu d'Australie pour visiter ses parents dans le voisinage de Govan, fut chloroformisé pour une opération qu'on allait pratiquer sur le gros orteil en décembre 1 848. II! est dit que le malade, soumis à l'inhalation, expira presque instanla-i nément (4).
Observation VlII. — Une jeune femme se présenta pour une affectioiM d'une phalange du médius gauche, qui exigeait l'amputation de ce doigt.i
Comme elle paraissait assez peureuse, et résistait plus que de coutume à se soumettre à cette petite opération, je lui administrai une drachme (4 gr.) de chloroforme à la manière ordinaire, c'est-à-dire, en le versant sur un
(1) The American Journ. of Ihe med. sc/eiices, April 1848, from Ihe Wcslem Lancel and hospilal lieporter, mars 1848. - Snow, ouvi: cit., p. 12S.
(2) . London médical Gazelle, t. LXIII, p. 682. — &now,tWrf., p. 130.
(3) Bouissoii, oui;)', cilè, p. 398.
(4) London médical Gazelle, t. XLtll, p. -il. — Snow, ibid., p. 13'i.
JIORT.S SUUIÏKS l'KNDANT l'AUMINISTRATJON DU CHLOROFORME. 257
mouchoir do pocliu, ul lui en iil respirer la vapeur, lillo luu;sa un peu et fui prise de quelques mouvemenls coiivulsifs ; jo lui lis les incisions nécessaires, qui ne prirent pas plus de quelques secondes. A peine s'il s'écoula une goulte de sang. Je fis alors coucher la malade sur le dos, la tôle basse ; et des. moyens énergiques furent mis en œuvre pour la tirer de cet état de coma apparent ; on tenta même la respiration artilicielle, mais vainement persista-t-on pendant cinq heures, la pauvre femme était bien morte ('!).
Observation IX. — Walter Badjer, âgé de vingt-trois ans, jouissait habituellement d'une bonne santé, bien qu'il se plaignît fréquemment de battements de cœur. Le 30 juin 1 848, il se présenta chez M. Robinson, dentiste, pour se faire arracher plusieurs dents. Il désirait êlre endormi avec le chloroforme, bien que son médecin l'en eût dissuadé, à raison do la maladie du cœur. M. Robinson le soumit donc à l'appareil à éthérisalion : le patient aspira le chloroforme pendant une minute; il dit alors [qu'il croyait qu'il n'était pas assez fort. Le dentiste le quitta pour aller chercher son flacon et remettre un peu de chloroforme dans l'appareil ; le patient fut ainsi laissé peut-être trois quarts de minute ; dans ce court espace de temps, sa main tomba, abandonna l'appareil qu'il tenait luimême, la tête s'inclina sur la poitrine : il était mort. M. Robinson lui tâla le pouls, envoya en hâte chercher le docteur Walters. qui essaya la saignée et ne put obtenir qu'une demi-cuillerée d'un sang très noir. Pendant une demi-heure on tenta l'inspiration artificielle, les frictions et d'autres remèdes ; le tout en vain.
L'autopsie fut faite dix-sept heures après la mort. Les membranes du cerveau présentaient une congestion légère. Les poumons étaient refoulés en haut par le foie jusqu'au niveau de l'espace qui sépare la troisième et quatrième côte. Le cœur offrait une teinte pâle inaccoutumée : ses parois amincies étaient entremêlées de graisse, particulièrement à la pointe du ventricule gauche, dont le tissu musculaire était remplacé par la graisse. Le tissu musculaire n'avait guère qu'une ligne d'épaisseur, tandis que dans l'état normal il a S'a 6 lignes. Les valvules du cœur offraient des inégalités à leur surface et sur leurs bords, avec un commencement de transformation cartilagineuse. Le foie était énormément hypertrophié ; il avait lo double do son volume ordinaire et fut trouvé du poids de 8 livres (1).
Observation X. — Mademoiselle Stock, jeune personne d'une trentaine d'années, assez grande, bien constituée, jouissait habituolicmont d'une
(I) London médical Oasdlc, l. .\LIi, p. bi. — iuow, ibul., p. I2ri.
*2o8 ACGIIJEINTS IJE l'ÉTIIÉRISATION.
bonne sanLé. « Je dois noier, toutefois, c'est M. Gorré qui parie, qu'elle m'avait consulté, il y a quelques mois, pour des palpitations qui m'avaient paru go lier à un état clilorolique, et que les ferrugineux ont, comme je l'avais prévu, modifiées en peu de temps de la manière la plus satisfaisante. Sa santé depuis lors n'avait éprouvé aucune altération.
i> Faisant, il y a quelques semaines, une partie de campagne, elle fut précipitée hors de la voilure, et, en outre de quelques contusions qui furent le résultat de cette chute, elle fut blessée à la cuisse par un fragment de bois qui se fraya un passage à travers la peau sans laisser d'autres traces, et dont la présence ne fut reconnue qu'ultérieurement. Le médecin qui lui donnait ses soins conseilla sur ce point une apposition de sangsues. Bientôt la fluctuation devint manifeste ; il voulut faire une incision, la malade s'y refusa. Peu de temps après, du pus en assez grande abondance s'échappa par une ouverture spontanée, et comme la suppuration qui s'était ainsi fait sa voie ne tarissait pas, je fus appelé près de la jeune malade ; je lui fis aisément comprendre que le seul moyen qui pût conduire à une guérison complète était d'iuciser la peau décollée, dans toute la hauteur du décollement. Elle y consentit cette fois, mais à la condition que je l'endormirais par le chloroforme. Je n'avais aucune raison pour ne pas accéder à sa demande. Je me rendis donc le lendemain auprès d'elle, muni d'un flacon de chloroforme d'une dizaine de grammes environ, provenant de la maison de produits chimiques de Quesneville ; la bonne qualité de la substance, on le voit, ne doit pas faire de doute.
K Je trouvai la jeune personne gaie comme à l'ordinaire, exempte de i toute crainte, de toute préoccupation ; près d'elle se rencontraient en même : temps que moi son médecin ordinaire et une sage-femme, venue à dessein de me prêter assistance. Tout était prêt pour l'opération, fort insignifiante ■ d'ailleurs, qui allait être faite. Je plaçai sous les narines de la malade un mouchoir sur lequel avaient été jetées quinze à vingt gouttes au plus de chloroforme.
» A peine a-t-elle fait quelques inspirations, qu'elle porte la main sur le mouchoir pour l'écarter, et s'écrie d'une voix plaintive: « J'étouffe! » Puis tout aussitôt le visage pâlit, les traits s'altèrent, la respiration s'embarrasse, l'écume vient aux lèvres. A l'instant même (et cela très certainement moins d'une minute après le début de l'inhalation), le mouchoir aspergé de chloroforme est retiré. Mais persuadé que ces accidents ne sont que passagers, et qu'il va suffire, pour que l'effet cesse, de faire cesser la cause, je m'empresse de glissef par la petite plaie fistuleuse qui existe à la cuisse une petite sonde cannelée sur laquelle j'incise le décollemonl jusqu'à SCS limites, c'est-à-dire diins cne étendue de G à 7 ceiUi mitres, et je retire du fond de cette plaie un petit fragment de bois mince et pointu.
MORTS SUBITES PENDANT i/ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 259
Durant le temps infiniment court que prend celte petite opération, mon confrère chercha parlons les moyens à remédier à celle annihilation imminente de la vie. Je me joins à lui, et tous deux nous mettons en œuvre avec activité les moyens les plus propres à conjurer une issue fatale.
i> Frictions sur les tempes, sur la région précordiale ; projection d'eau fraîche sur le visage, titillation de l'arrière-bouche avec les barbes d'une plume ; insuftlation d'air dans les voies aériennes, ammoniaque sous les narines, tout ce qu'il est possible de faire en pareil cas est tenté par mon confrère et par moi pendant plus de deux heures. Nous ne voulions croire lui et moi qu'à une suspension et non à une abolition des fonctions sensoriales. Il nous semblait impossible que l'inhalation d'une aussi minime quantité de la substance anesthésique durant un temps si court, que, bien qu'on en ait pas calculé la durée la montre à la main, il n'a certes pas dépassé une minute, eût été suffisante pour éteindre la vie. Vains efforts.
» Cette mort, que nous nous obstinions à ne croire qu'apparente, était réelle, et elle avait été si prompte, que déjà sans doute elle était complète au moment où je pratiquais l'incision. Je ne puis donner une juste idée de rinslantanéité foudroyante avec laquelle elle s'est produite, qu'en disant qu'elle m'a rappelé de la manière la plus fidèle la mort due à l'introduction accidentelle de l'air dans les veines. »
L'autopsie fut faite avec le plus grand soin par MM. Rouxel et Gros, vingt-sept heures après la mort.
Aspect extérieur. — La rigidité complète des membres, les cornées ternes el pulvérulentes, l'abdomen distendu par des gaz, et une odeur cadavérique bieu prononcée annonçant un commencement de putréfaction, nous convainquent de l'extinction réelle de la vie. Le côté droit de la face présente plusieurs larges eschares où la peau est presque parcheminée, lesquelles eschares résultent des frictions ammoniacales faites pour rappeler la vie ; des eschares semblables et reconnaissant la même origine existent on haut du sternum. La pâleur de la peau à la face et sur tout le corps est très grande; la parlie antérieure du cou est gonflée ; sur le côté gauche de cette région, il existe une lividité cadavérique de 2 centimètres carrésenviron; il n'y a pas d'écume à la bouche, les lèvres sont pâles. La cuisse droite présente en dedans, vers son quart supérieur el un peu en arrière, une plaie étroite, irrégulière, dans laquelle l'un de nous plongea le doigt à la profondeur d'environ 3 centimètres. Cette plaie est d'origine traumatique ; des substances étrangères (de la paille), poussées par le corps vulnérant dans le fond de celle plaie, ont donné lieu à un abcès dans le voisinage, dont l'ouverlure artificielle a été l'occasion de l'application du chloroform'e. La plaie résullanl de cette opération, longue d'environ 10 centimètres, se montre nn peu plus en avant et en haut ; elle est dirigée à peu près dans le sens
ACCIDKNTS DE l.'riTIIÉniSATIU.N.
lie l uxe Un inoiiiljrL'; ellu iiiléressb la |iuau ol le lissu cellulaire suna-culano dans loute leur épaisseur ; elle oiïro un aspect noiràlrc, d'un rougt; i'onco, sorlo de teinture du lissu produite par le sang épanché dans les derniers temps de la vie. M. Defosse nous assure qu'il s'écoula peu do sang) do cetlo plaio. Nous retirons de son l'ond un brin de paille de 0 centimètres de long à peu près-
Tâic. — L'incision des téguments du crâne ne laisse presque pas couler desiing; ces tissus sont pour ainsi dire exsangues. Le sinus longitudinal supé-i rieur est vide. Les veines qui rampent à la surface conve-xo du cerveau contiennent peu de sang, et offrent des particularités remarquables. La colonne sanguine est rompue de dislance en dislance par des bulles gazeuses qui la partagent on tronçons assez longs ; à gauche, où ces mômes veines contiennent moins de sang encore, les bulles sont plus nombreuses. Ces veines, oii Ton peut dire qu'il y a plus d'air enfermé que de liquide sanguin, crevées avec une épingle, laissent sortir le gaz et s'affaissent. Il e-xiste de la môme manière de l'air dans les veines de la base du cerveau ; nous faisons notamment sortir de nombreuses bulles d'air de la veine uphthalmique, du sinus caverneux, des veines cérébrales inférieures, etc. Les ventricules latéraux contiennent une médiocre quanlilé de sérosité; la substance du cerveau est d'une consistance ferme ; sa tranche ne laiss pas suinter de gouttelettes de sang.
De la carotide droite incisée, nous voyons sortir un peu de sang méW d'air. L'air sort en bouillonnant, au milieu d'un sang très noir, très fluidë et abondant, de la veine saphène et de la veine crurale gauches que noua ouvrons. Ces veines étaient tendues et gontlées avant leur ouverture. Artère crurale entièrement vide.
Poilrinc. — Les poumons, le gauclie surtout, tendent à s'échapper de W cavité tlioracique à mesure qu'on ouvre celle-ci par l'incision des côlesi Le poumon droit, refoulé en haut et d'un volume très amoindri, est adhéi reut à la plèvre pariétale par toute sa surface et par des adhérences asseï lâches; il est sain d'ailleurs. La cavité thoracique droite est en grandd partie, la moitié inférieure au moins, occupée par le foie très volumineux: et auquel le diaphragme, remarquablement distendu, forme une sorted( coiffe. Le poumon gauche est volumineux ; tous deux ont une coloration naturelle d'un gris pâle en haut ; mais ils sont visiblement engorgés; livides dans leurs lobes inférieurs et dans leurs parties déclives. L'incisioi do la portion inférieure et postérieure du poumon gaucho donne issue à oni très grande quantité de sang noir très Quide ; le i)Oumon droil présenlo phénomène à un moindre degré, ils sont tous deux bien crépiiant?.
Les vésicules pulmonaires sont dilulécs par l'air insufllo dans les den nier.^ tempo et comme \iw)ci\ do ranimer la malade dans Ui ::Ui'poîilioi<
MOIITS SUBITKS PENDAN T l'a IhMI .NISTIIATION DU CIILUHOFORME. 261 d'une asphyxie, mais il n'existe point d'emphysème interlobaire ni souspleural, excepté à une petite portion du bord Iranciiantdu poumon gauche. Nous lie trouvons aucune trace de tubercules pulmonaires. Sérosité assez abondante dans les plèvres; la membrane muqueuse do la trachée et des bronches est d'un rouge foncé, .\bsence complète d'écume bronchique.
La cavité du péricarde contient une certaine quantité de sérosité sanguinolente.
Le cœur est d'une flaccidité remarquable ; son volume est extraordinaire en le supposant plein ; ses cavités droite et gauche sont complètement vides, il ne s'y trouve pas le moindre caillot; du sang spumeux ou plutôt une mousse sanguine occupe l'orifice auriculaire de la veine cave ascendante ; l'artère pulmonaire est examinée dans son tronc, qui ne contient pas de sang. Les veines pulmonaires, près de leur entrée dans l'oreillette gauche, laissent échapper un peu de sang mêlé d'air. La membrane interne du cœur, surtout dans ses cavités droites, est d'un rouge vineux. Les parois du ventricule droit sont amincies ; sa capacité est de beaucoup supérieure à celle du ventricule gauche et paraît dilatée. Le tissu musculaire du cœur est pâle et se déchire facilement ; celui du ventricule aortique est plus pille.
Abdomen. — Le foie, très volumineux et occupant une partie de l'hypochondre gauche, où il recouvre l'estomac distendu par des gaz, est d'une couleur très foncée. Il n'y a pas de bulles à sa surface, mais en l'incisant dans tous les sens l'air s'échappe en bouillonnant de ses vaisseaux avec le sang noir et fluide dont il est engorgé. C'était une sorte de crépitation à grosses bulles d'une nature particulière. Le lobe gauche donne un sang noir et des bulles d'air moins nombreuses. Le liquide qui sort do plusieurs de ses vaisseaux est pâle et séreux. A cela près, le sang, partout où nous l'avons examiné, était fluide, d'un noir extraordinaire et contenait un fluide aériforme.
L'estomac contient beaucoup d'aliments dont la digestion était pou avancée, et une énorme quantité de gaz fétides. La rate est ramollie et gorgée de sang ; on en fait sortir par la pression quelques bulles, [.es antres viscères n'offrent rien de remarquable.
.Ajoutons enfin que l'exarnen du sang, fait par M. Regnault, démontra qu'il n'était poini putréfié (1).
Observation XI. — Un jeune homme de vingt-quatre ans, d'une forte corpulence, mais d'une conslilulion molle et lymphatique, fut admis à
(\) DuUelin de l'Acadewie demédecine, t. Xlil, p. 1148.
ACCIDENTS DE L'ÉÏIIÉRISATION.
1 hôpital Beaujon le 25 juin dernier, atteint à la cuisse d'une balle qu« traversant le membre d'avant en arrière à sa partie moyenne, avait brié ladiaphysedu fémur en éclats volumineux. La désarticulation, jugée india pensable, fut décidée. Le malade fut soumis ii l'action du chloroforme a; moyen d'un petit flacon percé de plusieurs trous, contenant un diaphragni spiro'ide de tricot imbibé do liquide anesthésique et surmonté à son embou churo d'un large pavillon s'adaplant à la bouche du malade. Le nez étai fermé par le doigt d'un aide. Au bout de trois ou quatre minutes, le malao éprouva, quoique à un faible degré, les mouvements convulsifs qui caraû térisent !a période d'excitation, et bientôt après il fut dans un état de résG lution complète. M. Robert commença aussitôt. L'artère fémorale étaB comprimée au pli de l'aine, il plongea un long couteau à lame étroite» trois travers de doigt au-dessous de l'épine iliaque antéro- supérieure, . tailla un vaste lambeau antérieur. Pendant ce temps de l'opération, malade, quoique pendant un instant très court l'artère eût cessé d'éW exactement comprimée, ne perdit pas plus d'une palette de sang. A ( moment, le malade commença à se réveiller; M. Robert désira prolonge son état d'insensibilité, et prescrivit dans ce but une nouvelle inhalation ( chloroforme, tout en continuant l'opération ; mais un quart de minui après s'était à peine écoulé, lorsqu'il entendit la re.^piration devenir stertrt reuse ; aussitôt il fit cesser les inhalations. Le visage du malade était tri pâle, ses lèvres décolorées; ses yeux, dont les pupilles étaient dilatées, i portaient en haut sous les paupières supérieures. L'opération fut aussiti suspendue, et M. Robert se hâta, avec l'aide des assistants, de ranimermalade, dont la respiration était devenue rare et suspirieuse, dont lepoui n'était plus sensible, et dont les membres étaient dans un état complet c , résolution. Les frictions sur la peau, les irritations de la membrane pituil taire, le soulèvement cadencé des bras et du thorax, tout fut employé avij énergie et persévérance. Plusieurs fois la respiration sembla se ranimer, " pouls redevint appréciable, mais l'amélioration ne fut que momentanée, après trois quarts d'heure d'efforts incessants, le malade avaitcessé de vivr- La nature des symptômes observés dans ces derniers moments ne lais sait aucun doute sur la cause probable de la mort. La pâleur subite de i peau, l'anéantissement du pouls, démontraient que le malade avait soi; combé à une syncope. L'introduction de l'air dans les veines seule peut-ôti; aurait pu détruire la vie avec autant de rapidité ; mais le malade n'ava présenté aucun des symptômes qui caractérisent ces accidents (l).
OnsERVATioN XII. — Hannach Greener était une belle jeune fille ( quinze ans, affectée depuis quelque temps d'un onyxis du gros orteil gauchi
(I) BuUelin de l'Académie dcmddccive, t. XIV, p. 2i0.
uoirrs SUBITES pendant l'administration du chloroforme. 2(î3 Hlle s'adressa au docteur Mégisson, qui jugea nécessaire d'enlever à la fois l'ongle et sa matrice. Déjà auparavant elle avait subi l'ablation de l'ongle Ju gros orloil droit, mais la matrice respectée avait ramené la maladie. Lors de cette première opération, elle avait respiré la vapeur d'élher et n'avait éprouvé aucune douleur ; mais durant l'inhalation , elle s'était plainte d'une irritation à la gorge, et elle avait conservé après un mal de (ète assez violent. On lui promit qu'avec le chloroforme elle n'avait rien de semblable à redouter.
Malgré cette assurance, cette opération lui faisait peur, et toute la journée qui précéda, elle parut fort tourmentée, criant continuellement, désirant mourir plutôt que de s'y soumettre. C'est dans cet état que l'a trouvée M. Mégisson, le vendredi 28 janvier, à midi. Il essaya de calmer ses appréhensions, mais sans y réussir. Elle se plaça sur la chaise en sanglotant. L'opérateur versa une cuillerée à thé de chloroforme sur un mouchoir, qu'il appliqua devant le nez et la bouche; elle fit deux inspiralion, et puis lui repoussa la main. Il lui commanda de tenir ses mains sur ses genoux, ce qu'elle fit, et elle respira alors paisiblement pendant une demi-minute environ ; alors la respiration n'étant point stertoreuse et aucun autre phénomène ne s'étant présenté, M. Mégisson essaya de lui soulever la main, et la trouva roide. Il dit à son aide, M. Lloyd, de procéder à l'opération. Celui-ci achevait l'incision semi-circulaire autour de la matrice de l'ongle, quand la jeune fille fit un brusque mouvement comme pour échapper. M. Mégisson pensa que le chloroforme n'agissait pas suffisamment, et il en remettait d'autre sur le mouchoir, quand il vit soudainement les lèvres et la face pâlir, et un peu d'écume sortir de la bouche comme dans une attaque d'épilepsie. Il lui ouvrit les yeux, ils restèrent ouverts ; il lui jeta de l'eau à la figure ; il lui administra de l'eau-de-vie, dont elle avala un peu avec difficulté ; il l'étendit sur le plancher et essaya de lui ouvrir une veine du bras, puis la veine jugulaire, le sang ne coula pas. En un mot, moins d'une minute après l'apparition des premiers accidents, elle avait cessé de respirer ; elle était morte.
Une enquête fut faite sur cette mort, et nous avons confronté les comptes rendus un peu différents donnés par la Lancette anglaise et le Médical Times, pour ne perdre aucun trait de cette scène d'agonie. Depuis le commencement de l'inhalation jusqu'à la mort, il s'était écoulé, d'après une version, moins de trois minutes, et d'après une autre, moins de . deux minutes.
L'autopsie fut faite le lendemain, vingt-sept heures après la mort, par sir John Tlife, chirurgien, et le docteur Glover. Le corps présentait le degré ordinaire de rigidité.
A l'ouverture de la poitrine, les poumons ne s'affaissèrent point, ils
ACCIDKNTS DK L'kTIIÉRISATION.
Offraient sur toute leur surface, mais spécialement dans leurs parties inférieures, les caractères de la congestion la plus intense, marbrés de taches d'un pourpre foncé, bleu écarlate, et toutefois partout crépitants. Le long du bord externe et antérieur, particulièrement au lobe supérieur du poumon gauche, se voyaient plusieurs bulles emphysémateuses d'un petit volume. Le tissu pulmonaire n'offrait aucune trace de tubercules ; il était rempli d'une écume sanguinolente que l'on rencontra aussi dans l'intérieur des bronches, mêlée avec du mucus. Pas d'hépatisation nulle part. La muqueuse du larynx était plus rouge qu'à l'état normal, parsemée d'arborisations vasculaires ; les sinus laryngiens contenaient une notable quantité de mucus noirâtre. Le sommet de i'épiglotte était d'un rouge approchant du vermillon.
L'œsophage était sein, l'estomac rempli d'aliments; le foie, les reins, la rate, plus congestionnés qu'à l'état normal.
Le cœur contenait du sang noir liquide dans toutes ses cavités, en très petite quantité dans les cavités gauches; il était sain d'ailleurs, ainsi que les gros vaisseaux. Le cerveau offrait un peu plus de congestion que d'ordinaire (l).
Observation XIII. — John Grit'fin, marin, âgé de trente et un ans, entre à l'hôpital le 4 décembre 1848, pour une diarrhée chronique qu'il avait contractée dans l'armée du Mexique. Le -19 décembre, son état était beaucoup amélioré sous ce rapport. On le transporta dans le service de M. Gordon Buck, l'un des chirurgiens de l'hôpital, pour y être traité de tumeurs hémorrho'idales qui le faisaient beaucoup souffrir, et de chancres du prépuce avec phimosis. Le 2G décembre, le malade fut soumis, sur sa demande, aux inhalations du chloroforme pour pouvoir examiner le rectum. Il ne survint aucun accident, et le 1 9 janvier on l'y soumit de nouveau peur le débarrasser de ses hémorrho'ides et lui pratiquer l'opération de la circoncision. Le malade fut couché sur le dos, la tête élevée ; on lui mit sur In bouche et sur les narines une serviette imprégnée de chloroforme; il ne tarda pas à entrer dans une assez grande excitation ; il remuait les membres et parlait à haute voix d'une façon incohérente ; les muscles des membres et du tronc étaient contractés. Quelques minutes après, les muscles se relâchèrent et le malade parut plus tranquille. On le tourna alors sur le côté gauche, afin de pratiquer l'opération sur le fondement : cette opération fut pratiquée rapidement ; elle consista dans l'excision de deux hémorrho'ides externes et dans la ligature d'une petite hémorrho'ide interne.
L'opération pratiquée, M. Gordon Buck dit à ses aides de retourner le malade pour pratiquer l'opération du phimosis, j En ce moment, dil-il,
(1) London médical Gazette, t. XLI, p. 255. — Snow, ibid., p. 123.
MORTS SUBITES PENDANT l' ADMINISTRATION DU CllLOROFOltME. 2(i5
m'aperçus que la face el les lèvres étaient livides, les yeux tournés en uuU, tout le corps dans le relûchemenl, et le pouls imperceptible à l'artère riadiale.
Après deux ou trois inspirations à longs intervalles, la respiration s'arl iHa. On avait déjà retiré la serviette une minute ou deux avant de retourner le malade ; la face de celui-ci s'était trouvée, pendant l'opération, dirigée vers son épaule gauche, de sorte que l'aide n'avait pu suivre ce qui se passait de ce côté. Je fis ouvrir immédiatement les fenêtres, je passai de l'ammoniaque sous les narines, je fis faire des frictions sur les membres, mais le tout sans succès. Le temps qui s'était écoulé depuis le commenceirent des inhalations jusqu'à la terminaison fut estimé par les assistants de cinq à dix minutes, mais pas au delà. Les phénomènes d'excitation produits par le chloroforme n'ont pas été aussi considérables, à beaucoup près, que ceux que j'avais observés chez des personnes d'un tempérament analogue. Le chloroforme dont je m'étais servi élait le même que j'avais employé la veille pour réduire une luxation de la cuisse, une fracture compliquée du bras et pour extraire un fragment d os.
M. Reid, qui l'a analysé, a trouvé 9 pour 100 d'alcool.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort. — Face livide, membres contracturés ; vaisseaux de la dure-mère el de la surface du cerveau peu congestionnés ; rien de particulier du côté de la surface cérébrale; pas de lividité dans la plèvre ; les deux poumons congestionnés et fournissant à la coupe une grande quantité de sérosité sanguinolente écumeuse ; une cuillerée de sérosité limpide dans le péricarde; le cœur volumineux et un peu chargé de graisse flasque et entièrement vide ; substance du ventricule gauche un peu plus molle que d'ordinaire ; pas de caillots dans les vaisseaux ; aucune trace de congestion dans les viscères abdominaux ; le cerveau et les poumons avaient une odeur particulière, presque aromatique, qui rappelle à certains égards celle du chloroforme (1 ).
Observation XIV. — J. Vierrier, âgé de dix-sept ans, entré à l'Hôtel- Dieu de Lyon, salle Saint-Louis, n" 45, le 24 janvier 1 849. Il est d'un tempérament lymphatique, d'une constitution assez bonne. Cependant il porte aux jambes des cicatrices d'abcès froids qu'il attribue à sa profession de mineur. 11 vient à l'hôpital pour une maladie du médius de la main droite, consistant en une nécrose complète de la première phalange, avec sappuration, fistules et fongosités des deux articulations dont cet os fait partie. La maladie ne pouvant guérir que par une opération, celle-ci est
(1) London médical Gazelle, t. XLHI, p. traduit dans l'Union médicale, «49, p, 459.
26G ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉRISA.TION.
arrêtée pour le 31 janvier; on se propose d'ainpuler le doigt el de réséquer au besoin la lôte du mélacarpien.
Le jour venu, après s'ôlre assuré que le malade jouit d'ailleurs d'une bonne santé et n'a pris aucun aliment, on le fait placer sur un lit et on le soumet à l'inhalation du chloroforme qu'il a désirée, et qui ne lui inspire aucune appréhension. Le flacon qui renferme l'agent aneslhésique est le même qui a servi, un instant auparavant, à endormir une jeune fille chez laquelle tout s'est passé régulièrement. On se sert comme d'ordinaire d'une compresse à tissu très clair étendue au-devant du visage, laissant un passage facile à l'air atmosphérique, et l'on verse le chloroforme par goutte à plusieurs reprises sur la portion de la compresse qui correspond à l'ou^ verlure du nez. Deux aides très habitués à la chloroformisation en sont chargés et explorent en même temps le pouls aux radiales. L'opérateur surveille et dirige le travail des aides. Après quatre ou cinq minutes, le malade sent et parle encore. Une minute de plus s'est à peine écoulée que le malade prononce quelques mots et manifeste une légère agitation ; il a absorbé tout au plus 6 à 8 grammes de chloroforme, ou plutôt c'est cette quantité qui a été versée surla compresse, et l'évaporation en a nécessairement entraîné la plus grande partie. Le pouls est resté d'une régularité parfaite sous le rapport du rhylhme et des battements. Tout à couple patient relève brusquement le tronc et agite les membres, qui échappent aux aides ; mais ceux-ci les ressaisissen t promptement et remet ten t le malade en position . Ce mouvement n'a pas duré certainement plus d'un quart de minute, et cependant l'un des aides annonce immédiatement que le pouls de la radiale a cessé de battre. On enlève le mouchoir ; la face est profondément altérée. L'action du cœur a cessé tout à fait ; plus de pouls nulle part, plus de bruit dans la région du cœur. La respiration continue, mais elle devient irrégulière, faible, lente, et cesse enfin complètement dans l'espace d'une demiminute environ.
Au premier signal donné, on a dirigé des moyens énergiques contre lesi accidents dont la gravité est immédiatement comprise ; on approche un peu, d'ammoniaque sur un linge de l'ouverture du nez ; on en verse une grandei quantité sur le thorax et sur l'abdomen, que l'on frictionne avec force. Cm cherche à irriter avec la même substance les parties les plus sensibles desi téguments, telles que les lèvres et la muqueuse génitale. On applique de la moutarde; on incline la tête hors du lit; enfin, on cherche à ranimer la respiration par des pressions alternatives sur l'abdomen et sur la poitrine.' Après deux ou trois minutes, la respiration reparaît et prend même une cer-' talne ampleur, mais le pouls ne se relève nulle part. On insiste sur les frictions ; la respiration se ralentit de nouveau et cesse encore une fois. L'espérance qu'on avait conçue s'évanouit, On insuffle de l'air dans la.
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 207 bouche el jusque dans le larynx, en portant une sonde à travers l'ouverture de la glotte, parce qu'en soufflant dans la boucbe on s'aperçoit que l'air passe dans l'estomac. Des fers à cautères ayant été mis au feu dès le début des accidents, le chirurgien cautérise énergiquement les régions précordiales, épigastriques et prélaryngiennes ; le pouls ne reparaît point. On continue pendant plus d'une demi-heure tous les efforts imaginables pour ramener le patient à la vie ; ils restent inutiles.
L'autopsie n'a pu être pratiquée que soixante-douze heures après la mort, parce que le corps réclamé d'abord par les parents a été ensuite abandonné. La température étant assez froide, le cadavre n'offre pas encore de trace de décomposition ; la rigidité est même encore assez prononcée dans les membres; les traits n'offrent pas d'altérations particulières. L'examen de tous les organes est fait avec soin.
L'estomac contient environ 45 grammes d'un liquide noir, épais, couleur lie de vin, qui ne ressemble point à un liquide alimentaire. Il est distendu par des gaz, ainsi que le reste du tube digestif, sain d'ailleurs. Le foie et la rate sont un peu congestionnés.
Le cœur, d'un volume normal, est affaissé, vide d'air et de sang ; les parois ventriculaires sont seulement humectées par une fine mousse très rouge donnant l'idée d'un peu de sang qui aurait été battu, fouetté par les colonnes charnues du cœur. Les veines caves et la veine porte sont distendues par un sang noir fluide très abondant. Sur la valvule d'Eustachi, on trouve un caillot 6brineux, peu consistant, du poids de 4 à S grammes. C'est le seul qu'on rencontre dans les cavités du cœur et des gros vaisseaux. On a d'ailleurs ouvert avec assez d'attention pour s'assurer qu'aucun ûuide aériforme n'y était amassé en quantité notable.
Les poumons se sont rétractés fortement à l'ouverture du thorax ; ils offrent une teinte noire ardoisée très prononcée ; leur coupe offre la même teinte ; leur tissu est sain d'ailleurs. Le larynx et la trachée n'offrent aucune lésion. Le cerveau est intact. Les sinus de la dure-mère ont une assez grande quantité de sang noir non coagulé (1).
Observation XV. — Un maçon, âgé de trente-six ans, entra à l'hôpilal dans le service de M. Brown pour une plaie contuse du gros orteil. La gangrène s'empara de la plaie et l'amputation fut décidée.
Le 17 février, dans l'après-midi, on fit respirer au malade une demionce de chloroforme que l'on avait versé sur un mouchoir que l'on tenait sur le nez et sur la bouche (on s'était assuré préalablement qu'il n'existait
(I) Observation publiée par MM. Breton el Petit, internes du service, dans YUnion médicale, 1849, p. G9.
2<^8 ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION.
aucune maladie des organes de la respiration et de la circulation). On ne put réussir à endormir le malade, et l'on ne détermina que de l'agilalion et de l'excitation. Force fut d'en envoyer chercher une nouvelle quantité. Dans l'intervalle, c'est-à-dire pendant deux heures, le malade reprit son état habituel et se mit à causer avec les personnes qui l'entouraient. Le chloroforme fut versé de nouveau à la dose d'une demi-once sur un mouchoir que l'on maintint sur le nez et la bouche, en ayant soin de laisser pénétrer de l'air pur de temps en temps. Après une période d'excitation qui dura d'une à trois minutes, le malade tomba dans l'hisensibililé, et la respiration, d'abord précipitée, se ralentit et devint un peu stertoreuse. Les pupilles étaient dilatées, le pouls à 70, modérément fort. Aussitôt que l'anesthésie fut produite, on commença l'opération, qui ne dura pas plus de deux minutes ; mais l'opération terminée, on ne vit pas s'écouler une goutte de sang. En même temps, la respiration se ralentit, la peau pâlit et se couvrit d'une sueur froide; le pouls perdit de sa force, de sa fréquence, puis disparut entièrement au poignet. La face était profondément altérée ; la respiration continua encore quelques instants après la cessation des battements de l'artère radiale ; mais dix minutes environ après le commencement des inhalations, la respiration avait complètement cessé. Tous les moyens mis en usage immédiatement pour le rappeler à la vie, même les insufflations pulmonaires, furent sans succès. Il était mort.
L'autopsie ne montra rien de particulier dans l'aspect intérieur. L'estomac était vide, le foie, les reins, la rate congestionnés. Les poumons avaient leur volume ordinaire; ils étaient d'une couleur rouge foncé et gorgés d'un sang veineux, bien que crépitants. Les bronches contenaient un petite quantité de mucus écumeus, légèrement teint de sang. La muqueuse bronchique dans les bronches et dans la trachée était congestionnée et d'un rouge vineux. Le corps tyroïde était volumineux et gorgé de sang. Le cœur était flasque, assez volumineux et les parois affaissées. Les ventricules étaient minces , les oreillettes complètement vides. Le ventricule droit contenait environ une once d'un sang demi-fluide, et le ventricule gauche une égale quantité de sang veineux, sans apparence de caillot fibrineux. La membrane interne du cœur était de couleur foncée. Toutes les valvules étaient saines. Les sinus et les veines du cerveau ne contenaient qu'une quantité de sang très ordinaire. Les vaisseaux de la pie-mère étaient un peu congestionnés, mais sans que la substance cérébrale ou médullaire le fût elle-même d'une manière très notable (1).
Odsekvation XVI. — Madame Labrune, âgée de trente- trois ans, mère de famille pleine de vie, d'un caractère nerveux très excitable, avait été
(1) The Lancet, 24 février 1849, traduit dans VUnion médicale, 1849, p. 124.
MOnrs SUlîlïKS I'KNDANT L'AUMir^lSTRATION DU CHLUROb'UIlMli. 1269
oumise par moi (M. de Conlovron), l'an dernier, avec un plein succès, i. I éthérisalion pour de petites opérations chirurgicales. Le 23 août dernier, .on dentiste devait lui extraire une grosse molaire, et cette opération, |, résentant quelques difficultés, faisait présager une douleur assez intense. Madame Labrune, qui avait éprouvé les bienfaits de lelhérisation, ne voulut so soumettre à l'arrachement de sa dent qu'avec ce secours, et je fus
ollicilé par la patiente et par le dentiste, celui-ci n'ayant pas l'habitude pour administrer les vapeurs anesthésiques. Malgré ma répugnance à employer ce moyen pour des opérations de peu d'imporlance, surtout depuis i,t publicité de malheurs survenus entre des mains habiles, je crus pouvoir, dans celle circonstance particulière, sortir de la règle de conduite que je me suis tracée depuis dix-huit mois, et je m'y croyais autorisé par le succès de l'éthérisation précédente sur le sujet qui la réclamait de nouveau, l'étais d'ailleurs bien décidé à ne produire que l'engourdissement le plus ioger, puisqu'il ne s'agissait ni d'une opération grave ni d'une douleur de longue durée.
Je plaçai donc sur le mouchoir de la malade un bourdonnet de coton de la grosseur d'une noix imbibé de moins d'un gramme de chloroforme ; madame Labrune l'approcha elle-même de ses narines et le respira à quelque distance, de manière à permettre complètement le mélange de l'air aux vapeurs anesthésiques. En huit ou dix secondes l'effet se flt sentir, et 10 le remarquai au clignotement des paupières. J'indiquai au dentiste placé lerricre la tête de la malade qu'il pouvait agir; mais la patiente, qui avait I expérience de l'éthérisation, ne se senlant pas suffisamment engourdie, repoussa la main de Topérateur, et nous faisant comprendre par signes que l'insensibilité n'existait pas encore, rapprocha son mouchoir de ses narines, el fil rapidement quatre ou cinq inspirations plus larges. A cet instant ie lui relirai le mouchoir qu'elle serrait sous son nez. Je ne la quittai dos yeux que le temps nécessaire pour déposer ce mouchoir sur un meuble voisin, et déjà, lorsque je reportai mes regards sur elle, sa face était pâle, .ses lèvres décolorées, les traits altérés, les yeux renversés, les pupilles horriblement dilatées, les mâchoires contractées de manière à empêcher les opérations du dentiste, la tête renversée en arrière; le pouls avait disparu, les membres étaient dans un état complet de résolution, et quelques inspirations éloignées furent les seuls signes de vie que la malade nous donna.
Sans perdre une seconde, tout ce qu'il est possible de faire en pareil cas fut mis en œuvre i)endant plus de doux heures, et sans aucun succès. Stimulation des narines avec de l'ammoniaque, mouvements des bras et du thorax, insuftlation d'air dans la poilrino, que je fis respirer arlinciellenient pendant quelque temps; frictions sur le thorax, puis sur tout le corps avec do rammoniaipic; caulérisali mi sur la région précordiale avec
270 ACCIDENTS DE L'ÉTHÉIUSATION.
des charbons incandescents; enlin, courant galvanique au moyen d'une forte pile de Volta qui se trouvait fonctionner dans le voisinage al qu'on mit promplement à notre disposition : rien ne put conjurer une mort à laquelle je ne pouvais croire.
Depuis le mois de février 1 847 je pratiquejournellement l'éthérisation, et dans nos hôpitaux et dans une clientèle nombreuse, et jamais je n'ai employé de doses plus faibles, jamais je n'ai mis plus de prudence dans le mode d'opération. Le chloroforme avait été respiré à l'air libre, sans appareil, de la manière la plus favorable pour que l'air atmosphérique fût largement mélangé aux vapeurs anesthésiques ; enfin rien ne manquait pour rendre celte opération parfaitement innocente ; je savais d'ailleurs que ma cliente n'avait aucune maladie organique qui la conlre-indiquât. Je dois dire^ pourtant, et pour n'omettre aucune circonstance, ce que j'ignorais au moment de l'opération, c'est que madame Labrune avait eu de vives émotions dans la journée ; mais tout cela n'expliquait pas un accident si foudroyant. L'examen nécroscopique pouvait peut-être nous donner quelques satisfactions.
J'obtins de la famille l'ouverture du corps, qui fut pratiquée trentehuit heures après la mort avec quelques-uns de mes collègues, MM. Montrol et Faure. Voici quel en fut le résultat:
Les membranes du cerveau, et particulièrement les veines de la base du crâne, étaient gorgées de sang noir et fluide, les sinus de la dure-mère en étaient remplis; la substance du cerveau incisé était piquetée, et les vaisseaux capillaires, ouverts par l'instrument, laissaient suinter du sang noir en gouttelettes. Cette substance était intacte et d'une consistance normale. De la sérosité en assez grande abondance se trouvait à la base du crâne et remplissait le canal vertébral. Dans toutes les veines de la base du crâne, même celles d'un calibre très médiocre, nous avons trouvé une notable quantité de bulles d'air interceptant le liquide et facile à déplacer. Le cœur était flasque, et une ponction pratiquée à l'oreillette gauche laissa échapper du sang noir fluide accompagné d'un dégagement d'air par bulles. Il n'existait pas de caillots dans les cavités. Les grosses veines du tronc contenaient également une grande quantité de sang noir et fluide. Les poumons, parfaitement crépitants dans toute leur étendue, offraient une teinte gtise ardoisée qu'on retrouvait en les incisant. L'abdomen était distendu par des gaz. Les intestins n'ont pas été ouverts {^).
Observation XVIL — John Shorler, âgé de quarante-huit ans, portefaix, adonné aux boissons alcooliques, mais habituellement bien porlunlj entre à l'hôpital Saint-Thomas de Londres dans le service de M. Golly^ le
(I) Union médicale, 1849, p. -19 i.
MORTS SUBITES l'ENDANÏ l'ADMINISTIUTION UU CIlLOnOFOnME. '271 ■) octobre 1849, pour se faire opérer d uii oiiyxis du gros orleil du pied .;auche, dont il élail alleclé depuis quelque temps. Le malade ne s'était ilécidé à l'opération que sur la promesse qu'on lui avait faite do l'endormir ,,vec le cliloroforme. Le lendemain, en effet, on le soumit aux inhalations .lu cUloroforme. On versa un gramme de ce liquide sur l'éponge de l'inhalateur et on le lui Dt respirer.
Pendant deux minutes il n'y eut aucun effet appréciable. A ce moment il commença à présenter de l'excitation. On éloigna l'inhalateur de la bouche .la malade et l'on versa sur l'éponge dix gouttes de chloroforme. Après l'application de l'inhalateur, il tomba dans i'insensibihté. On enleva l'appareil t!t l'on procéda à l'extirpation de l'ongle. Cependant comme il continuait à ■ ire insensible, comme la face devenait violette, le pouls petit, fréquent, noique régulier, et la respiration laborieuse; on écarta ses vêtements et on exposa la poitrine à l'air frais d'une fenêtre ouverte près de son lit, on lui jeta de l'eau à la figure, on fit des frictions à la poitrine et on lui approcha iin flacon d'ammoniaque près des narines. Le malade sembla se débattre pendant une minute, puis la peau se refroidit, le pouls devint très faible et cessa d'être senti au poignet ; la respiration devint lente parinteralles, mais ne cessa que deux secondes après la disparition du pouls. A ripparilion de ces symptômes, M. Golly commença la respiration artifilelle en déprimant les côtes et en les laissant revenir sur elles-mêmes ; puis lorsqu'on eut apporté l'appareil d'insufQation pulmonaire, il introduisit dans les poumons du gaz oxygène ; on essaya alors de galvaniser le cœur et le diaphragme. Tout fut inutile, il n'y avait plus aucun signe de vie six ou sept minutes après le commencement des inhalations. On continua ous ces moyens pendant un quart d'heure sans aucun résultat. Le malade n'avait pas inspiré plus d'une drachme (4 gr.j de chloroforme; en effet, il en riîslail encore dans l'éponge. L'autopsie n'a pas été faite, par suite de l'opposition de la famille (1 ).
Odservation XVIII. — Cet accident arriva à Shrewsbury à mademoiselle Jones, malade de M. Clément, chirurgien, qui avait en partie opéré l'excision du globe de l'œil, quand la malade mourut subitement. M. Clément n'a pas publié de relation de ce cas, mais le rapport qu'il fournit à l'enquête fut reproduit par les journaux de médecine. La mort fut vraiment caractéristique des effets de la vapeur du chloroforme non suffisamment dilué. M. Clément rapporte le fait ainsi ;
Il ne donna qu'une petite dose pour commencer sur une éponge, et alors commença l'opération. Trouvant que l'aneslhésie ne se produisait pas, il fit
(t) l.ondon médical Gazelle, t. XLIV, p, 757, traduit dans VUnion mcdicalOi i8i9, p. 518.
ACGIDKNTS DE i/kTIIÉ1USAT1(I.\.
verser sur 1 upoiigc un gros do plus de clilorolbrme, ce que la malade respira durant quelques secondes. Il revint alors à son opération ; peu apréf il entendit un son particulier qu'il ne saurait décrire, et en un instant Id femme expira. Toutes les tentatives pour la rappeler à la vie écliouèrenl.l Avant (le mourir elle parlait en gallois, mais si vite, qu'on ne pouvaili savoir ce qu'elle disait. M. Clément attribua sans aucun doute la mort dd sa malade aux effets du chloroforme (1).
Observation XIX. — Ce fait s'est passé dans l'hôpital public dd Kingston, à la Jamaïque, le 29 janvier 1 850. Le malade se nommaiii William Brian ; on ne dit point son âge ni la nature de l'opération qu'i,' allait subir. Autrefois on lui avait pratiqué l'amputation de la verge poun un cancer de cet organe, mais sans l'aide du chloroforme. Le chirurgienj M. Maygorlh, qui administra le chloroforme, s'exprime ainsi :
« J'avais versé un gros de ce liquide sur une éponge que j'appliquai sud sa bouche et ses narines, mais pas en contact immédiat, et 'alors l'airi atmosphérique avait encore accès. Le malade supportait mal l'appareil, el? j'étais fréquemment obligé de l'éloigner pour faciliter sa respiration. La période d'excitation qui est habituelle survint , il se débattit et écarta l'éponge durant quelques secondes ; elle fut encore réappliquée, lorsque peui de secondes après, observant une respiration stertoreuse, je l'enlevai touli à fait. Le malade cessa de respirer; mais après un intervalle de quelques! secondes, il fit une autre inspiration ; cela se renouvela plusieurs foisi jusqu'à ce qu'à la longue la respiration cessât complètement. Les moyens ordinaires furent employés, mais sans succès.
1) Le cerveau et ses membres furent trouvés congestionnés. Les poumons étaient congestionnés, surtout postérieurement. Le côté droit du cœuo contenait un sang noir liquide, la surface interne de ses cavités gauches elî (le l'aorte était tachée de sang. Il y avait là quelque altération des valvules aorliques, et le cœur avait subi un certain degré de dégénérescence grais-; seuse (2). »
Observation XX. — Il s'agit d'un malade du professeur Karl Santesson.i à l'hôpital Séraphin de Stockholm. Le malade, âgé de trente ans, étaiti affecté d'hydrocèle, et il y avait quelques soupçons de maladie du testi^ cule. En conséquence, on devait opérer l'hydrocèle par incision, afin qu'on« pût enlever le testicule s'il était malade. Le chloroforme fut administrésuivant le mode môme que le professeur Santesson avait vu démontrer pan
(1) Journal of pyov, med.and surg. Associât., I8i0, |). COS. — Siiow, iiiid-,
(2) lidinbufijh inonllily Journal, April tS50, p. o77. — Siiow, ibid., p. 1 ii»-
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MKinS SUlilTliS l'EA'DAiNT l'ADAILMSTHATIUN DU CflLUIi01'01tI\JE. 27.'5
le ilocleur Simpson, siiiiF qu'il fut versé sur du colon placé iiu fond de I entonnoir d'une compresse disposée à cet elfet. Un gros et demi environ lut d'abord versé sur le colon, et l'on recommanda au malade de faire de longues et profondes inspirations. Cette quantité étant presque évaporée au lit (le doux ou trois minutes, on ajouta encore un gros de liquide. Après iiclqucs inspirations survinrent de la rigidité et de l'agitation ; ces symlùmes cédèrent, mais revinrent bientôt et plus fort qu'auparavant. L'appaoil fut alors enlevé de la face jusqu'à ce que l'agitation cessât. Néanmoins II' malade n'étant pas suffisamment anesthésié pour subir l'opération .ivec lo liilme nécessaire, la compresse fut réappliquée, lorsque après quelques inspirations le pouls disparut brusquement. Le visage et toute la surface rlu corps devinrent pâles, les yeux s'agitaient en haut et en dedans; la spiration se ralentit beaucoup, mais pleine et profonde encore ; les intervalles entre les inspirations furent de plus en plus longs, jusqu'à ce que la respiration cessât tout à fait. Le malade succomba avant que l'opération lût commencée, dans l'espace de cinq minutes à partir du début de I inhalation. Pendant l'administration des différents moyens propres à rappeler la vie, l'emploi de l'eau froide, entre autres, versée goutte à goutte sur 'i'igastre, la respiration revint et continua durant trois ou quatre minutes ; (lis le pouls et les bruits du cœur ne reparurent plus. A l'autopsie, faite trente-deux heures après la mort, on trouva la dureere congestionnée, et il y avait un épanchement de sérosité considérable lire les membranes du cerveau. 11 y avait aus.^i quelques dépôts osseux us la dure-mère et quelques adhérences de l'arachno'fde indiquant une ancienne maladie des membranes.
Le cœur était de volume normal et ûasque, les vaisseaux rampants à 1 surface fortement gorgés de sang. Le ventricule gauche était vide; leilletle gauche, au contraire, et surtout celle du côté droit du cœitr, iMsi que les grosses veines, étaient remplies de sang fluide non coagulé'. 'i;nis le ventricule droit seulement on trouva un petit caillot mou. Les'pou- His postérieurement étaient fortement congestionnés, montrant çà et là 'l'!.s iiifilirations de sang du volume d'un pois à celui d'une petite noisette, l o tissu pulmonaire était d'ailleurs sain ; toutefois, en l'incisant, il donnait "(leur du chloroforme, mais plus faiblement que le cerveau. La membrane "iqueusc du larynx et les tuyaux bronchiques étaient légèrement injectés • sang. Lo sang offrait partout le mémo caractère diffluent, sirupeux (1).
Observation XXI. — Nous empruntons à l'ouvrage de M. Snow le fait ■uivant :
' Je dois, dit-il, cette observation au docteur Adams James (de Glasgow) , «) Hygiea, oclober 1850, p. 602. — Siiow, ihid., p. 148.
27/1 ACCIDENTS DE I.'ÉTHÉIUSATION.
qui eut la boiilô do m'envoyer une copie des noleri du registre d'observation de son collègue, M. Lyon, dans le service duquel l'accident arriva, à l'inlirmerie de Glasgow, en mars 18bO. Le malade était un enfant de sept à huit ans, Écossais, et dont la santé s'était considérablement altérée par des années de souffrances dues à un calcul. M. Lyon s'exprime ainsi : « L'enfant étant couché sur le lit, je plaçai un morceau de charpie imbibée de chloroforme devant sa figure, et quelques minutes après il cessa de crier. Je dis alors à mon aide de se charger du chloroforme et j'introduisis la sonde. Je crus avoir distingué le calcul, maisi je ne pouvais entendre le choc distinctement à cause des gémissements de l'enfant. Un assistant tint sa main entre mes oreilles et la face du malade (sic). J'entendis alors le choc caractéristique. Je venais de retirer l'instrument, lorsque je fus frappé d'effroi à l'aspect livide et à l'œil mort du petit malade ; les pulsations cardiaques et radiales avaient disparu, et après avoir fait une longue et profonde inspiration, il était, selon toute apparence, frappé de mort. La respiration artificielle et les autres moyens furent employés sans effet. Les jugulaires externes étaient remarquablement distendues et la face encore très livide; la jugulaire droite fuH ouverte, et il s'écoula rapidement plusieurs onces de sang noir. Ce moyeni et le galvanisme, qui fut employé ensuite, furent aussi inutiles (1). "
Observation XXIL — Alexander Scott, âgé de trente-quatre ans, constable de police, mourut à l'hôpital de Guy en juin 1 850, pendant une» opération pratiquée pour l'ablation d'une portion de la main droite. Le chin rurgien, M. Cock, soutient qu'il n'y avait aucune maladie organique cIibb ce malade. Il raconte ainsi l'accident :
« L'appareil ordinaire fut employé, et comme aucun effet ne se produî-i sait, un assistant imagina de rouler un mouchoir en cône, qui fut arroscdd chloroforme. Le temps d'extraire une portion de l'os remplit une minuta et demie; mais avant que ce lût achevé, le sang qui jaillissait s'arrôlw brusquement : c'est alors que l'assistant avertit M. Lacy de sentir le pouls,! et alors ils constatèrent que le malade avait expiré. »
L'arrêt soudain de l'hémorrhagie montra que dans ce cas, comme datis les autres, l'action du cœur avait cessé rapidement. Le premier essai de) produire l'insensibilité avait manqué ici comme dans d'autres cas.
M. Cock avait tenté de dissuader son malade de se faire chloroformiser,! insistant même pourque l'on n'y eût point recours pendant l'opération. Daiu les hôpitaux de Guy et de Saint-Thomas les chefs de service s'étaient fortement opposés à l'anesthésie par inhalation depuis les deux ou trois prc
(1) 8now, ibii-, p. 150.
MORTS SLBITES l'ODAiNT I/AUM1^'ISTR^TIÙN UU CHLOROFOUME. 275
iiiicres années de l'introduclion de colle praliqne, et le clilorol'orme élail bien moins généralement employé dans cet établissement que dans tous les iiopilaux de Londres; ce fut précisément dans ces deux hôpitaux que lieux cas do mort par le chloroforme se présentèrent avant qu'aucun acci- .loiit semblable fût arrivé dans tout autre hôpital de la métropole. Cette i irconslance mérite considération près de ceux qui proposent de limiter les icL'ideuls par le chloroforme en restreignant son application à quelques ;mdes opérations.
Dans ce cas les poumons furent trouvés considérablement congestionnés. Le cœur était tlasque, sans distensions notables, les cavités droites contenaient 2 onces environ de sang tluide, la cavité gauche pas plus d'une demi-once.
Encéphale. — Forte congestion de la dure-mère ; la substance grise du cerveau était d'un rouge sombre et congestionnée; du liquide fut trouvé dans l'espace sous-arachnoïdien, et en grande quantité surtout dans les deux ventricules. Plexus congestionnés (4).
Observation XXIII. — Un accident, dont M. Snow doit la relation manusaùte au docteur Robert Adams (de Dublin), eut lieu le 20 septembre 1 850, à l'infirmerie Cavan, en Irlande, dans la pratique du docteur Roë, et cela dans les conditions suivantes :
Le malade se nommait James Jones et était âgé de vingt-quatre ans. Le chloroforme dans un cas d'amputation au-dessous du genou pour une affection scrofuleuse de l'articulation tibio -tarsienne avec ulcération des cartilages. Le malade élail réduit à un grand état de faiblesse par la maladie et était atteint de fièvre hectique, mais sans toux. Le docteur Roë raconte ainsi l'accident :
0 Le patient fut placé sur la table d'opération ; l'action du cœur était ortme et faible, mais il ne paraissait pas plus défaillant ni plus pâle que ÔHjabilude. Je vis alors M. Nalty, le pharmacien, mesurer un grosde chloroforme dans le pelil verre gradué et verser celte quantité sur un morceau de charpie qui fut placé dans le creux d'une éponge tenue à la main dans une petite serviette.
» Me rappelant que je m'étais déjà servi de chloroforme dans un autre cas, et trouvant quelques retards dans la production des effets aneslhésiques, je demandai à M. Nalty d'ajouter encore trente gouttes à la quantité déjà versée sur la charpie. J'appliquai alors l'éponge sous le nez du patient, lui recommandant de tenir la bouche fermée, et confiai l'appareil au docteur Halpin,qui était au côté opposé de la table; pendant ce temps
0) London médical Gazelle, t. XLVl, p, 39.— Siiow, ibid., p, lôL
ACCIDENTS DK l'ÉTHÉRISATION.
je me disposai à pratiquer l'opéralion. M. Bird avait à peine vissé le lour- • niquet , qui avait été appliqué préalablement sur la cuisse, alors que j'examinais l'état de la circulation dans les artères tibiales, ce qui n'avaiti pu durer une minute. Le malade ne pouvait pas encore avoir fait quinze inspirations; le docteur Halpin me dit que les effets anesthésiques étaieni produits. Cela me frappa par sa promptitude et sa soudaineté inaccoutu-i mées, et en écartant l'appareil de la face, nous vîmes une légère action convulsive de la paupière gauche (les paupières étaient ouvertes en partici et une petite quantité de salive spumeuse s'échappait de la bouche). Je fua très embarrassé, mais non trop alarmé, quand le docteur Halpin me dit qui avait vu souvent de pareils symptômes produits par le chloroforme, quoiqui pour ma part je ne les eusse jamais rencontrés. Après plus d'une minuld d'examen du cœur, des yeux, des muscles, des membres, etc., nom reconnûmes que l'individu avait expiré.
» Des moyens énergiques furent mis en œuvre pour îe rappeler à la vie( mais en vain. L'autopsie ne fut pas faite (1). »
Observation XXIV. — L'observation suivante de mort par le clilorot forme fut faite à l'asile de Stephney. Le malade, John Holden (âge omis) allait subir une opération sur la verge. Il résulta de l'enquête qu'un demi gros de chloroforme ayant été administré sans effet, on en avait alors ajouti un gros en plus, lorsque le patient expira subitement. Cet accident arriva e( avril 1851 (2).
Observation XXV. — L'accident suivant, arrivé en octobre 1851,, Chipping (Norlon-Somerset), se rapporte à une malade de M. Farwelî nommée Éiisabeth Hollis et âgée de trente-sept ans. Personne n'observai manière dont la respiration et la circulation cessèrent, et comme celH femme était dans un grand état de faiblesse, il n'est pas tout à fait cerlaii que le chloroforme fût exclusivement cause de la morl. On l'emploj) pour prévenir la douleur résultant de l'extraction de fèces obstruant rectum dans une affection cancéreuse étendue de l'utérus et du vagin. 1 chirurgien rapporte que la durée de l'inhalation fut de huit à neuf mi nules; la quantité inhalée de 10 gros et demi, un demi-gros chaque foil et en lui laissant fréquemment respirer l'air atmosphérique.
« Elleme parla, dit-il, duranlcetintervaile. Quand jemefus assuré quei bras était insensible à l'excitation, je commençai et achevai l'opération. A t moment l'inhalation était arrêtée. Comme je fais toujours, je lavai alors » face. avec une éponge dans le but d'enlever toute trace de chloroforme hoii
(1) Siiovv, ibid., p. 152.
(2) kl., ibid., 1). 153.
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CflLOROFOnME. 277
du nez etdes lèvres, lorsque, à ma surprise, je remarquai que la palienle avait, cessé de respirer, et tous les efTols pour la rappeler à la vio furent inutiles.
» Au commencement de l'opération la pupille était contractée et la conjonctive légèrement rouge. Après la mort la pupille était très dilatée et le visage extrêmement pâle. Il n'y eut pas d'autopsie. La malade avait été chloroformisée antérieurement deux fois pour une semblable opération (1). )i
Observation XXVI. — Une malade âgée de vingt ans, d'une bonne santé habituelle et d'une forte constitution, se présenta chez M. W... pour se faire arracher une dent. Celui-ci, après l'avoir endormie avec le chloroforme, fit trois tentatives infructueuses pour pratiquer l'extraction de cette dent. Cela se passait à neuf heures du malin. On prit rendez-vous dans "'après-midi pour revenir de nouveau à une tentative d'extraction. Il résulte de la déclaration de deux personnes présentes que pour administrer le •hloroforme, le dentiste se servit d'un morceau d'éponge triangulaire long et arge de trois quarts de pouce, sur lequel il versa de douze à seize gouttes de chloroforme; il couvrit le tout d'un mouchoir, et vint le mettre sur le nez de la malade ; en quelques minutes elle tomba dans l'immobilité, mais 'extraction de la dent fut impossible, parce que les mâchoires étaient jerrées. Pendant que le den,tiste faisait effort pour les écarter, la malade 36 réveilla, on lui jeta un peu d'eau au visage. Le dentiste et une des per- •onnes présentes l'engagèrent à se soumettre à l'opération sans se faire ^hloroformiser davantage ; mais la douleur qu'elle éprouvait du contact le l'instrument fut telle, qu'elle réclama le chloroforme. Le dentiste a léciarù dans l'instruction qu'il versa de douze à seize gouttes de chlorobrmo sur l'éponge, et qu'il l'a mise sous le nez en maintenant la bouche mverle avec un n)orceau de bois. La malade n'avait pas encore perdu conlaissance, et comme elle disait qu'elle senlail, le dentiste ajouta quatre à •mq gouttes de plus. Après deux ou trois inspirations, suivant la déposilon d'une personne présente, on entendit un râlement dans la gorge, la ace devint livide, un liquide jaunâtre s'échappa de la bouche, bientôt 'Uivi d'une écume blanchâtre. Un médecin appelé immédiatement ne put lae conslater la mort. En entrant dans la pièce, il sentit une odeur de ^hloroforme si forte, (juosa tête en fut prise immédiatement (.s/c). Le flacon le chloroforme était encore ouvert sur la table, et peut-être cette cir- «nstance n'avait pas été sans quelque influence sur le résultat funeste.
A l'autopsie, on constata que les membranes étaient légèrement conjeslionnée.s et que les grosses veines contenaient un peu d'air. Du ren,, « Bubstance médullaire et la substance cérébrale étaient parfaitement
(0 Médical Times, 1851, '1' semestre, p. 620.
278 ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
saines; les sinus veineux n'élaient pas gorgés de sang; les poumons n présentaient rien de morbide; les bronches contenaient un peu d'écume sanguinolente ; le sang avait la couleur el la consistance dn jus de cerises. Le. cœur était mou, flasque, affaissé ; ses vaisseaux coronaires el ses cavité étaient vides; elles offraient déjà, ainsi que le reste du corps, un commen cernent de décomposition. Le foie était exsangue, La rate était assez volu mineuse et gorgée de sang liquide (j ).
Observation XXVII. — L'observation suivante d'un accident mortel sur venu àSeamen'shospital (hôpital des marins de Londres) a été publiée dan le Médical Times par M. Rook, chargé dans cet hôpital du service militaire Thomas Hutton, âgé de quarante-cinq ans, mulâtre natif de New -York d'une constitution vigoureuse, aux épaules larges, aux muscles très dév loppés, était atteint d'une telle altération du testicule gauche, qu'il devin nécessaire d'enlever l'organe. Sous tous les rapports autres que celui-ci, 1 santé est bonne ; seulement neuf années auparavant cet homme avait e des crachements de sang accompagnés de toux et d'oppression. L'ablatio du testicule ayant été décidée, le malade fut, à sa prière, soumis à l'iii fluence du chloroforme. Cet agent fut administré suivant le mode qu'o' avait coutume d'employer à cet hôpital, c'est-à-dire au moyen d'une con presse ou d'un foulard imprégné d'une quantité de chloroforme ne dépa santpas vingt on trente gouttes à la fois. Alors, lorsque cette quantité e épuisée, on en verse de nouveau vingt autres gouttes; puis enfin, s'il e nécessaire, dix gouttes seulement. Le malade est toujours placé sur u table, les fenêtres de la salle d'opération tenues ouvertes. Le mouchoir e maintenu à quelque distance de la bouche, et l'on a soin de n'obtenir I effets anesthésiques que lentement et graduellement. 11 est aussi d'ha tude de donner aux malades, avant l'emploi du chloroforme, un verre ' vin généreux.
Toutes ces conditions furent scrupuleusement suivies dans cette c' constance. Lorsque le malade entra dans la salle d'opération, on demanda s'il n'avait point de toux ni d'oppression. Il répondit négatif ment. La poitrine fut trouvée saine à l'auscultation et à la percussion ; pouls, régulier et faible, donnait 70 battements. Vingt gouttes do clilo forme furent versées sur un morceau de linge, mais aucun sympl,6i d'insensibilité ne survenant, on versa au bout de quelques minu vingt autres gouttes. Le patient commença à chanter et à batailler av des ennemis imaginaires, mais l'anesthésie était loin d'être complèle;
(1) Casper's H^orftcnscftri/'^, i 2 janvier 4 8r.O. Ir.nfluit flan? VUnion m(<dic(
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 270 m aspirer en plus dix autres gouttes, puis enfin vingt autres. Celte fois le malade tomba dans l'insensibilité, mais la respiration était libre, le pouls régulier et donnant toujours 70 contractions aussi pleines, aussi élastiques qii'avanl l inhalalion. Les lèvres étaient rosées. On cessa le chloroforme pondant environ sept minutes. M. Busk commença l'opération en faisant ;ui scrotum une incision qui coupa une petite branche artérielle et quelques veines dilatées, d'où le sang coula à jets très francs ; puis, presque instanlanément ce jet s'arrêta, et M. Book, qui avait le doigt sur le pouls du inalheoreux Thomas, ne sentit plus les battements de l'artère. Immédiatement on eut recours à tous les moyens imaginables employés dans une telle circonstance ; ils eurent pour résultat de provoquer à de rares intervalles quelques inspirations; mais, hélas ! celles-ci ne continuèrent pas, et I assemblée n'eut bientôt devant elle qu'un cadavre.
L'autopsie, qui fut faite vingt-quatre heures après la mort, fit découvrir les faits suivants :
Crâne. — I-es vaisseaux de la dure-mère et de la surface du cerveau ■ont gorgés de .sang et ne contiennent point d'air. On trouve dans I arachnoïde et dans le sinus spinal une quantité considérable de sérosité. Los sinus latéraux laissent écouler, quand on les ouvre, une bonne quantité (le sang noir. Le tissu du cerveau lui-même est très mollasse, le -(iptum lucidum presque diftluent.
Poitrine. — Poumons libres d'adhérences, colorés en pourpre à leur partie postérieure, gorgés de sang fluide et le siège d une infiltration 'iérouse, mais pourtant partout crépitants.
Cœur. — La surface externe du cœur est presque dans toute son (•tendue recouverte par une couche adipeuse qui a çà et là une épaisseur considérable. Le péricarde est vide , les veines caves gorgées de sang liquide, le cœur flasque, mollasse et s'aplalissant sur lui-même, les valvules et l'endocarde très sains, seulement cette dernière tunique est, dans le ventricule droit, légèrement teinte en couleur veineuse. Les parois du ventricule gauche avaient environ 1 centimètre d'épaisseur ; celles du droit étaient bien plus minces et n'excédaient pas la huitième partie d'un centi- ■ mètre. Les parois de l'oreillette gauche étaient singulièrement minces, presque diaphanes. Le tissu musculaire du ventricule droit et de la cloison était pins piiio que partout ailleurs, et les fibres avaient perdu leur aspect slrié, et étaient converties en une masse presque granuleuse.
Abdomen. — Nous ne citerons ici, commeorganes malades, que le foie, qui adhérait an diaphragme, dontla surface était rugueuse et ça et là plissée (1 ).
(t) Médical Tiinra, ISîll, 2" «piiiopIit, ji. OS, Irniliiil dnns YUuinn mMirnle, 1R"1 , p, -iOS.
2S(> ACCIDENTS DK l'ÉTHÉRISATJON.
Observation XXVIII. — Ce cas s'est présenté à l'hôpital de Saint- Barlhéleniy, le 17 mars 1 852.
Thomas Heyward, âgé de vingt-trois ans, était affecté d'un anévrysme par anastomose occupant l'oreillette droite et son voisinage. Il avait été chloroformisé le 14 du mois précédent, alors que M. Lloyd avait fait la ligature de l'artère temporale et de quelques autres vaisseaux fournissant à la tumeur, et cette fois il s'agissait de lier une artère additionnelle située entre l'apophyse mastoïde et la branche de la mûchoire : c'est pourquoi l'on donnait de nouveau du chloroforme.
C'était du même chloroforme et administré précisément avec le même appareil que la première fois. 11 fut administré par un des internes de M. Lloyd, très intelligent et très expérimenté dans l'emploi de cet agent. Un collègue de grande intelHgence et de grande expérience, qui avait été des années à l'hôpilai, et chirurgien suppléant pendant deux ans, surveillait les effets et observait l'état du pouls. D'autres jeunes gens étaient là assistant et de même aux aguets.
Dans l'espace de cinq à dix minutes l'effet habituel était produii , mais le malade avait eu beaucoup d'agitation auparavant. L'opération alors fut commencée. M. Lloyd n'eut pas plutôt incisé la peau, que l'on constata que le pouls avait entièrement cessé. Le chloroforme fut enlevé sur-le-champ, mais en quelques secondes le malade avait cessé de respirer, et l'on ne put plus sentir la moindre pulsation à aucune des artères ni au cœur.
La respiration artificielle, de même que la percussion et la compression de différentes parties du corps, fut employée immédiatement. Après avoir continué quelque temps ces moyens, on observa que la circulaiion revenait et l'acte de la respiration revint plusieurs fois. Néanmoins l'état de mort reprit prompLement ; mais on revint aux mêmes moyens, en y ajoutant le galvanisme, et la circulation et la respiration furent encore rétablies. Le malade retomba dans le même état que la première fois, mais fui de même ranimé par les mêmes moyens.
En quelques minutes l'éiat cadavérique reparut encore. Cette fois on ouvrit la veine jugulaire, qui était très gonflée à gauche ; la trachéotomie fut faite et les poumons insufflés. Le malade fut aussi placé dans un bain chaud à 10 4 degrés (Fahrenheit), la respiration artificielle était continuée tout le temps : cependant tout fut impuissant.
A l'examen du corps, on constata entre autres les altérations suivantes: Les veines innominées et la veine cave supérieure étaient remplies de sang et avaient été probablement distendues, car 2 ou 3 onces de sang s'étaient écoulées dans la bière par l'ouverture faite à la veine jugulaire externe. L'oreillette et le ventricule droits étaient distendus par du sang, et l'auraient été sans doute davantage sans l'écoulement ci-dessus mentionné; l'oreil-
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 281 l..ue et le ventricule gauches conlenaienl très peu de sang. Le ventricule uiche était exactement contracté dans la rigidité cadavérique. Le cœur .ait le volume ordinaire; sa texture était naturelle, la môme dans toutes ms parties, et paraissait avoir possédé une puissance normale; ses valules étaient aussi toutes saines , et l'on ne put découvrir la moindre 'ération dans aucun des gros vaisseaux de l'intérieur de la poitrine. Toulois le sang était en général fluide et restait non coagulé après sa sortie liurs du cœur et des vaisseaux; il avait aussi une teinte brune pourprée n os analogue à celle qu'on observe communément dans la rate ; nulle part, ;ilors qu'il était épanché en nappe, il n'offrait la teinte ordinaire sombre, lire ou cramoisie du sang veineux. Les deux poumons présentaient d'anennes adhérences vers leur sommet et à leur face postérieure; leur tissu iail sain, mais ils paraissaient plus affaissés et desséchés que d'habitude ; ,eurs vaisseaux sanguins n'étaient pas trop remplis (1).
Observation XXIX. — Un cas de mort par le chloroforme s'est présenté dans la pratique du docteur Wùslefeldt (de Neustadt).
Une jeune fille de treize ans portait un lipome volumineux sur la région dorsale, tumeur qui s'étendait de la dernière vertèbre dorsale à la crête iliaque. On employa un gros de chloroforme. Dès que l'insensibilité se produisit, l'opération fut commencée ; mais à peine le chirurgien avait-il divisé la peau, que l'enfant, cédant aux lois de la pesanteur, tomba brusquement en avant sur la poitrine. Le docteur Wiistefeldt, frappé de ce phénomène dont il avait été déjà témoin en de semblables circonstances, suspendit aussitôt l'opération, et s'efforça de rappeler la malade à la vis, mais tous ses efforts furent superflus, et dans l'espace de quelques minutes il devint évident que l'enfant avait cessé de vivre (2).
Observation XXX. — L'accident suivant arriva à l'hôpital Look, à Londres, en mai 4 854. Walter Holiis, tailleur, âgé de dix-huit ans, avait lé traité pour des ulcérations sous le prépuce. Celles-ci étant guéries, il allait subir l'opération du phimosis congénital. Ce garçon était de mœurs li^^solues et offrait un extérieur pâle, cachectique.
L'inhalateur employé était un simple garde-bouche où les narines sont 'lissées découvertes. Environ 2 gros de liquide furent versés dans l'instrument. Après six minutes d'inhalation environ, l'insensibilité parut se produire, et à ce moment on s'assura que le pouls était bon. Rien, du reste,
(1) Médical Times and Gazette, i" semestre, p. 293.
(2) Krom Med. Zeituiir/ von den Verrini fiir Heilkunde in Prcumn, n'' 41. Berlin, 2 novembre 1853.
ACCIDENTS DR l'ÉTIIÉRISATION.
n'était venu indiquer le danger imminent, quand après quelques inhala-lions de plus, le pouls tomba soudainement et devint tout à fait impercep-, tible, et le visage se couvrit d'une teinte pâle et plombée. Le chloroforme fut immédiatement enlevé, et l'on se livra alors à toutes les tentatives capables de ranimer le sujet en fouettant violemment la poitrine aveo une serviette mouillée, en appliquant l'ammoniaque sous le nez et en exéculanti la respiration artificielle. Ces moyens furent employés pendant, trois oui quatre minutes avant qu'aucun signe de vie apparût ; mais bientôt le pouls put être senti de nouveau et la respiration spontanée était rétablie. Om cessa la respiration artificielle à la vue de ces signes de retour à l'existence,; et pendant plus de dix minutes la poitrine continua à se dilater régulière-' * ment et le pouls battait quarante ou cinquante fois par minute; le faciea
du malade s'était bien amélioré et même paraissait légèrement injecté;' cependant, après un intervalle d'un peu plus de dix minutes peut-être, oea phénomènes de vitalité disparurent de nouveau, le pouls elles efforts respU ratoires cessèrent simultanément et le visage prit un aspect cadavérique.» La respiration artificielle et les autres moyens furent remis en œuvre,! niais celte fois sans le moindre effet.
L'autopsie, faite le lendemain, montra une grande congestion veinousedë l'encéphale ; les poumons étaient aussi quelque peu congestionnés; le cœUB était légèrement dilaté et les parois ventriculaires amincies. Dans lesfibraa musculaires, le microscope découvrit une dégénérescence graisseuse assea prononcée. Le sang était partout fluide (1).
Observation XXXI. — Madame Simon, âgée de trente-six ans, mèM de trois enfants, d'une forte constitution, d'un tempérament nervoso-saim guin, était en général d'une bonne santé ; elle souffrait seulement de doui leurs dentaires presque habituelles provenant de la carie de plusieurs dénis. Il y a quelques années, on lui avait extrait quatre dents molaires, et cetia opération avait été l'occasion d'une vive excitation morale. Depuis cettt époque, madame Simon se préoccupait sans cesse des conséquences qui pouvait entraîner la carie dentaire dont elle était atteinte. Les douleurs su renouvelant, elle redoutait une maladie des os maxillaires ; elle pensaii qu'une nouvelle extraction de dents était nécessaire pour la garantir de cm danger, et en même temps elle craignait au plus haut point les douleun de l'opération. Cette double préoccupation fut portée à un tel degré dani ces derniers temps, (jue sa santé générale en reçut une atteinte notable* elle perdit l'appétit et le sommeil ; elle maigrit de manière à donner d l'inquiétude à sa famille. Elle prit enfin la résolution de se soumellre ;
(1) MPiUral Timen anil (lazctle, IS.'JS, 1" ."semestre, p. 572.
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 58?. l extraction des dents gâtées; elle exigea, comme condition expresse, que I on fît usage des inhalations de chloroforme. Le malin même du jour on l opéralion devait être pratiquée, elle était en proie à l'agitation la plus vive et tout en demandant lopération, elle témoignait des pressentiments ministres. L opération fut pratiquée par un officier de santé, en présence du mari et d'une servante. La malade fut assise sur une chaise. On allait commencer l'opération quand elle se leva éperdue et parcourut la chambre en proférant des paroles incohérentes. On parvint à la calmer, elle déclara elle-même qu'elle était décidée ii l'opération ; elle se replaça sur la chaise. Une petite quantité de chloroforme est versée sur un mouchoir, qu'on approche des narines et des lèvres. La malade annonce presque aussitôt qu'elle ressent les effets du chloroforme ; on pratique vivement l'extraction des trois dents. Pendant celle opération, qui ne dure qu'un instant et qui se fait avec la plus grande promptitude, le mari est frappé de l'altération des traits de sa femme, la face devient cadavéreuse. « Elle est morte! dit-il, » et elle avait effectivement cessé de vivre. Tous les soins qu'on lui prodigue restent inutiles. La quantité de chloroforme avait été très faible ; on nous a représenté l'ordonnance de l'officier de santé portant 1 0 grammes de chloroforme que l'on avait été chercher dans une pharmacie voisine ; le vase en renferme encore 6«%75, ce qui réduit à 5i''%25 la quantité de chloroforme employée.
Autopsie. — Le -13 juin, à onze heures du matin, soixante-deux heures après la mort, nous avons procédé à l'ouverture du corps de madame Simon . Nous avons constaté les faits suivants :
■1 " Le corps est celui d'une femme assez robuste et bien constituée ; la décoloration de la peau est générale, si ce n'est à la partie postérieure du tronc, où les lividités cadavériques sont assez prononcées ; la face estpAle, son expression est calme, les yeux sont flasques, les pupilles sont fortement dilatées.
2" La rigiditécadavérique existe encore aux orteils, aux pieds, aux genoux, et faiblement aux doigts. La putréfaction commenceà peine; le corps n'exhalo qu'une faible odeur putride. Le ventre est un peu méléorisé ; il présente aux flancs une légère teinte bleuâtre.
3» Beaucoup de dents manquent, celles qui restent sont cariées ; trois dents ont été récemment extraites à la mâchoire supérieure : l'incisive médiane, la première molaire gauche, la troisième molaire droite; los cavités alvéolaires sont largement ouvertes ; les deux premières ont leurs parois injectées et rouges, celles de la troisième sont décolorées. L'os maxillaire est un peu tuméfié et carié dans sa lame externe, au niveau de l'alvéole de la troisième molaire. Le périoste est épaissi et décollé.
4" La langue est fortement contractée ; sa convexité touche la vofile
ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
palaline, sa poinle est éloignée des arcades denlaires, sa base n'esl pas injectée ; l'épiglotte est abaissée et couvre l'ouverluro de la glotte, dont les lèvres sont écartées l'une de l'autre.
5" La muqueuse du larynx a sa coloration normale, celle de la Iraciiée est un peu injectée. Les bronches ont une teinte d'un rouge assez vif. On ne trouve d'écume que dans une des grosses divisions de la bronche droite et dans quelques rameaux plus petits du mémo côté.
6" Les poumons sont très volumineux, ils présentent à l'extérieur une teinte rosée en avant et rouge vineuse en arrière ; deux taches rougeâlres sous-pleurales se remarquent dans la scissure qui sépare les lobes gauches. Le tissu pulmonaire incisé est d'un rouge vif, qui devient d'autant plus foncé qu'on se rapproche de la partie supérieure de l'organe. Une grande quantité de sang mêlé d'un peu d'écume s'écoule de la surface des incisions. La partie supérieure des deux poumons offre de nombreuses saillies emphysémateuses formées par la dilatation de plusieurs lobules et par quelques plaques d'emphysème sous-pleural. Le bord antérieur de ces lobes est surtout dilaté par de l'air. Les lobes inférieurs présentent aussi, mais à un moindre degré, des traces d'emphysème. Toutes les parties des poumons, même les plus gorgées de sang, crépitent et surnagent. Un épaississement assez notable, trace d'une altération ancienne, existe au sommet de la plèvre du poumon droit.
7° Le péricarde contient trois cuillerées de sérosité citrine; le cœur est flasque et d'un volume médiocre. Les cavités droites sont remplies d'un sang liquide d'une teinte foncée, mêlé de quelques caillots Gbrineux. Les cavités gauches renferment une quantité beaucoup moindre d'un sang qui a les mêmes caractères physiques. Le sang n'est point spumeux. Les veines caves et les veines jugulaires contiennent beaucoup de sang; on remarque aussi une grande quantité de ce liquide dans l'aorte pectorale et ventrale, dans les iliaques primitives et dans les artères rénales.
8° L'estomac ne contient qu'une petite quantité de mucosités brunâtres ; le tube digestif, légèrement injecté à l'extérieur, n'offre rien de particulier. Le foie a une teinte foncée et renferme beaucoup de sang ; il en est de môme de la raie, qui est un peu ramollie.
9° L'utérus est volumineux, sa cavité est remplie de sang poisseux. L'ovaire gauche offre deux foyers hémorrhagiques du volume d'une fève ; un foyer semblable existe dans l'ovaire droit. Les pavillons des trompes ne reposent pas sur les ovaires.
'1 0° On distingue quelques bulles d'air dans les veines qui rampent h la surface du cerveau et dans l'artère basilaire. La pie- mère n'esl pas injectée. Le parenchyme cérébral, très ramolli et d'une consislaiico huileuse, n'exhale point d'odeur fétide et n'offre qu'une très légère sabUire; sa
MORTS SUlîlTliS PENDANT l'ADMINISTHATION DU CllLOUUFOJtMK. '285 . oloralion est normale. Les ventricules renfermeiil irès peu de sérosilc. La prolubérance annulaire, le cervelet, la moelle allongée et la moelle épi- Mière, examinés jusqu'au bas de la portion dorsale, n'offrent rien de parlicnlier.
■ir Nous avons mis à part cl renfermé dans des vases cadielés et scellés, pour ôire soumis à l'analyse chimique, du sang provenant du cœur cl des gros vaisseaux, une partie des poumons, du foie et de la rate (1)..
Observation XXXII. — Madame W..., âgée de trente-deux ans, de ronslitution très forte, sauf quelques varices aux jambes et des abcès laiteux aux seins, a toujours joui d'une excellente sanlé. Le 27 juin, celte femme fit appeler le médecin Fischer pour se faire extraire une dent. De très bonne heure, et n'attendant que la fin de l'opération pour prendre part au dîner qu'on venait de servir, elle se mit sur une chaise, la tête appuyée contre son mari placé derrière elle , pour se faire chloroformiser ; elle demanda au chirurgien : « Quels sont les premiers phénomènes du chloroforme? » A quoi celui-ci répondit: « Des bourdonnements d'oreilles. » Le chirurgien dentiste verse de vingt à vingt-cinq gouttes de chloroforme sur une éponge entourée d'un mouchoir et le place à quelque distance encore de la bouche et du nez. Après quatre ou cinq inhalations, l'opérateur demande à la femme W... si elle ne ressentait pas encore des bourdonnements d'oreilles ; la réponse affirmative lut tremblotante, râlante ; en même temps elle étendit fortement les membres, la face devint bleuâtre, les yeux hagards, la léte et les bras s'affaissèrent ; elle était morte.
D'après le récit du mari, le temps entre l'inhalation et la mort fut tellement court, qu'on aurait pu à peine prononcer oui ou non. Des aspersions d'eau froide, l'insufflation de l'air, la compression et les mouvements du thorax, les excitants sur la peau, la titillation de l'arrière-gorgc, etc., res- Icreiil sans succès.
L'autopsie fui faite vingl-cinq heures après la mort, par une température do l;j degrés ; il n'existait ni rigidité, ni odeur cadavérique. Sauf les lividités cadavériques assez prononcées et le boursouflement de la face du cou, il n'y avait pas de signes de putréfaction. En ouvrant la tôle, il s'écoula ■ beaucoup de sang spumeux ; les vaisseaux des membranes du cerveau étaient gorgés de sang conlenantbcaucoup de bullesd'air assez volumineuses pour être roulées sous les doigts.
L'aspect, la consistance du cerveau et du cervelet étaient à l'état normal, mais la substance cérébrale manifestement plus riche en sang qu'à l'ordinaire. Vaisseaux inférieurs de la dure-mère plus gorgés desang que les supérieurs.
(I) Union médicale, 1852, p. 54.
28G ACCIDENTS DE L'ÉÏUlîlllSATlON.
lin incisant la caroliiii^ cérébrale et rarlére vertébrale, il s'en écoula du sang très épais contenant aussi des bulles d'air, lùi général, lout le sang offrait une consistance ténue et une couleur d'un rouge très foncé. La cavité buccale, le gosier, l'épiglotte, la glotte, à l'étal normal, n'étaient ni rouges ni couverts de mucosités ou d'écume. Par contre, la muqueuse de la trachée, depuis le cartilage aryténoïde jusqu'à la bilurcalion des bronches, était fortement injectée de sang et d'un aspect bleu rougeâtre. Les deux poumons, légèrement adhérents aux plèvres, présentaient au tiers supérieur une coloration d'un gris pâle, d'un rouge bleuâtre aux deux tiers inférieurs, remplis d'un sang rouge assez foncé, spumeux, ténu, sans vestiges d'emphysème. Cœur de grandeur et de position naturelles, d'un rouge grisâtre, de consistance molle, flasque, sèche. Vaisseaux coronaires gorgés d'un sang contenant de nombreuses bulles d'air. Oreillettes boi:rsouflées, non pas de sang, mais d'air. Pas de vestige de sang dans l'oreilletle droite, dans les deux ventricules ; une petite cuillerée dans l'oreillette gaucho. Artères pulmonaires, aorte, veines caves, ii leur entrée dans le cœur, vides de sang.
Muqueuse de l'estomac fortement injectée ; ventricule complètement vide ; foie et reins gorgés d'un sang rouge spumeux : rate, pancréas à l'étal normal ; intestins ballonnés. Le peu de sang que renfermait la veine cave inférieure dégageait continuellement des bulles d'air.
La putréfaction est peu avancée dans l'intérieur du cadavre ; on ne perçoit nulle part l odeur du chloroforme. Des expériences chimiques constatent la présence du chloroforme dans le sang. Ce qui restait du chloroforme qui avait servi à cette malheureuse femme fut trouvé complètement pur (1).
OitsEuvATios XXXIII. — Un soldat du 27'^ de ligne, âgé de vingtcinq ans, fut admis à l'hôpital en décembre 1852 pour se faire enlever deux petits kystes placés, l'un dans l'épaisseur de la joue gauche, au voisinage du conduit de Sténon, l'autre derrière la commissure labiale droite et faisant saillie dans la cavité buccale. L'ablation de ce dernier avait été faite six mois auparavant d'une manière incomplèle dans un autre hôpital. Peu de temps après la cautérisation, la tumeur s'était reproduite ; elle offrait alofs le volutne d'uiie amande.
Ce jeune homme paraissait d'uhe forte constitution et ne semblait atteint d'aucune affection de natufe à contre-indiquer l'emploi du chloroforme, qu'il demandait d'ailleurs avec instance, ayant déjà été soumis à son action.
{{) From ./l/edîc»nisc/ics torrei'ponàms Élall, Iraduil dans la Gazette des hôpitaux-, 1832, p. 470.
MiMiTS SUUITKS l'ENDANT L'ADMINISTRATION DU ClILOUOFORME. 287 Le 20 décembre, M. Vallel procéda à l'opération en présence de plu- -ii'urs de ses collègues el dos élèves de l'hôpilal. Le malade, complélemenl ,1 jeun, couché horizontalement, la têle légèrement relevée, fui soumis aux inhalations aneslhésiques. Une éponge formant un cône creux, selon le recédé de M. Simpson, et imbibée d'un gramme de chloroforme, fut préniée par le chirurgien lui-même, d'abord à dislance de l'ouverlure des irines, puis graduellement rapprochée, avec la précaution de laisser conlinuellement la bouche entièrement libre et ouverte.
Au boat d'une minute, le malade n'exprimant aucune répugnance, i î^ranimes de chloroforme furent versés sur l'éponge, el à peine quatre miiiles s'étaient écoulées, que le patient, sans avoir éprouvé aucun signe excitation du larynx, sans avoir manifesté aucune résistance, sans roucur de visage el après une légère période d'agitation, tomba dans un état li'insensibilité qui parut indiquer le moment favorable pour commencer l'opération ; en cet instant la respiration paraissait s'exécuter d'une manière favorable ; l'état du pouls ne fut point constaté.
A peine la petite incision nécessaire pour mettre à découvert le kyste do la joue, par lequel M. Vallet avait cru devoir commencer, était-elle terminée, que le malade pâlit, que la respiration parut se suspendre. Le pouls dans, ce moment était d'une faiblesse extrême.
L'opération est aussitôt interrompue, et le malade reçoit les soins les plus actifs el les plus empressés. La position horizontale est augmentée, l'air est renouvelé ; on a recours aux aspersions d'eau froide, aux inspirations de substances irritantes, aux frictions de toute nature, aux pressions alternatives sur les parois du ventre et sur les côtés du thorax ; on introduit de l'air de bouche à bouche, pendant que la langue, saisie à la pointe, est portée de côté; on pratique ensuite des insufflations pulmonaires aux moyens d'une sonde. Tous ces moyens n'ayant fail obtenir que (le rares inspirations, M. Vallet pratiqua la broncholomie et introduisit dans la trachée-artère utie sonde avec laquelle des insufflations d'air furent faites doucement et alternativement. Après quelques minutes de tentatives 'ifructueuses, un courant électrique fut établi à l'aide d'aiguilles enfoncées liins la région du cœur. Des contractions furent déterminées dans cet organe et dans les muscles extérieurs, mais on n'obtint aucun signe de vie. L'autopsie rre put être faile que quarante-huil heures après la mort. Auiopsk. — Le corps présente à l'extérieur une décoloration générale ; il existe de la rigidité dans les membres.
Téic. — L'incision des téguments laisse échapper à peine un peu de sang. Les sinus de la dure- mère sont presque vides, ainsi que les veines qui rampent à la surface du cerveau. La substance cérébrale est assez ferme, et coupée par tranches, elle ne laisse pas suinter une gouttelelle
ACCIJJEMT.S DE l'ÉTHÉUISATIoN.
do sang. Les voiilricules iiu conlienncnl qu'une très pclilc quanlilé du sérosité.
PoUrine. — La trachée n'oiïro pas de rougeur anormale; il n'y a pas d'écume dans les bronches. A l'instant où le thorax est ouvert, le sang contenu dans les veines sous-clavières est recueilli pour être soumis à l'iinalyse.
Les poumons sont gorgés de sang dans toute leur étendue, et leur volume paraît augmenté. Us offrent à l'extérieur quelques taches brunâ- Ires ecchymotiques. Incisés dans plusieurs directions, ils présentent une infiltration considérable de sang noir diffluenl en certains points, coagule dans d'autres et formant comme des noyaux apoplectiques; il s'en dégage quelques bulles d'air. Il n'existe pas d'emphysème. Le cœur, un peu plusvolumineux qu'à l'état normal, est d'une excessive (laccidité ; les cavités gauches sont vides , les droites contiennent quelqutîs caillots plus résistants.
Abdomen. — L'estomac, distendu par des gaz, est vide de toute matière? alimentaire. Le foie, un peu augmenté de volume, est d'une couleur foncée;; les incisions qu'on pratique laissent écouler une grande quantité de sang, noir. La rate et les reins sont gorgés du même liquide.
Le sang qui avait été recueilli et quelques fragments du foie et de las rate ont été minutieusement analysés par un chimiste habile, sans qu'on ait i pu y trouver de traces de chloroforme ('!).
Observation XXXIV. — Le nommé Henri Hollingwortb , facteur à Newton-Moor, près de Hyde, succomba à l'infirmerie royale de Manchester. . Le chloroforme avait été administré pour lui éviter les douleurs d'une: grave opération. Une enquête a été faite sur le corps par M. Herfow, . coroner, et a amené les déclarations suivantes que nous empruntons aui London Lancel : l'
« M. John Wright Backer, chirurgien de l'infirmerie royale, déclare que le i malade a été admis à l'hôpital le 16 décembre 1852 pour une tumeur de = mauvaise nature à la cuisse droite, pour laquelle il fallut pratiquer une opération. On regardait cette tumeur comme de nature cancéreuse, quoique ; le diagnostic fût douteux. Il élait à son entrée dans un fâcheux état de santé, que l'on chercha à améliorer par tous les moyens avant de recourir au traitement. Une consultation avait été faite avant son admission, et l'opération décidée du consentement du malade. A celte consultation assis- ■ taicnl tous les médecins de l'infirmerie.
» Le malade, la veille do l'opération, dit être disposé à la subir à condition ;
(I) Rapport de M. Robert, JMlotin de la Société de chirurgie, l. 111, p. 582.
MOKÏS SUlilTliS l'ENDANT L'AUMliMSTRATlUiN DU CULOROFUIIME. 2S{)
ou emploierait le chloroforme. La plupart des malades y ont recours, iiii dis qu'on s'en servirait, puisqu'il le désirait, qu'il n'éprouverait pas douleurs, et que je ferais tout ce que je pourrais pour soutenir ses res. Je ne lui donnai cependant aucune garantie. » Nous avons administré fréquemment le chloroforme, et jusque-là sans q'i'aucun accident soit arrivé.
• Le vendredi 24 décembre, à onze heures, l'opération fut pratiquée, i taiont présents : M. Jordan, comme opérateur ; M. Beever comme aide ; \l Wilson, les docteurs Renaud et Wilkinson, tous membres du personnel lical de rinfirmerie, et moi. M. Frédéric Heath, chirurgien, administra ( hloroforme. Le malade fut très excité, s'agita beaucoup et parlait m; volubilité. Le chloroforme fut administré lentement et toutes lespré- 1 lions furent prises pour éviter le danger. Les médecins remarquèrent oux ou trois reprises que le médicament était long à produire son effet, sensibilité arriva enfin au bout de sept minutes environ. M. Jordan imença son opération par une incision à la peau qui recouvrait la eur. J'assistai le chirurgien quand M, Heath dirigea mon attention sur isage du malade. J'observai alors que la face était congestionnée, s la respiration n'était pas stertoreuse. Les pupilles semblaient avoir du toute action ; la respiration devint excessivement lente, et le malade o atiaissa promptement. Je fis remarquer ces symptômes à l'opérateur et Hux autres médecins. L'opération fut alors suspendue et l'on s'efforça de ^•animer le malade ; mais les pupilles ne reprirent pas leur action ; elles jj^taient demeurées entièrement fixes. 11 poussa un profond soupir, et, selon Roule apparence, il était mort.
<, » En administrant le chloroforme, des doses successives en furent donifiées jusqu'à ce que l'effet fût produit ; chaque dose était d'une drachme |i grammes), prise à intervalle dans un appareil à inhalation. Les eff'ets du l^hloroforme varient suivant les constitutions, mais nous avons l'habitude ;le prendre toutes les précautions pour prévenir un accident, et je puis :if6rmer avec satisfaction que les chirurgiens ont rempli leur devoir, soit lans le mode d'administration de cet agent, soit dans l'opération.
» M. Jordan a été aussi interrogé et a déclaré, conformément avec M. Bacœr, qu'un temps assez long s'écoula avant que l'insensibilité fût produite, ;t alors même, elle n'était pas complète, car après que l'incision fut faite : e malade se plaignit plusieurs fois d'être mordu par un chat (4). »
Observation XXXV. — L'accident eut lieu à Melbourne (en Australie). U patient se nommait M. John Atkinson ; son âge n'est point indiqué.
(I) Amidon Lancel, 1853, t. I, p. 21, traduit dans la Gazcllo des hôpitaux '853, p. 327.
290 ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉRISATION.
Le docteur Thomas, qui allait pratiquer l'opération de lu fistule à l'anus rapporte : Avant d'administrer le chloroforme, j'interrogeai le putienlpar-' licuhèrements'il avait jamais souffert de quelque maladie sérieuse, à quoi il répondit négativement. Je m'informai aussi s'il avait été sujet à la toux ou aux palpitations, et il répondit qu'il avait eu pendant quelque temps une: toux légère. Le pouls était bon, et M. Barker procéda de la manière ordi-i naire à l'administration du chloroforme, qui bientôt produisit des tirailler ments convulsifs des nerfs. J'allai alors à la porte demander à la garde< malade d'envoyer quelqu'un pour aider à tenir le malade dans une positiot; convenable à l'opération ; puis je retournai vers le lit et versai encore un peu de chloroforme sur le mouchoir ; quand celui-ci fut appliqué sur 1; face, j'entendis du gargouillement à la bouche ; aussitôt le chloroforme fui supprimé, mais le malade expira immédiatement. Nous essayâmes tous le» moyens ordinaires recommandés en pareil cas, mais en vain. Je m'étais serv souvent du même chloroforme en d'autres occasions. Ce ne fut pas pluii d'une minute après la première application du chloroforme que la mort arriva. Un gros (4 grammes) de liquide environ avait été versé sur le mouchoir.
A l'autopsie, il y avait un épanchement considérable de sérosité dans I péricarde, et le cœur lui-même était plus flasque et plus dilaté que d'habi) lude ; il était hypertrophié. Il y avait une dilatation des cavités. Les pou» mons étaient sains et le foieoffrait unelégère apparence d'altération, comtn! on l'observe chez les personnes adonnées à l'intempérance (1).
Observatio}? XXXVI. — Le 4 0 août 1852, un M. Maftin, marchand d bestiaux, mourut près de Melroso (en Ecosse), après avoif été chlorofo misé pour une application de potasse caustique sur quelques ulcères dé jambe. Le docteur Brown, qui rapporte le fait, s'exprime ainsi:
Avant de procéder à l'application du caustique, je lui donnai du chlor fortne ; les effets se produisirent difficilement et l'agitation était grand Après avoir commencé à appliquer le caustique, je trouvai que lô màla n'était pas suffisamment insensible à la douleur, et je lui rendis encore û peu de chloroforme, ce qui donna l'effet désiré. J'appliquai alors le caU tiqUe, et j'allais finir justement lorsque j'obsei'vai une sorte de saccâ dans la respiration. J'arrêtai tout immédiatement, et, en le regardant, vis sa bouche et ses yeux ouverts, la respiration irrégulière, la face pâle les yeux légèrement tournés en haut et les pupilles dilatées. Le doa leur' Brown essaya la respiration artificielle et les autres moyens po tappeler le patient à la vie, mais sans succès. Il dit : En quelque
1) Médical times and Gaselle, 1852, 2" semeslre, p. 531
MORTS SUltlTKS PENDANT L ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 291
minutes le sujet expira. Il n'est point fait mention du pouls ni de l'Age rJu malade (1 ).
Observation XXXVII. — Ce cas a été observé lo 19 mars 18S3 à I hôpital d'University collège, à Londres. Le sujet de l'observation était une femme non mariée, ûgée de vingt-huit ans. Le chloroforme fut admi-
■slré pour une application d'acide nitrique sur une ulcération gangréneuse
! la vulve et du vagin. Le chloroforme, d'une quantité évaluée d'abord à I gros (4- grammes) environ, fut versé sur un morceau de charpie de > pouces carrés environ, replié quatre ou cinq fois sur lui-même. Au bout do peu de temps la malade devint agitée, bavarda bruyamment et lança ses bras de côté et d'autre. Bientôt après un relâchement partiel des membres succéda, et elle devint insensible et sans pouls.
Les symptômes ultérieurs ne sont pas mentionnés, mais il est rapporté qu'elle s'affaissa et mourut. L'étal de la respiration n'est pas indiqué, mais M. Srichren, qui, quoique absent au moment de l'accident, fut mis au courant de tout ce qui était arrivé, déclara à l'enquête que la mort était due 1 une paralysie du cœur sous l'influence du chloroforme. Le docteur Quain
amina la structure du cœur à l'aide du microscope, et il constata que cet organe, particulièrement dans sa partie droite, était dans un état de dégénérescence graissetise (2).
Observation XXXVIII. — M. Triquel rend compte, dans le journal la Pairie, des détails d'un accident mortel survenu dane sa clientèle partil'ulière :
Nous nous réunîmes dans la chambre de M. Breton, lui, Masson et moi. Comme cette chambre était très chauiïée, basse, encombrée de meubles, ■n ouvris la fenêtre pour donner de l'air. Breton se coucha sur son lit pour que sa tète eût bien la position horizontale recommandée en pareil cas. Sa poitrine, son cou, furent mis à nu et dégagés pour que rien ti'échappût a ma vue, des phénomènes de la respiration. Dans cette situation, je versai sur une compresse formée d'un linge très poreux et plié 'louble, dix ou douze gouttes de chloroforme, et j'approchai le linge à 1 0 ou 4 2 centimètres du nez.
J'avais il l'avance prévenu Breton des effets que produirait le chlororme, et j'avais eu soin de placer ma main dans la sienne pour être averti T la pression de colle main des progrès de l'anesthésie. Au bout de • inq ou six inspirations remarquables, le palienl eut un léger accès d'hila- "lé qui témoignait que l'effet commençait à se produire. Il cul besoin de
(0 MonlMy Journal of iled., l. X.V, p. 377. (2) Lancel, 1853, l<"- semestre, p. 307.
292 ACCIDENTS DK l"ÉT11ÉU1SAT10N. i
cracher, il le fit dans la compresse que je tenais sous son nez ; puis après m'avoir serré la main une dernière fois, il fit à peine une aspiration; après ^ quoi un mouvement convulsif se manifesta à la fois dans la face et dans la < main. Je crus que c'était une syncope qui se produisait; je consultai le:' pouls et le cœur qui avait disparu. Tout était fini. Il était mçrt foudroyé (1).
OBSEnvATioN XXXIX. — Un homme de quarante-trois ans, habitué; aux excès, était resté trois mois à l'infirmerie royale d'Édimbourg sous la direction du docteur Dunsmure pour un rétrécissement de l'urèthre. On lésolut de diviser le rétrécissement d'après la méthode de Syme, et le; docteur Sulhers fut chargé de l'administration du chloroforme ; il avait unet grande habitude de cette pratique et employa environ 30 grammes dee chloroforme, en maintenant le mouchoir qui en était chargé à quelques pouces de la bouche du malade.
Au début de l'inhalation, le malade fit des efforts considérables et pré-senta une congestion excessive de la face et de la tête. Un momen t il sembla pris de convulsions semblables à celles d'un accès épileptiforme, et on eut soin pendant ce temps d'éloigner de la face du sujet, le mouchoir t contenant le chloroforme. Peu de temps après l'inhalation réussit mieux elr donna lieu à un sommeil accompagné de ronflements. Alors que ce sommeilil stertoreux était encore très prononcé, le chloroforme fut éloigné promple-ment et complètement. Dès que le malade avait cessé ses mouvements onr l'avait placé dans une position convenable, et le chirurgien s'apprêtait a faire la première incision lorsque l'un des assistants l'avertit que le pouls s'affaissait en ce moment ; les pulsations se sentaient encore bien à la tibiale postérieure, mais une ou deux secondes après, le pouls disparuti brusquement de la radiale et de la tibiale. La respiration ne cessa pas avant, le pouls ; la face était très congestionnée, les mâchoires contractées et lespupilles dilatées. Le docteur Dunsmure parvint à ouvrir la bouche et a
faire sortir la langue.
La respiration artificielle fut essayée, et quelques minutes après le) malade fit une longue inspiration suivie de quatre autres à des uitervailesde plus en plus éloignées, mais le pouls ne reparut plus. On pratiqua la trachéotomie dans le but de faire avec plus d'efficacité la respiration arli- ficielle; la veine jugulaire externe fut ouverte et il s'en écoula 2 onces dë sang. Le galvanisme fut appliqué de manière à produire la contraction du) diaphragme: efforts inutiles, le diaphragme perdit graduellement sa contractilité, et après une heure de tentatives diverses on abandonna le sujet..
(1) Journal la Pairie, i mai 18o3 {Monilcay des hôpitaux, 1833, p. 180).
MORTS SUniTES PENDANT l' ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 293 Le docteur Gairdner, qui a fait l'examen nécroscopique, déclare que lous les organes étaient sains. Le péricarde contenait près d'une demionce de sérum. Les deux cœurs contenaient du sang, le droit en plus rande quantité que le gauche. Le sang avait une Quidité inaccoutumée. 1,0 tissu du cœur était flasque et pâle , les fibres à peu près à l'état normal, les poumons un peu congestionnés (1).
Observation XL. — Une femme de quarante ans, de taille moyenne, de , onslitution délicate, dont la santé générale était assez bonne, qui n'était sujette ni aux palpitations ni à la dyspnée, mais qui faisait abus de boisons alcooliques, entra à l'hôpityl d'University collège, le 5 octobre, oiir une hernie crurale étranglée datant de deux jours et demi. Tentatives ,1e réduction inutiles. Pouls régulier et un peu fort. L'opération étant résolue par le professeur Quain, le chloroforme fut administré avec les précautions ordinaires par M. Hillier, médecin interne qui était ordinairement chargé de cette administration, et qui rapporte le fait dans le Médical Times du 22 octobre. Le chloroforme versé sur un linge fut tenu d'abord à 3 ou 4 pouces de la face, et ensuite rapproché à la distance d'un pouce l'i demi du nez et de la bouche. Pendant trois ou quatre minutes il n'y a rien d'anormal, le pouls et la respiration continuant régulièrement. On employa d'abord 4 ou 5 grammes de chloroforme, et au bout de trois ou quatre minutes on en ajouta de nouveau 2 grammes. Une minute après l addition de cette nouvelle quantité de chloroforme, la malade agita violemment les bras et les jambes; à cause des contractions musculaires on ne pouvait que difficilement percevoir le pouls à la radiale. L'agitation ilura une minute et fit place à une respiration haute et stertoreuse. On ■ loigna immédiatement le chloroforme; le pouls n'était plus sensible à la ridiale, les pupilles étaient dilatées, la face légèrement altérée, la langue non contractée.
Pendant qu'on fait inutilement des aspersions d'eau froide sur le visage lie la malade, elle fait deux ou trois inspirations courtes et stertoreuses >iiivies de deux ou trois inspirations profondes, et ensuite la respiration l esse. La respiration artificielle est essayée immédiatement, une minute .iprès le galvanisme est appliqué à la partie supérieure du cou et du dia- [iliragme. Sous l'influence de ces moyens, il y a à trois reprises des efforts lespiratoires, après quoi le sujet ne donne plus signe de vie. Au bout de quelques minutes, la trachéotomie est pratiquée et la respiration artificielle f onlinue par l'ouverture trachéale pendant trois quarts d'heure. . Le docteur Hillier ajoute qu'il avait administré le mêmejoui, do la
(1) Monlhly Journal, novembre 18'i3, p. 427.
20ii ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION. y
mAmo nianièro, à cinq malades différents, la même substance, sans produire aucun résultat fâcheux.
L'aulopsie par le docteur Garrod, treize heures après la mort, donna les résultats suivants :
Roideur musculaire prononcée, sang fluide partout.
Abdomen ballonné. Diaphragme remontant à la quatrième côte à gauche et à la troisième à droite. Une once de sérosité incolore dans le péricarde. Le cœur était affaissé et vide, la face antérieure presque recouverte de tissu adipeux ; les fibres musculaires , envahies par la dégénérescence graisseuse, ne forment plus qu'une couche mince qui même n'existe pas partout, particulièrement vers la pointe.
Les parois du ventricule gauche sont sèches en apparence, pâles, friables; les poumons sont un peu engorgés.
Les intestins sont distendus par des gaz au-dessus de l'étranglement et enflammés ; la partie étranglée est de couleur foncée et infiltrée de sang (1).
Observation XLI. — Une femme âgée de vingt-deux ans, forte, de mœurs dissolues, et du reste en parfaite santé, avait été traitée précédemment, pendant plusieurs mois, à l'hôpital Sainl-Barlhélemy, pour un ulcère du vagin de nature cancéreuse. Deux semaines auparavant elle avait été soumise sans inconvénient à l'action complète et prolongée du chloroforme pour l'application du fer rouge. Son pouls était régulier, assez fort et de fréquence normale. Le jour où l'on voulut renouveler cette application du cautère, elle avait pris, malgré la prescription contraire, une certaine quantité d'aliments. M. Black, l'un des médecins adjoints à l'hôpital, chargé ordinairement de l'administration du chloroforme, fit usage de l'appareil à inhalation ordinaire, sorte de coupe métallique rembourrée, s'adaptant au nez et à la bouche, et fournie de soupape. On versa sur l'éponge disposée à cet effet, dans l'appareil, 4 grammes et demi de chloroforme; mais comme l'administration ne commença pas immédiatement, il y eut nécessairement une perte notable. Après une courte inhalation , on ajouta d'abord 4 grammes et demi, et plus tard 2 ou 3 grammes de chloroforme. La malade avait éprouvé des symptômes d'excitation. Après cette dernière dose, elle tomba dans une insensibilité complète, sans gravité en apparence. L'inhalation avait duré environ cinq minutes, et le docteur Black pense qu'il n'y eut pas plus de S à 7 grammes de chloroforme inhalé.
L'appareil fut alors éloigné de la face, et la malade ayant été placée dans une position convenable, le professeur Poyet allait commencer l'opé-
(1) Médical Times and Gazelle, 1853, 2" semestre, p. 422.
MORTS SUBITES PENDANT l'ADMINISTRATTON DU CHLOROFORME. 295
ration lorsque le docteur Black, qui n'avait pas quitté le pouls, trouva la laco de la malade d'une couleur foncée, turgescente, congestionnée. Les mouvements respiratoires commencèrent à se faire à de longs intervalles. Aspersion d'eau froide, insufflation artificielle des poumons, trachéotomie. Tous les efforts tentés par l'opérateur pour ramener la malade à la vie turent inutiles. La respiration cessa tout à fait deux minutes après les premiers signes qui donnèrent l'alarme. Le pouls, quoique faible et irrégulier, f it encore senti, par intervalle, deux minutes après que la respiration eut
-sé. Les pupilles avaient leur degré normal de dilatation au moment des iiremiers accidents.
L'autopsie fut faite par M. Paget, vingt-deux heures après la mort. La l'ace était congestionnée. Rigidité cadavérique peu prononcée. Congestion et lividité des parties déclives des téguments. Les poumons, sains, crépi-
ient partout, et leur partie postérieure n'était pas plus congestionnée (|ue dans les cas ordinaires. Le cœur était affaissé, mais non contracté; il présentait dans chacune de ses cavités une petite quantité de sang fluide : il n'y avait là ni dégénérescence ni altération quelconque. Le cerveau, les
lisseaux et les sinus du crâne n'étaient ni congestionnés ni altérés d'au- , line manière. Le sang fluide dans toutes les parties du corps ne présentait pas la plus légère trace de coagulation ou d'épuisement. Recueilli et gardé lans un vase ouvert, il ne se coagula pas, et sa couleur, d'un rouge brun, lie changea aucunement au contact de l'air (-1).
Observation XLIL — Nous empruntons les détails de l'observation suivante au rapport fait sur la question du chloroforme, par M. Robert, au oin de la Société de chirurgie.
M. Valette, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, avait à |iratiquer la staphylorrhaphie sur un enfant de treize ans affecté d'une division congénitale du voile du palais. Craignant les efforts des vomissements à la suite des inhalations d'éther, et dès lors les tiraillements des points de suture, M. Valette résolut d'employer le chloroforme dont l'usage était banni à l'Hôtel-Dieu de Lyon depuis le fait malheureux de .M. Barrier.
Le malade, dit M. Valette, fut mis sur une chaise. Je m'assis en face fie lui. Un aide placé derrière lui mit quelques gouttes de chloroforme sur nne compresse qu'il plaça sous le nez à une distance de 1 à 2 centimètres. '-Cite précaution fut rigoureusement observée. Deux aides étaient placés de fhaque côté du malade, de façon à pouvoir le maintenir tout en tenant ■oas le doigt les artères radiales. Dès la première inspiration, le petit
(1) Médical Times and Gaselle, 1853, 2* semestre, p. 4i9.
200 ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉniSATION,
malade se déballil violemment ; mais il s'était débattu pour venir à la salie* d'opération, tant il était effrayé. Aussi no tint-on pas compte de ses cris.; Aussitôt qu'il le put, et il n'attendit pas pour cela, M, Valette fit maintenir, la bouche ouverte au moyen d'un abaisseur de la mâchoire qui n'appuyaiti que sur les molaires du fond de la bouche, et d'un seul côté, de manière ài ne pas gêner ses mouvements. Le malade criait toujours, mais il ne faisaiti plus que des mouvements assez faibles. Le chloroforme commençait à agir,- Combien de temps sépara le début de l'inhalation de celui de l'opération ? C'est ce que le chirurgien de Lyon ne peut préciser ; mais il s'écoula aui maximum trois ou quatre minutes. Un premier fil fut passé avec rapidité. Tout marchait bien jusqu'alors. La respiration s'exécutait facilement, le» pouls ne présentait rien de particulier, M. Valette tourne la tête poun prendre la seconde aiguille. Un aide s'écrie : « Le pouls ne bat plus ! » L'opérateur se retourne vivement. Le chloroforme avait été retiré. La face du petit malade avait une expression singulière. On le place immédiatement! sur un lit, le fil est enlevé. Tous les moyens employés en pareil cas furent mis à contribution pour le ranimer ; tentatives d'insufflations, frictions suri tout le corps, cautérisation sur la région précordiale avec des charbonS' ardents. Pendant une demi-heure on fit tout ce qu'on put imaginer poun sauver le malade, à l'exception de la suspension par les pieds, à laquellej M. Valette ne songea pas. .4. deux ou trois reprises une inspiration rauquet fit espérer, mais en vain, que la vie allait revenir. Le flacon de chloroformei fut aussitôt analysé par un habile chimiste, M. Ferrand, il y manquait au plus 5 grammes de liquide, qui fut essayé par toute espèce de réactifs, et dont la pureté fut constatée.
L'autopsie fut pratiquée avec le plus grand soin en présence de plusieurs médecins, et notamment de M. Barrier. Le voile du palais ne présentait rien de particulier. L'arrière-gorge n'était pas le moins du mondoi tachée de sang. Les résultats de cette autopsie furent complètement^ négatifs. Tous les organes furent examinés avec le plus grand soin par* M. Valette et tous les assistants. Personne ne trouva rien à signaler. Let cœur était flasque, vide de sang. Les gros vaisseaux ne contenaient aucunei bulle de gaz, aucune écume (Ij.
Observation XLIII. — M. Binz de Bonn fut appelé par un jeune élu^ diant pour opérer une cicatrice difforme qu'il portait sur le front. Ce jeune homme, doué d'une forte constitution, jouissait d'une excellente .«anté, mais buvait habituellement beaucoup de bière.
Le chloroforme ayant été proposé et accepté sans difficulté, le jeune
(1) Bulletin de la Société de chirurgie, t. IV, p. 21 G.
MOr.TS SUBITES PENnANT L'ADMINISTRATION DU CIILOROFORME. 207
liomme s'étendit sur un canapé, la lête et la poitrine appuyées contre le côté tie ce meuble. On ouvrit les fenêtres, on desserra les vôtemenls, et l'on lit respirer une première dose de chloroforme versée sur un mouchoir plié à pin t.
Cette première dose n'ayant été suivie d'aucun effet, on administra une seconde dose qui produisit quelques délires gais.
Après la troisième dose, au moment où l'on s'apprêtait à en donner une quatrième, H... se redressa tout à coup, roidit et fléchit les bras ; sa face se colora vivement, il prononça quelques mots, puis tomba aussitôt dans un profond collapsus; les traits pâlirent et se contractèrent, le malade poussa trois inspirations sterloreuses et inclina la tête en arrière. Il était morl.
Tous ces phénomènes avaient duré dix à douze secondes.
A l'autopsie, on trouva les vaisseaux gorgés d'un sang noir; le cœur était flasque, pâle et vide ; tandis que les deux veines caves renfermaient des caillots abondants (1).
Observation XLIV. — Il s'agit, dans l'observation suivante, d'un accident mortel survenu dans des conditions éminemment défavorables. Un homme placé dans le service de Valleix, était atteint d'un anévrysme de l'aorte, et présentait en outre une tumeur hémorrho'idaie très considérable, extrêmement douloureuse, pour la réduction de laquelle le médecin traitant crut devoir, en désespoir de cause, recourir au chloroforme. Le malade succomba pendant les inhalations. Nous ne saurions mieux faire que de placer sous les yeux du lecteur la lettre adressée au Journal des connaissances médico-chirurgicales, dans laquelle l'honorable chirurgien de la Pitié donne les raisons sérieuses qui ont motivé son intervention, malgré une contre-indication reconnue et raconte la manière foudroyante dont le malade a été frappé de mort.
• « Tel qu'il est présenté dans les nouvelles de votre dernier numéro, le fait de mort, pendant l'administration du chloroforme qui a eu lieu dans mon service, est trop incomplet pour que sa signification soit bien compri.se du lecteur. Je suis donc certain que dans l'intérêt de la vérité vous voudrez bien accueillir les détails suivants :
» Le malade était dans les conditions que vous avez signalées lorsque survint la chute du rectum. Dès ce moment il fut complètement privé de repos, la face se grippa, et nous vîmes apparaître un dépérissement marqué. Il fallait agir.
» Le danger que le chloroforme devait lui faire courir était présent à
(I) Gazelle médicale de Paris, 1859, p. r,25.
208 ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
mon esprit ; aussi la réduction fut-elle d'abord tentée, non pas une seule fois, mais plusieurs fois, sans le secours de l'agent anesthésiquo. Il en résultait des douleurs atroces, et par suite des contractions violentes, pendant lesquelles la tumeur anévrysmale menaçait de se rompre. Je fis appliquer de la glace sur la tumeur hémorrhoïdale, administrer des calmants, tout fut inutile. Le lendemain, le malade complètement découragé, et dans un état de souffrance horrible, demanda le chloroforme. Toutes les observations lui furent faites à cet égard, il nous répondit qu'on ne voulait pas le soulager de ces douleurs. Dans cette situation, je réfléchis que les souffrances du malade hâtaient le moment de sa mort; que toutes tentatives faites sans chloroforme ne serviraient qu'à augmenter inutilement ses souffrances, et peut-être même amèneraient une terrible catastrophe; et je vis qu'il ne restait qu'un espoir très faible, il est vrai : c'est que, malgré la contre-indication, l'agent anesthésique serait supporté.
» Ces conditions m'engagèrent à agir comme j'aurais voulu qu'on le fît pour moi-même en pareille circonstance, mais sans me dissimuler le danger qu'il allait courir. L'espoir que j'avais conçu n'a pas été justifié par l'événement, et mes craintes se sont réalisées. Mais je ne pense pas qu'un . pareil fait prouve contre le chloroforme, car il est bien sûr que, si ce malade ne s'était pas trouvé dans des conditions tout exceptionnelles, je n'aurais pas pensé un seul instant à passer outre à la contre-indication formelle qu'il présentait.
» Au reste, je partage complètement votre opinion; je pense que le chloroforme ne doit pas être employé sans une évidente nécessité, et qu'il ne faut pas jouer avec cet agent si précieux dans l'immense majorité des cas, si dangereux dans quelques-uns.
» Un mot encore sur la manière dont la mort s'est produite. C'est après deux minutes et demie d'inhalation que, le malade étant dans l'insensibilité, le chloroforme a été enlevé; il respirait avec un peu de stertor, comme cela arrive dans beaucoup de cas où tout se termine bien. Après quelques instants, la respiration s'est embarrassée, i! y a eu contraction des muscles de la mâchoire {trismus), puis les mouvements du cœur se sont arrêtés et la tumeur s'est affaissée. Cependant, à l'aide de l'insufflation d'abord, puis de l'électricité, j'ai pu faire respirer le malade pendant près de vingt minutes, mais irrégulièrement. Quant aux mouvements du cœur, ils ne se sont pas rétablis un seul instant d'une manière évidente. Ainsi donc la mort est survenue à la fin de l'inhalation ; il n'y a pas ou de syncope subite, et si le malade n'avait pas eu d'anévrysme, il n'aurait pas succombé (1). »
(1) G aselle des hôpitaux, ■1853, p. 258.
MORTS SUBITES TENDANT l/ADMINlSTRATlON DU CHLOROFORME. 299 Observation XIY. — Madame Harrop, âgée de quarante-ciriq ans, habitant Sleffied, portait depuis trois ans une tumeur cancéreuse au-dessous du sein gauche. D'après les conseils des hommes de l'art, elle se soumit aux inhalations anesthésiques pour subir l'opération. Les docteurs Thomson, Wriglh et Lewis avaient déclaré que le chloroforme pouvait être administré sans crainte. La mort cependant survint pendant l'inhalation, l'iio enquête fut ouverte par le coroner, et nous empruntons à la déposition
10 M. Lewis les détails de cet accident,
« Il y a trois ans, je fus appelé pour la première fois auprès de madame flarrop. Depuis trois mois je la traitais pour une tumeur cancé- I ouse du sein gauche. Un jour ma cliente me demanda si de toute nécespitô
11 fallait lui enlever sa tumeur ; à ma réponse affirmative, elle me dit que l imais elle ne pourrait se résoudre à une telle opération. Quelques jours :iprès, elle me fît encore appeler et me demanda si on pourrait emploj'er le
'iloroforme; je lui réponds qu'on le peut, et madame Harrop, toute |oyeuse, déclare qu'elle est prête à se livrer entre mes mains.
â Quinze jours après, l'opération fut décidée, le docteur Law vit la iiialade avec moi. Le vendredi, veille du jour fixé, le docteur Wright Il la malade avec moi. Enfin, les docteurs Law, Wright et moi, nous )us rendîmes le samedi chez madame Harrop avec l'intention de l'opérer. \l. Law devait administrer le chloroforme, je devais observer le pouls et M. Wright et moi devions procéder à l'opération. L'inhalation commença
une heure moins un quart. Le chloroforme, d'un poids spécifique, i; 1,497, ne rougit pas la papier de tournesol; versé dans l'eau, il ne lionne aucun précipité, ne décolore pas l'acide sulfurique ; pas de précipité avec le nitrate d'argent ; une goutte versée sur la main s'évapore sans laisser d'odeur désagréable ; il a toutes les propriétés du bon chloroforme. La malade est couchée sur une table, la tête et la poitrine appuyées sur des
jussins. Tout ce qui peut gêner l'opérateur ou la respiration est éloigné l'oUe. Un courant d'air est établi dans la chambre, et l'inhalation commence avec précaution. Au bout de vingt minutes, le chloroforme n'a rien produit ; nous espérons qu'un autre chloroforme réussira mieux, et nous l'envoyons chercher au dispensaire public. Vingt minutes se passent oncore, et alors ce nouveau chloroforme commence à opérer.
» Le pouls, d'abord à 136, descend à 104. A ce moment une sorte de 'lomi-délire se déclare, cesse après quelques instants, et la malade semble 'Hre sous l'influence de l'agent aneslhésique.
» Le docteur Law prie M. Wright de commencer l'opération, mais tout ' coup il aperçoit un changement alarmant dans la contenance de la malade. « Arrêtez! s'écrie-l-il. Monsieur Lewis, où en est le pouls? — •le ne le sens plus. »
300 ACCIDENTS DE T 'ÉTIIÉRISATION. ;
» Aussitôt on ouvre les fenêtres. La langue de la malade est tirée aui dehors, l'ammoniaque administré, et nous procédons à la respiration artifi-cielle. Le cœur ne bat plus, la vie est éteinte. Nos etforts restent sans s résultats; il était une heure et demie. J'observai alors que la pupille du i côté droit avait la forme d'un ovale irrégulier, tandis que la'pupille gaucho» était circulaire.
» Le chloroforme avait été administré avec une éponge et un mouchoir. » • Autopsie. — Aspect naturel et tranquille. Cartilages des côtes ossifiés.. Glande thyroïde convertie en une tumeur enkystée du volume d'une petites orange, et de la couleur du café. Cœur et poumons sains. Poumons dansj un état de congestion qui avait dû se produire après la mort. Foie et reins; dans un état de dégénéralion molle. Commencement de cancer au col de l'utérus. Grande quantité de sang extravasée dans les muscles spiraux;, une demi-once de sang dans le canal spinal. Tumeur cancéreuse dansi l'état indolent qui précède l'ulcération [1 ).
Observation XLVI. — M. Adolphe Richard a communiqué à la Société; de chirurgie les détails les plus circonstanciés sur un cas de mort par le? chloroforme, survenu dans son service dans les circonstances suivantes::
« Notre collègue M. Hérard m'adressa, dit-il, il y a huit ou dix jours,, une femme d'une quarantaine d'années pour être placée dans mes salles^ et y être opérée d'un polype de l'utérus, polype fibreux de la grosseurr d'une petite pomme, à pédicule du volume du petit doigt, assez long, im-planté au milieu de la face antérieure de la cavité cervico-utérine ; tumeur, . du reste, assez facile à atteindre, à abaisser, à opérer. La femme avait: présenté les symptômes ordinaires ; seulement les mélrorrhagies n 'avaient! eu qu'une intensité médiocre, et la malade, quoique très pâlie, avait con-servé ses forces presque entières et tous les attributs de la sanlé, le som-meil, l'appétit.
» Je me proposai d'exciser le polype en l'énucléant, et de loucher lesi surfaces concrétées avec du perchlorure de fer, pratique qui tout dernièrement, et dans un cas pareil, m'avait donné un facile et prompt succès.
» Il y avait pour moi une double contre-indication à l'emploi du chlore-forme: avant tout, le peu de douleur de l'opération et aussi l'état i subanémique de la malade. C'est ce que je fis ressortir devant elle chaquet matin à la visite, allant jusqu'à la supplier de se laisser opérer sans chlore-forme. Mais la pâuvre femme disait qu'on ne pouvait lui tirer une tumeur t
(1) Association médical Journal, 1834, p. 315, traduit dans Gasette des hôpitaux, 1854, p. 169.
MORTS SUBITES PENDANT l'AUMINISTRATION DU CHLOROFORME. 301 ,lu ventre sans la faire beaucoup souffrir, et qu'en tout cas, elle ne voulait 10 opérée qu'endormie.
» Mon insistance céda à la sienne. J'avais si souvent employé et vu employer le chloroforme dans des cas qui, bien moins encore que celui-là, en iL'clamaient l'emploi.
» Donc ce matin, à neuf heures, tout notre appareil étant disposé, je |)rocédai à la chloroformisation.
» La femme resta dans son lit ; je l'y laissai sans la déranger, me proposant de la mettre en position au moment de l'opération. J'enlevai seulement un oreiller, de sorte que la tête reposât sensiblement sur le môme plan que le reste du corps.
»Je lui dis : Regardez-moi bien et respirez comme je fais ; puis j'imitai sous ses yeux la respiration d'une personne qui dort paisiblement.
» Je versai une certaine quantité de chloroforme sur cinq ou six compresses, et plaçai celles-ci au-devant du visage, mais à une certaine dislance, pour que l'air mélangeât bien les vapeurs chloroformiques.
» Ce fut moi qui, jusqu'au moment où la femme fut déplacée, administrai le chloroforme, et je dois dire ici à la Société que je n'ai jamais manqué à ' soin. Depuis deux ans j'ai été souvent placé à la téte d'un service chirurgical actif, nommément pendant six mois à l'hôpital Saint-Louis, et, autant qu'il m'en souviens, je n'ai jamais manqué d'endormir moi-même es malades, jusqu'au moment, bien entendu, où il faut prendre le bistouri.
» La respiration et le pouls alternèrent régulièrement pendant une minute environ.
» A deux ou trois reprises je remis une certaine quantité de liquide ■ineslhésique, sur la quantité duquel il m'est impossible de rien préciser, si ce n'est que je fis alors ce que chacun fait tous les jours.
» Au bout d'une minute, agitation. J'abandonne la compresse pour voir si je ne pourrais pas opérer la femme couchée sans la déranger. L'agitation augmente, elle se débat, et plusieurs aides sont obligés de la maintenir. Paroles incohérentes.
» La compresse que j'avais confiée à un élève est sur mon ordre retirée, puis remise bientôt avec une nouvelle dose de chloroforme.
» L'agitation cesse en ce moment. J'ordonne de faire pivoter la malade pour amener les jambes hors du lit. Cette seconde période, qui commence a l'agitation, est d'une demi-minute, une minute au plus.
• J'avais mis la main dans le vagin et amené au dehors le polype dont le pédicule est étreint d'un fil.
» Deux minutes environ se sont passées depuis le commencement de l'administration du chloroforme. La compresse est retirée depuis quelques secondes. Je tâle le pouls, plus de pouls. Je lâche le polype qui rentre.
302 ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉRISATION. f:
» La respiration continue, mais plus lente; la face est celle d'un cadavre, l'œil est terne.
» Vile la têle en bas, les jambes et les bras levés ; la face rougit un peu, . la respiration continue de plus en plus rare.
» J'exerce alors la respiration artificielle au moyen de pressions rhythmi- ques sur le thorax, en même temps les assistants flagellent les cuisses, les» mollets, les bras, frictionnent la face à plusieurs reprises; nous titil-. Ions l'entrée du larynx. Malgré tous nos elforts, nous ne gagnons rien.
» Quand nous cessons les mouvements artificiels du thorax, deux OU j trois inspirations longues et éloignées apparaissent et s'éieiguelit. Le froidl est général, les battements du cœur s'entendent encore, quoique faible- • ment, dit un interne.
» Deux minutes d'angoisses et d'efforts se passent ainsi.
» Nos deux collègues, M. Aran et M. Hérard, arrivent au moment où i j'ouvre la trachée. J'insUffie par là pendant que l'on continue la respi-ration artificielle. M. Hérard enfonce dans la région du cœur deux épingles à acupuncture, correspondant aux fils d'un puissant appareil galvanique. Les muscles du thorax sont violemment secoués, mais le pouls ne bouge pas.
» Enfin, nous nous arrêtons après une demi-heure de cette horrible lutte.
» Pour que ce déplorable malheur porte avec lui tout son enseignement, je demanderai si quelque membre veut bien me poser quelques questions, . car certains détails auraient pu m'échapper.
» L'autopsie dont M. Gosselin rendit compte à la Société, au nom d'une? commission nommée à cet effet, fut faite en présence de MM. Richetj Debout et Marjoliti.
» Nous n'avons reconnu aucune lésion bien appréciable. Ainsi, les pou-mons étaient sains, il existait seulement un peu d'emphysème sous-pleural I et sans ecchymose.
» Le cœur était mou, flasque, vide. Cette mollesse était très marquée siif les parois des cavités droites. Peu de sang dans les cavités. Nous n'avons trouvé en aucun point le sang coagulé; il conservait partout sa fluidité.
» Pas de congestion dans l'encéphale. Dans les veines superficielles du cerveau il existait quelques bulles de gaz ; mais cëtte disposition était due à la décomposition cadavérique, et sur un cadavre que nous avons ouvert immédiatement dans l'amphithéâtre, nous avons trouvé le même développement dè gaz.
» Dans les veihes du foie existait un peu dë gaz.
T> En résumé, ainsi que vous pouvez en jtiger, l'autopsie n'a pas mis siïr la voie de la cause de la mort (1). »
(1) Bulletin de la Société ctiimrgicale, t. IV, p. 478.
MORTS SUBITES PENDANT l'ADMINISTIUTION DU CHLOROFORME. 303 Observation XLVll. — Madame Morgan, Agée de cinquanto-noul ciiis, bien portante, avait eu, il y a deux mois, une luxation en avant du bras gauche; une irrégularité qu'on aperçut alors à la surface de l'os lit présumer que la luxation était accompagnée de quelque fracture partielle.
Elle entra à l'hôpital de Bristol, le 19 janvier 1854, pour la faire réduire. On décida en consultation d'employer le chloroforme, et la malade consenlit à en subir l'application. On le lui administra étant couchée sur son lit, après avoir consulté l'intégrité des fonctions circulatoires et respiratoires, si ce n'est que les mouvements d inspiration paraissaient un peu moins libres du côté droit que du côté gauche.
On commença par une drachme (4 grammes) de chloroforme versé sur une éponge, en ayant soin de laisser un passage suffisant à l'entrée de l'air atmosphérique. Aucun effet inaccoutumé ne se manifestant au bout de cinq minutes dans la condition générale de la patiente, on versa une eeconde drachme; presque immédiatement la respiration devenant sterloreuse, on cessa la chloroformisation ; mais aussitôt le pouls, qui jnsque-là s'était maintenu, devint soudainement imperceptible, et la respiration s'arrêta immédiatement.
On s'empressa de tirer la langue au dehors à l'aide d'un ténaculum, d'arroser la face d'eau froide, d'ouvrir la croisée. On appliqua le galvanisme au moyen d'une pile qui se trouvait là pour le cas d'accidetit, et l'on commença par la narine la respiration artificielle, qui fut ensuite continuée par la trachée, après qu'on eut pratiqué une ouverture à celle-ci. Ces secours fiemblèrent d'abord rameher quelques efforts respiratoires cOîiVulsifs, mais liprès avoir infructueusement continué leur usage durant une heure, oh dut y renoncer.
Autopiie, — Adhérences pleurales étendues à droite ; poumons sains, tnais gorgés de saiig noir fluide. Le ventricule droit du coSur, vu à l'exté- Heur, isemble affaissé ; ses parois paraissent plus pâles qu'à l'étal normal ; fcelleB du côté gauche sont hormales. Uhe drachme enviroh de sang entiêfèment fluide existe dans chacutie des cavités droite et gauche. "Valvules Saines, à part deux ou trois petits points de dépôts athércimateux Vers le boM adhérent de la valvule mitrale, durant le premier pouce de leur trajet. Les deux artères coronaires sont très dilatées et garnies de dépôts athéromateux et osseux, qui se remarquent encore, mais très disséminés et de fort petit volume, dans lè reste de leur étendue. Un partie du ventricule droit, soumis à l'examen mici'oscopique, laisse voir un état de dégénérescence graisseuse commençante.
Cerveau sain, très pâle, ses vaisseaux sont vides, peu de fluide dans les ventricules. La grande tubérosité de l'humérus avait été détachée du reste
«^O/l ACCIDENTS IJK L'ÉTHÉKISATiON. 4
de l'os, mais elle y était actuellement soudée par un cal à la vérité encoie assez peu résistant.
Quoique l'état des fonctions, interrogé sévèrement, avant l'inhalation chloroformique eût paru tout à fait satisfaisant, M. Ha.rrison dit néanmoins avoir ensuite appris d'un médecin que cette femme était habituellement sujette A des attaques de syncope. Il ajoute que, lorsque l'accident eut lieu, l'aspect de la malade fut entièrement celui d'une personne frappée subitement de syncope.
Nous n'avons pas besoin de faire sentir combien ces deux remarques tendent à confirmer la justesse de l'explication récente qui attribue la mort, dans ce cas, à une syncope (1).
Observation XL VIII. — Lolli, à la suite d'une chute, se luxa, la cuisse en haut et en dehors. Aussitôt après le docteur Fantozzi essaya, mais infructueusement, de faire la réduction. Porté le lendemain (1 " juin 1 834) à l'hôpital de Pise, on le saigna d'abord, et le soir, MM. Nistri, Burci et Maracci procédèrent à la réduction, les lacs étant placés, le malade couché horizontalement, on approcha peu à peu l'appareil dont on se sert depuis cinq ans à l'hôpital sans accidents et qui contient du chloroforme pur, se dégageant de manière à bien se mélanger à l'air atmosphérique. Au bout d'une minute on crut l'anesthésie complète, et l'on voulut tenter la réduction, mais une contraction musculaire violente avertit que l'on s'était trop hâté. L'inhalation fut recommencée, après quelques minutes, on lajugea portée à un degré suffisant ; et en effet, la lête del'os rentra subitement et avec bruit dans sa cavité. Mais aussitôt Maracci, qui veillait au pouls, dit qu'il ne le sent plus battre ; le malade est devenu pâle ; ses traits sont altérés, la respiration continue, mais faible, lente, irréguiière. On donne de l'air, on arrose le visage d'eau froide, on approche l'ammoniaque des narines, frictions stimulantes et pressions sur le thorax, pour aider à la respiration. Quelques pulsations reparaissent, le moribond étend les bras, il semble même qu'il répond de la tête aux questions qu'on lui adresse. Mais bientôt il retombe dans une syncope plus profonde. Le pouls et la respiration disparaissent définitivement.
Pendant une heure environ on continua les moyens indiqués, l'on enfonça deux épingles, l'une dans la région du cœur, l'autre à la base de la poitrine, et on les mit en communication avec les fils d'une machine électro-magnétique. Vains efforts qui donnèrent seulement aux honorables médecins la consolation d'un devoir rempli avec persévérance jusqu'au bout!
(L) AssGcialion médical Journal, 1851, p, 109, traduit dans la Gaselle des hôpitaux, 185i., p. 169.
MlîTS SUBITES PENDAiNT L'AHMINISTRATION DU CHLOROFORME. 305
' autopsie nionlra lo cœur ^ros, (lasque, et conlenant des gaz (elle fut ■ quarante-huit heures après la mort). Mais elle ne révéla nulle part i'\i.^lence de lésion antérieure à l'opération et capable d'expliquer le fatal litalde celle-ci (1).
Ohservation XLIX. — Ce cas de mort eut lieu le 13 juillet 1854, à hôpital Middlesex. Le patient était un homme de soixante-cinq an?, buste, bien musclé et d'un aspect florissant, sur lequel M. de Morgan ait pratiquer l'amputation de la cuisse à la partie supérieure pour une norme tumeur de mauvaise nature partant du côté interne du fémur.
Le chloroforme fut administré par M. Sibley, archiviste de l'hôpital ; on iiiploya l'inhalateur de Snow. La quantité de liquide placé d'abord dans in>lrument ne montait pas à deux gros (8 grammes); un autre gros de lide fut ajouté huit minutes après. Le patient respira le chloroforme sans culté, et parcourut les périodes ordinaires. Au bout de dix minutes ron, un spasme violent se produisit, il continua environ trois minutes, - céda quelque peu. Le pouls, qui s'était élevé à près de 1 20, descendit 70, donnant un battement plein, franc et régulier; la dilatation des illes, qui avait été très forte, diminua. La respiration se maintint libre et tonde, mais non sterloreuse. La coloration de la face était bonne. A ce lient, entre treize et quatorze minulesdu début de l'inhalation, le pouls ma quelques battements rapides et irréguiiers, et puis cessa. Larespira- Kiii, qui, comme on l'a constaté, avait continué de se faire librement, cessa ulianément. Aussitôt la face devint pâle et cadavéreuse. L'inhalateur . enlevé à l'instant, et l'on projeta de l'eau froide sur la face. M. Sibley oréda immédiatement à la respiration artiOcielle, en appliquant sa bouche celle du patient et insufflant les poumons. La période qui s'écoula entre u rél soudain du pouls et l'insufûalion des poumons avait été de quelques indes seulement. Après quelques insufflations on vit paraître un léger . Ht d'inspiration, mais ce fut le seul signe de vitalité perçu après Uaque syncopale. Le galvanisme était appliqué deux minutes après la =ation du pouls.
L'autopsie fut faite par le docteur Corfe quarante-huit heures après la rt. On ne trouva rien de particulier dans l'encéphale. Le cerveau était inc, un peu plus vascuhiiro qu'à l'état normal; le sang contenu dans ^mus était coagulé en partie. Le cœur était un peu hypertrophié etsur- Tgéde graisse, surtout dans sa portion droite, où la graisse formait les >is quarts de l'épaisseur de la paroi ventriculaire ; le tissu musculaire 'it. extrêmement pâle et mou ; il ofl-rait, au.ssi bien à l'œil nu qu'à l'œil
(l) Gazelle hebdmnadaire.
ACCIDENTS DF l'ÉTIIÉRISATION. '
armé du microscope, un degré considérable de dégénérescence graisseuses Le sang dans les caviiés du cœur étail fortement coagulé des deux côtés t il était presque purement fibrineux ; le caillot était plus gros à droite qu'a gauche. Un prolongement fibrineux s'étendait jusque dans l'aorte
Observation L. — Le professeur Dumreicher a fait connaître à laSociéU des médecins de Vienne un nouveau c;is de mort, à la suite des inhalationi de cliloroforme.
Il s'agit d'un jeune homme de dix-neuf ans, soumis à la chloroformii salion pour pratiquer l'extension dans un cas d'ankylose du genou. Ll malade était couché; le chloroforme, à la dose de 2 gramrnes, fut versé sui une éponge contenue elle-même dans un vase plat de la forme d'une tabai tière, et qu'on maintint sous le nez du patient de manière à laisser l bouche libre. L'inhalation par le nez durait depuis trente secondes ; il avait quelques secondes à peine que l'individu avait parlé, quand le proi fesseur s'aperçut en tâtant le pouls qu'il était fréquent, onduleux ; il sus* pendit aussitôt l'opération. Le malade eut du trismus ; la respiration devint irrégulière, le visage prit une couleur violacée, de l'écume s'échappj des lèvres ; les insufflations d'air, les aspersions d'eau froide, la compres: sion alternative du thorax, les frictions, les vapeurs irritantes, la saigné< de la veine jugulaire externe, d'où il s'écoula 8 onces de sang épais, toui fut inutile. La mort eut lieu au bout d'un quart d'heure, et dans cet inter valle de temps on perçut un faible mouvement inspiratoire. Ce garço;.. était presque idiot et voué avec fureur à l'onanisme qu'il venait de pra, tiquer peu de temps avant l'opération.
Ce fait, qui se passait le 1 1 novembre 1 853, avait pour témoins plus dJI' deux cents assistants. U
A l'autopsie on ne constata, à l'exceplion de quelques érosions hémor Jli rhagiques de l'estomac, aucune anomalie. Le chloroforme analysé fu'iB» reconnu parfaitement pur (2). VL
Obseuvation LI. — Ce fait se présenta à l'hôpital de Guy, le 5 décemf bre -1834. Le sujet était une femme dont M. Birkelt allait amputer 1; jambe pour une ulcération maligne. Elle accusait cinquante-six ans, mai» paraissait dix ans plus vieille. Dans chaque œil on voyait un arc sénilc bien marqué; mais cette femme ne paraissait avoir souffert que d» quelques symtômes se rattachant aux maladies de poitrine... L'adminis*
(1) Médical Times and Gazette, 1 854, 2''semcslre, p. 86.— Snow, f6id.,p. 1804
(2) Zcilschr. d. Gosells d. /Erzle au Wien traduit dans la Gazelle des liôpi-* aux, 1834, p. 372,
Il RTS SUBITES PENDANT L'ADMlNISTrATION DU CHLOROFORME. S07
nation du chloroforme fut dirigée par M. Bryanl; l'appareil employé contait on un morceau de charpie replié, plus large que la main et garni l ière par une pièce de taffetas gommé pour prévenir une trop prompte [)oration.
Une première fois, un gros (4 grammes) environ de liquide fut versé sur harpie ; la malade respira cela tranquillement, et deux minutes après on i|nta un autre gros de chloroforme. La période d'excitation survint et les neiiibres durent èire alors maintenus. L'insensibilité venait de s'établir onvenablement et M. Birkett était sur le point de commencer l'opération, uinnd M. Callaway, qui comprimait l'artère fémorale, s'écria que le pouls ail des'arrêter brusquement. En cherchant au poignet on vérifia le même Presque immédiatement on observa une inspiration prolongée, suivie n profond soupir. Pendant deux ou trois respirations les joues se gonl'iit à l'expiration, bientôt la respiration s'embarrassa et puis cessa. ^l Birkett mit aussitôt son doigt dans la bouche de la malade et attira la j:ue en avant; pendant ce temps-là les assistants procédaient à la [liration artificielle par le moyen de la compression de la poitrine, juelques légères inspirations furent obtenues au commencement de cet rlifice, mais elles ne continuèrent pas, et dès lors aucun signe de vitalité le reparut.
Je dois noter que la femme avait été très pâle avant comme pendant 'accident, et qu'aucun changement dans son aspect n'avait été remarqué |uand les symptômes alarmants se montrèrent, sauf que les veines supericielles du cou et des tempes se remplirent de sang. La cessation du pouls ut presque soudaine. M. Callaway déclara qu'elle n'avait pas été précédée e la moindre irrégularité prémonitoire : ainsi il avait senti un battement ien net, puis le suivant avait manqué complètement. Cet ordre dans les ymplômes se rapportait naturellement au fait de mort commençant par le œur (syncope cardiaque), la cessation des fonctions du système nerveux yant été évidemment consécutive à celle de la circulation.
Aulopsie faite par le docteur Wilks, vingl-qualreheures après la mort.
.e cadavre était très émacié et la rigidité peu marquée. Les poumons él aient orgés de sang fluide qui s'échappait à l'incision du parenchyme. Le cœur lait de volume ordinaire, mais mou et flasque ; sa partie gauche était resque vide, tandis que la droite était distendue par du sang fluide. Le enlricule gauche avait une épaisseur normale ; son tissu musculaire, de («leur foncée, n'offrait ni tache de graisse ni la moindre marbrure, sa accidilé constituant la seule différence observable d'avec l'état normal.' La 'aroi ventriculaire droite était très mince, du tissu graisseux sous-séreux yant remplacé en quelques endroits le tissu musculaire. Toutefois cette ««che musculaire, quoique très amincie, présentait encore une coloration
'308 ACCIDENTS DE L ETIIERTSATION,
normale, el ne paraissait pas à l'œil nu avoir subi de dégénérescence; lai môme observation peut être appliquée aux colonnes charnues. Le foie offraili un premier degré de cirrhose. Les reins étaient tous deux marbrés el ren fermaient de nombreux petits kystes à leur surface. Le cerveau était plus paie que d'habitude; ses circonvolutions paraissaient affaissées et atrophiées,et il y avait de la sérosité épanchée dans la cavité arachnoïdienne el dana les ventricules. Le système artériel présentait une altération athéromateuse générale tant dans la cavité crânienne que dans les autres parties du corps j le sang était partout fluide et de couleur foncée.
Autant qu'on a pu l'estimer, la durée de l'inhalation dans ce cas avail été d'environ trois minutes (-1).
OBSKitvATiON LU. — Le patient, entré à l'hôpital de l'Université dans Id service de M. Erichsen, était un homme de moyen âge, souffrant de rétention d'urine depuis trois jours ; la vessie, très distendue, s'élevait jusqu'i l'ombilic. M. Erichsen, ayant échoué dans sa première tentative decathét lérisme, voulut en faire une nouvelle au moyen du chloroforme, résolu ! faire la ponction de la vessie par le rectum, s'il ne réussissait pas. L'insent sibililé étant produite au bout de quatre ou cinq minutes, M. ErichseK commença le cathétérisme. Le chloroforme avait été retiré; mais le patien donnant quelques signes de douleurs, on l'appliqua de nouveau. Dem minutes environ après la seconde inhalation, le patient tomba dansl'insem sibilité complète, et commença à ronfler et à faire entendre un stertor pan ticulier : la face était rouge et congestionnée; les inspirations n'avaie» lieu qu'à des intervalles éloignés. M. Erichsen, frappé de ces symptôme ce'^sa le cathétérisme et se mit immédiatement à lui jeter de l'eau sur 1 poitrine et sur la figure. Au bout d'une minute environ, la respirati* s'arrêla M. Erichsen mit le doigt dans le pharynx el retira la langue a dehors; il essaya en même temps la respiration artificielle en appliquai? sa bouche sur celle de cet homme. N'ayant pas réussi, il substitua immc diatement le mode plus usuel de respiration artificielle en comprimant I poitrine. La respiration artificielle avait été employée pendant quali minutes, lorsque le patient commença à respirer de nouveau. La respii ration artificielle ayant élé suspendue pendant un temps très court, malade fit spontanément trois ou quatre inspirations ; mais comme chaq inspiration qui se succédait devenait plus faible, on recommença lemoya artificiel de nouveau. Cinq minutes environ après les premiers syir plômes, on avait appliqué le galvanisme, il ne produisit aucun avantagj Dès lors la coloration de la face disparut. La mort était évidente. On con
(I) Médical Tm,'.^an<lGa~.cUc, ISr.i, 2'' .omnMro,
n. nOI.
MORTS SUBITES PENDANT l' ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 309 linua la respiration arlificiello pendant quarante minutes, jusqu'à ce qu'on vU qu'il n'y avait plus d'espoir (1).
Observation LUI. — Ce cas de mort arriva dans le service du docteur Roberts, chirurgien dentiste à Édimbourg. Le sujet était une dame de trentesix ans, chez laquelle le docteur Roberts avait administré le chloroforme déjà en quatre occasions, pendant l'espace d'une année. Le docteur Roberts dit que le chloroforme fut donné à la manière accoutumée, c'est-à-dire sur un mouchoir. Il rapporte ainsi l'accident. Madame H... avait fait à peine neuf ou dix inspirations, n'obtenant qu'un effet partiel de moins d'un gros de liquide versé. L'inhalation n'avait pas encore duré une minute , lorsqu'elle s'écria : « Ne m'opérez pas avant que je sois tout à fait insensible, p Puis elle reprit : « Je n'y suis pas encore. » Et immédiatement pendant ces paroles même, elle se roidit convulsivement, et la respiration slerloreuse, les yeux et la bouche ouverts, elle s'atfaissa sur le plancher. Le docteur Simpson fut appelé et arriva au bout de cinq minutes ; la respiration artificielle fut entreprise, et après quelque temps de son emploi, il y eut quelques inspirations spontanées ; le pouls même, dit-on, put être senti au poignet, mais ces symptômes de retour à la vie s'évanouirent.
On trouva à l'aulopsie les cavités droites du cœur gorgées de sang ; les parois du ventricule droit étaient plus minces qu'à l'ordinaire et atteintes de dégénérescence graisseuse dans une certaine étendue (2).
Observation LIV. — Cet accident arriva à l'hôpital ophthalmique royal, le 10 avril 4 855, à un homme sur lequel M. Bowman allait pratiquer l'excision du globe de l'œil gauche. Le patient, nommé John Cannon, était âgé de quarante ans et paraissait fort vigoureux et de bonne santé ; il avait toujours mené une vie régulière. L'altération de l'œil était la suite d'une violence extérieure.
L'inhalateur employé était celui qu'a proposé et recommandé le docteur Snow. L'administration du chloroforme fut confiée au docteur Playne, de l'hôpital de King's Collège, Au commencement de l'inhalation, la valve de la pièce buccale était tournée de façon à permettre l'accès d'une abondante quantité d'air, point sur lequel M. Dowman attira personnellement l'attenlion. Pendant les quatre premières minutes à peu près, il ne se présenta rien de particulier. Le docteur Playne, qui tenait le pouls, avait remarqué qu'il était devenu plus plein, enfin d'un volume satisfaisant. Tout à coup,
(1) Médical Times and Gazelle, ISSi, 2" semestre, p. 390, traduit clans la Gazelli médicale de Paris, 1855, p. 548.
(2) Edinburgh med. Journal, 1855, p. 524.
•îlO ACCIDENTS DE l'ÉTHÉUISATION. I
au moment où l'aneslhésique paraissait produire son effet, des symptôme™ d'excitation arrivèrent. Les yeux devinrent, fixes et immobiles, les brasJl étendus et rigides, la face congeslionnce ; il était maintenant impossibleiJl de sentir le pouls à cause des secousses convulsives des bras, mais commeJI d'ordinaire, en de semblables conditions, on nota que la respiralion étaitJJ presque complètement suspendue par l'immobilité spasmodique de la poi-J|' trine. L'inhalaleur fut aussilôl enlevé et de l'eau froide projetée sur la facej et la poitrine du malade. Presque immédiatement après, comme la respi-ij ration était excessivement faible et suspirieuse, M. Bowman procéda à lai respiration artificielle en appliquant sa bouche sur celle du patient. A l'aideij de ces moyens, la poitrine put se remplir très complètement, et celtal manœuvre fut continuée presque sans interruption pendant huit à dixil minutes. Durant les trois ou quatre premières minutes après le commen-il cément de l'alarme, le malade continua parfois de faire de légers efforts:! suspirieux d'inspiration volontaire, et en les considérant, on n'eût jamuisl pensé que le cas était désespéré et au-dessus de toutes ressources; à lai longue cependant ces phénomènes cessèrent tout à fait, et dès ce momenti il devint évident que l'homme avait succombé... A la première occasion oùn je pus examiner le pouls après l'apparition de l'agitation spasmodique, je le) trouvai éteint, et il se maintint dès lors ainsi, malgré la présence de faible? efforts d'inspiration qui furent observés. Le visage du patient changea peu durantce traitement, maisil était généralement marbré et congestionné.
A l'autopsie, faite quarante-huit heures après la mort, on trouva les sinus; et les veines du cerveau très congestionnés. Il y avait un peu d'œdème de la^ substance cérébrale. Le cœur était sain, sauf quelques dépôts sur le bordlibre de la valvule milrale ; son tissu musculaire était friable. Le ventri-i cule droit contenait une quantité considérable de sang fluide : le gauche était presque vide. Il y avait quelques adhérences pleurétiques, et les pou+ mons, généralement congestionnés, étaient encore en quelques endroilsl distendus par de l'air; le sang, examiné dans tous les organes, était par-r tout Iluide et sans aucune trace de coagulation (1).
Observation LV. — Un marin, âgé de trente ans, mourut à l'hôpilah Saint-Thomas en octobre 1856, pendant une inhalation de chloroforme! préparatoire à l'ablation de quelques parties osseuses nécrosées d'un desese doigts. Le sujet ne paraissait pas jouir d'une excellente santé, néanmoinsil' n'y avait aucune raison qui contre-indiquâl le chloroforme; en conséquence: on l'administra de la manière suivante. Un gros (4 grammes) de liquide fui» versé sur une éponge retenue entre deux couches de charpie, et I on lints
(1) Médical Times and Gazelle, 1855, l""' semestre, p. 363.
!iTS SUBITES PENDANT l'aDMINISTRATION DU CHLOROFORME. .'Vil
,1 appareil à une pelile distance de la bouche du patient, qui était assis ur une chaise. Il paraissait disposé à s'endormir très facilement. Le iiloroforme fut alors suspendu d'une demi-minute à une minute, puis 'i!in repris. Le sujet en ce moment commença à élever ses mains et à ibler, crachant dans la charpie et faisant comme s'il allait vomir. Tout luup il fut pris d'une convulsion violente par lout le corps, comme dans me attaque d'épilepsie. Le chloroforme fut aussitôt supprimé et le malade i! placé dans une position demi-horizontale. La convulsion ne dura que (uelques secondes, et dès qu'elle eut cessé, il commença à respirer avec ifort et soulèvement des lèvres ; presque immédiatement la respiration levint convulsive et irrégulière, le pouls était presque imperceptible et ptermittent. La respiration artificielle fut aussitôt exécutée à l'aide de 'Miipression et de relâchement alternatifs des parois Ihoraciques. La
^ue était tenue hors de la bouche avec une pince. On appliqua de l'amuoiiiaque sous le nez et de l'eau froide fut projetée sur la face; en une
□ te environ il était assez ranimé pour respirer sans aide, mais quelques
ondes après il retomba et ne put plus être rappelé à la vie.
A l'autopsie on trouva une dégénérescence graisseuse du cœur, du foie t (le la rate, et les enveloppes du cerveau étaient épaissies. La face interne le:- ventricules présentait un aspect tacheté particulier, dû apparemment à n (Jépôt inflammatoire; quant au cerveau il était décoloré.
()n apprit plus tard que cet homme était adonné à l'intempérance et iVciil eu une attaque de dcUrium iremens trois semaines auparavant. )ans la relation médicale de ce cas publié par VAssocialion médical 'imrnal (l), on rend compte comme il suit des altérations trouvées après I mort : A l'autopsie, que nous observâmes avec un soin particulier, le i rveau fut trouvé œdémateux et exsangue, absolument dans le môme état ]iie lecerveau d'un malade qui mourut sous l'influence du chloroforme à l'hôliial ophlhalmi(iue. Le foie était gras, mais le cœur pouvait passer pour type 11' l'état physiologique. Tous les autres organes étaient également sains (2).
OnsEnvATioN LVL — Cette observation est rapportée par M. Pagel dans termes suivants :
» Je m'empresse d'exposer devant mes collègues, à la première occasion, ! écit d'un cas dans lequel le chloroforme se montra fatal dans ma pra- 'le privée.
' Le sujet était un enfant de neuf ans, de constitution délicate et de teml ' rament nerveux et impressionnable, mais sans contre-indication par le ' de quelque maladie organique, à l'exception de celle pour laquelle une
1) Médical Times and Gazelle, 1856, 2" semestre, p. 442. (^) Associalion médical Journal, 1856, p. 903.
ACCIDENTS DE l'ÉTHÉUISATIUN. M opération allait ôlre entreprise; il sagissait d'une tumeur de la régioi scapulaire ; pour cela on se proposait d'enlever une partie de romoplale'
» C'était le 28 février, à huit heures et trois quarts du malin-, le pelii malade avait passé une très bonne nuit. Le chloroforme fut d'abord admi^ nistré dans une chambre voisine de celle où devait se faire l'opération.! L'enfant était inquiet à la pensée qu'on allait l'endormir et de ce que l'ot> allait lui faire pendant ce temps-là, aussi il repoussait fortement le chloro--> forme; enBn il consentit à le respirer, et après quelque résistancet moindre peut-être que celle qu'on rencontre habituellement chez jeu enfants du môme âge, le patient était complètement sous l'inOuence anesi Ihésique au bout de trois minutes environ. Il se tenait assis sur son lil durant la première inspiralion, et après celle-ci il tomba dans ledécubitusi On observa que deux ou trois inhalations profondes furent promptemen suivies d'une insensibilité complète, et les inspirations suivantes étaien. stertoreuses. Il fut aussitôt emporté dans la chambre en gardant la posiliou horizontale et placé sur une table disposée pour l'opération.
» Trois ou quatre minutes se passèrent pendant lesquelles nous arrani geâmes la position et les vêtements du malade, et j'indiquai en mênif temps aux personnes qui devaient m'assister le plan projeté de l'opérationi Durant cet intervalle l'influence du chloroforme se dissipa à tel point, qui devint sensible , déplaça ses couvertures et oreillers, arlicula quelque» expressions de malaise et vomit une petite quantité de liquide spumeux Il n'avait pris aucune nourriture depuis le soir précédent, où il avait faitui bon souper. On ajouta une très petite quantité de chloroforme qu'il inspiri lentement, puis il redevint presque calme et fut placé alors sur le côlé^ J'allais commencer l'opération, lorsque je le vis s'agiter de nouveau, indii quant quelque degré de sensibilité et changer sa position. Quarante goutte environ furent cette fois versées sur du colon renfermé dans un morceau à charpie plié ; un inhalateur avec du chloroforme sur une éponge avai^ été précédemment employé. La charpie était tenue à un demi-pouce envi, ron par M. Thomas Smilt, mon aide d'opération ordinaire. Le patient res; pira facilement durant quelques secondes, puis fit une longue inspiratioi et parut tomber aussitôt dans un sommeil profond. A l'exception de ce effet soudain de la complète influence du chloroforme, on ne remarqua aucun changement extérieur; mais quelques secondes plus lard son pouls, qui avai. été surveillé avec soin et avait été normal jusqu'à ce moment, comniençi tout à coup à battre précipitamment , puis cessa pendant deux ou troi^ secondes, battit encore rapidement à plusieurs reprises avec une sorte d mouvement d'oscillation, et enfin cessa d'être perceptible.
» Juste avant qu'on observât ce changement dans le pouls, le chlorofornit avait été supprimé. La profonde inspiralion signalée fut suivie de quelquea
MORTS SUBITES PENDANT l'AUMINISTUATION DU GllLURUFORME. 313
l ospiralions slerloreuses, mais après celles-ci le malade respira nalureilemcnl ; son teint et ses traits étaient sans altération, il semblait dormir paisiblement, et on cet état il continua de respirer naturellement, mais sans pouls pendant au moins une minute. Alors sa respiration devint moins fréquente et sembla comme si elle pouvait bientôt cesser, sa face se couvrit de pâleur, et ses lèvres se montrèrent légèrement livides.
1) Avec l'aide d'eau froide projetée sur la face et sur la poitrine et d'air fi-ais dirigé sur la face et sur la gorge, l'enfant fut relevé en moins de deux minutes de cet état de défaillance, et il se remit à respirer profondément et librement, quoiqueaveo lenteur (douze fois environ par minute). L'enfant respira ainsi deux ou trois minutes, pendant lesquelles les lèvres et les parties décolorées ou légèrement livides furent le siège de petits mouvements convulsifs ; et quoique le pouls ne pût être senti aux poignets, on entendait les battements du cœur. Dans cet intervalle on versa dans la bouche un peu de vin et d'eau-de-vie qui passèrent dans l'œsophage, mais sans mouvements évidents de déglutition. La respiration redevint :;raduellement rare et faible. De l'air frais et des aspersions d'eau froide, des frictions et percussions de la poitrine augmentèrent à peine la respiration, et en moins de deux minutes elle s'arrêta. On procéda immédiatement à la respiration artificielle, suivant la méthode de M. Marshall-Hall, et plusieurs fois pendant les cinq premières minutes de son emploi, l'inspiration artificielle obtenue, lorsque l'on retournait le côté, fut suivie d'une inspiration spontanée distincte et parfois même complète. Mais au bout d'environ cinq minutes ces signes de vitalité cessèrent, les matières fécales s'échappèrent, et aucune lueur de vie ne reparut plus, quoique la respiration artificielle, les frictions des membres et autres moyens fussent continués durant plus de vingt minutes.
B Jemedispense actuellement de tout commentaire sur ce cas; seulement je désire attirer une attention particulière sur ce point, qu'une bonne respiration se maintint, et après une interruption se renouvela, longtemps après que le cœur avait cessé d'agir, avec assez de force pour produire un pouls aux artères radiales. J'ajouterai enfin que ce récit est confirmé et considéré comme exact par les quatre personnes qui m'assistaient dans l'opération, et auxquelles je suis grandement obligé pour leurs conseils et assistance dans cette lutte pénible que nous avions à soutenir (1). »
Observation LYU. — Celle observation se présenta à l'infirmerie de Liverpool, le li avril 1 857. Elle est rapportée par M. Allan, le médecin résidant, qui administra le chloroforme. Le sujet était un laboureur âgé de
(1) Modical Times and Gazelle, 1836, 1" semestre, p. 236.