‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 53 sur 133 · MORTS SUBITES TENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME · texte numérisé non relu

MORTS SUBITES TENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME

- Le patient était couché sur un lit, dans la position horizontale, en face d'une fenêtre largement ouverte et donnant sur une cour spacieuse. Avec une feuille de papier à lettre petit format, je fis un cornet dans lequel j'introduisis de la charpie sur laquelle je versai quelques gouttes da chloroforme. Je mis l'évasement du cornet en rapport avec les narines, en laissant la bouche parfaitement libre, et j'engageai le malade à respirer, pendant que M. le docteur Lombard, les doigts invariablement posés sur l'arlère radiale, au poignet, me rendait compte, ^'instant en instant, de l'état du pouls. Les premières respirations s'exécutèrent comme dans l'état normal; nous suivions des yeux les mouvements de dilatation du thorax. Au bout de deux minutes environ, le malade continuait à respirer comme dans l'état normal , mais la sensibilité n'était nullement diminuée ; j'ajoutai quelques nouvelles gouttes de chloroforme, la respiration devint plus lente, et je dis au malade de respirer, ce qu'il exécuta. Bientôt il commença à agiter les membres ; il se leva sur son séant, et l'on fut obligé de le maintenir pour l'empêcher de se lever. Il prononça une série de paroles sans suite, ce qui me fit dire tout haut : « Confusion des langues. » Le malade répéta : « Confusion des langues. » A ce moment, on le pinça au bras, qu'à l'instant même il retira. A ce moment encore je dis à M. Lombard : « Le pouls va bien ? » Et M. Lombard me répondit : « Très bien. » Je retirai le cornet de papier et j'ajoutai quelques gouttes de chloroforme. Le malade respira parfaitement, l'agitation se calma bientôt, et il tomba dans la période de résolution. A ce moment, je cessai l'inhalation et je me rendis rapidement au pied du lit. Je fendis avec des ciseaux l'ongle du gros orteil en deux, en introduisant l'instrument entre l'ongle et la pulpe du doigt. Avec des pinces j'arrachai successivement les deux moitiés de l'ongle dont la racine était solidement implantée. Je finissais cet arrachement lorsque nous entendîmes un gémissement. A l'instant je me précipitai vers la tête du lit. Le malade était pâle, sans respiration ; je portai la main au poignet, pas de pouls ; au cœur, pas de battements. Nous projetâmes, M. Lombard et moi, de l'eau froide sur la face; nous lavâmes le front avec de l'eau vinaigrée ; le malade n'avait pas cessé d'être dans la position horizontale. Je pratiquai sur le thorax des mouvements de pression interrompus pour soppléer les phénomènes mécaniques de la respiration. Au bout de quelques instants, le malade exécuta quelques respirations, sans que lé pouls redevînt sensible au poignet, sans que le sentiment et l'intelligence revinssent. Bientôt la respiration ce.ssa de nouveau. J'ouvris largement la bouche do malade et j'introduisis un doigt jusqu'au pharynx, en titillant la luette et en tirant en avant, en même temps, la base de la langue pour soulever lépiglolte; puis immédiatement je pratiquai de nouvelles manœuvres de respiration artificielle.

3i!i0 ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION.

» L'opéré exécuta quelques nouvelles respirations ; mais le pouls était || toujours insensible et les battements du cœur lui-môme ne pouvaient être perçus. Bientôt la respiration fut de nouveau interrompue ; j'ouvris de nou. veau la bouche du patient et lui pratiquai la respiration artificielle, en collant ma propre bouche contre la sienne. Il y eut encore une ou deux respirations exécutées par l'opéré, et tous les efforts de M. Lombard et les miens furent dès lors impuissants à le faire revivre. Ce fut en vain que nous frictionnâmes les' membres inférieurs avec les mains et avec deg brosses, que nous titillâmes les narines, rien ne fit, et L... ne respira plus, le pouls ne reparut pas non plus. Après quelques minutes, les lèvres devinrent violettes ; mais cette coloration ne s'était nullement montrée au moment où nous fûmes avertis parle gémissement du malade do l'horrible i catastrophe dont nous devions être témoins.

» L'autopsie a été faite par M. le docteur Tardieu, qui a trouvé deg , adhérences anciennes entre les poumons et les parois Ihoraciques, dans i une grande étendue, et une apoplexie pulmonaire (1 ). k

Observation LXXVIF. — Ce fait s'est passé à l'hôpital général de \ Hobart-Town (Australie). Un marin à qui l'on devait extirper une glande, , fut chloroformisé. Avant que l'insensibilité ne devînt complète, le docteur * Incart plaça son doigt sur le pouls. Il ne le tâtait que depuis quelques s secondes, lorsqu'il sentit les pulsations s'affaiblir, quoique la respiration i se maintînt régulière. L'inhalation fut immédiatement suspendue; le i pouls s'affaiblit graduellement et au bout de vingt minutes il avait cessé i de battre.

Cet homme était bien constitué et robuste, dans un état de santé parfait. .

L'autopsie montra la peau pâle, les poumons très congestionnés, sains J d'ailleurs, pas de sérosité dans les plèvres ni ailleurs; cœur petit, mou et t offrant un dépôt de graisse à sa surface externe. Le sang dans le cœur et * les gros vaisseaux était fluide ; foie tumétié et congestionné; reins volumi-neux et congestionnés, du reste sains (2).

(1) Gaselle des hôpitaux, 1861, p. 56.

(2) British médical Journal, mai 1862, trad\iit clans Gazelle médicale de Lyon, i, 1862, p. 10

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