MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME
petit caillot. Les cavités gauches contenaient aussi un peu de sang. Le lissu musculaire du cœur présentait un aspect morbide; il se déchirait facilement, mais on ne put découvrir de globules graisseux avec l'aide du uiicroscope (•). "
Observation LVIII. — Le sujet élail entré à l'hôpital pour une opéralion à pratiquer sur le doigt. Il élail évidemment d'une mauvaise conslitiilion et présentait en particulier des signes de delirium tremens. A peine lait-il inhalé quelques inspirations de chloroforme, que ses yeux devinrent tixes, des signes de syncope se manifestèrent; il parut s'évanouir. Il était mort.
La respiration artificielle fut immédiatement appliquée, et le docteur nundas Thomson , qui tient toujours pour semblable circonstance une l'iantilé suffisante d'oxygène, chercha à le faire respirer, et recourut en ulre à l'emploi de la batterie électrique; le tout en vain. L'homme était lort, parfaitement mort.
A l'autopsie nécessitée de ce cas malheureux, et que le rédacteur assure avoir suivie avec le plus grand soin , l'encéphale était dans un état (l'œdème et de vacuité sanguine complète (ainsi qu'il avait été observé dans un autre cas analogue à l'hôpital ophthalmique).
< Le foie était gras ; le coeur offrait le type le plus parfait d'un cœur sain. ' Tous les autres organes étaient sains également (2).
Observation LIX. — L'accident arriva à l'hôpital de King's Collège, le 7 août 1857. M. Charles Heath, le chirurgien interne, rapporte l'observation dans les termes suivants :
vt Le sujet, Anne Sloner, était une femme âgée de dix-sept ans, traitée dans le service de M. Cartridjer pour des végétations syphilitiques et des 'tubercules muqueux. Elle était entrée le 8 juillet, et avait été chloroformisée deux fois pour subir des cautérisations à l'acide nitrique. En ces deux circonstances on n'availpoint observé le moindre accident fâcheux. Vendredi dernier au soir, du chloroforme lui fut administré dans le même but. Un gros (4 gram.) de liquide fut versé dans l'inhalateur de Snow, et aussitôt qu'elle eut perdu connaissance, on enleva l'appareil et l'acide fut appliqué. Moi et mon assistant qui administrait le chloroforme, allâmes alors voir une autre malade dans la môme salle, puis nous nous lavâmes les mains. Dans cet •intervalle, la patiente agita ses jambes assez fortement, comme quand on
(1) The Lancet, iS'jT, 1" semestre, p. -i29.
(2) Médical Times and Gazelle, 1856, 2" semestre, p. 112, traduit dans la Gazelle médicale de Paris, 1857, p. 787.
316 ACCIDENTS DE l'ÉT11É1USA.T10N, ^'
reprend ses sens, et en outre elle lâcha de l'eau sur son lit. Après avoir ordonné à la garde-malade d'appliquer des cataplasmes comme d'habitude, je quittai la salle, ayant passé devant le lit de la malade sans avoir rien remarqué de particulier dans son extérieur. Au bout de quelques minutes, l'infirmière descendit chercher quelques médicaments pour une autre malade, et me dit que la femme en question avait la figure très pâle. J'envoyai M. Liddon pour la voir immédiatement : il la trouva pâle et sans connaissance ; il jeta un peu d'eau sur elle et m'appela. J'arrivai alors aussitôt ; je trouvai la malade sans pouls et froide. Je procédai sur-le-champ à la respiration artificielle (Marshall-Hall), et j'envoyai chercher une batterie électrique. Celle-ci fut apportée et appliquée sans résultat, et la respiration artificielle fut continuée pendant vingt-cinq minutes sans produire le plus léger effet.
» J'étais présent à l'ouverture du corps le jour suivant. La bouche était ulcérée et tuméfiée par l'effet des onctions mercurielles. On trouva quelques gros de sérosité claire dans le péricarde. Le cœur était gros relativement à la taille du sujet. Il y avait une couche de lymphe organisée sur le péricarde couvrant le ventricule gauche. Les cavités droites étaient pleines d'un sang noir liquide, et les cavités gauches en contenaient un peu, La valvule mitrale était très épaissie, mais les autres valvules étaient normales. Les poumons étaient sains et sans trop de congestion. Le cerveau était sain. Cette femme avait souffert de rhumatisme aigu avant son entrée à l'hôpital (1 ). »
Observation LX. — Au lit n" 12 de la salle 11 de l'hôpital du Gros- Caillou était entré, le 24 mars dernier, dans le service de M. Ceccaldi, le nommé Brunoy, âgé de quarante-cinq ans environ, grenadier au 1" régiment des grenadiers de la garde. C'était un homme d'une taille moyenne, d'une assez bonne constitution, mais paraissant cependant un peu détérioré par la fatigue.
Cet homme, sur les antécédents duquel nous n'avons pu nous procurer de renseignements bien étendus, présentait dans les bourses une tumeur formée par le testicule droit, du volume d'un œuf de dinde à peu près, dure, résistante, que M. Ceccaldi, dans le service duquel il se trouvait, pensait être une affection cancéreuse du testicule, et qu'il résolut d'enlever.
Le jeudi 27 mai au matin, le malade fut amené dans la salle des opérations. 11 ne paraissait pas trop ému ; il fut placé sur la table, et l'on commença les inhalations de chloroforme. Étaient présents : MM. Ceccaldi, qui devait pratiquer l'opération ; Thomas, médecin principal de première
(1) Médical Times and Gazelle, 1857, 2''semestre, p. 171.
MORTS SUBITES PENDANT L ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 317 ,,asse • Boudier, médecin-major de première classe ; de Potor. aide- „,ajor de service; plusieurs des élèves el plusieurs medecms requ.s appartenant à l'hôpital.
On ne se servit pour tout appareil que d'un cornet forme par une cornpresse contenant un peu de charpie, sur laquelle on répandu le chlorolorme Nous devons dire, pour être juste, que l'inhalation fut pratiquée ,nr M de Polor avec un soin tout particulier, et avec toute la prudence et L's précautions que réclame cette opération délicate. Dans le principe, tout .0 passa bien ; il n'y eut ni agitation, ni soubresauts, m mouvements désordonnés, rien, en un mot, qui annonçât un état de souffrance du malade La respiration était parfaitement calme.
Au bout de quelques minutes, on fit quelques épreuves pour s'assurer de la sensibilité. La résolution n'était pas complète, l'anesthésie ne fut pas trouvée suffisante; on jugea convenable de continuer l'inlialalion. l,e chloroforme fut rapproché des narines, toujours dans le même appareil. Tout d'un coup, et sans qu'aucun pliénomène eût pu faire prévoir ce qui allait passer, Brunoy se lève sur son séant, les yeux hagards, les pupilles iilatées d'une manière effrayante, les bras tendus et les muscles énergiquement contractés. Le visage exprime l'angoisse d'un homme qui étouffe et qui cherche de l'air: puis il retomba sur le lit, poussa une dernière expiration et ne fit plus un seul mouvement. Il était mort. IJeux minutes et demie ou trois minutes s'étaient à peine écoulées depuis le commencement de l'inhalation, et M. Ceccaldi, croyant le sujet arrivé à l'état convenable, avait eu à peine le temps de placer le bistouri sur la peau.
Dès que l acoident fut signalé, on mit en usage tous les iroyens imaginables pour ranimer le malade, révulsifs, chatouillement de la glotte, frictions sur la région précordiale, application de charbons incandescents sur la partie supérieure ries parois de la poitrine, respiration artificielle parla pression du thorax, puis bouche à bouche ; tout fut inutile. Le lendemain, l'autopsie fut faite.
Le cerveau était sain, sans engorgement. Les deux poumons étaient engoués fortement, mais leurs tissus, surtout celui du poumon droit, étaient parsemés d'une quantité considérable de tubercules miliaires. Au sommet du poumon droit, adhérent par de fortes brides à la plèvre costale, existait une caverne assez vaste, tapissée en bas par une fausse membrane qui limitait la partie détruite du tissu pulmonaire.
Le testicule était converti en une masse tuberculeuse du volume d'un œuf de dinde présentant quelque analogie, pour l'aspect, avec le blanc d'un œuf durci au feu (1).
(I) Gnzptle dif, hôpitaux, is;>8, p. 272.
^'^^ ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
Obskrvation LXI. — Le 1 5 janvier 1 8{)9, entre à l'hôpitul Saint-Louis le nommé Royer (Joseph), mécanicien, ôgé de quaranle-neuf ans, pour y être traité d'une luxation de l'épaule gauche. C'était un homme forlemenl musclé et ayant toutes les apparences d'une bonne santé. Deux fois déjà, au dire du malade, cet accident lui serait arrivé du même côté. Dans la journée du 15 janvier, voulant éviter une chute, il saisit une lame de fer placée au-dessus de lui à quelques pieds du sol. Dans cette situation, il tourna sur lui-même, et l'extension brusque du bras, jointe à un mouvement brusque de rotation , produisit une luxation qui offrit tous les caractères du déplacement sous-coracoïdien, ou luxation sous-scapulaire de M. Velpeau.
Dans la matinée du dimanche 16 janvier, après avoir fait constater par une dizaine de personnes, tant du service que des services voisins, les signes de la luxation, M. Richet procède aux manœuvres de la réduction. La méthode du simple refoulement ou des pressions directes sur la tête humérale placée au fond de l'aisselle, vainement essayée sans le secours du chloroforme, on procède à l'anesthésie du malade.
Une compresse de linge ordinaire, mais déjà usé, pliée en double et en cornet, de manière que sa partie évasée embrasse le nez et la bouche du malade sans cacher le visage, est employée, et l'on y verse quelques gouttes de chloroforme tirées d'un flacon qui n'avait pas encore servi.
Interrogé sur ses habitudes, le malade répond qu'il boit très peu de vin d'ordinaire et point d'eau-de-vie. On le fait coucher horizontalement dans son lit, n'ayant d'autre vêtement que sa chemise, et on lui applique alors la compresse. Les premières inhalations se font sans répugnance aucune et aucun trouble apparent. Une minute environ s'élant écoulée sans qu'il se produisît d'effet sensible d'anesthésie, on retira la compresse pour verser une nouvelle et très petite dose de chloroforme. La quantité employée pendant toute la durée de l'opération peut être évaluée à 15 ou 20 grammes, ainsi qu'on a pu le conslater plus tard en mesurant ce qui restait dans le flacon.
La période d'excitation se manifeste quelques secondes après celte nouvelle dose ; les muscles se roidissent, le malade prononce quelques paroles incohérentes et cherche à se soustraire à l'influence du chloroforme ; son visage se colore, les veines du cou se gonflent, les conjonctives s'injectent, et à ce moment M. Richet fait observer aux assistants que si le chloroforme, dans la période de résolution, est très favorable à la réduction des fractures et luxations, il n'en est point de même dans la période d'excilation, où les mouvements désordonnés et involontaires, où des contractions vigoureuses tendent à augmenter le déplacement des surfaces osseuses ou des extrémités articulaires.
MORTS SUBITES PENDANT l'aDMINISTRATION DU CHLOROFORME. 319 Cells période d'excitalion ne dure que quelques secondes. Bientôt lo mahide. qui jusqu'alors n'avait aspiré que fort peu de chloroforme, fait des inspirations profondes et suivies, auxquelles succèdent l'anesthésie et la résolution musculaire.
Le pouls radial, constamment et attentivement exploré des deux côtés depuis lecommencenient des inhalations, ne fournit cependant aucune indication particulière. Calme et développé dans la première période, il devient plus serré et plus fréquent au moment de l'excitation ; puis, quand celle-ci cesse, il redevient calme et large comme au début. Il s'esl écoulé en tout de trois à cinq minutes depuis le moment où le chloroforme a été appliqué jusqu'à celui où la résolution est effectuée.
La respiration se faisant alors avec régularité, on enlève la compresse, et M. Richet tente de nouveau la réduction par les pressions directes sur la tête déplacée ; mais comme la première fois ce procédé échoue ; alors saisissant de la main droite l'humérus par son extrémité inférieure, et lui imprimant un léger mouvement de bascule et de rotation sans traction aucune, en même temps qu'avec la main gauche il refoule la tête vers la cavité glénoïde, le chirurgien obtient la réduction avec la plus grande facilité.
L'opération terminée, M. Richet faisait remarquer cette facilité de réduction sans tractions, lorsqu'un des élèves qui tenait toujours le pouls radial du membre luxé, et qui ne l'avait point quitté, annonça qu'il ne percevait plus aucun battement. Ce phénomène pouvait être attribué à la pression de la main encore placée dans l'aisselle, mais la même exploration faite aussitôt du côté droit donna le même résultat négatif; cependant la respiration continuaitcalme et profonde sans aucun stertor ni bruitanormal : c'est alors que l'exploration faite à la région précordiale ayant révélé une absence totale des battements du cœur, on fît sur-le-champ ouvrir la fenêtre auprès de laquelle était placé le lit du malade, et on lui flagella le visage avec une compresse trempée dans l'eau froide. Les traits n'étaient nullement décomposés, le visage était plutôt coloré que pâle, les lèvres et les conjonctives légèrement rouges. Tout à coup, après cinq ou six inspirations précipitées et profondes, la respiration se suspendit brusquement.
Saisissant alors la langue avec le doigt placé en crochet et plongé dans le pharynx, M. Richet l'amena hors de la bouche, où il la fit maintenir, en môme temps que par des pressions sur le ventre et les parois thoraciques on pratiquait la respiration artificielle. Tout cela fut l'affaire d'un instant; un moment on crut que les fonctions allaient se rétablir; le malade fit de luimême trois longues et profondes inspirations à quelques secondes d'intervalle, mais ces phénomènes no furent que passagers. Les mouvements du cœnr effectivement ne purent être rétablis, malgré la respiration artificielle
•ï20 ■ ACCIDENTS m L'ÉTHÉRISATION.
continuée pendant plus d'une demi-heure, et les excitants de toute sorte appliqués à toute la surface du corps. Bientôt les extrémités se refroidirent ; le visage, qui avait conservé la coloration normale, pâlit, et toute espérance de ranimer ce cadavre était définitivement perdue.
L'autopsie, pratiquée vingt-quatre heures après la mort, avec les soins les plus minutieux, donna les résultats suivants :
1° Les téguments, décolorés à lu partie antérieure du corps, sont livides dans les parties déclives. La face, devenue blôme après la mort, offre maintenant une coloration bleuâtre. La rigidité cadavérique persiste. Les bras résistent fortement à la flexion. Nulle part de trace de décomposition. Aucune odeur de chloroforme ne s'exhale du cadavre.
2" A l'ouverture des cavités thoraciques spianchniques, on ne trouve dans les muscles des parois aucune coloration anormale, aucune infiltration sanguine. Les deux poumons sont unis dans toute leur périphérie aux plèvres costales etdiaphragmatiques par des adhérences nombreuses et qui pourraient remonter à une époque éloignée.
Ces organes pré.sentent à leur surface une teinte rouge uniforme. Le bord antérieur du poumon gauche offre antérieurement quelques bulles d'emphysème sous-pleural qu'on ne trouve nulle part. A la coupe, dans toute leur partie antérieure, leur tissu, d'une couleur rosée, a tout à fait l'aspect normal ; il est élastique et crépitant ; on éprouve de très grandes difficultés à les détacher des adhérences qui les fixent ; et enfin, quand après les avoir extraits de leur cage thoracique, on examine leur bord postérieur, on remarque qu'ils offrent une teinte violacée, et que leur tissu, devenu plus friable, a perdu en partie son élasticité ; le doigt le déchire avec plus de facilité que dans l'état normal. A la coupe, il s'en écoule un sang noir et épais, et cependant ils surnagent lorsqu'on les jette dans l'eau.
Les bronches, la trachée-artère et le larynx contiennent à peine quelques mucosités écumeuses. Isful obstacle ne siège ni dans l'intérieur du larynx ni à son orifice.
3° Point d'épanchement dans le péricarde. Le cœur, flasquement volumineux, n'offre extérieurement aucune particularité digne d'être notée, si ce n'est que le ventricule droit est recouvert d'une épaisse couche de graisse.
A l'ouverture du ventricule gauche, qui offre sa capacité ordinaire, on ne trouve aucun caillot sanguin, et seulement un peu de sang liquide et noir.
Mais il faut observer que le cœur n'a pu être examiné en place, et qu'il n'a été ouvert qu'après avoir été extrait avec les poumons du thorax ; en sorte que les artères et veines qui en parlent ayant été ouvertes avant les tractions faites pour l'amener au dehors de la poitrine, tractions que nous avons dit être longues et violentes, le sang très liquide a pu en toute liberté s'en échapper.
MORTS SURITES PENDANT l'aDMINISTRATION DU CHLOROFORME. 321
Lo venlriculo droit se présonlo sous le môme aspect ; il contient également peu de sang. Les oreilletles droites et gauches contiennent plus de sang que les ventricules ; elles sont môme un peu distendues. L'artère aorte, l'artère et les veines pulmonaires, ne contiennent point de caillots, seulement un peu de sang liquide.
Tout l'appareil valvulaire est dans le plus parfait étal. Somme toute, il n'y aurait à signaler pour le cœur rien de particulier, si ce n'est sa Haccidité vraiment toute particulière et le peu de consistance de ses fibres charnues qui se laissent déchirer avec une incroyable facilité et par la seulepression des doigts. Il faut ici noter que l'autopsie a été faite dans une salle sans feu et par un froid de 4 degrés au-dessous de zéro.
L'aorte ne présente aucune altération, ses ramifications contiennent un peu de sang noirâtre.
Les veines du thorax, de l'abdomen, des membres, sont remplies d'un sang noir.
Une ponction pratiquée sur la veine iliaque laisse écouler un sang noir dans lequel on ne peut reconnaître la plus légère bulle de gaz, et qui, d'ailleurs, ne présente aucune odeur parliculière. Nous devons effectivement noter que nous avons recherché partout, avec le plus grand soin, mais vainement, la présence de gaz et l'odeur de chloroforme signalée dans le sang dans quelques autopsies.
4" Le foie était assez volumineux et nullement congestionné. Rien de particulier à noter dans les viscères abdominaux.
5" A l'ouverture du crâne, on constate que les sinus de la dure-mère, et en particulier le sinus longitudinal et les sinus latéraux, ne contiennent qu'un peu de sang liquide.
A la surface du cerveau, le système veineux ne contient que peu de sang.
Les circonvolutions et la partie centrale des hémisphères offrent un )iqueté qui ne diffère en rien de celui qu'on trouve dans beaucoup de cas.
Les plexus choroïdes sont peu injectés.
Point d'épanchement dans les ventricules.
Les corps striés, les couches optiques sont parfaitement sains.
Enfin, on ne trouve aucune altération dans la coloration, la texture ou a consistance, soit du cervelet, soit de la protubérance, soit du bulbe ■achidicn, soit de la moelle cervicale ( I).
Observation LXU. — Un nouveau cas do mort s'est produit, à la suite le l'inhalation du chloroforme, au Royal ophthalmique hôpital.
(I) Observation rédigée par les internes présents à l'opération et publiée dans a Gazette des hôpitaux, 18r,9, p. 'M.
le.
322 ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION.
On se disposait à pratiquer l'opération du strabisme sur une fille d quinze ans, pleine de santé d'ailleurs.
On lui fit respirer du chloroforme au moyen d'une compresse de loik La quantité de chloroforme et la durée de l'inhalation furent, suivan l'usage anglais, calculées dans de justes mesures. Aussitôt l'opération commencée la face devint livide tout à coup, larlère radiale ne donna plu^ de pouls Les efforts que l'on fit tout de suite pour ramener la vie semblèrent d'abord devoir être couronnés de succès ; quelques mouvements respiratoires se produisirent , mais malheureusement ils s'arrêtèrent . moitié, et la vie s'éteignit peu à peu.
A ràutopsie, qui a été faite par le docteur Bader, on a trouvé le cœur r droit dilaté par de l'air mêlé à une petite quantité de sang écumeux el l liquide, tandis que le cœur gauche était vide. Dans les poumons, >1 y avai i une multitude d'extravasations peu considérables, qu. probablement avaient t été produites par la respiration artificielle prolongée. Dans le reste du corps . on n'a découvert nulle part de traces de lésions organiques (1)-
OBSEnv.TioN LXIH. - Le jeudi 3 février, M. Marjolin , assisté de M Guibert, son interne, et de deux élèves externes, soumit aux inhalations i de chloroforme une jeune enfant de sept ans et demi, atteinte de coxalgie, dans le but de tenter le redressement forcé du membre suivant la pra-
t plat d.ns son l,t. « .e versa, dit Marjolin comme j'ai toujours eu coutume de le faire, dans un tube gradue afin d , b en déterminer la quantité du liquide employé dans toute a durée d un 0 éra io ^ 2 grammes de chloroforme. Je n'en versai d'abord que quelques o-out s Sur l'éponge, et ne changeant pas ma manière d'agir habituelle,. CZZ-Zu.: l'éponge près du nez de la malade, en ayant grand soi : \ ^ 1 1' oorocher que graduellement. Des deux côtés le pouls eta,t surveille /Imet commencement de l'opération par M. Guibert et me. r'I nrTs cette précaution afin que M. Guibert, qui devait me reni- 3 avais pris ^«^^^ P chloroforme, pût bien se rendre compte.
tZXr^^^^^^^^-^ .orsquejeseraisoccupé des ma-,
""^Tce moment le pouls était assez plein, régulier et nullement accéléré .
pouvoir biensuivre ses mouvements.
(1) BJedical Times, 1859, 2« semestre, p. «81.
tfORTS SUBITES PENDANT l'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 32Î'.
> L'enfant, ce qui est rare, ne fit aucune résistance, et comme l'éponge l'était pas recouverte d'une compresse, on pouvait étudier les cbangenenls de la physionomie. Pendant les premières inspirations, il n'y eut locun changement dans le rhythme, la force et la fréquence du pouls, et ;O0ime la première dose n'avait amené que de l'agitation, je versai de nouveau un peu de chloroforme sur l'éponge, de manière à produire non-seuement de l'anesthésie, mais encore une résolution suffisante pour me wrmellre d'imprimer à la hanche les mouvements convenables.
ï Cette fois l'anesthésie et la résolution furent obtenues, et j'en profitai )Our imprimer aux membres de la malade plusieurs mouvements de flexion et l'extension. Pendant celle manœuvre, je confiai l'éponge à M. Guibert, qui l'avait cessé, conjointement avec moi, de surveiller le pouls depuis le comnencemenl del'opéralion. J'avais à peine communique quelques mouvements 1 ia cuisse, que l'enfant se mit à crier et à s'agiter violemment, essayant e porter la main qui était libre vers la hanche malade. L'agitation était elle, que M. Guibert m'avertit qu'il ne pouvait plus bien suivre le pouls. Voyant que l'anesthésie n'étail pas complète, la résolution nulle, et. que je le pourrais pas surmonter la contraction musculaire, je versai de nouveau m peu de chloroforme sur l'éponge et la replaçai sous le nez de la malade ui avait assez de connaissance pour respirer d'après les indications de I. Guibert. A ce moment, le pouls était très bon et régulier. En très peu 'instants elle fut replongée dans l'aneslhésie et dans la résolution ; mais e sommeil était peu profond ; car lorsque le bassin eut été maintenu par m interne, j'avais à peine imprimé quelques mouvements aux membres, ue des cris et l'agitation recommencèrent, à tel point que, pendant ce aoment, qui fut très court, M. Guibert, qui continuait à tenir l'éponge irès du nez de l'enfant, dit qu'il ne pouvait plus surveiller le pouls, 'allais peut-être même une fois encore m'arrêter, lorsque subitement les cris lia résistance musculaire cessenL Instinctivement, et comme averti par un risle pressentiment, je m'arrête, je regarde l'enfant: la physionomie était irange, la tête était renversée en arrière sur le traversin, le visage plus olorc que quelques instants auparavant, les yeux fixes, à demi enlr'ouveri.s. ïous cherchons le pouls, nous auscultons attentivement le cœur, plus de laitement; trois ou quatre inspirations de plus en plus faibles ont encore len, et nous prévoyons qu'il ne reste plus de ressource. Ouvrir largement 38 fenêtres, frapper le visage, les membres inférieurs , imprimer au membre malade un brusque mouvement dans l'espoir d'une révulsion saluaire, rien ne fait. Je fis incliner la tôle, relever les membres inférieurs, i ouvrant la bouche, je tirai fortement la langue au dehors avec des linces et tentai l'insufflation bouche à bouche, mais l'air passa par l'œso- >hage et ensuite par l'eslomac. Les mouvements de respiration artificielle
S2/i ACCIDENTS DF l'ÉTIIÉRISATION.
imprimés au Ihorax et aux parois de l aljdomen firent facilement disparaître ce météorisme.
» Prévenus de cet accident, les autres élèves arrivèrent avec un appareil électrique, et établirent tout de suite un courantélectrique sur le thorax, au niveau de la région diaphragmatique. L'insufflation de l'air était continuée à l'aide d'une sonde introduite successivement par M. Leclerc, interne du service, et M. Goux, interne de M. Boucher. A ce sujet, je dirai que l'introduction de la sonde fut rendue difficile par suite de l'abaissement de l'épiglotte. Malheureusement toutes ces diverses manœuvres, dans lesquelles je fus très aclivement secondé par tous mes élèves qui partageaient mon anxiété, n'eurent aucun résultat; elles furent cependant continuées pendant plus de trois quarts d'heure. L'enfant avait été littéralement foudroyée en un instant ; elle avait passé sans transition appréciable de l'agitation la plus vive au sommeil anesthésique et à la résolution ; la cessation seule de ses cris nous avait appris qu'elle avait cessé de vivre.
» Bien que cet accident n'ait pas eu lieu dans les mêmes circonstances que celui qui vous a été communiqué par M. Richet, il y a cependant dans les derniers phénomènes observés une grande analogie. Ici le cœur et le pouls avaient cessé de battre, que la respiration continuait encore. Ce fait,, nous avons pu le vérifier.
» Maintenant, le point sur lequel je crois devoir insister, c'est la rapi dité excessive avec laquelle la mort est arrivée, sans que rien pût faire pressentir, pendant l'opération, \me terminaison aussi fatale. Ainsi, j'ai dit, au commencement de cette observation, que le pouls était bon, régulier; que dans les deux premières tentatives il avait conservé ce caractère. Rien d'anormal nes'étaitégalementprésenlé du côté des voies respiratoires.
» A quelle cause faut-il donc attribuer un dénoûment aussi terrible,! aussi imprévu? L'enfant, bien que malade depuis quelque temps, n'élaila pas arrivée à cet état d'épuisement qui rend l'emploi des anesthésiques dan-r gereux. Sa santé générale ne semblait réellement pas mauvaise; mais cese conditions en apparence assez bonnes ne peuvent-elles pas aussi existen avec un autre genre de faiblesse plus difficile à reconnaître, et qui ne porlei que sur le système nerveux, état particulier aux enfants adonnés à de mauvaises habitudes ? C'est une réflexion que je crois devoir vous sou-i mettre, puisque dans l'application de l'anesthésie nous devons tenir compta de toutes les moindres causes capables d'impressionner le système nerveux.i* Avons-nous eu affaire à un sujet placé dans une de ces deux conditions !î L'examen des organes génitaux me ferait pencher pour l'affirmative ; cepen-' dant je ne pourrais pas l'assurer, seulement j'insisterais d'autant plus sui ce point, que l'on sait que les enfants enclins à ce funeste penchant sonU très sujets aux défaillances et .sont en quelque sorte énervés.
MORTS SUBITES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CllLOIlOKUUME. 3-25 » L'aulopsie fut faite vingt-quatre lieures après la mort, par un temps froid, en présence de M. Broca, que j'avais prévenu, et des élèves du service.
» La roideur cadavérique est très prononcée ; le membre abdominal gauche conserve la position qu'il avait avant l'opération . A part les pupilles, qui sont dilatées, le visage ne présente rien à noter.
î Sur les parties latérales de l'abdomen, on remarque quelques taches violettes lenticulaires peu nombreuses. La congestion hypostalique de tout le tronc est assez prononcée.
» L'ouverture de la poitrine fut faite avec beaucoup de soin. Le poumon droit fut d'abord extrait et une ligature placée à l ouverlure des bronches- 11 nous a semblé d'un rouge plus vif que dans le lobe inférieur; il présentait à sa partie postérieure quelques ecchymoses d'un rouge très foncé. En incisant ce tissu pulmonaire à leur niveau, on vil que répanchement sanguin occupait une certaine profondeur. Le sang qui s'écoulait était noir, fluide, ne changeant pas de couleur après un certain temps de son exposition à l'air. Au sommet du lobe inférieur il existait quelques ecchymoses présentant le même caractère. Le tissu du poumon incisé nous sembla d'un rouge plus vif que dans l'état normal. Le poumon adhérait à la plèvre costale complètement; on remarquait les mêmes lésions déjà décrites, seulement leur caractère était plus prononcé.
» Au sommet des deux poumons il existait un petit noyau tuberculeux à l'état crétacé. Le péricarde contenait un peu de sérosité. Les cavités du cœur étaient très distendues par du sang très fluide, d'une couleur analogue à celui provenant des vaisseaux des poumons.
» Ce sang fut recueilli et mis à part pour être analysé.
» Les vaisseaux du cœur étaient également distendus par du sang fluide.
» Le sang du foie était également tluide et aus?i foncé.
» L'examen du cerveau nous a fait voir les sinus du cerveau distendus par le sang de la substance cérébrale un peu plus injectée que de coutume.
» Examiné au bout de quatre jours, le sang provenant des vaisseaux artériel et veineux ne s'était pas coagulé. M. Berlhelol, dont tout le monde connaît les belles recherches sur la chimie organique, ayant eu l'obligeance d'analyser le sang recueilli dans les poumons, dans l'oreillette droite et dans les gros vaisseaux, n'a rencontré aucune trace de chloroforme »
OnsEnvATmN LXIY. — Un dragon âgé de vingt-trois ans, et très intempérant, s'étant fait au coude une blessure dont la nature n'était pas bien
(1) Communiquée par M. Marjolin à la Sociétô de chirurgie, et publiée dans la Gaselle des hôpitaux, i 8^9, p. 71 .
326 ACCIDENTS Dli L ÉTHÉRISATION.
connue, fut quelques jours après soumis à l'action du chloroforme pour procéder à l'examen de la plaie. Une éponge imbibée de 2 ou :! drachmes (8 à 12 grammes) de teinture de chloroforme, fut placée sous une clochelli; de verre tubulée, et tenue devant la bouche du patient qui élaithorizontak;ment placé. Ayant aspiré pendant cinq minutes .«ans effet, un essuie-mnin fut mouillé avec le chloroforme et tenu près de la bouche. Il en n'sulla un peu d'excitation qui se traduisit par de la rougeur à la face, mais ni la respiration ni le pouls ne parurent affectés. En un instant tout fut changé; les yeux se retournèrent, la face se boursoufla, les muscles se relâchèrent, et il vomit. Le pouls, observé au milieu d'un mouvement rapide, donnait 1 00 pul-( sations; il s'arrêta soudain comme frappé de la foudre. L'inhalation futi brusquement interrompue. Les matières vomies faisant préjuger que iel larynx se trouvait bouché par quelque substance, l'introduction du doigt} en retira une large feuille de chou. Consécutivement aux vomissemenls,j le malade fit deux ou trois inspirations, mais il est probable que l'action du.i cœur cessa avant que le jeu de la respiration fût arrêté. On essaya, mais* en vain, l'emploi de la méthode de Marshall-Hall, ainsi que d'autres exfé-^ dients. A l'autopsie, l'estomac contenait une quantité considérable d'ali4 ments non digérés et non mâchés. Les poumons étaient fort congestionnés Le cœur était couvert d'une masse de graisse; l'examen au microscope) démontra du reste que ce viscère avait subi l'action de la dégénérescenca graisseuse. On affirme que l'agent anesthésique employé est le même quo celui qui est en usage à l'armée des États-Unis, c'est-à-dire la teinture de chloroforme (une partie de chloroforme et deux parties d'alcook absolu) ; il avait produit des effets désagréables. Le malade ne s'était jamais plaint d'aucun symptôme indiquant une maladie du cœur(l).
Observation LXV. — Une enquête a eu lieu au Lion rouge, devan M. Wallon, esq., deputy-coroner, samedi dernier, sur le cadavre de William Rumayé, âgé de onze ans. Il parnît, d'après le témoignage de h mère de l'enfant, et celui de M. T. J. Watkins, chirurgien, que le décédé' s'était fait une blessure au pied quelques semaines auparavant. Il en étaiti résulté un raccourcissement considérable du gros orteil et un élargisse-* ment de l'articulation mélatarso-pli;ilangienne corre.'pondante. Aucum chirurgien ne fut appelé, si ce n'est quelques jours avant sa mort. M. Watt kins fut alors prié d'examiner le pied ; mais par suite des cris et de la résisf tance opposée par l'enfant, et par suite aussi de la douleur aiguë causée par le plus léger mouvement de l'organo, l'examen ne fut pas salisfaisanm Comme il était absolument nécessaire de savoir si I on avait affaire à une]
(1) American Journal of médical science, IS'iS, p. À
MORTS SUBITES PENDANT .'ADMINISTRATION DU CIILOROFOUMK. 327 loxnlion OU à une arthrite, M. Watkins proposa un autre examen sous nfluence du chloroforme, proposition . lac,uello >l ne fut oppose aucune r t on avant fait entendre à la mère queVenfant serait endorm. prof n- ^re t Vendant l'e.amen, et qu'ilnen résulterait pas pour lu. la mom re. peine ciséquemment, le vendredi ^7. ! enfant ayant été placé sur un ht, il procéda à l'administration du chloroforme par inhalation.
Comme le résultat en vue était purement de procurer 1 .nsens.b.hté peu danl la très courte période requise pour l'examen du pied, on s arrangea de manière à obtenir l'état anesthésique le plus faible, et en rapport avec le but que l'on se proposait. Le mouchoir sur lequel le chloroforme fut administré était nn fort mouchoir de colon fourni par la mère, deux des coins repliés sur la partie imbibée de chloroforme furent interposés entre le chirurgien et les lèvres et les narines du patient. Quoique l'enfant fit quelque difficulté pour aspirer pleinement la vapeur, elle ne lui causa m toux ni éternument, ni irritation dans les conduits aériens. M. Watkms avait lui-même pris une forte aspiration avant de présenter le mouchoir au patient Après un intervalle de trente à quarante secondes, l'effet désiré étant en apparence obtenu, M. Waison saisit le pied, mais tout aussitôt l'enfant tressaillit et s'écria avec force qu'il ne voulait pas être examine, et plaçant l'autre pied sur le pied malade, il réussit à l'empôcher, faisant voir par là que l'effet du chloroforme était plus apparent que réel. Un intervalle de deux minutes ou davantage se passa à le calmer et à le rassurer, et le mouchoir fut de nouveau imbibé et placé légèrement sur la partie' inférieure de la face. Il parvint à se soustraire encore pendant vingt iou trente secondes, en retenant sa respiration^ puis il tourna la tête de côté et aspira pleinement la vapeur du mouchoir; on l'encouragea, et il se mit à respirer largement. Après cinq ou six aspirations, l'effet désiré parut être obtenu. Le pouls n'avait pas indiqué le plus léger trouble dans la circulation, la contenance était bonne, la coloration normale et la respiration était douce et uniforme comme dans un sommeil naturel. M. Walkins, ayant remis le mouchoir aux mains de la mère, allait reprendre le pied, lorsque le patient aspira deux fois fortement le chloroforme qui fut aussitôt enlevé ; mais le passage d'un étal anesthésique d'un faible degré à un degré extrême devint rapidement sensible. Le pouls tomba tout à coup, et après quelques battements faibles et précipités, il cessa d'être sensible an poignet ; les lèvres devinrent livides, ainsi que toute la surface du corps, et un peu d'écume coula de la bouche. L'eau froide lui fut aussi jetée en quantité ; on le changea de position, ayant soin d'éloigner la bouche de loreiller. Deux ou trois fois une série d'aspirations pénibles et courtes firent naître l e-poir de voir le cœur fonctionner de nouveau. Il y avait de l'eau chaude dans la maison ; de la ilanollo trempée dans celle eau lui fut immé-
328 ACCIDENTS DE l/ÉTlIÉlUSATION.
dialement appliquée à l'épigaslro, mais tout fut inutile, car en moins de dix minutes lo patient avait cessé de vivre. En dernière ressource on lit usage de la méthode de respiration artificielle d'une manière directe, et l'on continua avec vigueur pendant quelques minutes, mais sans obtenir aucun signe de rétablissement des fonctions (1 J. ^
OnsEnvATioN LXVI. — Daniel Plieby, âgé de huit ans, fut amené à i'hô^' pilai dos ophlhalmiques de Mowfield, pour subir l'opéralion d'un doublo strabisme interne. Lo 1 " oclobre, le chloroforme lui fut administré sur une pièce de charpie ; il éprouva un peu de strangulation et pleura beaucoup plus que les enfants ne le font d'habitude. Après trois ou quatre minules d'inhalation, on commença à opérer l'œil droit, mais comme on remarqua qu'il faisait un mouvement, on versa une nouvelle dose de chloroforme sur la charpie, qui fut réappliquée. Immédiatement après on remarqua que la figure de l'enfant devenait d'une pâleur mortelle, et que son pouls avait cessé. L'opéraleur, avant de réappliquer le chloroforme, avait retiré son doigt de l'artère temporale, et personne ne surveillait l'arlère radiale au moment précis où cette pâleur se manifesta, mais immédiatement après la réapplication du chloroforme le pouls donnait régulièrement près de quatre-vingts pulsations à la minute. La langue fut aussitôt tirée hors do la bouche avec des pinces, et l'enfant fut placé sur le ventre pour employer la méthode de respiration artificielle de Marshall-Hall; mais celte position paraissant incommode, il fut sans perte de temps replacé sur le dos, et la respiration artificielle fut entretenue pendant plus de trois quarts d'heure par l'ancienne méthode , c'est-à-dire par la compression faite avec la main sur les parois thoraciques et abdominales. On réussit de la forte à rétablir l'entrée et la sortie de l'air dans les poumons, mais il fut impossible de percevoir ni pouls ni bruit do cœur. Pendant les vingt premières minutes l'enfant respira plusieurs fois.
L'ammoniaque fut abondamment appliquée aux narines, cl l'on projeta sur l'enfant de l'eau dès les premiers instants.
L'autopsie eut lieu vingt-quatre heures après la mort. L'enfant paraissait bien nourri, mais plusieurs ganglions du cou étaient gonflés, et les dents étaient généralement mauvaises.
Crâne. — Les membranes étaient congestionnées ; le cerveau était volumineux et sa substance adhérait plus fortement à la pie-mère qu'il ne faut. Les sinus de la dure-mère étaient remplis de sang fluide.
Thorax. — Les poumons étaient fortement congestionnés. La trachéeartère contenait une grande quantité de mucus gluant, et sa membrane étaitqucique peu congestionnée. Le ventricule gauche du cœurélait affaissé
(1) Médical Times, 1858, 2" semcsUc, \\. 282.
MORTS SUBITES PENDANT l'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 329
et vide ; on avait laissé la tête pendante à l'extrémité de la table, de façon que le sang s était égoutlé par les sinus de la duro-mère.
Les autres parties du cœur étaient dans leur état normal.
Abdomen. — Le foie et les reins étaient fortement congestionnés, et les autres viscères dans des conditions normales.
11 paraît probable, suivant des informations prises, que l'enfant avai été atteint diflerentes fois de méningite; sauf cela, il aurait joui d'une bonne sanlé. La quantité de chloroforme employé était de près de 3 drachmes (12 grammes) et avait été divisée en trois doses.
La mort paraît avoir été le résultat d'une paralysie subite du cœur (1).
Observation LXVII. — Ce cas de mort s'est présenté à l'hôpilal de Westminster. Le sujet, homme de vingt-cinq ans, avait besoin d'ncisions au pénis et au scrotum, à la suite d'une infiltration urineuso. Une drachme (•i grammes) de chloroforme fut placée dans l'inhalateur employé ordinairement dans l'hôpilal. Mais l'inhalation de celle quantité ne produisit qu'une anesthésie incomplète, on y ajouta donc une drachme et demie; le sujet fut bientôt amené à un état d'insensibilité salisfaisant. M. Nolt fit alors les incisions requises, qui durèrent près d'une minute ; l'inhalateur avait été enlevé dès qu'il commença à faire usage du couteau. Juste au moment même où l'opération était terminée, M. Trend, l'assislant qui avait administré le chloroforme avec beaucoup de soin, s'aperçut que le pouls, qu'il observait, avait complètement cessé, sauf de légères ondulations. Le Jeu des organes respiratoires continua pendant une minule ou deux; on essaya de le favoriser par le procédé de M. Hall; aussitôt que tout mouvement eut cessé, on pratiqua la trachéotomie, la respiralion artificielle fut conservée pendant plus d'une demi-heure par le moyen de l'appareil de M. le docteur Marcel. On employa en vain le galvanisme et les autres moyens ordinairement en usage. Le pouls ne revint jamais. Au moment où les premiers symptômes de l'accident se présentèrent, la respiration continuait à bien fonctionner et il n'y avait pas de congestion de la face. L'absence du pouls et la pâleur livide furent les premiers indices du danger, et ensuite la respiration devint faible et embarrassée. Aucun mouvement convulsif n'eut lieu. L'autopsie fut faite le jour suivant par l\. Power, chirurgien assistant, et le docteur Anslie, curateur du Muséum pathologique. Le corps était grand et bien formé, mais excessivement chargé de graisse. La rigidité se présentait à un degré moyen. Lo san"était presque partout complètement fluide. Le poumon présentait l'aspect que l'on s'attendait précisément à lui trouver après l'emploi prolongé delarespirationartificiello, c'est-à-direune certaine distension des vésicules
(1) Médical Times, 1858, 2« semestre, p. 374.
ACCIDENTS DE l'ÉïHÉRISAïION.
aériennes et «ne congestion considérable clans plusieurs endroits; aulremcnt dit, il était entièrement sain et il ne s'était pas trouvé engorgé de fangiiu moment de la mort. Le cœur contenait beaucoup de sang lluide, presqui; également divisé dans ses diverses- cavités, mais on ne pouvait dire qu'il fût distendu. Les parois musculaires étaient très minces, et le tissu musculaire était d'une couleur fauve, excessivement mou et friable. Il él;iii facile de traverser avec le doigt la paroi du ventricule gauche. Des portions de tissu musculaire de chaque oreillette et de chaque veniriculo ayant été examinées au microscope par M. Power et le docteur Anstie, ce dernier y rencontra des traces évidentes de dégénérescence graisseuse remplie de molécules granuleuses de graisse (1).
Observation LXVIII. —Dans la matinée du U juin 1859, le sujet portail sur l'épaule un panier rempli de bouteilles de bière. En voulant passer d'un vapeur sur un autre, tandis qu'ils étaient encore en mouvement, le pied droit se trouva pris entre les deux, et il fut violemment jpté en avant sur le pont. Quand on l'eut transporté à l'hôpital de Saint-Thomas on trouva que le pied était luxé en dedans et l'astragale en dehors. La surface articulaire inférieure et la téte arrondie de cet os pouvaient se sentir distinctement sur le côté extérieur du pied. Le talon reposait sur !e calcanéum. Il n'y avait pas fracture de l'extrémité du tibia ni du péroné. La contusion élail considérable, et la peau qui recouvrait l'astragale était très tendue. Lai réduction fut aussitôt obtenue par la simple extension. Pendant quelques jours tout alla bien, quoique le pied fût considérablement enQé et contusionné ; mais le sujet était un homme d'un tempérament très instable et accoutumé à boire beaucoup, ayant été employé dans le commerce des ^ vins. Vers le 24, il était évident qu'il s'était formé un abcès à la parliez extérieure de l'articulation. Le 27, il survint un érysipèle. M. Solly pra-tiqua une incision pour faire écouler le pus. A partir de ce moment il i souffrit beaucoup. Plusieurs incisions furent pratiquées à différentes, reprises ; il se forma une plaie sous l'influence de la faible compression r exercée par l'attelle de Liston sur laquelle sa jambe avait été placée. On r lui donna constamment une nourriture abondante, beaucoup de stimulants,, et des opiats pour la nuit. Comme l'inflammation suite de l'érysipèle subs.s- ; tait toujours, M. Solly le fit transporter à la salle d'opération pour examiner l'état de l'articulation, et pour désarticuler l'astragale, si cela était juge nécessaire C'était le 23 juillet. Le chloroforme lui fut admmistre par M Gervis, chirurgien de la maison. M. Solly examina soigneusomenli l'articulation. 11 ne trouva pas nécessaire d'opérer la désarticulation de l'astragale, mais il enleva quelques os cariés. Le membre fut replacé sur:
(1) Médical Times, 1859, 2'^ semestre, p. 81.
MORTS SUBITES PENDANT l'ADMINISTKATION DU CHLOROFORME. 331 une attelle de Liston. Avant que le patient quiltAt la sallo d'opération, et pendant tout le tem[)s que dura l'opération, il fut soumis à l'intluence du chloroforme. Pendant les quelques jours qui suivirent, le malade continua à aller bien, mais il retomba bientôt : les souffrances furent considérables sans doute, et rendues plus grandes par son instabilité. Le pus s était formé trois ouvertures. Le sommeil était interrompu; l'appétit était loin d'être bon. M. SoUy fut ainsi conduit à juger l'amputation du pied nécessaire. Le 8 août, jour de l'amputation, le malade était très gai, prit un peu de bière dite stout, et d'eau-de-vie, avant d'être transporté à la salle d'opération. M. Gervis administra de nouveau le chloroforme. Une drachme (4 grammes) fut placée dans l'inhalatour : une demi-drachme au plus avait été aspirée, quand M. Gervis, sentant le pouls faiblir, retira le chloroforme. La figure du patient devint très pâle, il poussa quelques soupirs, rendit de l'urine, et mourut au même moment. Une injection d'eau-de-vie fut immédiatement donnée, et la respiration artificielle fut continuée pendant plus d'une demi-heure; le galvanisme fut également essayé, mais sans aucun résultat.
Je fis l'aulopsie vingt-trois heures après la mort.
Le docteur Brislon, qui était dans la chambre faisant une autre autopsie, voulut bien me donner son opinion sur les points que je lui soumis.
Aspect général. — Corps assez bien nourri, peu de rigidité cadavérique; oreilles, face et cou quelque peu livides.
Cage llwraciqiie. — Poumons bien affaissés, pas d'adhérence pleurétique, Il y avait près de 1 gramme et 1 /2 de sérosité dans le péricarde. Toutes les cavités du cœur conservent du sang fluide, et le cœur lui-même était parfaitement sain. L'examen au microscope ne put faire découvrir aucune trace de dégénérescence graisseuse. Les poumons étaient sains, on n'y sentait aucune odeur de chloroforme.
L'aorte était libre de tout dépôt alhéromateux.
Abdomen. — Le foie pesait 6 livres 6 onces et 1/2 (2,075 grammes), mais rien d'altéré dans sa structure. Le volume du lobe gauche égalait deux fois le lobe droit ; la rate était plus douce au toucher que d'habitude, se brisant au moindre attouchement. Le pancréas n'offrait rien de particulier.
L'estomac contenait une petite quantité de matières alimentaires liquides et se trouvait sain, ainsi que les intestins.
Tijir. — Il existait un peu de fluidité dans la cavité de l'arachnoïde. La surface du cerveau était peut-être un peu plus pâle que d'habitude. A la face inférieure et postérieure du lobe moyen droit, il existait une dépression contenant une matière pulpeuse, qui, d'après les idées du docteur Brislon, n'était autre probablement que les traces d'anciens grumeaux. L'examen au microscope confirma cette opinion. La face inférieure du
332 ACCIDENTS UE l'ÉTIIÉIUSATION.
lobe antérieur du même côté se Irouvail dans des conditions semblables, la racine du nerf olfactif so trouvant détruite; les ventricules latéraux contenaient une petite quantité de fluide. L'examen ne permettait pas de découvrir d'autre altération morbide. La face supérieure de l'astragale enlevé et l'os ramolli étaient à nu ; les faces articulées opposées de l'os'calcanéum et de l'astragale étaient de môme privées de cartilages. Il n'existait pas de fractures du tibia ou du péroné (1).
Observation LXIX. — J. P..., âgé de cinquanle-sept ans, fut admis le S novembre à l'hôpital de Londres, avec une fracture du tibia et du péroné. La fracture s'étendait jusqu'à l'articulation du genou. Le blessé était un garçon de café qui avait fait une ciiule dans une trappe enlr'ouverte. On le transporta immédiatement à l'hôpital, et le membre fut placé dans un appareil. C'était un homme courageux, ferme, musculeux et de vigoureuse apparence, quoiqu'il fût réputé comme intempérant.
Il avait l'habitude de boire beaucoup d'eau-de-vie, presque une demipinte avant son déjeuner.
Le jour suivant, se montrèrent les symptômes du delirium Iremens. On lui accorda libéralement sa nourriture et ses stimulants accoutumés, mais le délire augmenta. Il prit aussi quelques gouttes de teinture d'opium en deux fois , mais sans aucun bon résultat apparent. On essaya d'examiner le cœur, mais il fut impossible d'arriver à rien conclure à cause de la rapidité de ses battements, et de l'impossibilité de faire tenir le malade tranquille. De bonne heure dans la matinée du mardi, le 7, il devint furieux, criant, rêvassant et essayant de sortir du lit. M. Braden, le chirurgien de la maison, fut appelé, et avec l'assistance de M. Griflith, il essaya d'administrer le chloroforme. Près d'une demi-drachme(2 grammes) fut versée sur un peu de charpie anglaise.
Après deux ou trois inspirations le malade se roidit convulsivement et tomba mort. La quantité de chloroforme inhalé dut être très minime, vu le peu de temps que dura l'inhalation, et attendu que la plus grande partie du chloroforme employé dut être perdue par suite des efforts du patient pour s'y soustraire. Le jour suivant, M. Braden commença l'au- •topsie. On ne trouva aucune trace de maladie, si ce n'est quelques dépôts sur les valvules tricuspides et mitrales, mais pas en quantité suffisante pour donner pendant la vie naissance à des symptômes. Le cerveau paraissait presque entièrement sain ; on trouva que la fracture s'étendait jusqu'à l'articulation (2).
(1) Médical Times, 1859, 2" semestre, p. 81.
(2) Ibid., p. 194.
MORTS SUniTES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 333
Observation LXX. — M. Després, inlorno à la Charité, a adressé à la Gazette des hôpitaux la relation du fait suivant qui s'est passé dans lo service de M. Manec.
. Nous communiquons les détails que le public médical attend de nous sur le cas malheureux de mort par le chloroforme dont nous avons été témoin. Nous le faisons non-seulement dans l inlérôt de la science, mais encore dans le but de prévenir, s'il est poisible, le retour des phénomènes si regrettables que nous avons observés. Tout ce qui suit a été revu par .M. Manec.
» La fille P..., âgée de cinquante ans, domestique, entre à la salle Sainle-Rose, n" 12, le 20 novembre. Elle est tombée dans un escalier ; le corps a porté sur l'épaule et le côté droit. La malade, qui raconte ellemême ce qui s'est passé, ne paraît pas dans un état d'ivresse, et pourtant les renseignements sont brefs et très obscurs. En effet, à part une légère ecchymose à la partie moyenne du bras, nous ne trouvons sur son corps nulle trace de contusion.
» L'épaule paraît un pou aplatie, et le bras, qui pend légèrement, paraît allongé. Le diagnostic semble douteux dans l'esprit de l'inlerne. L'état de la malade, du reste, ne lui semble pas exiger de traitement immédiat. Un cataplasme fut appliqué sur l'épaule.
» Le lendemain, la malade est examinée avec plus de soin, et M. Manec dit que, bien que les signes de luxation soient moins prononcés qu'à l'ordinaire, la luxation n'en existe pas moins. Alors il fut fait des tentatives de réduction qui restèrent sans effet et produisirent de vives douleurs. Le chloroforme était indiqué.
» La malade était dans son lit, dégagée de tout lien. Le chloroforme fut administré par un interne de service au moyen d'une compresse simple sur laquelle le chloroforme fut versé successivement et par petites quantités. La malade, interrogée préalablement, répondit qu'elle n'avait rien mangé, et qu'elle n'avait pas pour habitude de boire. L'interne l'engagea à respirer largement et sans crainte. Les premières inhalations s'exécutèrent régulièrement, et une minute ne s'était pas écoulée que la période d'agitation commença. Une seconde minute fut employée à l'évolution de cette période. La malade était congestionnée ; elle poussa quelques cris et ses muscles étaient contractés. M. Manec recommanda de redoubler d'attention. Deux jours auparavant, dans un cas d'amputation de la cuisse, il avait à ce moment fait suspendre l'anesthésie, et l'opérée n'avait rien senti. Mais il fallait pousser le sommeil plus loin pour amener la résolution musculaire. L'agitation se calma, la compresse fut retirée. La malade resta quelques secondes r.ii.-;ant des offorts pénibles d'inspiration, puis elle lit plusieurs respirations qui dissipèrent toute inquiétude. Bientôt, cédant à l'induenre
33/l ACCIDENTS DE l'^TIIÉRISATION.
du chloroforme, le système musculaire se délenrlit. La malade fui placée commodément, la tête un peu basse, A ce moment, nous entendîmes le râle laryngien liabiluel, tel qu'il a été observé dans quatre cas semblables, traités dans le service, trois luxations de l'épaule et une de la hanche, et pour lesquelles il a fallu obtenir une résolution complète du système musculaire.
» L'interne, qui avait fait observer que la malade avait perdu beaucoup de dents, songea à un accident arrivé chez les vieillards. Il releva le menton fortement, et la respiration s'effectua assez bien. Alors, après avoir recommandé de veiller plus à la respiration qu'au pouls tenu par un élève du service, l'interne, obéissant à M. Manec, après avoir fait tirer le bras dans la direction et suivant les préceptes conseillés en ce cas, réduisit la luxation. Un claquement léger indiqua la réussite de l'opération. M. Manec, les élèves et les assistants s'éloignèrent alors après avoir regardé la malade, qui semblait ne rien éprouver d'inquiétant. L'élève qui tenait le pouls l'avait quitté au moment où la réduction avait été accomplie. L'interne resté seul auprès de la malade, dont il tenait encore le bras, faisait exécuter quelques légers mouvements à l'articulation, afin de savoir s'il n'y avait pas quelque chose de particulier dans ce cas où le diagnostic avait présenté des difficultés. Tout à coup, en ramenant le bras de la malade sur sa poitrine, il s'aperçut qu'elle respirait à peine ; aussitôt il plonge son doigt dans la bouche en même temps qu il appelle M. Manec, qui se lavait les mains au pied du lit. L'effort tenté ne produisit rien. La respiration cessa et la face passa rapidement d'une coloration violacée à une pâleur mortelle. M. Manec fit respirer de lammoniaque; la respiration artificielle futproduile, et le courant maximum d'une machineélectrique de Morin, que l'on put trouver dans une salle voisine, fut appliqué sur le trajet du nerf phrénique, les attaches du diaphragme et les muscles inspirateurs.
» Pendant ce temps, les fenêtres étaient ouvertes, de l'eau froide était jetée sur le visage de la malade, sa poitrine était fortement frappée et secouée, et sa langue était toujours maintenue avec le doigt.
. Un instant nous crûmes que la malade allait revenir. La respiration artificielle avait fait parvenir de l'air dans les poumons. 11 y eut une inspiration plus forte que les autres, mais la pâleur était la même, et le pouls ne battait plus; enfin, après vingt minutes d'efforts inutiles, l'auscultation du cœur ne permit plus aucun doute. Tout ce qui fut encore tenté resta sans effet.
» L'autopsie, faite vingt-quatre heures après la mort, nous apprit que lo poumon droit était contus ; et ainsi les lésions nous ont paru sur le cadavre mieux en rapport avec les conséquences de la chute de la malade. Voici du reste ce que nous avons observé :
. A la poitrine, de la sérosité dans le péricarde avec quelques-unes de ces
MORTS SUniTES PENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 335 plaque* blanches décrites par M. Bisot; une hypertrophie concentrique du cœur, sans altération des orifices; des adhérences de la plèvre dro.te viscérale avec la plèvre pariétale du môme côté; une conlusion au troisième degré de la périphérie des deux lobes du poumon droit, et une congeslion passive de la partie centrale des deux poumons, les vaisseaux pleins de caillots noirs diflluents.
» Au crâne, un peu de suffusion séreuse sous l'arachnoïde. Les membranes étaient saines. Les vaisseaux cérébraux antérieurs et les bronches étaient remplis de sang noir fluide, ainsi que le tronc basilaire. Les sinus contenaient au contraire un peu de sang.
, Le cerveau paraît congestionné, la substance grise moins que la substance blanche, surtout à la partie postérieure des hémisphères, où les vaisseaux sont dilatés. La protubérance annulaire et le bulbe ne sont point congestionnés, la pie-mère qui les recouvre paraissait seule plus colorée que d'ordinaire. Le foie et la rate sont à l'état normal. L'estomac, compris entre deux ligatures et ouvert, ne renfermait que du mucus (1). »
Observation LXXL — J. Perreira, vingt-neuf ans, cordonnier, lymphatique. Entré dans la salle de clinique chirurgicale, à l'hôpital Saint- José, pour être opéré de deux kystes, dont un est congénital et occupe l'angle externe de la paupière supérieure de l'œil droit.
Le I 4 janvier, à midi, quatreheures après son repas, cet homme eslconduit à l'amphithéâtre. 11 est placé dans le décubitus dorsal et horizontal, la téte un peu élevée. A cause des bons efl'ets constants du chloroforme entre nos mains et de l'importance d'une parfaite tranquillité du patient dans l'ojjération dont il s'agit, nous lui proposons de le soumettre aux inhalations de cet agent, ce qu'il accepte. Dès lors M. le docteur Maduro, médecin brésilien, est chargé du chloroforme. Il y i)rocède lentement. Un certain nombre de fils retenus dans un morceau de linge sont trempés dans le chloroforme et placés à 2 centimètres de la bouche. Ces vapeurs sont reçues sans répugnance par le patient, qui est bientôt pris de contractions musculaires intenses, plus fortes que d'habitude, surtout dans le sterno-cléido-mastoïdien, ce qui fait incliner la tête sur la poitrine. Forte injection de la face. Pouls fréquent. Les inhalations sont aussitôt suspendues.
A cette période d'excitation succède le collapsus. Le malade retomba dans la position primitive, fit trois fortes inspirations suivies de la sortie de mucosités par le nez et la bouche, et immédiatement la circulation fut suspendue. Le pouls disparut, les battements et les bruits cardiaques cessèrent, et après quelques inspirations éloignées, la respiration cessa égale-
(I) Gazette des hôpitaux, I8:'>9, p. 350.
ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
nient. La face devint pâle, les extrémités froides et les yeux se renversèrent en haut, malgré tous les moyens employés pour conserver la vie.
Tout cela eut lieu en deux minutes. Huit grammes de clilorofornio avaient été employés.
L'autopsie montre la surface pulmonaire sombre et ecchymosée, ainsi que la surface interne des parois thoraciques. Adhérences pleurétiques étendues. Dilatation vésiculaire au sommet des deux poumons. Tissu pulmonaire congestionné, mais surnageant encore. Péricarde sain, turgescence des veines caves pulmonaires, deux petits caillots dans le ventricule droit exclusivement. Dilatation des orifices auriculo-ventriculaires, surtout ù droite, où l'oreillette est presque confondue avec le ventricule. Dans le cerveau, les vaisseaux de la pie-mère sont turgescents et les artères contiennent du sang noir liquide ; la substance cérébrale est légèrement poinlillée (1 ).
Observation LXXIl. — On trouve dans la lettre suivante, adressée à l'Union médicale par M. le Juge, le récil de la mort subite d'un médecin de l'île Maurice, pendant la chloroformisation :
« Le corps médical de l'île Maurice vient de faire une grande perte par la mort du docteur Mailly, ancien interne et lauréat des hôpitaux de Paris (médaille d'or, 1 852), dont le père était médecin à l'hôpital de la Pitié.
» Le 6 avril dernier, notre si regrettable confrère alla se faire extraire une dent dont il souffrait beaucoup depuis deux jours. Il s'endormit luimême avec du chloroforme, malgré les vives instances du dentiste qui lui demandait la présence et l'aide d'un confrère. L'extraction fut faite rapidement ; il accusa une sensation douloureuse en faisant un brusque mou-, vement de la tête.
» Presque au môme instant des mouvements convulsifs de la face, des bras et des jambes survinrent, la face devint rouge violacé. Le dentiste lui jeta de l'eau froide à la figure, fit une ventilation active autour de lui, et envoya chercher des confrères. Les convulsions augmentèrent, et avant qu'aucun secours pût lui être porté, le docteur expirait. Peut-être cinq minutes s'étaient-elles écoulées depuis l'extraction de la dent (2). »
Observation LXXIII. — « Je fus dernièrement appelé, dit M. Nourse, à administrer le chloroforme pendant une opération que M. Field se proposait de faire pour l'ablation d'hémorrhoïdes internes à l'aide de l'écraseur. Le patient était un homme robuste, très musculeux , âgé de cinquante ans, adonné à la boisson, mais sur lequel on ne reconnut pas
(1) Gascla de Lisboa, 1860, n° 3.
(2) Union médicale, 1801, p. SSO.
MORTS SUBITES TENDANT L'ADMINISTRATION DU CHLOROFORME. 337 d'étal anormal du cœur ni des autres organes. Le pouls et la respiration étaient dans des conditions naturelles.
» On mesura 8 grammes de chloroforme qu'on versa sur une éponge creuse et qu'on fit, selon l'usage, respirer d'une manière graduelle. La période d'excitation fut très prononcée. Après quelques minutes, la quan- ,Ué de chloroforme étant épuisée, on en versa 40 ou 50 gouttes. Tandis que les vociférations du malade continuaient, on remarqua un peu de slertor, et l'éponge fut aussitôt éloignée.
> Dans l'espace d'une minute le stertor devint plus profond, la face ivide, mais sanspfileur. Le pouls cessa et la respiration tomba visiblement.
» L'opération n'avait cependant pas encore été commencée. M. Field établit immédiatement la respiration artificielle et aspergea la face et la poitrine avec un linge mouillé ; mais on n'obtint par ce moyen que quelques inspirations et quelques spasmes. Tout en le continuant, on ouvrit la veine jugulaire qui était distendue, on frictionna les membres, on appliqua l'électro-magnélisme ; mais au bout d'une heure, aucun signe de vie ne reparaissant, il fallut discontinuer ces tentatives.
n L'autopsie montra le cœur farci de graisse, sa substance musculaire mince et faible, les parois de l'oreillette et du ventricule droits dans un état de dégénérescence graisseuse ; les cavités de ce côté étaient gorgées d'un sang fluide ; les valvules et les gros vaisseaux, ainsi que tous les autres organes, étaient sains (1). »
Observation LXXIV. — Un enfant de huit ans, Edwin Hambly, fut reçu, le 25 octobre dernier, à l'hôpital Sainte-Mary de Londres, pour subir une autoplastie nécessitée par une difformité de la lèvre, suite de : brûlure. Le mercredi suivant, jour fixé pour l'opération, M. Edwards, qui i est depuis huit ans chloroformisateur de cet hôpital, qui y a aneslhésié sans I accident plus de trois mille patients, et dont l'expérience, en cette matière, a été garantie par les témoignages les plus authentiques, fut chargé d'administrer le chloroforme. L'enfant fut endormi au bout de dix minutes, et M. Lane commença l'opération ; mais un moment avant qu'elle fût terminée, le patient tomba en faiblesse. On établit immédiatement la respiration artificielle, qui fut continuée pendant une demi-heure. Vu l'insuccès de ce moyen, on plaça l'enfant dans un bain chaud, et on appliqua le galvanisme durant une heure et demie, mais sans un meilleur résultat.
A l'autopsie, on trouva tous les organes sains, sans trace d'aucune maladie nulle part (2).
(1) Gazette médicale de Lyon, d'après le Brilish médical Journal.
(2) Gazette des hôpitaux, 18G1, p. 563, traduit du Rritish medicalJournah
ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉRISA.TION.
Observation LXXV. — Un nouveau cas de mort survenu dès le début des inhalations, vient d'avoir lieu près de Bordeaux. Voici dans quelles circonstances :
«■ Un homme vigoureux, de quarante ans, avait eu la jambe broyée dans une chute de cheval ; une syncope avait eu lieu au moment de l'accident. Six à huit heures après, le blessé étant dans un état d'ébranlement moral et de frayeur extrêmes, mais exigeant cependant qu'on l'endormit avant de l'amputer, les médecins résolurent de faire un simulacre de chloro» formisation. Mais à peine le malade eut-il fait quatre inspirations de chloroforme tenu à une très grande distance du nez et de la bouche, què la circulation et la respiration s'arrêtèrent subitement et irrévocablement, malgré tous les secours (1). »
Observation LXXVI. — M. le docteur Fano a communiqué à la Société médicale du X'^ arrondissement les détails suivants d'un cas de mort subite survenu, pendant la chloroformisation, dans sa clientèle particulière :
« Le nommé L. .., âgé de vingt-six ans, est atteint d'un ongle incarné dû gros orteil droit. Il a déjà été opéré une première fois parM. Jobert; aujourd'hui l'ongle est fortement enfoncé dans les chairs de la partie externe dû gros orteil, et la marche est devenue tellement douloureuse, que le patient désire instamment une nouvelle opération. Celle-ci est pratiquée le lundi 4 3 octobre, à dix heures du matin, avec l'assistance de M. le docteur Lombard, médecin ordinaire du malade.
» Lorsque L... est venu me voir pour la première fois, je lui ai proposé l'inhalation du chloroforme pour lui éviter les douleurs inséparables d'une opération qui consiste à arracher successivement les deux moitiés d'un ongle très adhérent à la pulpe de l'orteil et à la matrice, après avoir ad préalable fendu la production cornée d'avant en arrière, au moyen de ciseaux introduits sous elle (procédé Dupuytren). Cette proposition a été d'autant plus vivement agréée, que, lors de l'opération pratiquée antérieurement par M. Jobert, on ne s'était pas servi d'anesthésique, et que la douleur, au rapport de L..., a été tellement vive qu'on a été forcé de lô maintenir vigoureusement pour qu'il ne s'échappât pas des mains du chi» rurgien.
» L'inhalation du chloroforme ayant donc été acceptée par le malade, chez lequel nous avons trouvé un flacon contenant une quarantaine de grammes de chloroforme, dont je lui avais dit de se pourvoir, M . Lombard, le confrère assistant, ayant également adhéré à cette inhalation, voici comment cette dernière a été faite :
(1) Gazelle des hôpitaux, 18G1, p. 8.