ESSAIS D'ANESTHÉSIE CHIRURGICALE DANS LES TEMPS MODERNES
mois, suivant les Awiales de Han postérieur), le malade se trouvait rétabli sans avoir éprouvé pendant l'opération lajihis légère douleur. »
On connaît les vertus enivrantes du chanvre indien, le haschisch; il est peu surprenant que les Chinois, dont le pays confine à l'Inde, aient songé à les utiliser. Ce qui étonne davantage, c'est de voir l'état d'ivresse choisi comme terme de comparaison pour montrer à quel degré d'insensibilité et d'anéantissement des forces on pouvait être amené par l'usage de ces préparations stupéfiantes. Un pareil langage révèle, en effet, qu'il était, à cette époque reculée, de connaissance vulgaire dans l'empire chinois, que l'ivresse plonge l'organisme dans une anesthésie profonde.
ARTICLE II
ESSAIS D'ANESTHÉSIE CniRURGICALE DANS LES'tEMPS MODERNES.
L'école d'Ambroise Paré garde le silence au sujet des préparations stupéfiantes usitées jusqu'alors. On sait que l'érudition était peu florissante dans le camp des barbiers-chirurgiens. De ce défaut de connaissances autant que des idées philosophiques nouvelles, naquirent sans doute ce mouvement d'indépendance scientifique, cet esprit d'observation, qui conduisirent à répudier les enseignements du passé, d'autant plus facilement qu'on le connaissait moins. Malgré cet abandon, l'idée de l'anesthésie chirurgicale survécut; mais, au lieu de chercher sa réalisation dans l'emploi régulier des agents de la matière médicale, l'esprit d'investigation s'égara dans des recherches individuelles dont le résultat fut d'utiliser les modifications apportées à la sensibilité par quelques influences de l'ordre physique ou biologique.
Nous devons faire une exception en faveur de l'opium, le seul des médicaments stupéfiants qui ait été négligé par les anciens, et en particulier par Théodoric, à cause du danger
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de ses préparations et do l'ineffîcacilé ou de l'inconstance de ses effets aneslliésiques.
Sassard (1), chirurgien de la Charité, pubha, en 1781, un mémoire dans lequel il recommande, avant les opérations chirurgicales, l'usage d'une préparation opiacée, appropriée ;i l'âge, au sexe et aux conditions de santé de l'opéré; mais, comme il est facile de s'en assurer, le but que se proposait Sassard était beaucoup moins d'abolir la douleur physique pendant l'opération, que de modérer l'ébranlement nerveux qui est la conséquence habituelle des grandes opérations. Il n'en est plus de même dans le fait suivant : Gornaz (de Neufchâlel), cité par M. Courty (2), a été témoin d'une désarticulation coxo- fémorale pratiquée par le professeur Hermann Demme à l'hôpital de l'Isle, à Berne, chez une femme narcotisée à l'aide de l'opium. Cette opération ne provoqua qu'un seul cri plaintif chez la malade, qui fut comme endormie pendant tout le temps.
Les moyens dont nous allons nous occuper n'ont guère réussi que chez les animaux, ou chez l'homme dans quelques cas exceptionnels. La rareté suspecte de leurs effets aneslhésiques était peu propre à faire avancer la question de l'aneslhésie chirurgicale.
§ I. — Compression ilcs tlssu$«.
L'influence de la compression sur l'état de la sensibilité est un fait d'observation journalière. En exerçant sur un membre une compression circulaire, suffisante pour interrompre le cours de la circulation et l'innervation, on rend l'organe insensible, après une courte période de fourmillement et de douleur.
Mais si l'insensibihté peut être obtenue de cette façon, ce
(1) Sassard, Dissertation sur les moyens de calmer la douleur {Journal do pinisiriiie, 1781).
(2) Courty, thèse de concours. Montpellier, 1819, p. 17.
■1 II ESSAIS d'ANESTIIÉSIE CHIRURGICALE DANS LES TEMPS MODERNES.
n'est pas avec cerlilude ni sans danger. Employée circulaircment, la compression ne devient efficace qu'à la condilion d'être très énergique et de suspendre la circulation dans les plans superiiciels et profonds. Elle provoque ainsi la slagnalion du sang dans les capillaires, le gonflement du membre, et pour peu qu'elle se prolonge, elle prépare la mort des tissus ; d'un liutre côté, les troncs nerveux soumis à une compression suffisante pour abolir leurs fonctions, subissent rapidement une altération de structure qui les frappe de paralysie d'une façon temporaire ou permanenle.
. Néanmoins, vers la fin du siècle dernier, un chirurgien anglais nommé James Moore, tenta d'ériger la compression exercée exclusivement sur les troncs nerveux, en méthode régulière pour anéantir ou diminuer la douleur des opérations chirurgicales (1).
Pénétré des avantages ({ue la chirurgie opératoire trouverait dans la découverlc d'un moyen aneslhcsiqiie, Moore paraît s'être livré à' ce genre de recherches dès le début de sa carrière médicale. Il avait songé d'abord à provoquer l'insensibilité des parties, en pratiquant la section des nerfs qui s'y distribuent, puis bientôt il chercha à atteindre le même but, avec moins d'inconvénients en substituant la compression à la section.
Ce fut sur lui-même qu'eurent lieu les premiers essais avec l'aide du tourniquet ordinaire; il n'obtint qu'un résultat incomplet. Une pelote appliquée sur le nerf sciatique, au niveau du grand trochanter, ne modifia en rien la sensibilité du membre fémoral; maintenue dans le même point pendant quatorze minutes, elle finit pourtant par déterminer de l'engourdissement et une certaine insensibilité du pied, de la jambe et de la face externe de la cuisse. Pou satisfait de ce résultat, dont il attribua, avec juste raison, l'insuflisance à
{l) A tvetliod of preccnling or diiiiinishing pain in sevoral opérations of surgery. London, 178i.
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l'action non interrompue des nerfs crural et obturateur, il fit construire un compresseur à deux pelotes, destiné à agir simultanément sur les nerfs scialique crural et obturateur, sans toucber à d'autres points du membre, et d'un mécanisme semblable à celui dont l'invention est attribuée à Dupuytren. Avec cet appareil perfectionné, Moore assure avoir déterminé une anestbésie complète dans toute l'étendue et sur tous les' points du membre inférieur. Pour démontrer l'efficacité de son procédé, il relate dans son ouvrage les détails d'une amputation de jambe au lieu d'élection, supportée sans douleur.
Benjamin Bell (1) fait valoir dans son Cours de chirurgie les idées de Moore; il leur reconnaît assez d'importance, pour recommander la compression et reproduire les appareils à l'aide desquels elle peut être faite, mais il laisse facilement supposer qu'elle est bien plutôt un moyen de calmer que de faire disparaître la douleur.
M. Liégard (de Caen) a de nouveau attiré rattenlion sur cette pratique. Au lieu d'une compression limitée au trajet des nerfs, il recommande la compression circulaire du membre, mais à la condition de la répartir sur une large surface, de la pratiquer avec mesure et pendant un certain temps avant l'opération (2). Les observations rapportées dans le travail de M. Liégard ne sont pas de nature à rébabiliter la métbode de Moore; elles sont relatives fi de petites opérations de courte durée, et pendant lesquelles la sensibilité a été plutôt émoussée qu'abolie. Aussi la compression, quel que soit le mode employé pour l'obtenir, nous paraît-elle condamnée à un juste oubli ; toutefois des essais tentés jusqu'alors, découlent certaines connaissances dont l'anestbésic locale peut faire son profit dans quelques circonstances particulières.
(1) Henjamin Bell, Cours complet de chirurgie, traduction de Bosquillon, t. V, p. 261.
(2) De la compresùon circulaire très exacte des membres au-desms du poin( malade avavl et pendant l'opération {Mélanges do médecine et de chirurgie pradV/iiM, Cacri, 1837, in H, p. 3:i0).
I 6 ESSAIS D'ANESTHÉSIE CIURUliGlCALE DANS LES TEMPS MUDEliNES. § II- — Héfrigéranon des tlHtniH,
Le froid porté à un certain degré rend insensibles les parties sur lesquelles il exerce son action. Déjà John Hunter avait constaté qu'en entourant les oreilles d'un lapin d'un mélange réfrigérant, on parvenait rapidement à les congeler; que dans ces conditions, les ponctions, les incisions n'étaient accompagnées ni de douleur, ni d'écoulement de sang, et bien plus, que les parties vivantes étaient capables, au dégel, de recouvrer l'intégrité de leurs fonctions. Larrey avait observé chez l'homme des effets comparables. Il avait été frappé du peu de sensibilité des nombreux blessés, engourdis par le froid, qu'il fut obligé d'amputer après la bataille d'Eylau. Ces remarques intéressantes ne devaient pas rester tout à fait infructueuses pour la pratique. On sait avec quels avantages, de plus en plus appréciés, sont employées les irrigations et les applications réfrigérantes pour combattre la douleur et prévenir les inflammations causées parles lésions traumatiques.
L'impossibilité d'obtenir la réfrigération à travers une certaine épaisseur de tissus vivants, le péril imminent qu'il y aurait pour la vie du sujet à provoquer la congélation ou un état voisin de la congélation dans une grande étendue et à une grande profondeur, indiquent dans quelles limites le froid peut être utilement employé. Un grand nombre de chirurgiens, et en particulier MM. Arnott et Velpeau, ont reconnu que dans les opérations de courte durée, n'intéressant que la peau ou les plans sous-cutanés, les mélanges réfrigérants étaient un agent précieux d'anesthésie locale dont l'usage est peut-être trop négligé de nos jours.
§ in. — Ivresse.
La torpeur ébrieuse a été utilisée dans quelques cas pour pratiquer des opérations urgentes.
Ilaller range l'ivresse au nombre des causes capables de permettre l'accouchement à l'insu de la femme.