‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 77 sur 133 · VALEUR COMPARATIVE DE L'ÉTHER ET DU CHLOROFORME · texte numérisé non relu

VALEUR COMPARATIVE DE L'ÉTHER ET DU CHLOROFORME

que de mauvais appareils, ayant à luUer contre les dimcultés inhérentes à l'adminislralion de Véther, ne donnaient ce dernier qu'avec beaucoup de réserve; aussi n'obtenaient-ils que des résultats la plupart du temps incomplets. Le premier moment d'admiration passé, on eut un instant la crainte que l'éther, excellent anesthôsique pour certaines opérations, ne fût insuffisant danscertaines autres, pendantlesquelleslarésolution musculaire

était indispensable. C'est au milieu de ces hésitations, de ces incerfitudes, que le chloroforme fut connu. L'emploi de l'éther avait préparé les esprits, les avait familiarisés avec l'idée de l'anesthésie ; le chloroforme fut annoncé précisément au moment oïl la fièvre d'expérimentation gagnait tout le monde, en se recommandant à l'attention par des qualités qui commençaient à se faire désirer : éthérisation rapide, faculté de laisser de côté tout appareil, insensibilité complète, anéantissement profond des forces, etc., etc. Le jour où chaque praticien se fut assuré par lui-même qu'à l'aide de quelques gouttes du nouveau liquide versées sur un mouchoir ou sur une compresse, il pouvait obtenir de pareils effets, son triomphe sur l'éther fut assuré; aussi, grâce à la facilité apparente de la chloroformisation, la méthode anesthésique prit subitement une extension qui laissait, dès les premiers jours, loin derrière elle les tentatives antérieures.

Si les qualités du chloroforme eurent pour conséquence d'en généraliser rapidement l'emploi, son énergie ne tarda pas à lui nuire tant en France qu'à l'étranger. A la suite d'événements graves survenus pendant son administration, l'agent incriminé fut officiellement traduit à la barre de l'Académie de médecine. Grâce au talent de l'avocat plus encore qu'à l'excellence des raisons fournies aux débats, le chloroforme fut à peu prés absous, mais il perdit beaucoup de son prestige aux yeux de quelques médecins. C'est de Strasbourg, et surtout de Montpellier, que partit un com.mencement de réaction; elle eut pour organes MM. Sédillot et Bouisson. De nouvelles victimes rallièrent de nouveaux esprits à la cause de l'éther : à la suite d'un

CHOIX DE l'agent anesthésique.

cas de mort survenu à l'Hôlcl-Dieu de Lyon, M. Diday écrivit un chaleureux plaidoyer en sa laveur. L'agent délaissé fut alors substitué au chloroforme, d'abord par quelques praticiens, puis bientôt par toute la chirurgie lyonnaise, avec un tel ensemble, que depuis plus de dix années, on l'emploie exclusivement, soit en ville, soit dans les hôpitaux. L'expérience parut probante, et la question qui nous occupe, mise à l'ordre du jour des séances de l'Académie impériale de médecine de Lyon, par l'initiative de M. Barrier, fut résolue dans les conclusions suivantes :

« La Société impériale de médecine de Lyon est d'avis que l'éther employé pour produire l'anesthésie chirurgicale est moins dangereux que le chloroforme ;

» Que l'anesthésie s'obtient aussi constamment et aussi complètement par l'éther que par le chloroforme ;

» Que si l'éther offre des inconvénients que le chloroforme ne présente pas au même degré, ces inconvénients ont peu d'importance et ne compensent pas le danger inhérent à l'emploi de ce dernier ;

» Qu'en conséquence, l'éther doit en général être préféré au chloroforme (1). »

Depuis lors la Société médicale de Boston est intervenue à son tour. Il y fut décidé qu'une enquête générale serait faite par les soins d'un comité de cinq membres choisis dans son sein. Déjà M. Hawoard a fait à cet effet une excursion en Europe. Il résulte de ses informations qu'il n'a jamais vu ni entendu citer un exemple authentique de mort subite pendant l'administration de l'éther; aussi se montre-t-il partisan exclusif de l'éthérisation dans un travail manuscrit (2) dont M. Verneuil a donné l'analyse verbale à la Société de chirurgie (3). Il recommande l'éther comme une substance facile à administrer et complètement inofTensive. Suivant lui, il produit une insensi-

(1) Gazelle médicale de Lyon, 1 859, p. 209.

(2) Hawoard, Ikmarks on Ihc danger of tho inhalalion of chloroform.

(3) Bullclins de la Société de chirurgie, t. XI, p. 369.

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bilité plus complète, plus fugace, provoque moins de vomissements, de nausées, de céphalalgie. Les maladies du cœur, des poumons, du cerveau, ne sont point une contre-indication à son emploi. Entin, il peut amener une insensibilité suffisante dans un espace de temps qui ne dépasse jamais huit minutes. En faveur de la même cause, on pourrait rappeler la pratique de M. Palasciano (de Naples), qui emploie constamment l'éther avec succès, le témoignage laudatif de M. Erichsen, etc. (1).

L'opposition née dans le sein de l'école de Lyon, fortifiée par une pratique heureuse de dix années et consacrée par le vote récent de l'une des premières académies de province; l'espèce de vote de défiance lancé dernièrement par la Société de médecine de Boston , méritent attention. Il y a lieu de se demander si la pratique adoptée par l'Europe entière, à la tête de laquelle se trouve l'école de Paris, subit l'influence de quelque engouement irréfléchi, dont les sciences d'observation elles-mêmes ne savent pas toujours se défendre.

On peut comparer entre eux les agents aneslhésiques au triple point de vue de la commodité, de leur administration, de la convenance de leurs eff"ets, selon le but que l'on se propose, et enfin de la somme et de la nature des dangers qu'ils font courir.

A. Commodité de l'administration. — A cet égard, de l'aveu même de ses adversaires, tous les avantages appartiennent au chloroforme : celui-ci a une odeur et une saveur plus agréables; si son goût douceâtre cause une répugnance insupportable à quelques individus, comme le remarque M. Bouisson (2), il faut convenir que ces aptitudes se présentent rarement. La ■ plupart des malades qui ont eu à apprécier, par expérience, les deux agents stupéfiants, donnent la préférence au chloroforme. La pureté de ce dernier est plus facilement obtenue et conservée ; sa volatilité est moindre, et conséqueiinment sa conservation plus facile. Il faut moins de chloroforme que d'éther

(1) Erichsen, Science and art ofSurgery.

(2) Bouisson, ouvr.ciUi, p. 385.

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pour produire l'aneslhésie. On peut se passer d'appareils mécaniques pour l'administrer, et se contenter du premier corps poreux qui se trouve sous la main. Les vapeurs de chloroforme ont une action moins irritante que celles de l'éther; aussi avec elles pas de larmoiement, de congestion oculaire, pas de ces accès de toux si gênants parfois au début de l'administration de l'éther. EUes agissent à peine sur les glandes salivaires, buccales et sur la muqueuse bronchique : aussi, pendant les inhalations, n'est-on pas embarrassé de ces mucosités qui, s'échappant de la bouche, s'écoulent le long du conduit aspirateur, si l'on fait usage d'un inhalateur mécanique, et font obstacle au jeu des soupapes. Il est vrai qu'on évite cet écueil en employant les appareils sacciformes recommandés par les chirurgiens lyonnais; mais alors les produits de l'expuition, en s'accumulant au fond de la baudruche, laissent le chirurgien incertain sur la nature du liquide contenu dans l'appareil, embarrassé sur le moment où il convient d'ajouter de nouvelles doses.

B. Convenance des effets obtenus. — Le chloroforme a une action plus prompte; avec lui quatre minutes suffisent en moyenne pour arriver au sommeil. Avec l'éther, si l'on fait usage de l'appareil Gharrière ou de tout autre inhalateur mécanique, il ne faut rien moins que dix et même quinze minutes d'attente pour chaque éthérisation. L'usage des appareils sacciformes a beaucoup abrégé cette durée, mais elle est encore deux fois plus longue qu'avec le chloroforme, si l'on veut obtenir une anesthésie satisfaisante. Celte considération, fort appréciée par un certain nombre de chirurgiens, n'a pas à nos yeux une bien grande valeur. Nous avons peu de souci d'une préférence basée sur le désir d'économiser quelques minutes. Le besoin d'aller vite pourrait bien facilement se transformer en une précipitation périlleuse. Aussi l'extrême facilité avec laquelle on peut obtenir une anesthésie profonde en une ou deux minutes, loin de constituer un avantage, nous paraît offrir un grave inconvénient; elle peut devenir une source de dangers

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,Milre des mains malhabiles. Toutefois, une fois accordée celte I ostriclion applicable k la plupart des agents héroïques, on ne peut se dissimuler que l'activité du chloroforme ne soit en , lie-même une qualité précieuse dont l'expérience doit apprendre à maîtriser les écarts, mais dont aucun excès ne peut ( hanger la nature ni faire un défaut. Le chloroforme, instrument plus docile, s'accommode mieux à toutes les exigences, et permet à chaque instant de saisir, dans la mobile et saisissante manifestation de ses effets, l'indication du moment où il convient d'augmenter, de diminuer ou de suspendre les inhalalions. Entre des mains novices, l'éther serait peut-être préféible; mais de ce que ce dernier exige moins d'habileté et 1," précision, faut-il en déduire sa supériorité? Non-seumentla période d'excitation est abrégée par l'emploi méthoiKlue du chloroforme, mais elle est aussi moins bruyante, moins agitée. L'éther, surtout si l'on emploie un appareil icciforme, gêne l'exercice de la respiration, jette le malade ins une agitation convulsive qui, jointe aux signes habituels ie congestion céphahque, est bien propre à impressionner ivement quiconque n'a pas l'habitude d'en faire usage. En vant soin de donner le chloroforme à l'air libre, cette agitaion fait défaut, ou bien elle est tellement atténuée, qu'elle devient peu gênante ; le malade est conduit assez doucement jusi|u'à l'insensibilité. Il est à peine inutile de rappeler qu'il se présente de part et d'autre, dans la pratique, de fréquentes exceptions aux types qui nous servent de termes de comparaison.

Le sommeil du chloroforme n'a pas eu les sympathies de tous les observateurs: plus complet, plus profond, il offre plus de sécurité à l'opérateur ; mais on le trouve sombre, taciturne; il rappelle avec trop de vérité l'image de la mort : le chloroi forme cadavérise. Il n'est pas jusqu'cà la teinte lugubre de ses \ songes qui n'ait été opposée aux riantes couleurs qui embellissent accidentellement ceux que procure l'éther. C'est déjà beaucoup d'anéantir la douleur et ses pénibles angoisses ! N'est-ce pas se montrer bien exigeant que de s'attacher aux

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moyens de substituer le plaisir à la souffrance? Les rêves de l'éther sont en effet plus bruyants, plus gais ; leur face épanouie entretient une communication plus animée entre le patient et le chirurgien, bien que pourtant la loquacité, les ■ révélations indiscrètes, les propos cyniques qu'ils comportent, l ne soient pas toujours exempts d'inconvénients. Au demeu- • k rant, il importe peu que, pendant l'opération, le malade soit : ;> gai ou triste, rie ou pleure, pourvu que le sentiment de la i 1: douleur soit complètement anéanti, sans exposer à plus de • dangers. On a cru découvrir, sous le masque impassible dui i sujet soumis au chloroforme, une atteinte plus profonde portée; aux fonctions du système nerveux, au principe même de la vie. . i; On l'a dit avec raison : l'état anesthésique est un pas vers la i mort. Mais autant qu'on peut en juger parla physiologie expé-- ?: rimentale, abstraction faite des complications accidentelles, ce; , pas est également franchi avec les deux agents; on dirait mème^ que la durée plus longue de l'éthérisation a pour conséquences de troubler davantage les fonctions de la vie animale. Ainsi, , de part et d'autre, la chaleur animale est diminuée ; mais aveci le chloroforme son abaissement est représenté par des fractions! de degré, tandis qu'avec l'éther il se juge par 2 degrés et^ 2 degrés et demi. Si l'on a été conduit à assombrir le tableau, de la chloroformisation, cela tient à ce qu'on a comparé entrei eux deux degrés différents deFéthérisme, les effets obtenus avecc l'éther au début de la méthode anesthésique, avec l'anesthésiei profonde, complète, telle que la donne tous les jours le chloroforme. Si les conditions créées par un état anesthésique de< même ordre nous paraissent identiques et ne constituer parj elles-mêmes qu'un danger très éloigné , facile à prévoir, ili n'en est pas de même des réactions contingentes, traduites pan un arrêt brusque des battements du cœur; là se trouve le vén- I table péril. De telle sorte que la seule question importante est. i de savoir lequel des deux agents expose le plus à la syncope. I Il n'y a que les faits qui puissent répondre; nous verrons bientôt' ■ s'ils portent avec eux quelque enseignemenl . Il

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Existe-t-il quelque différence dans la durée du sommeil anesthésique, selon qu'il est obtenu avec l'un ou l'autre agent? Cette question a été diversement résolue. Les premiers chirurgiens qui expérimentèrent avec le chloroforme ne manquèrent pas d'attribuer une durée plus longue à ses effets, d'autres crurent reconnaître cette supériorité àl'éthcr, d'autres enfin conclurent qu'il existait à cet égard la plus grande variabilité. Il y a du vrai dans ces assertions contradictoires ; la durée des effels anesthésiques, appréciée à partir du moment où l'on cesse les inhalations, est variable, parce qu'elle dépend surtout, comme le fait remarquer très judicieusement M. Bouisson, du degré de l'anesthésie. Après une éthérisalion profonde prolongée, le réveil est lent; dans des conditions opposées, le réveil est prompt, quelquefois instantané, quel que soit, du reste, l'agent dont on ait fait usage. Mais comme volontairement ou involontairement l'anesthésie est poussée plus loin avec le chloroforme, la durée de ses effets est habituellement plus longue, bien que, dans telle circonstance donnée, les résultats opposés puissent être obtenus. On a paru attacher une certaine importance à ce détail. Pour nous, qui établirons en principe de ne jamais compter sur la durée probable du sommeil, mais de continuer les inhalations de façon à entretenir le même état pendant l'opération, nous ne lui reconnaissons aucun intérêt.

Il est une particularité de l'action du chloroforme sur laquelle M. Bouisson (1) a insisté avec beaucoup de raison. On sait que, du moment que l'on cesse les inhalations d'éther, les phénomènes de l'anesthésie tendent à disparaître; il n'en est pas de même avec le chloroforme : quand on en suspend l'administra-

I ion, on n'arrête pas toujours la marche des effets déjà obtenus. i!ux-ci peuvent s'aggraver encore, en sorte que le maximum

iraclionne correspond pas à la dernière aspiration de vapeurs.

II en résulte que l'on n'est jamais sûr de ce que l'on fait; l'exa- )iicn du malade, qui doit servir de guide pour régler la marche

(1) Rouisson, ouvr. cilé, p. 390.

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de l'éthérisation, manque de précision, et le terme des inhala- j; tions ou des intermittences cesse d'être bien défini. De cette i façon, la promptitude des effets du chloroforme se trouve } contre-balancée par leur durée ou leur aggravation intempes- ii tive. On a aussi reproché au chloroforme de laisser après lui ( une grande faiblesse. Il faut prendre garde d'être abusé par i des coïncidences. Cet état adynamique est souvent déterminé 1 par la maladie elle-même ou l'état de débilité antérieur du sujet; si peut-être l'état anesthésique contribue-t-il à l'entretenir, mais i dans tous les cas cette influence déprimante peut être imputée j à l'éther aussi bien qu'au chloroforme. Une malade à laquelle i; M. Jobert avait amputé la cuisse après l'avoir éthérisée, resta )| pendant plusieurs heures sans revenir à elle, avec un pouls im- j perceptible, une diminution notable de la chaleur animale (1). {[ Une femme àlaquelle M. Roel, chirurgien de l'hôpital de Madrid, jj venait d'amputer un sein pendant qu'elle était endormie par Féther, resta pendant plusieurs heures assoupie, froide, décolorée, presque sans pouls (2). A cet égard encore, le tout est de j,, savoir quel est le moins compromettant des deux, ce qui ne peut se juger que par l'appréciation des accidents qui en résultent. ,

G. Tableau comparatif des accidents attribués à l'éther et au chloroforme. — Voici le point de vue qui réclame la plus [i sérieuse attention : à vrai dire, il est le seul important, car les ■ caractères différentiels qui ont été l'objet des observations précédentes n'acquièrent de valeur qu'en vue des accidents . ou des dangers qu'ils paraissent rationnellement provoquer ou éloigner. Malheureusement, la question est très difficile, car il s'agit de porter un jugement entre deux agents iné- • gaiement connus , parce qu'ils ont été inégalement expéri- ■ mentés. M. Bouisson a imaginé, pour la résoudre, de relever ■ les cas de mort attribués h l'éther et au chloroforme et de comparer entre eux les deux nécrologues, dans lesquels figurent» indistinctement les accidents survenus soit immédiatement, H

(1) Bulletin deV Académie de médecine, t. Xll, p. 315. ■

(2) io FacuWad, année 1847. U|

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soit conscciitivement, pendant une période fixée à deux jours. Les objections qui pouvaient être faites à cette statistique n'ont pas échappe à son auteur. « La somme des faits observés est trop restreinte, dit-il, pour que la statistique donne la formule complète de l'expérience. Ce n'est qu'un élément du jugement à porter (1). » D'autres motifs diminuent encore l'importance des renseignements qu'elle pourrait fournir. Ce document porte sur les deux premières années de la méthode anesthésique. Pendant la première, on fit usage exclusivement de l'éther ; pendant la deuxième, au contraire, le chloroforme avait obtenu une faveur à peu près unanime. « En supposant égal, ajoute M. Bouisson, pour chaque année, le nombre des opérations pratiquées sous l'influence des anesthésiques, on pouvait, en cherchant le chiffre des morts attribuées à leur action, déterminer la part qui revient à l'éther ou au chloroforme, et déduire leur degré respectif de nocuité (2) . » . "

Deux causes rendent inacceptable le premier terme de cette proposition : l'une est relative au nombre des faits, et l'autre à leur qualité. Bien qu'il soit impossible d'en donner la preuve numérique, il nous paraît incontestable que le nombre des chloroformisations pendant la deuxième année a été incomparablement plus grand que celui des éthérisations pendant la première. L'éther, durant la période d'expérimentation, ne fut guère étudié que dans les hôpitaux. Il était alors si peu accepté par le monde scienliiîque, que, s'il ne suffisait d'invoquer ici des souvenirs d'assez fraîche date, nous rappellerions que le conseil de santé des armées, partagé entre la crainte de porter atteinte à la santé du soldat et le désir de le faire participer aux bienfaits de l'anesthésie, avait limité l'usage de l'éther, comme I agent anesthésique, à quelques hôpitaux mihtaires désignés à et effet, jusqu'à ce qu'il eût été suffisamment expérimenté (3).

(1) Bouisson, ouvr. cité, p. 392.

(2) Ibid.

(3) Comptes rendus des délibérations du conseil de santé des armées, G, 10 et t7 février 1847.

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Il est non moins vrai que les (ails d'ancsLliésic oblenue avec l'élher n'ont pas la naôme valeur qu'avec le chloroforme. Dans un cas, on expérimentait une méthode nouvelle; dans l'autre, on expérimentait un agent nouveau d'une méthode connue, acceptée. Avec l'éther, dont l'effet est lent, l'administration difficile, le défaut d'expérience inspirait naturellement la crainte d'aller trop loin ; on s'arrêtait au premier signe d'insensibiUté, et surtout on en restreignait l'usage à une classe déterminée d'opérations. L'habitude que l'on avait de l'éther devait conduire, au contraire, en employant un agent plus actif, à de mauvaises chloroformisations dans lesquelles le but serait dépassé et surtout trop brusquement atteint : de là ces anesthésies soudaines avec résolution musculaire, anéantissement profond, qui étaient inconnues jusqu'alors. Le chloroforme : étant un agent plus énergique que l'éther, il est rationnel de • •croire qu'il est plus difficile d'apprendre à le manier, et que la \ période d'expérimentation fournira plus de mécomptes, sans: qu'il soit possible d'en inférer une infériorité quelconque. . A un autre point de vue, les cas de mort relevés par M. Bouisson i n'ont pas, à nos yeux, une valeur identique. Comment consi-dérer comme deux unités de même ordre une mort subite» survenue pendant la durée des inhalations et un décès quii arrive vingt, trente, quaranle-huit heures après l'opération.. Trop d'inconnues viennent ici obscurcir le jugement. La mortl est assez fréquemment la suite immédiate, à quelques heures? près, de certaines opérations. L'état anesthésique augmente-t-il, dans ces cas, les chances d'insuccès? On n'en sait rien' encore. Diminue-t-il la puissance de l'innervation? épuise-t-il la source de toute réaction salutaire? On a pu le supposer parr induction , mais non le démontrer. En face de tant d'incerti-ludes, à l'égard des cas de mort consécutive, il devient indispensable d'en faire une catégorie à part, et de les comparer « entre eux seulement ; nous ne voulons pas leur dénier loule< valeur, mais celle-ci pourra toujours leur être contestée. Ces restrictions sont moins adressées au tableau publié par

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M. Bouisson, auquel lui-même n'accorde qu'une valeur relative, qu'à toutes les stalisliques que l'on tenterait d'établir sur un pareil sujet.

Nous plaçons sous les yeux du lecteur les résultais fournis par l'expérience, tels qu'ils sont consignés dans les observations que nous avons publiées, en nous efforçant d'éviter, autant que possible, les imperfections que nous avons signalées dans les essais antérieurs.

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