A28 MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
tement. M. Robinson a rapporté il y a quelques années dans un journal de médecine américain, un fait qui semble indiquer en effet qu'il faut alors apporter une certaine discrétion dans l'usage des anestbésiques.
Observation. — Une personne de trente-cinq ans, qui, il y a quatre ans, avait avorté à la suite d'une chute au troisième mois, mais qui, il y a deux ans, avait donné le jour à un enfant à terme, fut prise dans le cin-quième mois de sa troisième grossesse de violents maux de dents. En vue de les calmer, elle se soumit à l'inhalation d'une certaine quantité de chloroforme, qui fut versé sur un linge, ce qui la mit dans une demi-aneslhésie qui se prolongea pendant environ une demi-heure. Peu de temps après elle sentit dos douleurs utérines, qui, après une durée de quelques heures, amenèrent l'enfant (1).
Malgré l'insuffisance des détails et la signification litigieuse du fait lui-même, il est bon pourtant d'en tenir compte et de poser en principe qu'il ne faut, pendant la grossesse, recourir à l'éthérisalion que dans les cas d'impérieuse nécessité. La lactation ne paraît exercer aucune influence sur la marche de l'anesthésie : elle-même n'en est aucunement troublée. Le plus grand inconvénient qui pourrait en résulter, si l'on faisait usage de l'éther, c'est que le lait, tenant en dissolution une certaine quantité de vapeurs, n'acquît, pendant quelques jours, un arôme désagréable au nourisson. Pourtant dans un cas, l'enfant, allaité par une femme à laquelle on avait fait respirer du chloroforme, fut pris d'un assoupissement que l'on envisagea comme un effet anesthésique, mais qui probablement était simplement accidentel : ce qui nous le fait croire, c'est que le lait ne con-' tient pas de chloroforme chez les femelles d'animaux anesthésiées pendant la lactation.
C. Influence du temjm'ameyit ^ de la constitution, des idiosyncrasies. — Ces conditions inhérentes au sujet, et qui constituent sa manière habituelle de vivre n'ont d'importance qu'en raison de leur action sur des mouvements du cœur. On a
(1) Annales médicales de la Flandre occidenlale, et Gasette des hôpitaux, 1858, p. m.
INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. /i29
supposé, il est vrai, qu'un tempéramenl sanguin prédisposait à l'excilation initiale, imprimait une l'orme joyeuse au délire ; ([ue le tempérament nerveux excitait les spasmes, les convulsions, les troubles nerveux, bizarres; que les sujets, dotés d'un tempérament bilieux, étaient particulièrement exposés aux rêves sombres, au délire lurieux, aux vomissements et parfois à une jaunisse convulsive. En acceptant comme démontrés ces modes particuliers de réaction, leur valeur à nos yeux se résume dans la réponse à cette question : quelle est leur part d'influence dans la production possible d'une syncope?
Nous avons combattu l'idée d'une idiosyncrasie spéciale au chloroforme, mais il faut bien reconnaître l'existence d'une certaine prédisposition à l'égard de la syncope. Il est des sujets qui ont des défaillances à propos de tout et presque à volonté. Celte prédisposition peut être habituelle, permanente : celle-là, par expérience, doit inspirer peu de craintes. Nous l'avons déjà dit, la femme à laquelle une telle disposition paraît surtout dévolue n'est pas plus exposée que l'homme aux syncopes chloroformiques. Elle peut être accidentelle et se développer sous l'influence de causes multiples, capables de modifier, à un moment donné, la force de résistance vitale, de créer un état nerveux tel que la moindre émotion, la moindre secousse provoquent une syncope. C'est là qu'est le véritable danger. Nous avons déjà indiqué précédemment quelques-unes de ces causes dont le médecin est d'ailleurs habitué à mesurer l'importance en dehors de la pratique de l'anesthésie. Elles ont une telle influence qu'il ne faut point hésiter à différer l'opération, s'il est possible, pour échapper à leur pernicieuse influence.
D. Maladies du système nerveux. — Les lésions organiques de l'encéphale et de la moelle épiniére sont autant de contreindications à l'emploi de l'éthérisation.
Ces affections , telles que l'hémorrhagie , les dilTérentes espèces de ramollissement, la paralysie générale, se compliquent fréquemment de congestions qui pourraient être aggravées pendant la période d'excitation ; d'aifleurSjlapluparld'entrc
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elles, porlanl atteinte à l'énergie ou à la régularité des fonctions nerveuses et en particulier à la sensibilité, rendent moins utile l'usage des anesthésiques. Toutefois, soit parce que ces considérations ont été depuis longtemps appréciées par les médecins, soit parce que les cas de ce genre se rencontrent rarement dans la pratique, il n'existe aucun fait publié qui vienne confirmer ces prévisions.
Les différentes formes de névroses sont aussi des conditions peu favorables. En général l'accès qui les caractérise est provoqué par l'administration des éthers. S'agit-il de l'épilepsie, l'accès survenu pendant les inhalations est plus long, les fonctions se rétablissent lentement, et les congestions viscérales consécutives sont d'autant plus intenses et plus durables que le système nerveux se trouve moins en état de rétablir l'équilibre. Néanmoins dans des circonstances sérieuses, malgré quelques avis contraires, nous n'hésiterions pas à donner du chloroforme aux épileptiques. En continuant avec prudence les inhalations après l'accès déclaré, les mouvements toniques ne tarderaient pas à disparaître comme l'activité musculaire. L'accès ainsi enrayé, les congestions viscérales qui en représentent le principal danger, soit directement, soit par leur influence sur le cœur, seraient moins à redouter. M. Guersant qui a suivi cette pratique l'a toujours fait avec succès.
A plus forte raison, est-il indiqué de faire usage du chloroforme, malgré l'existence des autres formes de névroses. L'expérience s'est prononcée déjà à l'égard de l'hystérie, et les chirurgiens ont appris qu'il suffisait de pousser prudemment l'anesthésie plus loin, pour faire disparaître les convulsions.
L'ivresse, portée à un certain degré, est une contre-indication formelle. Malgré le petit nombre des cas de ce genre qui ont dû se présenter dans la pratique, il existe un cas de mort auquel nous avons déjà fait allusion et qui survint pendant la chloroformisation chez une femme en état d'ivresse, à laquelle Masson (de Mirecourt) était sur le point de pratiquer une opération urgente. Un seul fait ne prouve pas grand'chose, il est
INDICATIONS ET tlONTRH- INDICATIONS. A 31
vrai, mais l'abstention que la sagesse recommande dans le doute est ici d'autant moins regrettable que l'ivresse s'accompagne d'une insensibilité suffisante pour que l'opération la plus cruelle soit à peine ressentie. Il paraît surprenant, au premier abord, que l'ivresse alcoolique, sorte d'état anesthésique plus ou moins complet, devienne une source d'accidents pendant la chloroformisation; et pourtant il n'y a là rien de contradictoire. L'ivresse n'est jamais un état anesthésique simple, elle se complique toujours de congestion cérébrale et pulmonaire, elle est accompagnée d'une réplétion préjudiciable de la cavité stomacale ; double circonstance qui est loin d'être sans influence sur la production de la syncope à laquelle succombent, nous sommes portés à le croire d'après quelques autopsies, la plupart des sujets morts dans ces conditions.
L'état cérébral, provoqué par les abus alcooliques, paraît être aussi une condition très défavorable. Deux fois, des malades atteints de delirium tremens ont succombé pendant la chloroformisation ; dans sept autres observations, la mort vint frapper des sujets ayant des habitudes d'ivrognerie (1). En outre, tous les observateurs ont remarqué que l'élhérisation chez les ivrognes était pénible, interminable, compliquée de mouvements convulsifs violents, quelquefois de déhre bruyant, de stupeur. Sans motiver l'abstention absolue, de telles conditions imposent beaucoup de réserve.
Enfin on recommande d'être très circonspect, et mieux, de s'abstenir dans les cas de grand traumatisme, de plaies considérables, surtout de plaies par armes à feu, à cause de la stupeur, de la commotion traumatique qui les accompagnent.
Dans cet élat, le système nerveux paraît profondément ébranlé, les forces sont anéanties, la peau est froide, le pouls petit, le visage prostré ; tout fait craindre qu'en venant y ajouter l'action hyposthénisantc du chloroforme, l'économie soit impuissante pour le supporter. Rien n'est mieux fondé qu'une pareille
(1) Voyez nos tableaux synoptiques.
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recommandation, seulement il faut soigneusement éviter, à ce sujet, toute ligne de conduite systématique.
Avant nos dernières guerres continentales, tous les chirurgiens acceptaient, sur la foi du maître, comme une complication très fréquente des plaies par armes à feu, et en particulier des plaies par gros projectiles, cet état de commotion ou de stupeur. L'observation des feits est venue ébranler cette croyance. En cherchant à se rendre compte, par eux-mêmes, les chirurgiens d'armée n'ont pas tardé à reconnaître, comme le dit fort justement M. le professeur Legouest, dans son excellente Revue critique (1), que ces accidents sont beaucoup plus rares qu'on ne l'admettait auparavant. En faisant abstraction des coups de feu qui atteignent directement le crâne, nous pensons, avec nos confrères de l'armée, qu'ils sont exceptionnels même dans les plaies des membres inférieurs par gros projectiles, même quand les viscères abdominaux ou de gros troncs nerveux sont intéressés. Au camp de Sébastopol, l'un de nos premiers soins fut de vérilier ce point de doctrine, fort important. A cet effet, nous avons relevé aux ambulances de tranchée du Carénage et de la Karabelnaïa, durant les mois de juin, juillet et août 1S55, l'état de 1790 blessés, observés quelques heures après l'accident et répartis de la façon suivante ;
Ambulance de tranchée du Carènaije du 21 aii, 24 floz<M855.
Blessés par boulet — par balle
par éclat de pierre, par mitraille. . . .
par projectile creux
Total
(1) Legouest, La chirurgie militaire contemporaine Paris, 1859, p. 14.
Ambulance de la Karabelnata, du M juin auW août.
Blessés par boulet 26
— par balle 88
— par éclat de pierre 148
— par mitraille 47
— par projectile creux 624
Total 933
Même ambulance, du iZ août au 1" septembre.
Blessés par boulet 37
— par balle 43
— par éclat de pierre. ... ISQ
— par mitraille 10
— par projectile creux . . . 297
Total 516
Les blessures par gros projectiles, boulet, bombe, obus, etc., c'est-à-dire celles qui doivent plus spécialement prédisposer à la stupeur, existent en grand nombre dans le tableau qui précède, puisqu'elles représentent une proportion de Qlx pour 100. Malgré ces conditions favorables, il ne nous a pas été donné d'en constater un seul exemple bien avéré. Nous avons également recueilli un certain nombre de faits dans lesquels de gros nerfs avaient été contus, dilacérés par le projectile ; les organes génitaux, les parois abdominales, labourés par des éclats de bombe : jamais nous n'avons observé le moindre signe de commotion. Dans quelques circonstances seulement, nous avons rencontré cette froideur visqueuse de la peau, cette petitesse du pouls, cette prostration considérable qui rappellent à l'esprit les signes classiques de la stupeur. Mais, en remontant à la source, on trouvait presque toujours, pour s'en rendre compte, une bémorrbagie antérieure, démontrée soit par l'abondance du sang répandu, soit par l'existence d'un bruit de soufïle dans les vaisseaux. D'ailleurs, toute question de doctrine réservée, l'opportunité de la cbloroformisation à la suite des plaies par armes à feu a été pratiquement
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résolue par la médecine militaire. Jamais le chloroforme n'a été employé sur une aussi vaste échelle que pendant la campagne d'Orient. C'est à peine si l'on a eu à regretter des accidents ; encore faut-il hésiter à les inscrire au nécrologue de l'anesthésie, à cause de la gravité môme des blessures. De pareils résultats démontrent que l'éthérisation est tout aussi appUcable aux opérations que réclament les plaies par armes à feu qu'aux autres opérations de la chirurgie. Elle doit être la règle ; l'exception sera motivée par les causes générales d'abstention.
E. Affections du cœur. — ■ Les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux sont considérées comme des obstacles à la chloroformisation : toutes, en effet, prédisposent plus ou moins à la syncope. Dans un cas de ce genre, reconnu pendant la vie, Walleix eut à déplorer la mort d'un de ses malades atteint d'anévrysme de la crosse de l'aorte, et qu'il avait été forcé de chloroformiser (1). Quand la maladie est confirmée, la contre-indication est formelle ; mais lorsqu'elle est à son début, surtout si elle s'accompagne de peu de troubles du côté de la circulation, le cas devient plus embarrassant. L'importance de l'opération, sa durée, la vivacité des douleurs, l'appréhension qu'elles suscitent, devront guider le praticien; pourtant il convient de se montrer toujours très sobre de chloroformisations, et très prudent, très attentif pendant les inhalations.
Les faits démontrent, ainsi que nous l'avons étabh, que l'état gras du cœur représente une redoutable compUcation. Onze autopsies en témoignent ; ce qui n'a rien de bien surprenant, si l'on tient compte de la fréquence des syncopes dans le cours de cette affection. Dans le mémoire de M. Quain, basé sur 83 observations, 68 fois la mort n'eut pas d'autre cause (2). Il importe d'autant plus d'être pénétré de l'importance de cette fâcheuse prédisposition, qu'elle offre pendant la vie moins de
(1) Voyez page 297.
(2) Quain, Sv,r l'élal graisseux du cœur {London med.-chir. Trans., 1850).
signes précis ; qu'il est toujours difficile, souvent impossible de la reconnaître d'une façon certaine. Au point de vue du diagnostic, M. Quain insiste sur la faiblesse générale, la difficulté de respirer, la douleur précordiale, l'état d'irrégularité, de faiblesse et de lenteur du pouls. Selon le docteur Kennedy (de Dublin), la dégénérescence graisseuse du cœur produirait la plénitude et une certaine mollesse du pouls. On trouve aussi dans les conclusions de son travail, qu'elle s'accompagne souvent de pulsations visibles des artères (pouls Corrigan), bien que les valvules ne soient point insuffisantes (1). A défaut de symptômes plus positifs, l'état gras du cœur doit être plus spécialement soupçonné chez les sujets qui, d'ailleurs bien portants en apparence, ont habituellement le pouls développé, mais ondulant, dépressible, et surtout marqué par de fréquentes intermittences. On sait aussi que cette affection accompagne souvent l'obésité ; comme cette dernière, arrivée à un certain développement, apporte déjà une gêne considérable dans la respiration, à cause du développement du ventre qui fait obstacle à l'abaissement du diaphragme, nous voyons dans cette infirmité une condition défavorable à double litre pour l'éthérisation.
Les palpitations de l'anémie et de la chlorose, par ce seul motif qu'elles dégénèrent fréquemment en syncope, exigent beaucoup de réserve. M. Bickersteth fait observer avec beaucoup de raison que c'est l'émotion causée par la crainte de la douleur ou de la chloroformisation elle-même, qui représente la disposition la plus fâcheuse chez les sujets exposés, à un titre quelconque, à des troubles dans les mouvements du cœur. Pour ces cas en particulier, il est indispensable d'accoutumer le malade à l'idée d'une opération, de lui présenter souvent le sommeil anestliésique sous les couleurs les plus riantes ; d'employer, en un mot, tous les moyens rationnels pour obtenir
(1) Kennedy, Sur le diagnoslic de l'élat graisseux du cœur [Ëdinburgh médical Journal, 1860, u" Û9), trad. dans \ca Archives générales de médecine, 5« série, < l. XV, p. 568.
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cet état de calme, de repos de l'esprit qui est le plus sûr garant de la régularité des actions organiques.
F. Affections du poumon. — Les maladies du poumon, par leur fréquence, leurs variétés et souvent leur obscure réaction, méritent aussi la plus sérieuse attention. Elles jouent un rôle incontestable dans la production des accidents, non pas, comme on l'a dit et répété si souvent, en causant l'asphyxie, mais en entravant la circulation pulmonaire, dont les troubles sont la cause prochaine la plus fréquente de la syncope. L'asthme des vieillards, quand il existe à un degré assez avancé, a été considéré par plusieurs chirurgiens, et en particuHer par M. Robert, comme une condition très défavorable à l'anesthésie. (( Outre la dyspnée, dit-il, qu'occasionnent généralement les premières inspirations des vapeurs anesthésiques, il pourrait se faire que les vésicules bronchiques, étant remplies d'une trop grande quantité de vapeurs de chloroforme, ne pussent pas s'en débarrasser dans un temps donné. Dans l'asthme, les vésicules pulmonaires dilatées ont perdu leur ressort. Il pourrait donc arriver que les poumons contenant, dans un temps donné, une trop grande quantité de chloroforme, l'asphyxie en fût la conséquence (1). Les vues de M. Robert sur ce point auraient bien besoin de confirmation. Les vapeurs de chloroforme, enfermées, si l'on veut, dans des vésicules pulmonaires agrandies, sans tonicité, n'y peuvent exister que dans les proportions même du mélange aéroéthéré. Que le mélange gazeux se renouvelle par le jeu régulier de la respiration, ou qu'il soit retenu en partie dans des vésicules pulmonaires dépourvues d'élasticité, les conditions physiques de l'inhalation restent les mêmes, pourvu que le mélange inhalé garde la même composition. Il y a, au-dessus de la gêne mécanique apportée à la respiration par la lésion organique, quelque chose de plus important, c'estl'élément spasmodique, qui rend si pénible l'accès chez l'emphysémateux et
(1) Robert, Conférences do clinique chirurgicale. Paris, 18G0, p. U2,
donne naissance h des phénomènes d'asphyxie. Cet élément vital qui domine la scène pathologique ne saurait être. qu'heureusement modifié par les inhalations anesthésiques ; aussi, en y mettant toute la réserve qu'imposent toujours les déductions théoriques, nous ne pensons pas que l'asthme des vieillards doive être une source de préoccupation, et à plus forte raison une cause d'ahslention.
La tubercuhsation pulmonaire, l'épanchement dans les plèvres ou le péricarde, les adhérences pleurales étendues, se placent par ordre d'importance immédiatement après les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux. Dans neuf observations, on trouve mentionnées des adhérences pleurales solides, étendues, soit delà totahté d'un poumon, soit de la plus grande partie des deux ; deux fois, il existait en outre des tubercules dans les deux poumons ; une altération pathologique étrangère à l'éthérisation, qui se rencontre 9 fois sur AS, doit représenter autre chose qu'une coïncidence, surtout si l'on tient compte de cette considération, que peu de malades atteints de ces affections regardées par la plupart des médecins comme des contre-indications ont dû être soumis aux inhalations. Aussi est-il rigoureusement prescrit de s'abstenir toutes les fois qu'il existe des adhérences pleurales assez étendues pour révéler leur existence pendant la vie. Bien que l'expérience ne se soit pas prononcée à cet égard, il doit en être de même dans les autres affections du parenchyme pulmonaire et de ses annexes, telles que le cancer du poumon, la dilatation des bronches, le cancer du médiastin, la gangUophymie, le rétrécissement de la trachée ou des bronches , les corps étrangers, etc.; toutes entraînent une gêne habituelle de la respiration, mais surtout des accès de suffocation périlleux à l'égard de la syncope.
CHOIX DE l'agent ANESTHÉSIQUE.
ARTICLE n.
CHOIX DE l'agent ANESTHÉSIQUE.
§ I. — Valeur «le l'ainylènc.
Dès que M. Snow eut fait connaître les propriétés stupéfiantes de l'amylène et annoncé les avantages que pouvait en obtenir l'anesthésie chirurgicale, des expériences nombreuses furent tentées en France. Comme il arrive trop souvent en pareille circonstance, les premiers avis furent tous favorables à l'agent nouveau ; un moment il fut question de le substituer à l'éther et au cbloroforme, ou du moins de l'admettre avec une certaine préférence dans la pratique, à côté de ses aînés. M. Snovv fit valoir en sa faveur l'avantage d'une action prompte, douce, peu durable, et disparaissant sans laisser d'impression fâcheuse sur l'organisme. Ces quahtés furent confirmées par MM. Giraldès, Tourdes, Debout, et en partie par M. Robert; tous reconnurent que l'amylène produisait l'anesthésie très promptement, sans causer de sensation pénible, saps amener de toux ni de suffocation. « Pendant toute la durée de l'amylé^ nisation, dit M. Debout, le pouls reste large, plein, très frér quent, les mouvements respiratoires amples, la peau chaude, le visage fortement coloré. En un mot, il y a absence des signes qui dénotent que le nouvel agent atteint facilement les phénomènes de la vie organique (î). »
La promptitude, ou plutôt la brusquerie des effets de l'amylène, qui résulte de sa grande volatilité et de son insolubilité dans le sang, loin d'être un avantage, est un sérieux inconvénient. Il faut être occupé sans cesse à remettre du liquide dans l'appareil, sans obtenir d'autre effet, si l'on agit avec cir-
(1) Rapport cilé de M. Robert sur la Note relative à l'innocuité et à la valeur de l'amylène considéré comme agent anesthcsiqite, par M. Debout {Bulleim de l'Académie de médecine, t. XXII, p. 754).
VALEUR DE l'AMYLÈNE. Û39
conspection, qu'une série d'oscillations pendant lesquelles il n'est guère possible d'intervenir. Si l'on administre l'agent avec moins de i-etcnue, dans un appareil approprié, les effets stupéfiants sont plus énergiques, mais alors ils ressemblent singulièrement à ceux du chloroforme ; l'anesthésie est complète, la résolution musculaire profonde ; le pouls devient intermittent, filiforme ; seulement l'amylème conserve toujours son caractère particulier, qui réside dans l'instantanéité de ses effets. Il en résulte que le chirurgien se trouve toujours placé dans l'alternative, ou de n'obtenir qu'an résultat incomplet, et par conséquent de manquer le but qu'il se propose, ou de tomber dans les inconvénients que les partisans de l'amylène reprochent aux autres agents anesthésiques, avec cette circonstance digne de remarque, qu'avec lui il y a moins de règle, moins de précision, et l'on est moins que jamais maître de l'effet que I on veut produire.
Si l'amylène ne provoque pas de toux, pas d'irritation à la gorge, il ne fait que partager cette immunité avec le chloroforme.
On peut en dire autant de la rareté des vomissements. Pour que cet accident ait été observé par MM. Rigaud, Schûtzenberger et Debout (1), malgré un emploi aussi peu répandu; pour que M. Giraldès l'ait constaté (5 fois dans 79 applications, il faut bien convenir qu'il ne s'agit ici que d'une rareté relative, et qui n'aurait rien à gagner à être comparée avec ce que donne le chloroforme. D'ailleurs, cet avantage fùt-il fondé, suffirait-il pour autoriser à endormir les enfants à un moment plus rapproché du repas? L'état de digestion, nonseulement prédispose aux vomissements, ce qui ne serait pas un bien grand m;>l, mais, d'après ce (jue l'on connaît de la pratique de l'anesthésie chez l'homme et même chez les animaux, il imprime à l'éthérisation une marche moins régulière et beaucoup moins rassurante. D'autres reproches ont été
(i) lbid.,\i.l(\'2.
CHOIX DE l'agent \NëSTHÉSIQUE.
adressés à l'amylcne : Ja diflicullé do l'obtenir à l'état de pureté, son prix élevé, son odeur fragranle, désagréable, la nécessité d'un appareil pour l'administrer, etc. Mais il est un point qui nous préoccupe davantage, c'est son action sur le système musculaire. Chez les animaux, la règle est qu'il détermine à une certaine période des mouvements convulsifs très intenses, un véritable tétanos. En est-il de même chez l'homme? Les observateurs ne sont point d'accord à cet égard. M. Robert a observé le renversement de la tête en arrière et quelquefois la roideurconvulsive des membres ; pourtant il ajoute qu'il n'a jamais constaté le resserrement spasmodique des mâchoires avec menace de suffocation que provoque parfois le chloroforme. M. Giraldès, dans sa pratique, n'a rencontré que 8 fois des convulsions notables ; il convient d'ajouter qu'il opérait sur de jeunes sujets. D'un autre côté, dans presque toutes les observations de M. Jobert (1), il est question de convulsions intenses, de roideurs tétaniques survenues dans le cours de l'amylénisation. On lui a reproché d'avoir donné de trop grandes quantités de vapeurs, attribuant à cette circonstance les effets exceptionnels qu'il avait observés.
Cette objection ne nous paraît pas justifiée. Pour éviter toute méprise, M. Jobert a même pris le soin de diviser ses malades en plusieurs catégories, suivant le degré d'anesthésie obtenu à l'aide de divers procédés. Si dans un certain nombre de cas, il mit en œuvre les moyens jugés indispensables pour obtenir une insensibilité complète, durable, avec résolution musculaire, telle que la donnent l'éther et le chloroforme, il n'a fait que remplir les conditions qu'auraient dû choisir tous les expérimentateurs, et qui sont les seules capables de faire apprécier, avec toute connaissance de cause, la valeur comparative de l'amylène et des autres anesthésiques. Bien que la chose ne soit pas autrement jugée, il y a tout lieu de penser que, chez l'homme comme chez les animaux,
(1) Rapport cité de M. Jobert (Bulletin de l'Acad.dc mcd., l. XXII, p. 1122),
VALEUR DE L'AMYLÈNE. /iH
l'amylèno provoque de fréquentes convulsions qui ne pré- ■ sentent pas, par elles-mêmes, d'inconvénients insurmontables, mais qui peuvent devenir l'occasion de sérieux dangers. Cette présomption aurait suffi à nos yeux pour le faire rejeter de la pratique, jusqu'à plus ample information. M. Debout, recherchant à quelles doses deviennent toxiques, pour tout animal placé dans des conditions identiques, les vapeurs des différents anesthésiques, était arrivé à conclure que s'il suffît de doubler la dose de chloroforme pour aller de la dose anesthésique à la dose toxique, il faut quadrupler celle de l'éther et quintupler celle de l'amylène. Il ressort de ces faits, ajoute-t-il, que l'innocuité du nouvel agent est plus grande encore que celle de l'éther sulfurique (1) ». L'illusion en pareille matière était de conclure des animaux à l'homme, et de déduire de recherches d'ailleurs irréprochables le degré de nocuité. « Un point capital dans l'histoire des anesthésiques , rappela fort judicieusement M. Robert, c'est que ce n'est pas par le fait de l'évolution successive et progressive des phénomènes d'intoxication, mais bien d'une manière brusque, inattendue, que surviennent les accidents (2), » Aussi l'expérience ne tarda pas à donnerun cruel démenti aux prévisions delà physiologie. Par un singulier jeu du hasard, c'est entre les mains de M. Snow lui-même que survint un premier cas de mort subite.
On a tenté de l'imputer à une mauvaise administration, on a parlé d'asphyxie accidentelle, parce que l'auteur, avec une bonne foi qui l'honore, raconte que l'opercule destiné au passage de l'air extérieur glissa pendant les inhalations ; mais il ajoute qu'il lui était arrivé souvent de le fermer volontairement pendant l'administration de l'amylène, et qu'en tout cas il était certain qu'il ne s'était pas écoulé plus de quelques secondes depuis l'occlusion complète. D'ailleurs un second accident mortel suivit de près le premier, et cette fois encore dans la pratique du môme opérateur.
(1) Bapport cilé de M. Robert {ibid., p. 750),
(2) Ibid., p. 701.
hli^ CHOIX DE l'agent a.nesthésique.
Deux cas de mort survenus coup sur coup entre les mains d'un homme expérimenté et connu surtout par ses travauxsur l'anesthésie, c'était plus qu'il n'en fallait pour frapper l'attention et faire proscrire un agent qui dès le début s'annonçait comme le plus dangereux des anestliésiques ! A l'exemple de MM. Velpeau, Larrey, Robert, etc., nous rejetons formellement l'emploi de l'amylène, non-seulement chez l'adulte et dans les grandes opérations, mais aussi pour les petites, à l'usage desquelles M. Robert, par une espèce de concession, avait voulu le conserver; c'est un agent infidèle, tout aussi périlleux que les autres et d'un maniement plus difficile. Dans les ; petites opérations, le mieux est habituellement de s'abstenir; mais du moment que l'on juge l'anesthésie suffisamment indi- • quée, il faut la rechercher sérieusement, et par conséquent provoquer un état d'aneslhésie dont l'existence sera toujours; un danger pour l'organisme ; nous ne voyons également aucune raison pour le réserver à la chirurgie de l'enfance, mal-gré les excellents résultats qu'en a obtenus M. Giraldès, puis qu'au contraire les enfants supportent mieux que les adultes ^ les effets de l'éther ou du chloroforme.
§ n. vnleur coiiiparative cIo rétUei- et du chloroforme.
L'éther et le chloroforme ont seuls été conservés dans la; pratique ; il reste à discuter une des questions les plus im-i portantes, les plus délicates de la méthode anesthésique. Quel» est celui qui doit être employé de préférence ? Chacun d'eux répond-il à des indications particulières ? Bien que la question paraisse jugée dans la pratique, par l'immense et durable po-. pularité du chloroforme, il s'est fait contre ce jugement de si énergiques oppositions, que la science a le devoir de compter avec elles. Nous avons montré dans quelles circonstances la chloroforme fit son apparition. La méthode anesthésique en était encore à ses premiers essais. Les chirurgiens, craignant de s'aventurer dans une voie peu connue, ne possédant encor