ACTION SUR LA CIRCULATION
reuses relatées dans nos observalions. M. Mercier, pour concourir plus efficacement au môme but, c'est-à-dire pour activer la circulation cérébrale, proposa dans une lettre adressée à l'Académie de médecine, d'ajouter à la position déclive de la tête, la compression de l'artère axillaire et de l'artère crurale, et mieux encore, si on le peut, de l'aorte abdominale. Nous n'avons pas à nous prononcer sur la valeur d'un moyen qui n'a jamais été employé chez l'homme et ne s'appuie sur aucune recherche physiologique. A priori, on conçoit difficilement l'influence que pourrait exercer sur la circulation céphalique, cette diminution dans l'étendue de l'arbre circulatoire, à un moment où l'impulsion manque au centre.
Quelques opérateurs, préoccupés sans doute de la crainte d'une asphyxie, ont eu recours aux émissions sanguines. La saignée de la jugulaire, tantôt employée seule, tantôt associée à d'autres moyens de traitement, est mentionnée dans huit de nos observations, et toujours sans résultat temporaire ou définitif. Sans tenir compte de ces insuccès, la nature des accidents indique assez que la saignée est toujours formellement contre-indiquée.
ARTICLE IIL
i ACTION SUR LA RESPIRATION,
I Les moyens multipliés, qui ont pour but le rétablissement de la fonction respiratoire, sont les plus importants, on peut même dire les seuls importants.
§ I. — Tmction lie la langue en avuni.
Une précaution qui est plutôt préventive que curative, a été itilisée dans plusieurs circonstances^ et particulièrement reîommandée par M. Dickcrsteth. Elle consiste à saisir tout de mite la langue, à l'attirer hors de la bouche et à l'y maintenir
500 MOVENS DE COMBATTRE LES ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉKISATION.
avec la main ou un tenaculum. Després, dans un mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer, revint avec beaucoup d'insistance sur cette pratique. Dans sa pensée, l'arrêt des mouvements respiratoires, à quelque moment de la chloroformisalion qu'il survienne, provient toujours de l'occlusion de la glotte par le renversement actif ou passif de la langue. Dès lors la traction de cet organe en avant doit suffire au rétablissement de la fonction respiratoire. Quel que soit le rôle attribué à l'occlusion spasmodique ou mécanique des voies respiratoires dans la production des accidents, il faudrait se garder d'attacher une aussi grande importance à la pratique recommandée par Després d'une façon exclusive. L'élévation de la langue est une mesure de précaution qui peut être fort utile pour faire cesser un état menaçant de suffocation, mais superflu du moment où la syncope avec la résolution musculaire qui l'accompagne est déclarée.
g II. — Respiration nrtiflciclle.
Nous avons démontré (1) que chez les animaux privés de respiration et de circulation apparentes par l'action progressive de l'éther ou du chloroforme, et rappelés à la vie par la respiration artificielle, le courant gazeux que l'on établit artificiellement à travers le réseau bronchique n'agit que par ses propriétés physiques en rétablissant les actes mécaniques de la respiration. C'est à ce point que nous avons pu atteindre le même but, indistinctement avec tous les fluides aériformes employés à propos, pourvu qu'ils ne soient ni corrosifs, ni toxiques. M. Cl. Bernard, dans le cours de ses recherches, a constaté depuis, qu'avec ces mêmes gaz inertes, il était possible de réveiller la circulation et la respiration chez des animaux, amenés, par divers moyens, àl'état de mort apparente (2).
(1) LuUcmaïul, Perrin cl Dui-oy, ouvr. cilê, p. Sûô uL rapport cité de la Socictà
(2) Claude Bernard, Leçons sur les eifels dos substances toxiques cl mcdico^ menteuses. Paris, 1857, p. 232.
Quelle que soit l'opinion que Von se forme sur la nature du danger qu'il faut conjurer, qu'il s'agisse d'obvier à un empoisonnement, à un état d'asphyxie ou de syncope,on conçoit dès lors que l'efficacité de la respiration artificielle puisse rester la môme, pourvu que la mort ne soit pas définitive. Ce courant gazeux, qui se répand dans tout l'arbre aérien, exerce sur la muqueuse pulmonaire une stimulation puissante dont le résultat est de ranimer par action réflexe les battements du cœur et l'acte de la respiration. Le gonflement brusque et réitéré du parenchyme pulmonaire, en changeant les conditions hydrostatiques de l'organe et modifiant physiquement l'état de la circulation, contribue sans doute, pour sa part, au réveil de l'organisme. Quoi qu'il en soit, le fait subsiste avec toute son importance et mérite la plus sérieuse attention.
A l'égard de la chloroformisation chez l'homme, il existe autre chose que de simples prévisions. Il serait facile de rapporter de nombreux exemples de syncope chloroformique, dissipés sous l'influence de la respiration artificielle; mais comme ces accidents disparaissent souvent d'eux-mêmes, ou sans l'intervention d'aucune médication active, ce n'est que dans les observations d'insuccès définitif que nous voulons puiser les motifs de notre préférence pour ce moyen de traitement à l'exclusion de tout autre. Les renseignements fournis par les auteurs se réduisent bien souvent à une simple mention, sans indication sur leur manière de faire, sur la durée de leurs efforts, sur le moment précis où la respiration artifîcieUe a été tentée ; mais tels qu'ils se présentent, ils nous paraissent encore précieux en raison même de l'importance que nous attachons à faire cesser une incertitude qui ne se révèle que trop dans la prolixité stérile des moyens usités jusqu'alors.
Dans nos observations la respiration artificielle a été appliquée '-'il fois au traitement de la syncope. La plupart du temps elle l'a été tardivement, au moment où déjà d'autres moyens avaient échoué. Néanmoins 12 fois, elle fut suivie de mouvements respiratoires spontanés , et quelquefois elle ranima