MOYENS DE COMBATTRE LES ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION
s'il en esl de même chez les sujels affectés de syncope, car le fait ne nous paraît pas avoir été vérifié jusqu'alors ; pourtant, on raison de l'écarlement plus facile des mâchoires, de la souplesse plus grande des tissus, tout porte à croire que le manuel opératoire serait ici moins lahorieux. Bien qu'adversaire déclaré de l'insufflation trachéale, Leroy (d'EtioUes) a néanmoins laissé dans la science un petit instrument destiné à faciliter l'introduction de la canule. On peut en avoir une idée par les figures 2Zi et 25 de la planche IX de l'ouvrage de Marc (1) ; il se compose de deux valves articulées entre elles vers le tiers de leur longueur, et destinées par leur réunion à contenir une canule flexible. En élevant l'extrémité externe de la valve mobile, l'autre extrémité doit s'engager d'elle-même dans le larynx, et y conduire le bout de la canule qu'elle contient. Cet instrument rend peu de services à l'opérateur , il n'atteint son but qu'à l'aide de laborieux tâtonnements; aussi n'a-t-il guère eu la confiance des praticiens. On pourrait, avec avantage, lui substituer un cathéter creux, ouvert à ses deux extrémités, ayant une courbure appropriée aux parties, et terminé par une sorte de crochet pointu. Ce cathéter, d'un cahbre suffisant pour loger la sonde laryngienne, serait introduit par la cavité buccale jusque dans le pharynx et de façon que la concavité de sa courbure fût dirigée en bas et en avant, et la convexité en arrière et en haut. En ramenant l'instrument d'arrière en avant, le crochet viendrait de lui-même se mettre en rapport avec la pointe de l'épiglotte. Il suffirait alors de relever progressivemeni le pavillon du cathéter et de l'attirer à soi pour soulever cet organe, et, par cette sorte de mouvement de bascule, mettre en rapport l'orifice interne du cathéter avec l'ouverture delà glotte. Ce conducteur, dont nous nous contentons d'indiquer ici le principe, serait exclusivement réservé aux cas dans lesquels l'introduction directe de la canule offrirait des difficultés.
(1) Marc, ouvr. cilé.
La canule toujours flexible doit être assez longue pour pénétrer jusqu'au voisinage de la bifurcation des bronches. Trop courte, elle ferait perdre une partie delà force d'impulsion indispensable pour pénétrer le parenchyme de l'organe. Dans une circonstance assez récente, M. Langenbeck put se convaincre qu'une canule trachéale , pénétrant seulement à un pouce, ne suffisait pas pour assurer la respiration artificielle. Une sonde, introduite jusqu'à la bifurcation des bronches, leva toute difficulté (1). Trop longue, elle s'engagerait dans l'une des bronches, ferait courir le risque de causer des accidents et n'entretiendrait la respiration artificielle que dans l'un des poumons.
Le volume de la canule n'est point non plus chose indifférente : d'un diamètre trop petit, elle ne permettrait pas la projection d'une quantité suffisante d'air, et surtout elle faciliterait outre mesure l'établissement du courant rétrograde ; trop grosse, elle entrerait k frottement dans le larynx, et placerait l'opérateur dans des conditions dangereuses. L'opinion de la plupart des auteurs est qu'elle doit avoir 6 à 8 miUimètres de diamètre. Son extrémité externe peut être terminée par un pavillon comme dans l'insufflateur ordinaire ou mieux par un pas de vis sur lequel pourra facilement s'ajuster un soufflet qui offre l'avantage de fournir un courant d'air à la fois plus réguher et mieux proportionné aux besoins du moment. Afinde combiner, comme on l'a déjà fait pour l'asphyxie, les deux méthodes de l'aspiration et de l'insufflation, on pourrait employer un soufflet à double courant, imité de celui de Gorcy.
MM. Blanchet (2), Plouviez (de Lille) (3) et notre collaborateur, M. Duroy (A), à la suite d'expériences nombreuses sur les animaux, avaient donné la préférence aux insufflations d'oxy-
(1) Deulsche Klinick, J85!), n° 4.
(2) Pievue scienlifiquc de QuemevHle, février, 1848.
(3) Quelques mois sur l'élhéi-isalion en médecine, sur les moyens de remédier aux accidents dont elle est susceptible, etc.
(Il) Duroy, De l'emploi ûe Voxygène contre les accidents du chloroforme, Union médicale, 1860, p. 221.