‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 100 sur 123 · LUXATIONS COMPLIQUÉES · texte numérisé non relu

LUXATIONS COMPLIQUÉES

Les uns étaient parvenus à réduire à l'aide d'un mouvement de bascule imprimé au fragment supérieur; d'autres, en repoussant directement la tête luxée dans sa cavité avec les doigts ou le plein d'une serviette , en même temps qu'ils faisaient pratiquer l'extension sur l'extrémité inférieure du membre fracturé, maintenu dans sa rectitude à l'aide d'un appareil bien appliqué. L'extension, suivant la judicieuse expression de M. Malgaigne (c était plutôt dans l'idée des chirurgiens que dans sa manœuvre » (1), car si elle avait réellement existé , elle aurait eu beaucoup moins pour effet d'agir sur la luxation que de tirailler les muscles au niveau de la fracture, et de provoquer leur contraction. Dans les cas où le fragment supérieur n'offrait pas assez de longueur pour permettre l'extension ou le mouvement de bascule, la seule manœuvre efficace se réduisait au simple replacement direct de la tête luxée : c'est ce procédé qui a été désigné par quelques auteurs sous le nom à^ procédé par coaptation, par pressions latérales, par Gerdy sous le nom de méthode répulsive directe, et par M. Richet sous le nom de méthode par refoulement. Toutefois , si l'idée du refoulement existait depuis un certain temps dans la science, comme l'expression la plus rationnelle de ce qui reste à faire dans ces cas difficiles, elle n'inspirait qu'une médiocre confiance, et ceuxlà même qui en avaient parlé le plus savamment, ne laissaient pas que de donner à entendre que les tentatives de refoulement échouaient à peu près nécessairement, comme les autres procédés, et que la luxation d'un fémur ou d'un humérus fracturés à la hauteur de leur col était à peu près irrémédiable. On conçoit facilement, en effet, quelle disproportion existait entre les moyens d'action représentés parles doigts du chirurgien, et les moyens de résistance représentés par des masses musculaires énergiquemcnt contractées. M. Ghassai-

(1) Malgaigne, \hi({.^ p- 20G,

59A APPLICATIONS DE l'ANESTHÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.

gnac (1) et peu de temps après MM. Nélaton et Am. Forget (2), entrevirent, les premiers, les avantages que l'on pourrait tirer du chloroforme en pareille circonstance; mais c'est à M. Ricliet (3) que revient le mérite d'avoir fécondé cette idée, en posant en principe le précepte de ne recourir au refoulement qu'après avoir obtenu la résolution musculaire, considérée, ajoute-t-il, comme la meilleure condition de succès. Il a fondé une méthode thérapeutique nouvelle, dont le résultat a été de faire abandonner la voie stérile de la temporisation, recommandée par Boyer, Delpeçh et Dupuytren dans les accidents de ce genre.

Les avantages que l'on peut en espérer sont variables suivant l'espèce de fracture ; c'est là un point de la question qui a été habilement mis en lumière par Lenoir (/i), dans la discussion ouverte à la Société de chirurgie sur le rapport de M. Gosselin. Dans les fractures du col chirurgical, qui sont de beaucoup les plus fréquentes, le refoulement aidé de l'anesthésie, et pratiqué peu de temps après l'accident, réussira presque toujours, parce que le fragment supérieur offre assez de prise, pour être replacé.

A l'égard des luxations compliquées de fracture du col anatomique, et dans lesquelles la partie luxée est réduite à la tête articulaire, comme il arrive dans certaines luxations de l'épaule, les succès de l'éthérisation seront moins manifestes , parce qu'on aura à lutter contre des difficultés plus grandes. La première réside dans l'obscurité du diagnostic de ces sortes de lésions. Elles sont habituellement le résultat d'une chute violente sur le moignon de l'épaule. Les parties molles, infiltrées de sang, sont le siège d'un gonflement considérable qui forme

(1) Chassaignac, Fractures compliquées (thèse de concours). Paris, 1850.

(2) Bulletin de la Société de chirurgie, t. III, p. 103.

(3) De la possibilité de réduire les luxations de Vextrémité supérieure de l'humérus et du fémur, compliquées de fractures de ces os {Mémoires de la Société de chirurgie, t. III, p. ààb).

(Il) Bulletin de la Société de chirurgie, t. IIF, p, 180.

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