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LUXATIONS ANCIENNES

des observations recueillies à l'Hôtel-Dieii de Lyon par M. Bouchacourt (1), que, sous l'influence des anesthésiques, non-seulement la douleur a été abolie, mais il n'a pas été nécessaire de déployer autant de forces que par la méthode ordinaire. On a souvent agité la question de savoir jusqu'à quelle époque il était prudent de recourir, en s'aidant du chloroforme, aux tentatives de réduction. A cet égard, il n'existe encore que des données peu certaines, et il en sera longtemps ainsi. L'âge du sujet, la variété de la luxation, l'étendue des déplacements, Taptitude individuelle, et mille circonstances diverses contribuent à rendre presque personnelles les suites des luxations non réduites. C'est ainsi que chez les sujets robustes, musculeux, les obstacles deviendront beaucoup plus rapidement insurmontables que chez les sujets âgés et affaiblis. Une condition bien autrement importante , et sur laquelle M. Malgaigne (2j a appelé l'attention, réside dans le degré même du déplacement. Telle luxation incomplète de l'humérus peut encore être entreprise avec succès, au bout d'une année, tandis qu'une luxation sous-coracoïdienne et sous-clavicuiaire laissera peu d'espoir après quelques mois. Les réserves précédentes conservent toute leur valeur malgré le concours des agents anesthésiques. Toutefois, comme avec ces derniers on a moins à craindre de graves désordres , nous pensons qu'il est possible de fixer à des limites moins étroites que celles de Boyer et d'Astley Cooper, le laps de temps après lequel on ne doit plus faire de tentatives de réduction. A des époques éloignées de l'accident, on n'obtiendra pas toujours, et du premier coup, un succès complet ; mais il sera possible, dans bien des cas, par des essais réitérés, par des mouvements inteUigemment combinés, quelquefois avec l'aide de certaines sections sous - cutanées , d'obtenir ce qu'on peut appeler un demi -succès, c'est-à-dire de placer le membre dans une

(1) bouchacourt^ Mém. cite.

(2) Trailé des fractures et des hixalions. Paris, 1855, p. 187.

592 APPLICATIONS DE l'aNESTHÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.

attitude qui amoindrit la difformité, qui restitue au malade une partie des mouvements perdus. De tels essais réclament pour garantie un surcroît de circonspection et de précision dans le diagnostic ; car si le chloroforme peut être d'un grand secours lorsqu'il s'agit de rompre des adhérences, il n'empêchera pas, dans les cas où la cavité articulaire est comblée, ou détruite sur ses bords, de laisser au malade, après une opération périlleuse, un membre aussi inutile qu'auparavant. G. Des luxations coînpliquées. — Parmi les accidents qui peuvent compliquer la luxation, il en est un qui mérite de fixer l'attention au pointdevue des applications de l'anesthésie, c'est la fracture concomitante de l'os déplacé. A l'égard de la réduction, la rupture osseuse a pour conséquence de rendre impraticables les efforts d'extension, et de priver l'opérateur du bras de levier à l'aide duquel il exécute les mouvements appropriés. Plus la fracture se rapproche du siège de la luxation, plus cette double conséquence acquiert d'importance. Ces motifs, autant que les résultats de l'observation, conduisirent de bonne heure les chirurgiens à regarder comme impossible la réduction des luxations compliquées de fracture, surtout lorsque celle-ci siégeait au milieu de masses musculaires considérables, comme à l'épaule, à la cuisse. Heister (1), Boyer ('2), Delpech (3), signalent même comme dangereuses les tentatives qui seraient faites dans ce but. Cependant un certain nombre d'opérateurs se sont écartés de ce précepte, et ils ont réussi dans plusieurs cas, dont on peut consulter les détails dans la thèse de M. Morel-Lavallée {h) le rapport de M. Gosselin (5) et l'ouvrage de M. Malgaigne (6).

(1) Institutiones chirurgiœ, t. II, p. 230.

(2) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, édition de Pli. Boyer, t. III, p. 52.

(3) Delpech, Maladies chirurgicales^ t. III, p. UO.

(4) Morel-Lavallée, Des luxations compliquées (thèse de concours). Paris,

(5) Gosselin, Rapport sur un travail de M. Richet [Mémoires de la Société de chirurgie, t. III, p. àQ9 et suiv.).

(6) Malgaigne, ouvr. cité, p. 20^i et suiv.

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