ATTITUDE VICIEUSE DES MEMBRES
cesser la distension continue des parties molles placées sur le côté convexe des déformations et les pressions anormales des os du côté de la concavité ; de plus, on prévient par ce moyen une claudication grave, incurable, ainsi que l'impossibilité de faire une marche prolongée (1). » Quand il existe des complications telles que de vastes collections purulentes, un état fébrile continu, les résultats, pour être moins positifs, n'en témoignent pas moins de l'avantage incontestable du redressement immédiat, suivi de l'application d'un appareil inamovible sur les autres méthodes de traitement.
La règle essentielle qu'il recommande pour opérer ce redressement, consiste avant tout à assouplir la hanche, à lui rendre sa mobilité par une succession douce et graduée de mouvements de flexion et d'extension, bornés aux hmiles des mouvements physiologiques. Après ces manœuvres qu'il est parfois indispensable de prolonger pendant dix, quinze, et même vingt minutes, on parvient, en employant plus de persévérance que de force, à ébranler le fémur, et à faire entendre des craquements caractéristiques. C'est alors qu'on peut faire exécuter quelques mouvements de circumduction, destinés à compléter l'assouplissement. Sans cette sage lenteur, on s'expose à ne pas atteindre le but si l'on agit avec modération, à provoquer quelque fracture si l'on procède avec violence. Nous tenions à rappeler ces détails opératoires, pour montrer combien la méthode du redressement immédiat se trouve intimement liée à l'existence de la méthode anesthésique. Gomment serait-elle réalisable avec un système musculaire en état de contraction douloureuse? Quel est le chirurgien assez stoïque et assez confiant dans un moyen de traitement encore peu expérimenté, pour imposer à un pauvre patient dix minutes ou un quart d'heure d'aussi cruelles souffrances ?
(1) Méthode du redressement immédiat dans les coxalgies, par M. Bonnet, professeur à l'école secondaire de Lyon {Bulletin de la Société de chirurgie., t. IX, p. 48 et suiv.).
602 APPLICATIONS DE l'aNESTHÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.
Les procédés de Bonnet ont été répétés un certain nombre de fois. 11 faut bien le dire, les résultats n'ont pas été aussi satisfaisants à Paris qu'à Lyon. 11 paraît même que les manœuvres du redressement n'ont pas toujours été inoffensives , qu'elles ont été suivies de réactions vives, de suppuration, etc. Une pareille contradiction n'a rien qui doive surprendre à l'égard d'une affection dont la gravité est si intimement liée à l'état général du sujet. C'est sur la qualité bien plus que sur le nombre des faits qu'il faudrait baser une appréciation qui manque jusqu'alors. Quoi qu'il en soit, on sait déjà que la méthode du redressement brusque, appliquée soit pendant la période aiguë, soit pendant la période chronique de la coxalgie avec déviation du membre, calme immédiatement les douleurs, favorise le repos du malade, et lui permet, après quelques jours, à l'aide du bandage inamovible, de prendre un peu d'exercice. Une aussi grande améhoration dans les conditions hygiéniques dont le concours exerce sur la maladie l'influence la moins contestée, nous paraît plus que suffisante pour préserver de l'oubU les doctrines dont Bonnet s'est fait le principal défenseur.