DISTRACTIONS. — ÉMOTIONS VIVES
et peuvent même amener la mort au moment où les symptômes de l'intoxication commencent à se dissiper et même ont complètement disparu. Ajoutons que les liquides alcooliques ne pouvant être administrés que par l'estomac, il est impossible d'en régler l'emploi; qu'ils exercent sur la muqueuse gastrique une action irritante locale très préjudiciable aux fonctions de l'organe.
D'ailleurs des considérations d'im autre ordre suffiraient à elles seules pour l'aire réprouver toute nouvelle tentative. La science, qui ennoblit tout ce qu'elle touche, ne doit en aucune circonstance se faire la complice de la débauche.
§ IV. — Ui*<»trae4ioii!<ii. — l<^niotion«« vives.
La contention d'esprit, les émotions vives ou inattendues, suffisent quelquefois pour suspendre un instant la sensibilité et surtout l'activité musculaire. Il se passe alors quelque chose d'analogue à ce que produisent certaines passions à leur paroxysme. Chacun sait, en efl'et, que, sous l'influence de la colère, et de la frayeur en particulier, les muscles peuvent être subitement frappés d'inaction ; les membies cèdent à leur poids, la voix fait défaut, les sphincters cessent d'agir.
A une certaine époque , les praticiens aimaient assez à solliciter, par quelques interpellations brusques, oflénsantes, voire même par quelques soufflets salutaires, cette sorte de détente musculaire, quand ils avaient à réduire soit une hernie, soit une luxation récente.
Jussy, l'un des chirurgiens de l'iiôpital Saint-Jacques de Besançon, n'ayant pu réduire une luxation du bras chez un maçon robuste, recommanda en secret à l'un de ses aides de lui ap[)liquer un vigoureux soufflet. La réduction fut instantanée (1).
Jean Firmin, dit le Furet ^ fameux renoueur des environs de Bruyère, avait aussi pour coutume de ne pas épargner les
(1) Dkiionnaii e des sciences médicales, t. I.H, p. 192.
•20 ESSAIS d'ânesthésie chirurgicale dans les temps modernes.
joues des individus de toutes classes qui, ayant un os luxe, se roidissaient trop, comme il avait l'habitude de dire. Aux uns il faisait appliquer un bon soufflet; aux autres il brûlait les cheveux, la barbe ou la chemise, et pendant l'ctonnement qui en résultait, Firmin terminait tranquillement son Opération.
Il paraît que Dupuytren lui-même, après Boyer et tant d'autres, ne dédaignait point cette ressource dans l'occasion. Ses élèves racontent des faits qui démontrent tout le parti qu'il savait en tirer.
(( Dupuytren, un jour, ne pouvant réduire une luxation sur > une femme énergique à qui de vaines tentatives arrachaient y> des cris, allait renoncer à mettre en place l'os démis, quand » soudain il s'avisa de l'expédient que voici : — Madame, dit-il » à la patiente (femme irréprochable et fort susceptible en » fait d'iionneur), on m'a fait sur votre conduite des récits » bien graves. Votre lils m'a affirmé que chaque jour, après » dîner, vous tombiez en état d'ivresse. Est-ce possible, et )) que dois-je croire? — La malheureuse femme fut tellement » saisie par cette accusation inopinée, qu'elle prit une pâleur » mortelle, et fut au moment de s'évanouir. Tous ses muscles » tombèrent anéantis, comme si elle eût déjà perdu connais- ^) sance. Homme habile, Dupuytren saisit ce moment pour » tenter de nouveaux efforts, et la luxation, cette fois, fut » promptement réduite. Alors, prenant son air le plus rayon- » nant et le plus gracieux : — Madame, je disais le faux pour » vous guérir. Monsieur votre fds m'a dit, au contraire, ce qu'au » reste je savais déjà, que vous êtes en tout respectable, noble » cœur et d'une conduite exemplaire. Maintenant que vous » êtes guérie, vous joindrez à vos autres vertus le pardon d'une » offense nécessaire, ({ue le succès vient de couronner (1). »
11 faut bien convenir (pi'unc pareille attente sera souvent déçue : li'op peu de sujets ont la fibie assez sensifd(^, les réac-
(l)Isi(l. Rourdnil, Menu cil., p. hi.