‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 31 sur 123 · MARCHE DE L'ANESTHÉSIE · texte numérisé non relu

MARCHE DE L'ANESTHÉSIE

Après avoir passé successivement en revue les troubles fonctionnels que détermine l'éthérisation, il est indispensable de les grouper entre eux, de les rattacher à des périodes distinctes qui soient autant de phases de Féthérisme , afm de présenter à l'observateur l'image effacée sans doute, mais aussi complète que possible, de ce qu'il est appelé à voir dans la pratique. A ce titre, l'objet principal de cette vue synthétique doit être de mettre en relief la période chirurgicale de l'anesthésie, c'est-à-dire de rechercher les limites en deçà et au delà desqueUes l'administration des agents anesthésiques chez l'homme serait ou insuffisante ou dangereuse. Ce n'est pas chose facile, il est vrai, de faire entrer dans un cadre régulier des phénomènes affectant, au plus haut degré, cette grande diversité de formes qui dérive si souvent des atteintes portées au système nerveux. Chez certains sujets , toute réaction manque ; le sommeil éthéré avec ou sans rêves est le premier fait qu'il soit possible de constater : chez d'autres, au contraire, l'excitation est poussée à l'extrême, et la durée de ses écarts rend inutile toute tentative d'éthérisation. Tantôt les phénomènes se succèdent dans un enchaînement assez régulier, tantôt ils se confondent; tantôt ils sont à peine produits, qu'ils disparaissent dans une brusque oscillation rétrograde.

MM. Flourens (i) et Longet(2),se basant sur l'envahissement successif dos différentes parties de l'encéphale par ces substances, ont reconnu autant de périodes distinctes qu'ils avaient admis de départements spéciaux dans les centres nerveux.

(1) P'iourens, Mém. cités.

\2) Lonf,'r;t, A/e'm. rW'.

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i° L'éthérisation des lobes cérébraux et du cervelet, caractérisée par l'abolilion des fonctions de l'intelligence, constitue la première période.

T L'éthérisation de la protubérance annulaire, annoncée par l'annihilation des centres perceptifs, constitue la seconde.

3" L'éthérisation de la moelle épinière, caractérisée par l'abolition des mouvements réflexes, constitue la troisième.

h" Enfin, l'éthérisation de la moelle allongée, frappant d'impuissance la fonction de la respiration, constitue la quatrième et dernière période.

Basée sur les plus hautes considérations physiologiques, cette marche assignée à l'éthérisation représente bien, sous une simple formule, la notion la plus élevée, la plus irréductible de l'action progressive des éthers sur l'organisme; mais, sous cette décevante netteté, de grands embarras attendent l'observateur, car les troubles fonctionnels chez l'homme sont loin de refléter cet ordre de succession. Cotte difficulté, d'ailleurs, n'avait point échappé à la sagacité des illustres physiologistes. « La persistance à un certain degré des facultés cérébrales, écrit M. Longet, l'intégrité ou un léger trouble des sens externes, alors même que la sensibilité générale est complètement abolie , sont des faits irrécusables qui empêchent par conséquent d'assimiler la marche des phénomènes de l'éthérisation chez l'homme à la marche graduelle et constante que ces phénomènes paraissent suivre chez les animaux (1). »

A notre point de vue, elle oflVc encore un autre inconvénient, celui de n'être point pratique. Il faut, pendant l'anesthésie chirurgicale, des éléments plus saisissables, fussent-ils d'un ordre secondaire ; car, comme le dit M. Bouisson (^), « un opérateur s'enquerra difficilement si le cervelet ou la protubérance de son malade sont anesthésiés. »

(1) Longet, Mem. ci/r, p. 21.

(2) Bouisson, omit, cilr, p. 317.

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MM. Parchappe (1) et Lacli (2) admettent trois périodes dans l'éthérisation : la période d'ivresse, la période d'assoupissement ou d'éthérisme , et la période de stupeur ou d'éthérisme comateux.

Blandin (3), se basant principalement sur l'état de la sensibilité, reconnaît aussi trois périodes. La première, qu'il appelle de préparation, comprend la durée de l'excitation ; dans cette première période , la sensibilité est exaltée. Pendant la deuxième période, qu'il appelle, après M. Longet, période d'éthérisation des lobes cérébraux , la sensibilité persiste , les sensations douloureuses provoquent même des réactions instinctives ou réflexes plus énergiques que cliez les individus non éthérisés placés dans les mêmes circonstances ; seulement, avec l'intelligence, la mémoire a disparu, et l'on ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé. Dans la troisième période, que l'auteur désigne, toujours d'après M. Longet, période d'étbérisation de la protubérance, l'insensibiHlé est complète, les mouvements sont abolis, l'bématose est troublée et le sang artériel perd sa couleur rutilante.

M. Bouisson (li) a proposé de rattacher les phénomènes de l'éthérisation à deux périodes principales : l'une qu'il désigne sous le nom de période d'éthérisme animal, et l'autre sous le nom de période d'éthérisme organique. Chacune d'elles comprendrait trois temps : excitation générale, suppression de la sensibilité et de l'intelligence, abolition des mouvements volontaires et réflexes, voilà, dans l'ordre de leur succession, pour la première période ; abaissement de la chaleur animale, extinction des mouvements respiratoires et de l'hématose, paralysie du cœur, voilà pour la deuxième.

La distinction établie jjar M. Bouisson entre l'éthérisme animal et l'éthérisme organi([ue est fondamentale; mais en

(1) Mém. ciU', p. iG9.

(2) Thèse de Paris, 18i7.

(3) Rlandin, Mcm. cilé^ p. 5.

(i) Hoiiisson, DHvr. rilé^ p. 320.

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