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VOLONTÉ ET MOUVEMENTS

Est-ce par une influence du même ordre, ou par suite de la nature toute spéciale des douleurs que le chloroforme est appelé à calmer, qu'il est possible, pendant le travail de l'accouchement, d'obtenir une anesthésie suffisante, avec la conservation assez complète des facultés intellectuelles pour que la malade puisse régler elle-même l'éthérisation. Rien de précis comme le tableau de cet état singulier, tracé par M. Houzelot dans son Mé^iioire sur F application de VaneRthésie aux accouchements. « Dans l'anesthésie obstétricale, » écrit-il, la douleur est abolie, le sentiment persiste, les » contractions utérines s'exercent, et la femme en travail voit, ï entend , parle, a conscience de ce qui se passe en elle ; y> seconde librement par ses efforts, et sans crainte de souf- > frir, les contractions utérines ou abdominales, qui, pour » nous, ne sont jamais ralenties sous l'influence du chloro- » forme (1). > Ce résultat, loin d'être exceptionnel, paraît être la règle, à ce point qu'on l'a pris pour type d'une espèce distincte d'anesthésie chirurgicale , vulgairement connue en Angleterre sous le nom de chloroformisation à la reine^ et désignée en France sous le nom i^anesthésie obstétricale.

Il n'est pas possible de mettre en doute des faits accrédités par un grand nombre d'observateurs éclairés, et pourtant ces phénomènes réguliers d'élhérisation incomplète et élective étonnent, à bon droit, le clinicien habitué à puiser des enseignements dans la marche de l'anesthésie appliquée à la pratique de la chirurgie. Ici, en effet, les troubles de l'intelligence ouvrent la scène ; l'homme a cessé de s'appartenir comme être intelhgent et libre avant qu'il ait perdu définitivement la sensibihté. Pourtant cette persistance des facultés mentales a été aussi observée en dehors des conditions de la parturition. Plusieurs chirurgiens en ont rapporté des exemples, sans pouvoir les rattacher à quelque circonstance

(1) Mémoires de la Société de chirurgie de Vari^, t. II. p. IG-k

ihS FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.

accidentelle ou à des modifications dans le procédé d'inbalalion. On a remarqué seulement que c'était presque toujours chez des femmes; il serait intéressant de s'assurer si ces bizarres exceptions ne se trouvent pas sous la dépendance d'un état pathologique préexistant du système nerveux.

Ce serait nous écarter de notre sujet que de rechercher l'interprétation de tels faits, intéressants surtout au point de vue psychologique. Toutefois, comme cette forme de Fanes- Ihésie ne se montre guère que pendant l'accouchement, c'està-dire pendant l'accomplissement d'une fonction où la souffrance toute physiologique est tempérée par les joies de la maternité, l'espoir d'une prompte délivrance, nous avons cru trouver dans cette coïncidence un motif suffisant pour la rattacher à l'étude des modifications que la volonté peut imprimer à la marche des phénomènes de l'éthérismc.

En dehors des conditions de la parturilion, la volonté, comme l'intelligence, est rapidement envahie par les vapeurs stupéfiantes; les désordres qui en résultent dans le fonctionnement des organes du mouvement méritent une très grande attention au point de vue pratique.

Privées du concours de la faculté qui les pondère, les contractions musculaires deviennent de très bonne heure irrégulières , désordonnées. Des mouvements, tantôt sans but appréciable, tantôt liés aux suggestions de l'instinct de conservation , semblent répondre à l'excitation suscitée dans l'organisme par les vapeurs anesthésiques. Ils précèdent toujours l'abolition de la sensibilité, et fournissent ainsi un moyen préci(Mix de discerner l'avènement de la période qui convient le mieux à l'opérateur. Ouehjucfois les contractions sont spontanées ; d'autres fois, elles sont provoquées par (pichjue excitation extérieure, et en particulier par le contact des instruments. L'éther et le chloroforme ne se comportent |)as, à cet égard, de la môme façon : avec l'éther, les mouvemenis désordonnés naissent spontanément sous l'influence, soit (hi sfinliuK'nt de suflocatiou qu'occasionnent les

VOLONTÉ ET MOUVEMENTS. l/jO

vapeurs, soit d'une agilalion intérieure violente qui domine le sujet ; avec le chloroforme, au contraire, la période d'excitation est en quelque sorte latente. Qu'on abandonne le patient à lui-même, il atteindra bien souvent la période d'anesthésie confirmée sans faire de mouvement embarrassant ; si au contraire on vient à l'exciter, en lui ouvrant l'œil, en lui piquant la peau, ou bien en le dérangeant de sa position primitive afin de le disposer pour l'opération, immédiatement l'excitabilité se réveille, l'agitation commence et vient troubler la marche des inhalations.

Quelle que soit leur cause prochaine, ces mouvements sont très variables. Bornés tantôt à quelques tressaillements fibrillaires des muscles des membres et de la face, tantôt à quelques oscillations ou mieux à une sorte de trépidation qui parcourt tout le système locomoteur, et qui rappelle, dans son expression , le tremblement de la fièvre , ils peuvent acquérir un développement considérable, et nécessiter l'intervention de plusieurs aides. C'est dans ces dernières conditions que des chirurgiens, à une époque où l'on n'élait pas encore familiarisé avec toutes les éventualités de l'éthérisation, ont vu s'échapper de leurs mains des malades déjà sanglants, cherchant, par la fuite, à se soustraire à une nouvelle atteinte du couteau. Ils affectent tantôt une forme clonique, tantôt une forme tonique, tantôt les deux successivement. Les convulsions cloniques sont rarement limitées; elles atteignent successivement tous les muscles des membres ; elles sont habituellement moins énergiques avec le chloroforme qu'avec l'éther. Les convulsions toniques, au contraire, appartiennent plus spécialement au chloroforme; elles occupent un seul membre ou la moitié du corps, ou môme tout le système musculaire, de manière à produire brusquement un véritable opisthotonos. Celles-ci, qui succèdent aux mouvements spasmodiques ou se combinent avec eux, accusent déjà une action plus profonde sur l'organisme et servent fiéquenunent de court prélude à la période de résolut inn musculaire. Loin d'être constantes, elles

loO FONCTJUNS DU SYSTÈME NERVEUX.

nous paraissent se rattacher, dans quelques cas du moins, à une mauvaise administration du chloroforme. Cette remarque a d'autant plus d'intérêt, que les convulsions tétaniques ont été dans plusieurs circonstances, ainsi que nous le verrons plus tard, le signe avant-coureur des accidents.

On a observé aussi un état convulsif semblable à celui que Ton observe dans la catalepsie, mais cette dernière forme de contractions, signalée par quelques observateurs seulement, paraît se rapporter particulièrement à l'administration de l'éther.

Les muscles qui, par leur innervation, appartiennent autant à la vie organique qu'à la vie animale, sont relativement réfractaires à l'action des anesthésiques. C'est ainsi que les paupières, les muscles de la face, et notamment des lèvres e^ des ailes du nez, gardent encore leur contractilité au moment où l'ensemble du système musculaire est plongé dans la résolution la plus complète. Aussi rien de rare comme les exonérations urinaires et fécales chez l'homme pendant l'éthér risation. Il n'en est pas de même chez les animaux; mais ici les évacuations involontaires ne dépendent pas d'une paralysie des sphincters; elles apparaissent au début des inhalations et sont produites par les contractions excessives des muscles du ventre et du diaphragme.

La période d'excitation musculaire, ou si l'on veut la période convulsive de l'élhérisme, est assez constante, mais elle est très variable dans sa durée et l'énergie de ses manifestations. Lorsqu'elle fait défaut, l'organisme se trouve plongé dans la torpeur sans qu'il apparaisse aucun mouvement. Cette physionomie insidieuse que nous avons déjà eu l'occasion de signaler au paragraphe |)récédent, mérite une bien sérieuse considération, car l'oubli de son existence pourrait conduire aux plus graves méprises. Très rare, inconnue même pendant l'achninistration de l'éther, elle se montre assez souvent pendant la chloroformisation, et paraît ainsi dépendre du degré d'activité de l'agent qu'on emploie. Rien n est plus facile, au

VOLONTÉ ET MOUVEMEiNTS. 151

surplus, que d'interpréter cette diversité d'action. Les agents anesthésiques sont tous capables de produire l'oppression absolue des forces nerveuses, mais ils n'atteignent ce terme extrême qu'en traversant une période d'excitation ébrieuse ; leur influence se traduit par une double série de manifestations, en apparence contradictoires, mais dépendant au fond d'une même cause susceptible seulement de varier dans son énergie ou son intensité. Avec un agent anesthésique peu actif comme l'étber, et mieux encore comme l'alcool, ces deux séries sont nettement délimitées dans leur ordre de succession; avec un agent énergique comme le cblorolbrme, on peut instantanément dépasser le but et conduire d'un seul coup Forganisme à la dernière période de l'intoxication. Gela est si vrai, que dans nos expériences sur les animaux, nous avons pu supprimer à notre gré la période d'excitation, et trouver dans cette suppression un bon caractère différentiel, pour la physiologie expérimentale, entre les effets de la cbloroformisation brusque et ceux de la chloroformisation lente. Ne pressent-on pas déjà l'extrême réserve qui doit être imposée pendant l'administration du chloroforme.

Toutes les perturbations survenues dans les fonctions de l'encéphale et les muscles de la vie de relation doivent inévitablement se refléter dans le jeu des muscles de la vie organique. La description des troubles qui en résultent trouvera naturellement sa place quand nous nous occuperons de l'étal de la respiration et de la circulation.

A mesure que l'état éthérique fait des progrès, l'excitabilité réflexe s'épuise et l'activité musculaire s'exerce dans un cercle beaucoup plus étroit. Il arrive un moment où le sujet, à peu près sourd à toute excitation, jouit d'un sommeil calme, profond, et que rien dans ce qui l'entoure ne peut désormais troubler. C'est cet état sur lequel M.Chassaignac a le premiei*, avec beaucoup de raison, appelé l'attention, et qu'il a désigné sous le nom de tulrronce anesthésique . Grâce à cette tolérance qu'il nous a été toujours facile d'obtenir et de prolongci' à

152 FONCTION DE LA RKSPinATlON.

notre gré chez les animaux, et nous dirons plus, qu'il est toujours possible , sauf de rares exceptions , d'obtenir chez l'homme, l'usage de l'agent anesthésique peut être continué pendant longtemps sans inconvénient sérieux.

On a attaché une importance trop grande aux modifications survenues dans les actes mécaniques et chimiques de cette fonction, sans se préoccu[)cr suffisamment des troubles dynamiques. Sans doute, le mélange d'une certaine quantité de vapeurs d'éther ou de chloroforme à l'air atmosphérique, la diminution de la proportion d'oxygène qui en résulterait, ne seraient pas à la longue sans influence sur l'hématose ; mais en restreignant la durée de cette action à la durée même de l'anesthésie, nous la croyons incapable de modifier sensiblement et directement le rhythme des mouvements respiratoires et l'état des gaz expirés. Nous n'en voulons donner d'autre preuve que la facilité avec laquelle l'homme et les animaux vivent dans une atmosphère saturée de vapeur d'eau, à une température de 35, hO degrés et au delà, c'està-dire dans des conditions où la proportion des vapeurs aqueuses est plus élevée que dans tout mélange anesthésique employé dans les salles d'opérations.

Si, au contraire, on se rajipelle que les éthers, avant d'exercer leur action hyposthénisante, commencent par provoquer dans l'organisme la substitution du spasme morbide à l'activité physiologique, et par jeter le trouble dans toutes les fonctions, en purtaiit atteinte aux facultés cérébrales qui leur servent de régulateur habituel, on est conduit à attacher une très grande importance à ces perturbations dynamiques, à cette sorte de suractivité anlivitale, qui, venant à fraj)pcr l'appareil pulmonaire, peut, d'une façon tout à fait contin-

KOACTIUN DK LA RESPIRATION. 153

génie , compromettre momentanément l'éthérisation ou devenir roccasion d'accidents beaucoup plus sérieux. Ne saiton pas que cet état spasmodique suscité par des lésions organiques peu importantes, telles que celle qui résulte de la pénétration brusque dans les voies aériennes d'une goutte de liquide , d'un gaz irritant , une petite ulcération , une cicatrice faisant à peine saillie dans la trachée, l'ablation, chez l'adulte , d'une canule à trachéotomie , alors que le larynx est largement perméable à l'air, etc., etc., amènent des suffocations périlleuses, et même peuvent devenir la cause de morts subites? Placés à ce point de vue, nous comprenons mieux, et d'une façon plus philosophique, les modifications apportées à l'exercice de la respiration pendant l'anesthésie.

Dés les premières inhalations, il y a accélération brusque du rhythme respiratoire. D'après ce qu'ils ont constaté sur euxmêmes, les membres de la Société allemande (1) ont établi que la respiration, pendant les trois premières minutes, devenait de plus en plus fréquente. Sur une série de dix malades soumis à l'influence des vapeurs éthérées,et chez lesquels iM.Bouisson (2) avait observé l'état de la respiration, le chiffre des inspirations, qui était en moyenne de 22 par minute au début, s'éleva à 25 vers la troisième minute, pour descendre ensuite à 19 à la sixième, et à 17 à la douzième. Les mômes modifications se présentent , mais plus rapidement et d'une façon plus accentuée, quand on substitue, dans ces expériences, le chloroforme à l'éther.

Malgré l'intérêt que peuvent offrir des recherches de cette nature, elles donnent une idée très incomplète de ce qui arrive pendant l'anesthésie chirurgicale. Ici les choses se j)assent assez régulièrement tant que les facultés intellectuelles ne sont pas atteintes ; la respiration s'accélère et

(1) Gazelle mrilii ait! , 1847, p. 101.

(2) Boui>^ull, ouvr. cilc, \>. 284.

conserve sa régularilé ; mais sitôt que les premiers troubles éclatent et que la volonté chancelante donne le champ libre à la fougue des mouvements réflexes, la respiration change brusquement. Ses variations revêtent des formes si variables, si spéciales à l'impressionnabilité individuelle, qu'il est difficile de les comprendre dans une description générale ; on peut dire, sans hésitation, qu'elles représentent les embarras les plus grands parmi ceux qui attendent l'opérateur pendant la chloroformisation. Chez quelques-uns, la respiration reste fréquente et réguhère ; chez d'autres, et c'est le plus petit nombre, l'accélération n'a lieu qu'autant que la volonté persiste; quand elle cesse d'agir, les mouvements respiratoires deviennent plus rares, à la fois moins amples et plus profonds, et se présentent tout de suite tels qu'ils seront pendant la durée de l'état anesthésique.

Mais, le plus souvent, les inspirations s'effectuent d'une façon tout à fait irrégulière On compte une, deux, trois inspirations précipitées puis survient un arrêt brusque de tout

niouvement, pendant lequel des signes de congestion apparaissent au cou et sur la face puis de nouvelles inspirations précipitées et profondes, puis un nouveau temps d'immobilité, etc., etc. Ce mode d'irrégularité s'accompagne ordinairement de convulsions, de brusques déplacements de la tête ou du corps, de mouvements automatiques des bras cherchant à repousser l'appareil inhalateur.

D'autres fois, le sujet est calme ; les mouvements respiratoires sont à peine visibles, s'ils persistent : on dirait que le malade oublie de respirer, à peu près comme on oublie de |)arler, de marcher sous l'influence d'une émotion vive, l^^t pourtant dans cet état, l'ancsthésie n'est pas encore établie ou elle l'est d'une façon incomplète : le patient a conservé l'usage de ses sens; si on l'interpelle, il répond ou témoigne par son attitude qu'il entend ; si on l'engage à respirer, il fait une ou deux inspirations, et puis il retombe djins le même état de torpeur jusqu'à ce qu'une nouvelle incitation , à

l'aide de ia voix ou de percussions sur la poitrine et l'abdomen, soit suivie du même résultat. On peut ainsi provoquer, en quelque sorte artificiellement, les mouvements respiratoires, ta l'aide de ces percussions réitérées, jusqu'au moment où la sensibilité périphérique a disparu. Il nous est arrivé plusieurs fois déjà de ne pouvoir obtenir un degré suffisant d'anesthésie qu'en mettant en œuvre ce petit artifice pendant un temps suffisant et qui est toujours très long. , Les modifications de la fonction respiratoire que nous venons de signaler ne sont pas encore les seules qu'on observe dans la pratique : bien plus, fréquemment elles se compliquent, se transforment l'une dans l'autre, de telle sorte qu'un malade qui, au début, a besoin d'être stimulé pour respirer, passe brusquement à une extrême agitation, à une respiration convulsive. Il est indispensable que le chirurgien soit prévenu de toutes ces oscillations, qu'il soit familiarisé avec toutes leurs nuances, afin qu'il sache s'inspirer de l'état du malade, pour saisir chaque indication au moment même où elle se présente. C'est à cette condition seulement qu'il pourra tirer un sage parti des anesthésiques, écarter les sources du danger et aboutir, malgré tous les obstacles, au but qu'il se propose. Estil étonnant, quand on se rappelle cette scène mobile dont cha- (jue instant peut constituer un péril, que la chloroformisation ait paru, aux yeux des esprits vraiment observateurs, une opération difficile, méticuleuse, nécessitant, pour être bien faite, beaucoup d'habitude ajoutée à une connaissance approfondie du sujet?

Les bruits respiratoires sont aussi changés pendant l'éthérisation. M. Bouisson (i), qui a eu l'idée d'appliquer l'auscultation à l'étude de cette dernière modification, a constaté les phénomènes suivants pendant l'administration de l'éther. Au début , râles sibilants attribués à juste titre à l'action irritante locale de l'éther; aflaiblissement vésiculaire

(I, Bouissori, ouvr. cilc, p. 297

156 FUNCTIUiN DE LA HESPlHATlOiN.

dominé par le bruit respiratoire bronchique ; sitôt (jue l'excitation est passée, que l'anesthésie commence, disparition du bruit vésiculaire, remplacé par un bruit respiratoire bronchique, quelquefois trachéal quand la torpeur devient profonde. Voici, du reste, les résultats obtenus et mentionnés par l'auteur pendant une éthérisation chez l'homme :

\ ""^ et 2° minuie. — Respiration irrégulière et saccadée par intervalles vers la deuxième minute, sibilation du côté gauche ; un peu plus tard, obscurité dans l'expiration et ralentissement dans l'expiration.

3'^ et 4*^ minute. — Le murmure vésiculaire s'affaiblit, la respiration bronchique se manifeste. A la sixième minuie, l'anesthésie est complète, l'opération commence. La forme intermittente est donnée à l'éthérisalion.

8* minuie. — Au moment de la résection de l'os, il y a absence du murmure vésiculaire; la respiration bronchique est très sonore; l'éthérisalion est complètement suspendue.

Il ne faudrait pas accorder une valeur clinique absolue à ces signes stéthoscopiques; ils sont déterminés, pour la plupart, par l'action irritante de l'éther sur la muqueuse bronchique, et ils disparaissent en grande partie quand on emploie le chloro forme. La paralysie des bronches, l'accumulation des produits de sécrétion qui en est la conséquence, si souvent mises en cause dans des circonstances malheureuses, sont une vue do l'esprit que n'autorise aucun fait, aucune recherche nécroscopique. La présence d'une certaine quantité de mucosités dans les canaux bronchiques constitue moins un dangerdont il faille tenir compte qu'un inconvénientlégerdont le malade parvient le plus souvent à se débarrasser. Aussi nous pensons que l'auscultation conseillée par M. Bouisson, comme un nouveau moyen de s'assurer de l'état des opérés pendant l'éthérisation, ne peut devenir un complément utile de diagnostic que dans des cas exceptionnels et exclusivement pendant l'administration de l'éther.

Dès (lue l'on arrive à la période de résolution musculaire, les mouvements respiratoires se régularisent de nouveau; ils

deviennent plus profonds, se ralentissent progressivement à mesure que les muscles inspirateurs sont frappés d'inertie. Si l'on poursuit l'élliérisation, et ici nous rentrons dans le domaine de la physiologie expérimentale, le mouvement des côtes diminue, puis cesse après un temps variable, et la fonction n'est plus entretenue qu'à l'aide du diaphragme. A ce moment, elle atteint son maximum de fréquence pour décroître ensuite jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Toutefois cette période décroissante est souvent interrompue par des retours ascensionnels qui marquent ainsi de curieux phénomènes de défaillance et de retour.

Les produits de l'expiration sontégalementmodifiéspar Tanesthésie. Au mois de juin 18/i7, MM. Wille et Blandin adressèrent à l'Académie des sciences une note sommaire, dans laquelle ils annonçaient avoir constaté, dans l'air expiré, une modification tout opposée à celle qu'il était permis de supposer, et qui peut se résumer dans cette proposition : La proportion d'acide carbonique augmente toujours dans l'air expiré à mesure que la sensibilité s'affaiblit ; elle diminue ensuite à mesure que la sensibilité renaît et redevient complète.

Le tableau suivant représente leurs principales expériences (1).

Acide cai'hoii

iqiie

Acidt

! rail)Oiiif|ue

roporlion de l'e-

Durée

oïliiit pend

aiil

pro(

liiilpemlunl

ther conserve'

de

lares

pirulion iioi

mule.

l'uHCSlhesie.

ins Puii itiliule.

Pinhululioii.

Ces résultats sont en opposition avec ce qu'ont obtenu les autres observateurs. M. Bouisson (*2) s'est assuré, sur des animaux, que si la quantité d'acide carbonicpie exhalé augmeulo pendani la première période de l'anosthésie, il n'en

(1) Comples rendue de V Académie des sciences^ t.XXIV, p. 1017.

(2) Umiissoii, ouvr. rllé, p. 287,

est plus de même si l'on prolonge, sans interruption, les inhalations pendant douze minutes. Des variations identiques ont été mentionnées par MM. Vierordt (1) et Lehmann (2), à la suite de l'ingestion d'une certaine quantité d'alcool dont l'action est analogue à celle des agents anesthésiques, ainsi que nous l'avons démontré (3). Il est probable, ainsi que le fait remarquer M. Bouisson, si l'on tient compte surtout de la durée maximum des inhalations qui a été de quatre minutes, que MM. AVille et Blandin n'ont obtenu qu'une anesthésie incomplète et n'ont pris leurs observations que pendant la période d'excitation.

Dès lors toute contradiction disparaît, et le lait général peut être traduit de la sorte : Pendant la durée de la période d'excitation , l'activité organique s'accroît et l'exhalation de l'acide carbonique augmente; quand l'influence déprimante de l'agent anesthésique commence à se faire sentir, l'exhalation de l'acide carbonique diminue, comme diminue l'énergie de toutes les fonctions, qui participent nécessairement à l'état de torpeur générale.

L'air expiré contient en outre une proportion variable de vapeurs stupéfiantes, tant que dure l'éthérisation. L'analyse chimique permet toujours de constater leur présence ; souvent il suffit de l'odeur de l'haleine pour la révéler; quelquefois même, durant quelques minutes après des inhalations, d'éther, l'air expiré a pu être enflammé : au moins le fait paraît avoir été observé par M. Landouzy.

ARTICLE m.

Les modifications qui surviennent dans la circulation pendant l'ancsthésie permettent de compléter les données fournies

(1) Vierordt, Pliysiol. des Allieni. Karlsrulie, 18i5.

(2) Lehmann, Précis de physiologie chimique animale, p. 358.

(3) IiC)le de l'alcool (ouvr. cité).

par la respiration ; leur connaissance est aussi d'un grand intérêt pratique. Familiarisé avec leurs détails, l'opérateur possède l'échelle de graduation la plus complète et la plus délicate des phénomènes éthériques.

On peut s'en rendre compte en interrogeant, soit le cœur, soit le pouls.

A. Battements du cœur. — Dès les premières inhalations, les hattements du cœur, déjà trouhlés par l'attente de l'opération, subissent des modifications qui sont en rapport avec l'état de la fonction respiratoire.

Les mouvements de la poitrine sont-ils énergiques, saccadés, le cœur bat avec force, d'une façon tumultueuse; survientil des convulsions un peu intenses et surtout un état tétanique, ses mouvements s'accélèrent brusquement; vifs et secs, ils semblent enchaînés dans leur développement, puis bientôt ils cessent d'être appréciables, ou ne sont plus marqués que par de simples frémissements. Voilà le moment le plus dangereux de la chloroformisation, celui auquel se rapportent la plupart des accidents graves observés jusqu'alors.

Si au contraire la respiration manque d'activité, si elle est lente, incomplète, les battements du cœur deviennent faibles, moux, ondulés, mais réguliers. De même que la respiration change souvent de caractère, de même aussi le cœur change souvent de rhythme et avec la même brusquerie. Tout changement subit dans l'état du cœur doit sur-le-champ appeler impérieusement l'attention.

Lorsqu'on est assez heureux pour rencontrer un sujet chez lequel l'éthérisation se développe réguHèrement, l'influence de cette dernière sur le centre circulatoire est uniforme et progressive. Sans tenir compte de la période d'excitation que nous supposons courte et modérée, les battements du cœur, depuis le début jusqu'à la période de résolution complète, restent faibles, réguliers, fré([uents. Quand apparaît la résolution musculaire et que le sommeil anesthésique devient profond, quels (ju'aient été, jusqu'à ce moment, les incidents de l'éthéri-

salion, les battements du cœur diminuent toujours de fréquence, mais on dirait qu'ils sont alors moins exposés à ces oscillations soudaines, à ces défaillances si communes pendant les autres périodes ; conseillers fidèles en ce qui concerne l'état de la torpeur organique, ils persistent aussi longtemps que le veut l'opérateur habile, avec le même calme, la même régularité. Si, dans un but de recherches expérimentales, on pousse l'anesthésie jusqu'à la mort, ils s'affaiblissent progressivement, dégénèrent en oscillations plus ou moins régulières, puis s'arrêtent définitivement. Dans ces cas, le cœur survit toujours au dernier mouvement respiratoire ; son dernier frémissement est la dernière des manifestations vitales. C'est là un fait constaté dans nos expériences chez tous les animaux qui ont succombé aux progrès d'une éthérisation régulière.

B. Le pouls fournit les mêmes enseignements que l'inspection du cœur. Son exploration plus prompte, moins gênante, fait qu'on a, le plus souvent, recours à lui dans la pratique. La Société des médecins allemands a noté l'élévation constante du chiffre des pulsations pendant les trois premières minutes des expériences laites avec l'éther. A cette accélération succédait un abaissement notable, bien que le nombre des pulsations restât plus élevé que dans l'état de santé. M. Bouisson (l)a observé une accélération du pouls pendant le premier tiers de la durée totale des inhalations nécessaires à la manifestation de l'insensibilité. Mais, ainsi que le fait remarquer cet auteur, les données fournies par de semblables observations ne représentent pas tout ce queFanesthésie chirurgicale offre de particularités intéressantes.

Afin d'en donner une idée plus saisissante, nous avons relevé l'état de l'artère chez un certain nombre d'opérés, depuis le moment où ils ont quitté leur lit pour aller à la salle d'opérations, jusqu'au moment du rév<'il complet. La plupart

(1) Boiiis^on, OUI'?. ci7^, p. 298.

d'entre eux appartenaient à la clinique chirurgicale du Valde-Gràce. Nous sommes heureux de saisir cette occasion d'adresser nos remercîments à M. le professeur Legouest pour le concours empressé qu'il a hien voulu nous prêter en cette circonstance.

Voici quelques-uns de ces relevés, tels qu'ils se trouvent consignés dans nos notes.

Observation I. — Jeune homme atleint d'une carie du [)remier métatarsien. Amputation de l'organe.

État du pouls avant les inhalations

— pendant l'anesthésie incomplète . . .

— pendant l'anesthé-

sie confirmée et pendant l'opération

— après les inhala-

tions

f'' exploration. .

2*^ exploration. .

3*^ exploration. .

f'' exploration.

2^ exploration.

1 06 pulsations.

Observation II. — Jeune homme atteint d'une tumeur blanche du cou-de-pied droit. Cautérisation au fer rouge.

État du pouls avant les inhalations I 20 pulsations.

— pendant l'anesthésie incomplète. . . . 144 —

— au moment des cautérisations prati-

quées avant l'avènement de l'anesthésie complète., 120

Malgré les cris, l'agitation, les plaintes renouvelées chaque fois que le cautère louche la peau, le pouls reste à i 20 pulsations.

Observation III. — Extirpation de ganglions cervicaux chez un adulte.

tlat du jOuls avant les inhalations 87 pulsations.

— pendant lanesthé- (1'''' exploration. . . 88 —

sic incomplète- ( 2*" exploration. . . 96 —

— pendant l'anesthésie confirmée et pen-

dant roî)érution 70 —

102 FONCTION DE LA CIRCLLATIOiN ET DE LA CALORIFICATION.

Observation IV. — Amputation de la jambe au lieu d'élection chez ce jeune homme qui fait le sujet de la deuxième observation.

État du pouls avant les inhalations 4 1 6 pulsations.

— pendant Tanesthé- iT^ exploration. . . 140

sie incomplète. (2^ exploration. . . 133

— pendant l'anesthé- /

sie confirmée et H '■'^exploration. . . 102 —

pendant lopéra- i 2e exploration. . . 1 02

tion l

— après les inhala- / r^ exploration. . . 135

tiens et pendant \ 2^ exploration. . . 150

l'application des j 3*' exploration. . . 120

sutures \ 4^ exploration. . . 130 —

Nota. — La douleur provoquée par l'application des sutures, au moment du réveil de la sensibilité, a changé notablement les caractères du pouls; non-seulement il a augmenté considérablement de fréquence, comme on le peut voir dans le tableau précédent, mais il est devenu plus serré, plus tendu, à peine perceptible, tandis que pendant l'opération elle-même il était mou, large, ondulant.

Observation V. — Amputation de la cuisse chez un sujet adulte, mais atfaibli.

8 pulsations.

État du pouls avant les inhalations

— pendant l'anesthésie incomplète .... 130 —

— [)endant l'anesthé- ( I'*' exploration. . . 120 —

sie confirmée et 1 2"^ exploration. . . 120 - —

pendant l'opéra- i 3^^ exploration. . . 120 —

tion [4^ exploration. . . 120 —

— après les inhalations 120 —

Nota. — Le pouls nous a paru offrir un peu plus de résistance, de tension, pendant l'acte chirurgical.

Observation VI. — Exploration très douloureuse du rectum.

État du pouls avant les inhalations 85 pulsations.

d'une fréquence inappréciable.

, , l \ exploration, pendant 1 anesthe- ) ^

s 2'^ exploration, iplete. (

sie incomi

pendant l'anesthésie confirmée et pendantl'opération

I"" exploration.

2'" exploration.

3^ exploration.

84 pulsations.

Observation VII. — Désarliculalion du coude chez un jeune lionuiie atteint de carie de la totalité des os de l'avant-bras.

État du pouls avant les inhalations 65 pulsations.

„ , , f 1^^ exploration, pendant I anesthe- \ ^„ , . *■ , / 2^ exploration.

sie incomplète. ) ^^ , .

\^ 3^ exploration.

pendant l'anesthé- [ 4 ''^ exploration.

sie confirmée et j 2*^ exploration.

pendant l'opéra- J S*" exploration.

tion (4'^ exploration.

. , , / P° exploration, après les inhala- \ ^„ , .

/ 2^ exploration.

tions ]

( 3- exploration.

Nota. — Les deux dernières explorations, pratiquées au moment du réveil, correspondent à l'application des points de suture.

Observation VIII. — Amputation de la cuisse chez un jeune homme atteint de tumeur blanche du genou droit.

État du pouls avant les inhalations 92 pulsations.

— pendant l'anesthésie incomplète 1 20 pulsations.

^1'"'' exploration. . . 76 —

— pendant l'anesthé- \ 2^ exploration. . . 80 —

sieconfirmée. . J 3^ exploration. . . 84 — [ 4^ exploration. . . 80 —

— après les inhalations 112 —

Ainsi qu'on le voit, les variations du pouls se reproduisent toujours dans le même ordre. On peut les résumer dans une formule générale, en prenant le soin de laisser à la susceptibilité individuelle la raison des différences qui existent dans le chiffre absolu des pulsations.

Au début des inhalations et pendant toute la durée de la période d'anesthésie incomplète, le pouls est peu développé, très fréquent; sa plus grande fréquence a été de l/i/i pulsations mais on l'a vu s'élever au chiffre de 17/i (M. Bouisson). S'il survient de l'agitation, des convulsions, les mêmes changements sont ])lus fortement accusés encore. C'est dans ces conditions

164 FONCTiOxN DE LÀ CIKCULÂTIUN ET J)E EÂ CÂLORIFICATION.

qu'il nous a été impossible, une fois, de compter les battements de l'artère. Sitôt que Tanesthésiefait quelques progrès, la tension artérielle diminue, et les pulsations, tout aussi fréquentes, deviennent moins dures, plus faibles, quelquefois misérables, comme dans la lipothymie.

Le changement le plus constant est celui qui s'observe au début de l'anesthésie confirmée ; à ce moment, il survient toujours une modification appréciable dans l'état du pouls. 11 acquiert plus d'ampleur et de souplesse, mais il diminue de fréquence, sans que cette diminution toutefois puisse être évaluée en chiffres d'une manière absolue. D'après notre observation, elle a été au minimum de JO, au maximum de 5/i pulsations. Cette modification a d'autant plus d'importance à nos yeux, qu'elle marque le début de cette phase de l'éthérismc pendant laquelle l'art chirurgical peut s'exercer avec le plus de sûreté et de sécurité.

A partir de ce moment, le pouls change peu, et si l'administration du chloroforme est sagement conduite, les épreuves les plus longues de l'opération sont incapables de jeter le moindre trouble dans la circulation. Toutefois notre proposition n'a rien d'absolu, car il est malheureusement démontré par les faits, qu'aucune période de l'anesthésie ne metsûrement à l'abri de l'arrêt brusque du pouls et des battements de cœur, ([u'on veuille l'attribuer au choc de l'opération elle-même ou à toute autre influence.

Il est presque superflu d'ajouter que des troubles aussi profonds de la circulation se reflètent dans la circulation périphérique. Tant que dure l'agitation ébrieuse, on constate une certaine turgescence, appréciable surtout vers la tête; les artères temporales battent avec énergie, la face se colore, les veux s'humectent et brillent d'un éclat inaccoutumé; les veines superficielles du cou se laissent distendre, et pour peu que la période convulsive soit accusée, les jugulaires ellesmêmes se gonflent do sang noir. Puis à C(}l état succèdi», graduellement lin (''tat Mppor.f'' ; les lèvre;; piihss(în(^ 1(3S vein(3s

superficielles s'affaissent ; la peau se décolore, devient terreuse et se couvre parfois de sueur visqueuse, principalement au front et à la région cervicale antérieure. Cette décoloration de la peau et des muqueuses est toujours très prononcée pendant la durée de l'anestliésie confirmée.

La chaleur animale, simultanément atteinte dans les trois sources qui concourent à sa production, influx nerveux, respiration et circulation, suit la marche des troubles qui surviennent dans les grandes fonctions. Après une exaltation passagère, elle s'abaisse progressivement jusqu'à la mort. Tous les observateurs sont d'accord pour signaler cette modification dans la température. Sur un étudiant qui s'était soumis volontairement à l'étliérisation; on trouva à la plante des pieds un abaissement de température de li degrés. M. Bouisson, à qui nous empruntons cette remarque, a constaté sur la peau un abaissement de (3 degrés pendant l'administration de l'éther. Mais il n'échappera à personne que l'instrument appliqué sur la peau, ainsi que le faisait M. Bouisson, à moins que ce ne soit à l'aine ou sous les aisselles, subit trop l'influence de la température ambiante pour ne pas fournir des résultats entachés d'erreurs. On peut en dire autant des autres expériences du même auteur, dans lesquelles il cherchait à préciser l'atteinte portée à la calorilication, en faisant arriver contre la boule d'un thermomètre du sang tiré de la veine d'un animal à deux périodes successives de l'éthérisalion. De la sorte il a pu constater un abaissement de température de plus d'un degré, mais qui pouvait dépendre aussi bien des conditions peu rigoureuses de l'expérimentation, de l'état de faiblesse amené par une perte de sang antérieure, que de l'anesthésie elle-même. Toutefois, malgré des imperfections de détail, ces expériences ne laissent guère de doute sur l'existence d'un certain abaissement de température sous l'influence de l'anesthésie.

MM. Duméril et Demarquay, prenant chez les animaux leurs ])f)inls d'nbsfrviilir.ji dans l'anus nu lo (lo.'uiuo, sont arrivés à

un résultat identique (1). A l'aide de recherches nomhreuses pratiquées sur des chiens et des oiseaux, ces expérimentateurs ont mis hors de doute plusieurs remarques intéressantes qu'il est possible de résumer dans les trois propositions suivantes :

1° La température s'abaisse constamment sous l'influence de l'anesthésie ; mais le chloroforme porte une atteinte beaucoup moins profonde que l'éther à la caloritication : ainsi l'abaissement de température avec l'éther a été de 2 degrés 1/2, après trente-cinq minutes d'inhalation ; de 2 degrés 2/3, après quarante-cinq minutes ; de 3 degrés 3/5, après quarante minutes; et de 2 degrés 1/2, après quinze minutes. Pour le chloroforme, au contraire, la diminution de chaleur n'a été que de 2/3 de degré, après vingt et une minutes d'expérimentation ; de 3/Zi de degré, après trente-quatre minutes ; de 1 degré 1/2, après une heure vingt minutes ; et de 2/3 de degré, après neuf minutes.

2" L'alcool, loin d'activer ou d'entretenir la calorifîcation, en véritable aliment respiratoire, abaisse la température animale, comme l'éther et le chloroforme.

3° Par opposition, l'asphyxie dont on a voulu faire le prototype de l'état anesthésique diminue à peine, quoique poussée à la dernière période, la puissance de calorifîcation.

A mesure que les effets de Téthérisation disparaissent, la chaleur se rétablit; chez certains sujets faibles, débilités par des hémorrhagies, une longue souflrance ou la misère, le retour de la chaleur peut exceptionnellement se faire attendre. Dans ces cas graves et exceptionnels, où il est bien diiïicile de discerner ce qui est le propre de l'anesthésie, la tendance au refroidissement persiste; elle augmente même après l'éthérisation, juscju'à ce que la mort arrive, ce qui le plus souvent ne se f;iit pas longtemps attendre.

(I) M(hii. ci(r.

MARCHE DE l'aNESTHÉSIE. 167

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