‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 44 sur 123 · ACCIDENTS MORTELS. 2S · texte numérisé non relu

ACCIDENTS MORTELS. 2S

chiffre de ces événements malheureux. M. Snow, dans son ouvrage (l), relate cinquante ohservations de morts subites survenues pendant l'administration du chloroforme. En nous aidant de cette statistique qui renferme un certain nombre de faits inédits ; en y ajoutant les cas de mort subite survenus pendant l'administration de l'éther, et les exemples les plus acceptables de mort consécutive; enfin en mettant à jour le nécrologue du chloroforme, nous avons pu rassembler environ cent deux cas de mort depuis l'avènement de la méthode anesthésique.

Ce chiffre approximatif est notablement moins élevé qu'on n'aurait pu le supposer d'après diverses assertions : voici à quoi peut tenir cette différence. Un certain nombre de faits ont été plutôt mentionnés que relatés à la quatrième page des feuilles scientifiques ou politiques , et dans des termes tellement vagues, qu'il a pu en résulter quelquefois un double emploi ; plusieurs autres, attribués par leurs auteurs à l'influence anesthésique, nous paraissent, soit à cause des circonstances dans lesquelles ils se sont produits, soit à cause de l'époque de leur apparition, tout à fait en dehors de la question : double cause d'élimination qui diminue beaucoup le chifïre auquel pourrait être portée la liste funéraire.

Nous n'attachons d'ailleurs qu'une médiocre importance à présenter une statistique complète au point de vue numérique. En dehors d'une vaine satisfaction de curiosité , un pareil travail n'offrirait d'intérêt qu'à la condition de lui opposer le nonibre approximatif deséthérisations, de façon à en déduire le chiffre proportionnel des accidents. Ce dernier terme de comparaison fait défaut, et nous n'hésitons pas h le dire, il fera toujours défaut, parce que les soins qu'exigerait la préparation des éléments d'une telle statistique dépasseraient de beaucou[) l'importance du but. Dans les conditions actuelles, on a pourtant essayé de supputer les chances d'accident que l'on a à

(1) Snow, ouvr. cité.

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redouter. Un auteur anglais estimait récemment que la mort survenait une t'ois sur 5000 à 6000 chloroformisations ; mais sur (juelles bases repose une telle évaluation? Du moment qu'il est impossible de connaître le chiffre des chloroformisations, il faut le deviner d'après quelques aperçus, et alors les résultats sont illusoires; ou bien, à défaut d'éléments capables de produire une statistique générale, on fait une petite statistique régionale, vraie seulement pour telle ville , tel hôpital, pour telle circonstance : alors la statistique n'a qu'une valeur relative ; elle devient fausse et arbitraire si l'on veut généraliser. N'est-ce pas le reproche qu'on pourrait adresser à l'auteur qui, pour déduire la fréquence relative des cas de mort, invoque l'exemple de ce qui s'est passé en Crimée? Prenant pour base le chiflre des chloroformisations pratiquées pendant cette campagne, qu'il réduit par hypothèse de 25 ou 30 000 à 20 000, et leur opposant les deux cas de mort relatés par M. Rizet, il est prêt à conclure que sur 10 000 chloroformisations, il survient 1 cas de mort. En admettant que l'exemple choisi fût irrécusable, serait-il applicable à Paris, aux départements, à l'Angleterre, à cette année, à l'année prochaine ? La science n'a que faire de ces statistiques fantaisistes dont elle est encombrée ; aussi faciles à produire que difficiles à contester, et qui, une fois écloses, se transmettent sans critique de génération en génération, et constituent comme le fonds de réserve de cette érudition stérile qui éblouit sans jamais éclairer.

Aussi comme il nous paraît impossible d'arriver à quelque chose de précis, nous renonçons à toute tentative de statistique numérique.

Autant il importe peu de fournir un travail dans lequel seraient comptés tous les faits, autant il est intéressant, pour l'avenir de l'anesthésic chirurgicale, d'interroger les observations authentiques ; fécondées par les lumières de la physiologie, elles représentent le seul point de dé[)art des saines doctrines. Quand l'esprit de recherche, au lieu de les invo-

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