‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 55 sur 123 · ACTION LOCALE DU CHLOROFORME SUR LE POUMON · texte numérisé non relu

ACTION LOCALE DU CHLOROFORME SUR LE POUMON

fondé. Envisagée comme un effet direct de l'action anesthésique, la mort subite pendant l'éthérisation ne peut être expliquée par ce que nous connaissons de cette action ; elle n'en a pas les caractères principaux ; elle reste une éternelle énigme livrée aux interprétations commodes, mais peu satisfaisantes et surtout peu utiles des influences occultes. A titre d'accident, au contraire , elle devient un effet régulier, normal, dont la nature se révèle par l'observation d'accidents semblables survenus en dehors de l'état anesthésique, et ce qui est plus important, dont les causes prochaines les plus probables se déduisent sans effort, soit des conditions mêmes créées par l'éthérisme, soit des conditions antérieures dans lesquelles se trouvait le patient, soit aussi delà manière dont a été pratiquée la chloroformisation.

LA MORT EST-ELLE LE RÉSULTAT d'uNE ACTION LOCALE DU CHLOROFORME SUR LE PARENCHYME PULMONAIRE?

M. le D' Faure attribue les accidents à une concentration des vapeurs de chloroforme sur certaines parties du poumon. Il en résulterait des modifications organiques telles, que les fonctions respiratoires en seraient compromises au point de déterminer la mort.

On comprend difficilement sous l'influence de quelles causes, qu'elles soient particulières au malade ou à celui qui est chargé des inhalations, une concentration de ce genre pourrait s'effectuer. Sans bases au point de vue théorique, cette opinion a contre elle non-seulement les expériences chez les animaux, qui démontrent que l'action locale du chloroforme, administré en inhalation, est nulle, ainsi que nous l'avons établi, mais aussi les faits observés chez l'homme. A l'autopsie de M. Labrune, M. de Confevron rencontre « les poumons j)arfaitemcnt crépitants dans toute leur étendue, offrant une teinte grise

t558 NATURE DE LA MORT SUBITE PENDANT L'ANESTHÉSIE.

ordinaire qu'on retrouvait en les incisant )> (1). A l'autopsie du nommé Royer (Joseph), M. Richet constate que a à la coupe, dans toute leur moitié antérieure, leur tissu (des poumons), d'une couleur rosée, a tout à fait l'aspect normal; il est élastique et crépitant » (2) ; leurs bords postérieurs seulement offraient une couleur violacée, une friabilité plus grande, un état congestifqui se rencontrent habituellement chez les sujets qui, comme ce malade, ont des adhérences pleurales étendues. L'autopsie du jeune Verrier (3), pratiquée avec le plus grand soin par M. Vallelte (de Lyon), en présence de plusieurs médecins, et notamment de M. Barrier, ne fournit que des résultats négatifs. Chez cette femme qui succomba dans le service de M. Adolphe Richard, l'autopsie, pratiquée en présence de MM. Richet, Debout et Marjolin, ne permit de reconnaître « aucune lésion bien appréciable; les poumons étaient sains ; il existait seulement un peu d'emphysème sous-pleural et sans ecchymoses. »

On pourrait rappeler, mais sans un grand intérêt, beaucoup d'autres observations dans lesquelles le tissu du poumon n'était le siège d'aucune altération organique spéciale. Pourtant, dans un certain nombre d'autopsies, on a trouvé quelque chose, tantôt une congestion intense, une grande friabilité, tantôt des ecchymoses périphériques, de l'emphysème, quelquefois une carnification du parenchyme, etc. Les ecchymoses superficiehes, l'emphysème, quel que soit leur siège, ne peuvent ni confirmer ni infirmer les vues de M. Faure; les autres altérations, constatées surtout à la région postérieure, peuvent être attribuées à un effet cadavérique , d'autant plus que cette hypostase ne s'accompagnait souvent d'aucune altération de texture. L'organe est engoué, pénétré de sang, mais il crépite, il surnage. Il faut ajouter aussi que dans la plupart de ces cas, les poumons étaient malades antérieurement. C'est

(1) Voyez p. 270.

(2) Ibid., p. 320.

(3) Ibid., p. 205.

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