DES INDICATIONS ET DES CONTRE- INDICATIONS DE L'ÉTHÉKISATJON
Nous n'avons pas à revenir ici sur les avantages de la méthode anesthésique appliquée à l'exercice de la chirurgie : l'immense bienfait qui réside dans l'abolition de la douleur physique, la salutaire influence exercée par un agent qui permet de soustraire l'organisme aux secousses toujours périlleuses d'une opération sanglante, le concours efficace et souvent indispensable qu'elle fournit aux conquêtes nouvelles de la médecine opératoire, sont des avantages trop généralement acceptés pour que l'on puisse contester la vérité de la proposition suivante : l'éthérisation doit être la règle dans la pratique chirurgicale. Toutefois le désir d'être utiles a entraîné trop loin le zèle des chirurgiens ; familiarisés avec la nouvelle méthode, ils ont fini par la croire invinciblement liée à l'idée d'opération; toujours heureux dans leur pratique personnelle, confiants dans leur manière de faire, ils ont oublié de regarder autour d'eux pour acquérir la certitude que la chloroformisation est une œuvre grave, sérieuse, dont l'opporf unité doit toujours être subordonnée à l'imporlance du but «pie l'on se propose.
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« On ne devrait, disait Roux, recourir à l'emploi d'un agent aussi redoutable qu'avec une extrême réserve et ne pas s'en munir aussi légèrement qu'on l'a fait quelquefois (J). Du moment où il est reconnu que le chloroforme, malgré toutes les précautions prises, peut occasionner la mort, le clinicien prudent se fera une loi de ne l'employer qu'avec une grande discrétion. Comme tous les moyens héroïques mais énergiques, il doit répondre toujours à des indications précises, débattues à l'avance. Il ne saurait entrer dans l'habitude de tel ou tel opérateur, ainsi que l'aveu en a été fait, de chloroformiser pour la plus légère opération. La recommandation de ne rechercher, dans ces circonstances, qu'une anesthésie imcomplète ou Tengourdissement du malade serait plus spécieuse qu'efficace; s'il y a des chloroformisations incomplètes, il n'y en a pas qui soient exemptes de dangers.
En dehors de ces abus systématiques, on a aussi trop de tendance à céder aux vœux du malade et au désir bien naturel de calmer la douleur, ou plus souvent encore à employer l'éthérisation comme moyen de séduction. Les sévères leçons fournies par le passé nous enseignent combien il faut se mettre en garde contre de pareilles suggestions. Dans nos tableaux statistiques, sept fois le chloroforme avait été donné dans le but d'arracher des dents sans douleur et onze fois, pour des opérations peu douloureuses ou de courte durée, telles que l'extraction d'un ongle incarné, l'opération d'une fistule anale, du strabisme , l'extirpation d'un petit kyste, l'ouverture d'un abcès, diverses cautérisations, etc. Dix-huit cas de mort à propos d'opérations si peu importantes ! C'est presque le quart de notre liste funéraire. Sans doute la plupart de ces accidents remontent à une époque qui permet de croire à quelques imprudences, mais n'y en eût-il qu'un seul, observé dans ces conditions, qu'il devrait servir de barrière aux entraînements d'une pratique plus heureuse que sage.
\) Bullelin de la Société de chirurgie, t, IV, p. 87.
â20 MOYENS DE PUÉVENIR LES ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION.
La grande difficulté, il est vrai, est de faire le départ des opérations assez peu importantes pour que la chlorolormisation soit formellement contre-indiquée : ici rien d'absolu. Ce qui est insupportable pour l'un est à peine ressenti par l'autre : chacun, avons-nous dit, a sa manière de souffrir. C'est ce degré de résistance à la douleur qui devra surtout attirer l'attention. Une autre source d'embarras réside dans la disposition d'esprit du malade lui-même ; il connaît les bienfaits de l'anesthésie sans se rappeler ou se soucier de ses dangers. Soit par caprice, soit par pusillanimité ou tout autre motif, il impose ses conditions au chirurgien et ne consent à se laisser opérer que lorsque l'on consent à l'endormir. En face d'une semblable obstination, la conduite à tenir devra être inspirée par l'urgence de la situation ou l'importance des ressources que peut procurer le chloroforme.
Néanmoins un certain nombre d'opérations, dans les conditions ordinaires, paraissent plus particulièrement contreindiquer l'emploi des aneslhésiques.
d° Dans un premier groupe se placent toutes celles qui sont du ressort de la petite chirurgie : les scarifications, incisions, ponctions, cautérisations, etc.
2° Dans un deuxième, doivent figurer celles qui sont très rapidement faites, et pour lesquelles la sensibilité peut être émoussée par d'autres moyens et en particuHer par l'emploi des agents de l'anesthésie locale ; telles sont l'opération de l'ongle incarné, de la fistule anale ou lacrymale, du phimosis, l'avulsion des dents, l'ouverture d'un abcès, etc.
3" D'autres opérations, assez sérieuses par elles-mêmes, devront aussi être pratiquées sans le secours de l'anesthésie ^ soit à cause du but particulier que se propose l'opérateur, soit à cause de l'état habituel ou accidentel du sujet; ici, le concours de l'intelligence ou de la volonté du malade est indispensable ; 1m, on trouve dans la sensibihté des parties un guide des plus utiles ; d'un autre coté, il n'est pas douteux que chez
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un homme atteint de paralysie de la sensibilité au niveau des points où l'on doit agir, que ce soit à la suite d'un grand traumatisme ou d'une affection des centres nerveux, le chloroforme ne soit à la fois une inutilité et un danger.
A" Nous considérons aussi comme des exemples de contreindication formelle, toutes les opérations dites de complaisance et toutes les recherches destinées, soit à triompher d'une simulation ou d'une dissimulation supposées, soit à éclairer une question médico-légale. Du moment où l'intervention de l'art n'est plus exclusivement motivée par l'intérêt de la santé, n'y a-t-il pas heu, malgré même l'autorisation du patient, de surseoir à une mesure qui peut occasionner la mort? Que le médecin dans ces missions difficiles et souvent très délicates use de la supériorité que lui donnent son intelhgence, ses connaissances spéciales, son ascendant sur le malade; que dans cette lutte d'intelligence à intelligence , stimulé par l'amour du bien, il se montre habile, il emploie la ruse. Là doit se borner son rôle et dùt-il courir le risque d'être trompé, le respect inaliénable des personnes devra toujours lui faire répudier tous ces moyens violents qui sentent le torsionnaire ou qui surtout mettent la vie en danger, ne fût-ce que d'une façon très éloignée.
5° Enfin une dernière contre-indication fondamentale, c'est le refus du malade ; avec les idées qui depuis longtemps règlent la pratique delà chirurgie, rappeler un semblable motif, c'est en avoir démontré toute l'importance.
En dehors des conditions générales que nous venons de mentionner et qui sont, partout où on les rencontre, des causes péremptoires d'abstention et mettant de côté les différences qui existent dans la susceptibiUté individuelle, à l'égard de la douleur parce qu'elles ne s'apprécient Jîien qu'au lit du malade, les indications de l'éthérisation n'ont encore rien d'absolu. Pour être bien comprises et fructueusement appliquées, elles ont besoin d'être étudiées dans leurs rapports avec tout ce qui peut modifier la marche ou les effets de l'étliérisme et chan-