‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 63 sur 123 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

CHAPlTPxE PREMIER.

DES MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE l'ÉTHÉRISATION.

La première partie de cet ouvrage a eu pour but principal de faire connaître la méthode anesthésique, d'étudier d'une façon générale l'action du chloroforme et de Téther chez l'homme, enfin la nature et les causes des accidents de l'éthérisation.

Nous avons démontré que ces derniers n'étaient pas le résultat direct d'une action toxique jugée excessive^ soit d'une façon absolue, soit d'une façon relative, mais bien la conséquence fatale de perturbations dynamiques contingentes et spéciales à l'organisation humaine.

Ces perturbations, caractérisées par l'arrêt des mouvements du cœur, ont la même signification, avons-nous dit, que les perturbations de même ordre, observées de tout temps, tant chez l'homme bien portant que chez l'homme malade, et auxquelles on a donné le nom de syncope; Toutefois, comme elles empruntent un caractère tout particulier, mais non inconnu, de gravité aux conditions dans lesquelles elles sd produisent, on peut le rappeler en les désignant sous le nom de syncope chloroforyniquc .

Dans cette notion si claire, si bien en harmonie avec les faits delà syncope chloroformique, découlent plusieurs propositions importantes.

ZilO MOYENS DE niÉYENlU LES ACCIDENTS DE l'ÉTIIÉIUSATION.

Si Ton tient complc do la fréquence de la syncope pendant les opérations chirurgicales, on est conduit à penser, sans toutefois pouvoir en donner une preuve rigoureuse, que dans un certain nombre de cas de mort attribués au chloroforme, l'accident n'a été qu'une coïncidence, dépendant soit de l'état du blessé avant l'opération, soit de l'opération elle-même. C'est en maintenant, dans une appréciation de ce genre, la place importante qui doit être réservée à la syncope parmi les causes de mort subite chez l'homme, que Ton aura une juste idée des dangers qui restent attachés à la pratique de la méthode anesthésique.

Malgré tout ce qu'on a pu dire, la question de vie et de mort est encore posée à propos de chaque éthérisation, et s'il est vrai que le chloroforme bien employé ne tue jamais, suivant la proposition de M. Sédillot, il est hors de doute que, pendant son administration, le sujet reste et restera toujours exposé à la syncope chloroformique dont nul ne peut apprécier la gravité. Quel est le chirurgien qui n'ait eu à constater de ces épisodes, et qui, dans un moment de cruelle incertitude, n'ait senti son impuissance, quand il s'agit de mesurer la distance qui sépare l'état de syncope de l'état de mort réelle? Au nom de ces principes, nous repoussons toute méthode qui aurait la prétention de tracer une voie sûre, infaihible à l'opérateur. Les causes si nombreuses qui interviennent, la constitution du sujet, son état de santé, son état psychique au moment de l'opération, la manière plus ou moins brusque dont on impressionne le système nerveux, etc., sont trop variables, trop mobiles, pour être soumises à des règles inflexibles; et pourtant il faudra en tenir grand compte, si l'on veut diminuer, autant que possible, le nombre des accidents, et surtout en arrêter les progrès. Voilà ce qui fait de la chloroformisation une opération en apparence la plus simple, en réalité la plus délicate, celle qui exige le plus d'habitude, de finesse dans le tact et d'habileté dans l'exécution. « Chloroformer, a dit M. Sédillot, est un art qui exige beaucoup d'habileté et d'expo-

MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION. ll\7

l'ience (1). » Quiconque bornerait son rôle à ne pas empêcher la respiration, à respecter, dans l'administration du médicament, les différences toujours limitées des susceptibilités individuelles de façon à ne pas empoisonner, s'exposerait à de cruelles déceptions : le véritable chloroformisateur doit examiner chaque malade avant de procéder aux inhalations de façon à être chaque fois personnellement renseigné sur l'opportunité de réthérisation ; pendant l'opération, il doit saisir habilement tous les signes même les plus fugitifs fournis par le fonctionnement des grands appareils, et puiser à cette source les règles cliniques qui enseignent le moment où il faut modifier les inhalations, les ralentir ou les suspendre. Il faut enfin qu'uiie exploration attentive l'avertisse du début de l'accident, lui permette de le conjurer par quelques mesures préventives.

C'est à l'examen de cette question complexe que nous consacrons le chapitre qui va suivre, nous proposant de faire appel aux travaux des bons observateurs, aux enseignements fournis par les faits malheureux qui se sont produits, et aux données acquises par l'expérience sur l'histoire de la syncope. Nous ne nous dissimulons pas qu'il y a loin d'une exposition dogmatique à l'étude chnique, de la théorie à la pratique ; mais en traçant la marche à suivre, nous croirions déjà rendre un véritable service , si nous vulgarisions cette idée que l'éthérisation a besoin d'être étudiée, observée avec autant de soin à l'hôpital que toute autre question de pratique médicale. C'est le seul moyen d'éviter les mécomptes, de s'imposer de bonne heure la sage réserve que réclame toute opération grave ; de la sorte on échappera au séduisant mirage que tentent d'introduire dans la science quelques théoriciens plus rigoureux, plus précis que la nature elle-même, et dont les vues spéculatives sont à nos yeux l'un des plus grands obstacles apportés au progrès de la méthode anesthésique.

(1) bulletin de la Société de chirurgie , t. IV, p. 155.

ZilS MOYENS DK PRÉVENIU LES ACCIDEINTS DE L'ÉTilÉlilSATlOrs.

Pour tirer bon parti de l'éthérisation, la première coridition est de connaître les indications et les contre-indications de son emploi ; la deuxième est de savoir quelle est celle des substances anesthésiques, restées dans la pratique, qui est la plus inoffensive et la mieux appropriée au but que l'on se propose; la troisième, si le médicament est bon et quel est le meilleur mode d'administration; enfin la quatrième, comment doivent être conduites les inhalations.

Résoudre ces quatre (juestions c'est exposer l'ensemble des moyens les plus propres à prévenir les accidents.

AliTIGLE PHEMIEH.

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