INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. Z
de mort subite ne s'est présenté. Dans les observations que nous avons relatées, le sujet, le plus vieux, n'était âgé que de soixantecinq ans. Sans aucun doute, un semblable résultat est dû au nombred'opérations relativement peu considérable que l'on pratique à cette période de la vie. On a remarqué que, chez le vieillard, l'éthérisme revêtait assez souvent ce que nous avons appelé la forme adynamique. Apeine la période d'excitation, quand elle existe, est-elle passée, qu'il survient un état de prostration considérable; le pouls est filiforme, imperceptible, la respiration est lente, paresseuse, la face, terreuse, légèrement grippée et la résolution musculaire, beaucoup plus profonde que chez l'adulte. Il faut tenir compte de cet affaissement précipité des forces pour donner les vapeurs anesthésiques avec plus de parcimonie et de lenteur.
Quelle importance faut-il attribuer aux imminences morbides spéciales à cet âge, à la crainte d'une congestion cérébrale ou pulmonaire? La congestion encéphalique qui peut être la suite des efforts exercés pendant la période d'excitation, peut-elle déterminer une hémorrhagie, ainsi que M. Bouisson est disposé à le penser? Aucun fait ne le démontre ; aussi, quels que soient la constitution, l'âge du sujet, nous ne voyons là, en dehors de toute affection organique, aucune contre-indication.
C'est dans une période intermédiaire, entre la première enfance et la vieillesse, et qui s'étend de sept à soixante-cinq ans, que se sont déclarés tous les cas de mort subite observés jusqu'à ce jour.
On peut grouper de la façon suivante les soixante observations dans lesquelles l'âge est mentionné :
Cas de mort survenus chez des sujets de 7 à 23 ans. ... 24
— de 25 à 45 ans . . . 28
— de 45 à 65 ans ... 8
Si l'on ajoute au nombre de 28, les 11 observations dans lesquelles l'âge est indiqué par l'expression un peu vague d'adulte, on obtient le 'chiffre 39 pour la période de 20 à /iô ans. ïlfau-
à'IO MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE i/kTHÉRISATION.
(Irait bien se garder d'en conclure que les accidents sont plus fréquents, d'une manière absolue, à cette période de la vie. L'époque où l'homme jouit de la plénitude de sa virilité, est aussi celle du travail et des excès, celle où il reste exposé à plus de chances d'accidents, et par conséquent d'opérations sanglantes.
B. Influence du sexe. — L'étude de l'éthérisation cliez la femme a fourni peu de données utiles à la pratique : les auteurs qui s'en sont occupés nous paraissent l'avoir décrite plutôt telle qu'elle devrait être d'après certaines considérations physiologiques que telle qu'elle est en réalité. Toutes conditions d'âge de santé, etc., étant égales d'ailleurs, l'éthérisation chez la femme ressemble beaucoup, au fond, à l'éthérisation chez l'homme : même irrégularité d'allures, même variété de formes, même imprévu. A l'époque où l'on commença à employer réther, les vapeurs de cette substance ayant fortuitement donné naissance, chez quelques jeunes filles, à des rêves lascifs ou quelques transports compromettants, certains observateurs moralistes en furent frappés au point de proposer, par scrupule de conscience, la suppression de l'éthérisation au moins chez la femme. Le chloroforme, avec ses allures plus pudiques, vint à point pour désarmer de telles rigueurs.
Le tempérament nerveux, éminemment impressionnable delà femme, autorise à penser que les convulsions sont un.peu plus fréquentes chez elle que chez l'homme. Assez souvent les inhalations donnent lieu à des attaques d'hystérie; mais elles ne sont en réalité qu'une occasion dont profite pour se montrer une maladie existant antérieurement.
En général, l'anesthésie est prompte chez la femme, les congestions céphaliques sont rares, les rêves, plus fréquents et plus souvent provoqués par la crainte de l'opération. On a signalé aussi un affaiblissement plus considérable dos forces, une dépression inquiétante du pouls, une annihihition plus conq)lète des phénomènes vitaux, en un mot un ensemble de symptômes qui semblent rendi-f* la syncope plus menaçante.
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Et cependant celle-ci, qui est le véritable danger, est-elle plus fréquente? Cela paraît fort douteux, au moins dans ses formes graves. Dans 77 observations, 23 appartiennent à des femmes et 52, à des bommes, c'est-à-dire que les chances de mort se répartissent entre les deux sexes, suivant le rapport de 1 à 2,08. Mais tout permet de supposer que les chloroformisations sont plus fréquentes chez l'homme que chez la femme. Cette circonstance empêche de tirer aucune conclusion de la statistique; du moins l'examen des faits démontre-t-il, contrairement aux prévisions, que rien n'autorise à dire que la femme soit spécialement prédisposée aux accidents graves.
La menstruation modifie-t-elle les indications de la chloroformisation? On est dans l'habitude de ne faire aucune opération, à moins d'absolue nécessité, pendant la période cataméniale. Il en résulte que l'on a eu peu d'occasions de constater l'influence que peuvent avoir les règles sur la marche des inhalations. Ce n'est pas une contre-indication formelle, mais il est permis de penser que, dans ces conditions, elles seraient accompagnées de troubles nerveux plus fréquents, plus violents, et peut-être aussi que l'hémorrhagie utérine en serait notablement ralentie, subissant en cela l'intluence déprimante exercée sur le centre circulatoire par les agents anesthésiques. 11 est bon, par conséquent, d'imiter la prudence qui sert de régir au praticien et de s'abstenir autant que possible.
La grossesse n'est pas non plus une cause absolue d'abstention. Dans un grand nombre de circonstances, et en particulier dans deux cas rapportés par M. Chassaignac (1), l'éthérisation a été employée sans (\\ui l'on ait eu à s'en repentir. Pourtant, en raison de l'impressionnabilité si grande delà femme en état de gestation, à cause surtout do la propriété qu'ont les anesthésiques de provoquer des mouvements violents, plusieurs accoucheurs ont pensé que leur emploi pourrait avoir de sérieux inconvénients chez les l'pnimes prédisposées à l'avor-
(I) Chassaignac, jy/ew. cité, p. I(i.