DES RÈGLES DE LA GHOROFORMLSATION
laissera la base du cornet flotter mollement sur la face. Une fois l'appareil en place, une seule main, habituellement la droite, suffit à l'y maintenir; l'autre main, rendue disponible, surveille aussitôt la circulation. Quiconque a pratiqué la chloroformisation a dû remarquer combien il était difficile de faire ces deux choses à la fois : diriger les inhalations et consulter le pouls. Il faut, pour y parvenir, que le bras du malade soit très fortement fléchi de façon à rapprocher le poignet de la face. Cette flexion forcée est une condition peu favorable pour bien juger de l'état de l'artère; nous substituons depuis longtemps et avec avantage, à l'exploration du pouls radial, celle de l'artère temporale. Celle-ci n'exige aucun effort, aucun dérangement dans l'attitude du membre. Elle se fait sur une partie dont les mouvements sont moins violents, plus rares, plus facilement réprimés. Mais comme chez certains sujets, les pulsations de cette artère sont peu appréciables, il est bon de s'éclairer à cet égard par une exploration préalable, avant de commencer. C'est alors qu'il faut adresser quelques paroles bienveillantes au malade, l'exhorter à la confiance et l'engager à respirer sans effort, comme s'il aspirait le parfum d'une fleur ou d'un bouquet.
B. Manière dont les inhalations doivent être conduites. — Tous les chirurgiens ne sont pas d'accord sur ce point. La divergence dans les opinions est relative à ce que l'on pourrait appeler le type des inhalations : les uns les veulent brusques, les autres lentes et progressives; les uns les préfèrent continues, les autres intermittentes.
1" Les inhalations brusques consistent à administrer d'emblée et dans le plus court délai la plus grande quantité de chloroforme possible. On espère de la sorte traverser rapidement et même supprimer, comme cela arrive souvent, la période d'excitation. On sidère le malade comme on dit.
T Les inhalations lentes et progressives^ au contraire, consistent à commencer par de très petites doses, de façon à habituer les organes au contact et à l'inlluence de l'agent anesthé-
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sique, à continuer les inhalations en suivant une progression très peu sensible et subordonnée pour chaque instant à l'état du malade.
Entre ces deux procédés, le choix ne saurait être douteux. On compte aujourd'hui les rares partisans de la sidération chloroformique. C'est une méthode dangereuse à plusieurs titres: non-seulement elle expose à dépasser le but, à provoquer soudainement ces anesthésies profondes, de longue durée, qui dépendent directement de la pénétration d'une trop grande quantité de vapeurs dans un moment donné et que nous provoquions chez les animaux en usant de semblables moyens (1). On peut encore remédier à de tels excès, quand ils sont observés à temps. Ce qui nous paraît plus sérieux, ce sont les troubles dynamiques accidentels, que l'on aurait à redouter en surprenant les organes, par l'usage de ces doses massives. Nous avons comparé ce qui se passe pendant l'administration des anesthésiques, à ce que l'on connaît si bien de l'influence exercée sur le système nerveux par les impressions morales, selon qu'elles éclatent d'une façon brusque, inopinée, ou qu'elles agissent lentement, progressivement. Dans ce dernier cas, et de même aussi avec les inhalations graduées, on prépare Torganisme, on le conduit doucement, insensiblement au but que l'on se propose, sans que l'on ait à se préoccuper beaucoup des secousses ou des complications inattendues. Dans le premier, et de même avec les inhalations brusques, on surprend à l'improviste, on s'expose à ces révoltes violentes, dont la cause première nous échappe, mais dont l'effet habituel est un grand trouble ou un arrêt brusque de la circulation. Nous ne saurions trop recommander l'usage des inhalations graduées, en î)renant le soin de commencer toujours de façon que l'impression locale des vapeurs soit à peine ressentie.
»3" Les inhalations (<mt il}} le^ sont mises on pratique par la
(1) Oum\ cilc, p. 2!)7.