‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 77 sur 123 · MOYENS DE REMÉDIER AUX IRRÉGULARITÉS · texte numérisé non relu

MOYENS DE REMÉDIER AUX IRRÉGULARITÉS

pleur, abstraction foite du ralentissement constant qui s'observe au début de la période chirurgicale, il faut être sur ses gardes. S'il devient petit, dur, très fréquent, comme cela arrive dans les cas de congestion vers la tète, il suffit d'éloigner un peu l'appareil : cette simple mesure permet de continuer les inhalations ; s'il devient filiforme, intermittent, s'il n'est plus représenté que par de simples frémissements, le moment est véritablement critique. La face pâlit, les lèvres se décolorent, elles sont agitées de tremblements convulsifs qui s'étendent parfois aux membres supérieurs; la syncope est imminente. Il faut immédiatement enlever le chloroforme et recourir aux moyens qui réussissent le mieux contre la lipothymie : déclivité de la tête, frictions sèches ou stimulantes sur le ventre, aspersion d'eau froide, etc. Quelquefois, malgré tout, la syncope se déclare; on a alors à lutter contre un accident très grave, dont le traitement mérite un examen spécial qui sera fait dans le chapitre suivant.

Dans l'immense majorité des cas, les moyens simples sufllsent et les fonctions se rétablissent. En face d'une prédisposition aussi fâcheuse, il y a lieu de se demander si la chloroformisation est bien indispensable, s'il n'est pas préférable de l'ajourner au lendemain. Quelle que soit la détermination prise, les inhalations ne seront continuées qu'au moment où le pouls aura recouvré les caractères qu'il avait avant l'accident. Il peut arriver, et des observations le constatent, que le même danger se produise une deuxième, une troisième fois; les mêmes moyens devront être employés pour le conjurer, toujours avec le même zèle, la même promptitude et la même persévérance.

F. Les accidents nerveux^ même ler? névroses à forme convulsive bien déterminée, ne doivent point préoccuper, ainsi que nous l'avons dit : à moins de contre-indication particulière, il f[\ut continuer sans hésitation. Par sa persistance, la cause de l'accident deviendra ainsi très promptement un remède au mal.

/l86 DES RÈGLES DE T>A CIIEOROEORMÎSATION.

Nous avons procédé par analyse pour indiquer les principales anomalies qui s'observent dans l'emploi de l'éthérisation et l'attention qu'il faut accorder à chacune d'elles. Mais cela ne suffit pas pour donner une idée complète de toutes les difficultés de la pratique : il faudrait pouvoir les combiner entre elles, les montrer se succédant sans ordre, sans relation apparente, au milieu d'une confusion qui échappe à toute description. Qui n'a été témoin de ces scènes de désordre dans lesquelles certains malades résistent avec une incroyable opiniâtreté et présentent pendant cinq, dix, quinze minutes et même davantage, le tableau de ces retours incessants d'excitations et de convulsions, auxquels succèdent, à chaque nouvelle dose, une véritable sidéralion des forces? C'est dans ces occasions difficiles que l'aide chargé de la cliloroformisation aura besoin de toute sa présence d'esprit, de beaucoup de perspicacité et de calme obstination. Il saisira rapidement chaque indication, opposera l'abstention aussi bien aux convulsions excessives qu'au collapsus inquiétant ; il subordonnera la dose des vapeurs, en éloignant ou rapprochant le cornet, à l'importance de ces écueils opposés, et à force de tâtonnements habiles, dans lesquels il faut souvent foire preuve de la plus grande abnégation , il parviendra presque toujours h obtenir la tolérance.

^ IX, — Pes jsijsncîsi propres s« faire reeoimaitre rétat (raiiesthésie .

Quelles qu'aient été la nature et la durée de la période initiale, c'est par le changement qui s'opère dans l'état des grandes fonctions que l'on est prévenu du moment favorable à l'opération. La respiration est plus large, plus facile qu'au début, quelquefois accompagnée de ronllements; le pouls devient sensiblement moins fréquent, plus dépressible, ondulant; le visage est calme et décoloré; l'œil, fermé sans effort. Le sujet paraît plongé dans un sommeil profond, sans stupeur ; le système mus-

^ SIGNES PROPRES A FAIRE RECONNAITRE l'ÉTAT d'aNESTÎÏESIE. /i87

culaire est au repos, c'est à peine s'il existe encore quelques mouvements partiels et fugitifs. Sitôt que l'on a constaté ce changement, il faut s'assurer de l'état de la sensibilité en pinçant la peau de la main gauche, dans le voisinage du point oi^il'on explore le pouls, def^içon ta n'abandonner que pendant un très court instant cette exploration capitale. Si le malade réagit contre cette excitation par un mouvement réflexe énergique, le moment propice n'est pas encore venu. Si au contraire il reste calme, impassible, ou ne répond que par quelques mouvements indécis, la réponse est favorable. On poursuit alors son investigation en appréciant l'état du système musculaire. Le bras soulevé, puis abandonné à lui-même, doit retomber comme une masse inerte ; la flexion des grandes articulations doit n'exiger qu'un léger efl'ort, n'opposer qu'une résistance amortie. Si à ce moment on interroge le malade, il ne répond pas ou se borne à soulever paresseusement la paupière. M. Robert adonné le conseil d'explorer la conjonctive pour s'assurer de l'état de la sensibilité générale. Nous considérons cette pratique comme infidèle et dangereuse. Pour examiner la conjonctive, il faut ouvrir l'œil, l'exposer à la lumière : il en résulte que le renseignement obtenu de la sorte est moins l'indice de l'état de la sensibilité de la conjonctive que de l'excitabilité oculaire. Celle-ci, on le sait, ne disparait qu'aune période qu'il est inutile d'atteindre. Le même observateur a insisté sur un détail qui lui paraît un très bon signe pour reconnaître l'anesthésie. a Les malades, quand ils commencent k s'endormir, ferment les mains et le pouce croisé à angle droit, les doigts fléchis : relevez le pouce, étendez les doigts du patient. Si la contraction musculaire n'est pas entièrement éteinte, dès que vous abandonnez les doigts à euxmêmes, ils reprendront la direction qu'ils avaient, tandis que, si la résolution musculaire est complète, les doigts resteront étendus (i). »

(!) Robort, Conférences de clinique chirurgicale^ p. 57.

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